ORIGINES ILLTRIENNES ET POLONAISES
digèiies slaycs ; et qu une fois maîtresse du pajs, leur race y constitua une caste guerrière, une aristocratie d*épée, pareille à celle des Francs dans les Gaules, ou des Normands en Angleterre; race qui a maintenu ses monopoles jusquà nos jours. Une chose a surtout contribué à propager cette erreur; c'est la légèreté vaniteuse avec laquelle la nobfesse polonaise, au temps de sa puissance, s'applaudissait elle-même d'avoir pour ancêtres les fiers Sarmates, et d'en avoir conservé le caractère indompté. Mais ce n'est que dans les temps modernes, et surtout dans le langage poétique, qu'on sVst mis à employer comme synonimes les expressions de Polonais et de Sarmate.
Ce système a été machiavéliquement exploité par les écrivains officiels de la cour de Russie; parmi eux nous en citerons un seul, Gurovski. Les Lekhs, d'après lui, n'étaient qu'une horde de cavaliers venus du Caucase vers la Vistule, à la suite des Sarmates ou Syro-Mèdcs. Donc, dit-il, la nationalité lekhite ou polonaise n'est pas d'origine slave. Il en est de même des Tchekhs, autre tribu guerrière venue parmi les Slaves de la Moravie et de la Bohême ; et des Busses, tribus Scandinaves venues de la Suède. — Mais quand même les origines slaves seraient ce qu'on les suppose en Bussie, je le demande, qu'en résulterait-il contre la race slave ; n'en esl-il pas de même pour toutes les autres races de l' Kurope ? La noblesse n'y dérive-t-elle pas presque partout d'une race étrangère et conquérante, tandis que le peuple y représente généralement
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les aborigènes oa primitifs habitants da sol. Avant et même pendant le moyen-âge notre continent ressemblait à un océan bouleversé par les tempêtes, et où les peuples s*entre-refouIaient et se succédaient comme des vagues qui montent alternativement les unes sur les autres, pour retomber toutes au foud de Fabtme.
Tandis que les deui races des cavaliers mèdes du Caucase et des marins goths de la Baltique s* emparaient de r Europe sla^e, les Slaves à leur tour parcourai^t l'Allemagne, la Suisse, la Haute Italie, la Grèce, la Hollande, la Belgique et jusqu*aux côtes d'Angleterre, où ils fondaient des milliers de villes et de villages qoi ont longtemps porté leur nom, jusqu'à ce qu'enfin ces colonies slaves en occident ont fini par s'occidentaliser, en échangeant leur langue contre les idiomes soit latins soit germaniques ; et de la même manière anaal les conquérants sarmates, varcgnes et autres perdus dans le nord slave finissaient par s'y slaviser totalement.
Il y a donc sous ce rapport réciprocité complète entre les peuples divers des deux moitiés orientale et occidentale de l'Europe. On ne peut se servir de ces faits ni pour montrer le scrvilisme primitif des Slaves, ni pour justifier comme une nécessité de race l'autocratie actuelle.
Aucune nation au monde ne peut se vanter d'avoir une origine entièrement homogène, et sans mélange d'aucun sang étranger, loutes sont des mosaïques dt races ; tel est le cas notamment pour là Pologne que
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notre contemporain Lelevel nomme un dépôt de nations {colluvies gentium) ^ Il ne suit pas de là qu*on doive confondre ensemble les Lekhs et les Sarmates. Bien ne saurait justifier une pareille confusion ; au contraire tous les chroniqueurs polonais du moyen- Âge appellent constamment Sarmates des peuples éta* blis en dehors de la Pologne, comme les Litvaniens et les Lettes.
A la vérité les historiens allemands, dans leur dé* dainpour la race slave, affirment qu*incapable de se gouverner elle-même , elle fut à toutes les époques réduite, ou à faire venir spontanément ou à recevoir forcément chez elle des dominateurs étrangers. S'il j a dans cette assertion un fond malheureusement vrai, du moins n* est-ce pas en ce qui concerne la Lekhie ou Pologne. Presque tous les monuments s'accordent à employer le mot de lekh dans le sens de gentilhomme et de propriétaire. Les plus anciens chants bohèmes distinguent déjà les représentants de la nation en trois classes : kmotes, lekhs et vladiks. 11 est très vraisemblable que l'expression polonaise chiakbtsitj, qui au quatorzième siècle s'écrivait s-liakhtchitch , s'est formée tout simplement du nom national liakh^ avec l'initiale 5, qui est comme on sait, en polonais la particule nobiliaire. Mais le mot liakh lui-même d'où vient-il? demandent nos adversaires. Je réponds que
< Ad litlus ocMDi, ubi tribus bucibus fluenu Vistulae fluroinU ebibuntur, f idivarii re&ident, ex ditersis nationibus aggregati, écrivait di^k l*antique Joroandet {de Gothor, origine et reinu gestis).
4M LE MONDE SLAYE.
rien De prouve qu'il ait été apporté sur la Vistule par une borde étrangère à la race slave : loin de là il se retrouve avec le même sens de propriétaire et d* homme riche, chez tous les autres peuples slaves. Enfin en vieux slavon, liekha signifie une place unie, une ère à battre le blé : ce qui rappelle la première étymologie que nous avons indiquée, et tend à réunir dans une même signification les deux mots de lekhites et de polanes. Il est donc impossible d'assigner aux Lekhs et aux Polonais une différence primitive d'origine.
Quant au territoire de laLekhie, son étendue semble avoir été autrefois beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui. En Orient ce pays n'avait d'autre limite que le Borysthène; et en Occident il longeait la Baltique jusqu'au Danemarck et à l'Oder. Ainsi une grande partie de la Prusse et de la Saxe était alors polonaise. 11 faut regretter que l'engouement malheureux des chroniqueurs polonais pour les terminaisons latines, nous ait fait perdre les noms slaves les plus anciens de la plupart des districts lekhites. Deux noms de peuplades ont seuls survécu, ceux de iMazure et de Kachube. Les Mazures établis entre la haute et la basse Vistule, avec Varsovie pour capitale, sont appelés dans Nestor Mazovcbani; Martin Gallus les nomme Mazovienses, et leur pays Mazovia. On ignore la signification de ce nom qui, chose singulière, ne se reproduit nulle part dans le reste du monde slave. En Albanie, où le nom de Liakh est également un nom populaire, on trouve une ville appelée Mezzovo. C'est