‹ Des origines du premier duché d'AquitaineChapitre 98 sur 158 · CHAPITRE IN · texte numérisé non relu

CHAPITRE IN

SUR LA TRANSF0R:\IATI0N du DUCHK de TOULOUSE EN DUCHÉ D'AQUITAINE

C'est précisément pendant cette période de complètes ténèbres que dut s'accomplir la phase la plus intéressante du développement que nous étudions, — c'est dans cette nuit noire que l'état wasco-toulousain absorba le reste de l'Aquitaine. Quels événements, de' G74 à 718, Font porté de Limoges à la Loire? Gomment, pour tout résumer en deux termes précis, le duché de Toulouse est-il devenu le duché d'Aquitaine? Tant qu'on n'aura pas trouvé là-dessus quelque texte inédit, quelque témoignage nouveau, nul ne le pourra dire. Essayons cependant, en faisant le tour du problème, non de le résoudre, mais de le réduire. La lacune, — la tache noire, — ira se rétrécissant :

Rappelons d'abord, au risque de nous répéter même dans les termes, que les diocèses qui bordaient la rive gauche de la Loire de ses sources à son embouchure, « longue zone semi-circulaire », immédiatement contiguO au royaume neustro-burgonde, — l'Auvergne, le Berry, le Poitou, — furent les derniers à se détacher de l'empire franc. Gela devait être, d'abord à cause de leur situation géographique, ensuite parce que là l'élément wasco-aquitain , prépondérant aux bords de

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l'Adour, coQsidérable dans le bassin de la Garonne, n'existait pas. Nous avons dit ailleurs qu'un des continuateurs de Frédégaire, un contemporain du duché d'Aquitaine (il écrivait avant 752), racontant une invasion des fils de Charles-Martel en Berry, prononce un mot significatif : « Romanos proterunt ^ ». Vous voyez les Berrichons qualifiés de Romains, alors que nulle part les chroniqueurs n'usent de ce terme en parlant des populations de l'Aquitaine méridionale, de la véritable Aquitaine. Cette « zone exclusivement gallo-romaine »i , gouvernée par ses évoques (les listes épiscopales, là, ne présentent pas d'interruption), dut hésiter, osciller assez longtemps entre l'attraction du nouvel état de Toulouse et ses liens traditionnels avec l'empire franc. Les faits confirment cette conjecture :

Même après la mort d'Ébroïn, même après Testry, l'évêque de Poitiers, Ansoald, ne brise pas le fil qui retenait le Poitou à la Neustrie. Après la mort d'Ébroïn, nous le voyons à la cour de Thierry III, réclamant le corps de Léodegaire, enseveli en Artois, et le faisant transférer en Poitou, « sicut jussum erat a glorioso domno rege Theoderico ^ » ; en 689, il assiste au concile neustrien de Rouen.

A Glermont, l'évêque Avitus, se sentant mourir, songe à transmettre sa succession à son frère Bonitus, mais il veut s'assurer de l'agrément du gouvernement neustrien (en 688, un an après Testry). D'accord avec son clergé, il envoie une députation à Thierry III et à Pépin d'Héristall, et Bonitus est proclamé évêque d'Auvergne « ex regio jussu ejusque [Pippini] prœ-

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