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Jusqu’à présent les défenseurs de la théorie psorospermique des cancers épithéliaux ont dû, par conséquent, se contenter des faits d'observation directe, et, à ce point de vue, les arguments qu'ils ont fournis ne sont certainement pas assez démonstratifs, ainsi que cela nous paraît résulter de l'étude que nous venons de faire, pour entraîner dès maintenant la conviction de tous les anatomo-pathologistes.
En terminant, et pour montrer combien il faut peu compiler sur les réactions caractéristiques que paraissent souvent donner les méthodes de coloration sur certains éléments cellulaires, nous dirons quelques mots d’une dernière hypothèse émise sur la nature parasitaire du cancer.
Nous avons eu l’occasion d'étudier une forme de dégénérescence cellulaire hyaline (1), précisément à laide d’une méthode que recommande M. Vincent (2) pour la coloration des psorospermies de l’épithélioma pavimenteux et qui consiste à traiter rapidement les coupes par l’ammoniaque marquant 45°9 Baumé, à les colorer, après lavage, par une solution alcoolique concentrée de safranine et à les décolorer ensuite par l’action successive de l’acide acétique au centième et de l’alcool. Cette méthode réussit admirablement à colorer les globes hyalins que nous avons observés dans diverses lésions irritatives chroniques du tissu conjonctif, et notamment dans la trame conjonctive
des épithéliomas. Or, vers l’époque où paraissait notre
travail, M. Russell (3) publiait, de son côté, la description d'organismes qui, d’après lui, étaient des champignons caractéristiques du cancer, et il leur donnait le nom de corps à fuschsine, en raison de la facon dont ils se com-
(1) Maurice Cazin. Contribution à l'étude des dégénérescences cellulaires. (Journ. de l’Anat. et de la Physiol., déc. 1890.)
(2) Vincent. Sur la présence d’éléments semblables aux psorospermies dans l'épithélioma pavimenteux. (Voir Semaine médicale, 1890.)
(3) Russell. (Voir Semaine médicale, 1890, p. 466
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portaient vis-à-vis du traitement successif des coupes par ‘ une solution phéniquée de fuchsine et une solution phéniquée de vert d’iode, restant seuls colorés en rouge, après la décoloration par le vert d’iode et l'alcool, tandis que le reste des tissus se montrait coloré en bleu-verdâtre. Ayant repris l'étude de nos globes hyalins qui nous paraissaient avoir les plus grandes ressemblances avec les organismes de M. Russell, et ayant appliqué, dans ces nouvelles recherches, la méthode de coloration indiquée par cet observateur, nous avons réussi, par ce procédé, à mettre en évidence ces globes hyalins, aussi bien qu'avec la méthode de M. Vincent ou la méthode de coloration par le krystalviolet, recommandée par Kühne pour‘ la recherche des bactéries, et, d’autre part, en comparant les produits de dégénérescence que nous avions décrits avec la description et les figures données par M. Russell, nous sommes atrivés à cette conclusion que les corps à fuchsine de l’auteur anglais ne sont pas autre chose que les globes hyalins, résultant d’une dégénérescence cellulaire, que nous avions étudiés nous même,
M. Russell n’a jamais rencontré ces corps que dans des épithéliomas, à part un ulcère chronique de la jambe, un cas d’arthrite tuberculeuse avec fistule, un adénome du sein, une gomme des méninges et un ulcère syphilitique qui avait envahi le larynx et le pharynx, et entrainé la mort; malgré ces exceptions, qui, pour lui, sont imputables à des erreurs de diagnostic ou à des contaminations accidentelles, M. Russell considère ces productions comme spéciales au cancer. Nous avons, en effet, constaté très souvent la présence de ces corps dans les épithéliomas, mais nous les avons rencontrés très communément dans des tissus pathologiques non cancéreux,
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notaminent dans des tissus tuberculeux, dans une tumeur éléphantiasiqu: de la vulve, dans un cas de lésion irritative chronique de la peau, dans le périoste alvéolodentaire (1), etc., et, de son côté, notre maître M. Letulle (2) a également retrouvé ces productions dans un cas d’ulcère simple de l'estomac, dans un cas d’endocardite infectieuse ulcéreuse, dans plusieurs cas de phtisie pulmonaire, fibreuse et d’adénites chroniques tuberculeuses, dans une gingivite hypertrophiante, dans deux cas de fistules urinaires périnéales, et, enfin dans un cas de néphrite subaiguë d’origine uréthrale. Ces productions, sur l’évolution desquelles nous n’insisterons pas, l'ayant décrite dans un mémoire paru antérieurement, ne sont donc nullement caractéristiques du cancer. M. le Professeur Nepveu (1) a d’ailleurs confirmé pleinement notre opinion, ajoutant aux faits déjà signalés d’autres faits des plus intéressants, relativement à l’origine des corps à fuchsine, qui, d’après ses observations, proviennent tantôt de la mise en liberté des noyaux prolifères des leucocytes, tantôt de la destruction des globules rouges, tantôt et plus souvent encore des cellules endothéliales
des- lymphatiques.
(1) Maurice Cazin (Bull. Soc. anat., 15 mai 1891.)
(2) Letulle. Dégénérescence hyaline des cellules, ibid., et l’Inflammation, Paris, 1893, p. 432.
(3) Nepveu (C.-R. du congrès de l’Ass. franc. pour l'avancement des sc., Marseille, sept, 1891.) Semaine-médicale, 1891, p. 301.
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