‹ Des origines slavesChapitre 13 sur 22 · ORIGINES ILLTRIENNIS ET POLONAISES · texte numérisé non relu

ORIGINES ILLTRIENNIS ET POLONAISES

Joseph Ossolinski, dans ses notes snr Kadlubek a prétendu que ce diplôme de privilèges d* Alexandre-le- Grand ne fut connu en Pologne qn'au quatorzième sièele, à 1* époque où les bénédictins slaves de 1*111 jrie furent installés à Prague, puis à Cracovie, où ils durent apporter un certain nombre de légendes illyriennes. Lelevel pense au contraire que ce diplôme devait être déjà connu du chroniqueur Matthieu Kholeva. Haïek fut le premier écrivain de la renaissance qui rinséra dans son ouvrage, paru en f 54 1 . Le texte original de cet ouvrage a péri : mais il s* est conservé dans la traduction allemande de Sandels. En outre, vers l'an 1 585, Sarnitski écrivait qu'il avait vu de ses yeux une copie du diplôme d'Alexandre, venue du trésor royal de Bohème, et conservée dans un couvent près de Cracovie. Paprotski publia en polonais cette pièce singulière. Bielski Van 1 595 la reproduisit éga* lement dans sa chronique. En voici la traduction littérale :

« Nous, Alexandre, fils du Dieu suprême dans les cieuY, et de Philippe, roi de Macédoine snr la terre, maître de l'occident et de l'orient, du nord et du midi, dompteur des Mèdes, des Perses, etc.. à vous peuples intelligents des Venetes, paix , protection et salut! Gomme vous nous avez servi longtemps à la guerre avec un inébranlable courage et une fidélité éprouvée, nous vous concédons à perpétuité tous les pays qui s'étendent depuis la mer méridionale et les rochers de l'Italie jusqu'aux extrémités du nord où

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côiHHiéuGt Tocéan glacial. Que dans ces régions per- Bosne n ose jamais \ous juger, ni vous traiter en sujets : et si des étrangers viennent s y établir, qu ils ioient tos serviteurs, eui et leurs descendants à jamais. Donné dans notre résidence d'Alexandrie, sur la glorieuse rivière du Nil, Tannée l'iode notre règne, et mis sous la garantie des grands dieux, Jupiter, Mars et Minerve. »

Cette pièce forgée par les anciens Illyriens, sans doute comme une protestation contre les prétentions conquérantes des Allemands, aurait été, à en croire les traditions de riUjrie, la conclusion finale de guerres acharuétts soutenues contre la Grèce. Ces traditions étaient parvenues jusqu'au chroniqueur Rholeva, qui nous représente Alexandre parcouraut TlUyrie en tous sens pour la soumettre. Une seule ville, selon lui, osa résister : ce fut la cité des Carintbiens. Le héros de fiiacédoine leur écrivit cette courte sommation : Si vous êtes sages, vous vivrez ; sinon, non. (Si sapitis valebilis^ iin autem non). Les Carintbiens B6 furent pas sages : ils pendirent à une potence renvoyé d'Alexandre, qui exerça ensuite sur eux des représailles terribles. Puis ses troupes innombrables francbirent le Danube et attaquèrent la Pologne. La capitale des Silésieus fut emportée d'assaut, et le vainqueur sema du sel sur remplacement de ses remparts. Cracovie elle-même lut prise, suivant les uns ; selon d'autres elle échappa.

Aux luttes oubliées des premiers Slavons contre les

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roiê hellènes, succédèrent les combats contre la république romaine, combats dont le souvenir s'est éga* lement effacé des annales do ï Europe , mais non pas de la mémoire des Slaves. Cette race personnifia Rome dans Jules-César, comme elle avait personnifié la Grèee dans Alexandre. Alors les anciens poètes, s' emparant de ce symbole populaire, groupèrent autour de Jule^ César tous les souvenirs des guerres de leurs aient contre les divers Césars romains. Kholeva , copiant en ceci les antiques rapsodies polonaises, va jusqu'à nous montrer Jules-César vaincu ù trois reprises différentes, en Pologne, parle roi Lechfk ou Lechko III. Ce même guerrier aurait ensuite battu et fait prisonnier cbez les Parthes l avare Crassus, et lui faisant verser de Tor fondu dans la bouche, il lui aurait dit : tu n'avais soif que d'or, bois donc de Tor, insatiable Bomain (aurum sitisti, aurum bibe) : circoustanûe évidemment empruntée au récit que Justin, abréviateur de Trogue Pompée, fait de la campagne malheareuse de Crassus contre Phrahates, roi des Parthés. Enfin Lechko ayant conclu sa paix avec Julés-César épousa la sœur même du dictateur romain, Julia, qui lui apporta pour dot la Bavière.

Quelque étranges que paraissent ces légendes, elles n'en méritent pas moins une place dans l'histoire; car elles montrent jusqu'à un certain point quelles idées politiques régnaient dès l'origine en Pologne. Légitimé en quelque sorte par son alliance avec César, Lechko régna encore longtemps, dit le cbroui-

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qaeur Dzieijva ; et il ne mourut qu au temps de Néron le persécuteur des chrétiens ^ Il avait eu de Julia un fils, son héritier, Pompilius ou Popiel, ajoutent le même chroniqueur, et son prédécesseur Rholeva. Mais, comme ponr peindre linconstance slavone, tous les deux assurent que ce modèle des héros slaves avait entretenu successivement quantité de concubines qui lai donnèrent dix-neuf autres enfants ; et à sa mort les vingt fils de Lechko se partagèrent entre eux, non-seulement la Pologne, mais encore tous les pays slaves.

La reine Julia avait construit du consentement de son mari (de voluntate mariti sui), deux citadelles très fortes, toutes les deux appelées Julin du nom de son frère Julius. Cest aujourd'hui, ajoute Kholeva, Velin et Lubus. On est réduit à de simples conjectures sur remplacement de Lubus, peut-être Lublin ou Lubice en Bohème. Quant à la cité, de Velin, Ditmar de Mersebourg la mentionne également comme une œuvre des Césars (opus Julii Csesaris et magnam Romanorum structuram) ; et il prétend en avoir vu de ses yeux les ruines sur les bords de TOder.

Tous ces faits sans doute ne doivent être considérés que comme des allégories populaires, comme T ex pre3sion idéale d'un grand souvenir, celui delà longue résistance des Slaves au joug grec et romain. Commehistolre proprement dite, j'avoue que ces faits ne peuvent se soutenir; mais les écrivains polonais vont beaucoup

^ Hcgnavil Lestko nsque ad Neronis leini)ora, qui Petiuin ei Paulum apo8(o!o« interemit.

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