TROISIEME TABLEAU
DES TCHBKHS BT DBS MORAYBS PRIMITIFS.
Signification de eef d«az nonif. — Mélange originel dei Tehekhs et dot &ekhs.
Toute étude d'archéologie slave, pour être oom«plète, doit embrasser à la fois quatre nations, comparer incessamment entre elles quatre classes distinctes de monuments. Parmi ces monuments, ceux qui concernent les origines illyriennea et polonaises nous sont déjà connus : il nous reste encore à étudier les origines bohèmes et russes ; et puis le champ de la synthèse et des généralisations nous sera de nouTeau ouvert.
Les origines et les germes en quelque sorte constitutifs de la nationalité bohème sont des plus complexes. Cette nationalité se compose essentiellement do deux peuples, qui jusqu'à ce jour ne sont pas encore entièrement confondus. Ces deux peuples inséparables, quoique différents, sont les Tcbekhs et les Horaves ; je vais essayer de faire voir cette double
unité dans sa naissance et ses premiers développe* ments. Je ferai observer d* abord que ni les Tchekhs, ni les Moraves, ne cachent, comme les Tllyriens ou les Polonais , leur berceau dans la nuit des temps. On sait à n*en pouvoir douter, que les Ikiïens qui donnèrent leur nom à la Bohème TBoiohemum), étaient un peuple celtique. LMus taid cette peuplade fut absorbée et germanisée par les Markomans ; et ce fut seulement à l'époque des invasions germaniques en Italie, qu évacuée par ses maîtres teutons, avides d*aller s approprier les dépouilles du Capitolc , la Bohème à demi déserte reçut enfin dans ses plaines des colonies de Croates ou de montagnards karpathiens.
On ne saurait toutefois préciser Tépoque où le» Markomans cédèrent la place aux émigrants slaves. Le plus ancien chroniqueur de la Bohème, Kosmasde Prague , ne nous apprend rien à ce sujet. Dans sa naïve simplicité il regarde les Slaves comme les plus anciens habitants de ce pays, où ils auraient été amenés, suivant lui, peu de temps après le déluge, par leur père commun Bohemus. Tbuumann , dans ses Recherches sur les peuples du Nord, place T arrivée des Tcheklis vers Tannée 534. Chafarjik croit pouvoir la faire remonter près d'un demi siècle plus haut. D'après lui, les horribles dévastations commises dans la Germanie par les Huns d'Attila, durent amener la ruine définitive des derniers Markomans restés au nord du Danube, et la lente occupation par des colopies slaves des territoires dévastés. Cette occupation
0RIGIXE8 BOflÊMES BT BUSSES. 467
fie se borna pas d'ailleurs à la Bohême seulemeut : elle embrassa aussi la Silésie et une partie de Tancienne Saxe. Le nom gaulois des premiers Silésiens, Silingse, passa à leurb héritiers slaves, Slezané. La capitale actuelle de la Moravie , Berno, en allemand Briinn, dé* rive également du celtique, Beraun ou Vérone. Il n*est pas jusqu'au nom bohème des Riesengebirge, Krkono* ché, qui ne semble une dérivation du nom des anciens habitants gaulois de ces montagnes ^ les Kor* konti d'après Ptolémée.
S'il est impossible d'indiquer avec certitude Tépoque de l'arrivée des Slaves en Bohème, il ne l'est pas moins de préciser la partie des Karpathes d'où iii émigriTent. Dalimil nous dit qu'ils venaient de la Croatie, mais sans rien ajouter qui puisse faire devi* ner où cette Croatie était située. Le vieux poème païen intitulé Jugement de Libucha, fait traverser à cei émigrants trois fleuves sur le nom desquels les Slaviates sont en discussion. Les uns y voient la Grau, la Waag et la Markh ; les autres la Vistule, la Yarta et l'Oder. Chafarjik se déclare pour cette dernière opinion , et fait venir par conséquent les Tchekhs du nord. U trouve en Podlacbie, en Mazovie, autour de Plotsk, de Sandomir, de Lublin, deKalich et de Krakovie^ de nombreuses localités dont le nom a pour racine ki particule tcbekb, de même qu'il trouve auprès de Prague un ancien fort nommé Krakov ; et il en condot l'origine à la fois polonaise et septentrionale de sa nation. J'iToue que pour ma part je suis de l' autre c^-
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t68 LE MONDE SLAVE.
nion , qoi fait yenir les Tcbekbs noa du nord , mais des versants méridionaux des Karpathes, c'est-à-dire de la haute Hongrie ou de la Slovakie actuelle.
£n rapprochant ainsi de l'Illyrie le berceau des Bohèmes, je ne nie pas pour cela leur origine polonaise ou lekhite. M*a-t-on pas vu ailleurs que les Lekhs régnaient sur Flllyrie elle-même, et qu'ils s'étendaient jusque dans les Alpes carinthiennes , appelées parle chroniqueur Kholeva, montagnes des Lekhs? Aussi lisons-nous dans Dalimil : « Un Lekh, dont le nom était Tchekh, s'étant rendu coupable d'un homicide, dut quitter la Croatie , sa patrie ; et comme il était puissant et riche, ses six frères le suivirent avec beaucoup de clients qui vinrent le joindre au milieu de la nuit. Ce fut avec tout ce monde qu'il prit la fuite, emportant entre ses bras ses enfants, et se glissant d'une forêt dans une autre. » Ainsi l'émigration des Tchekhs hors de leur primitive patrie fut conduite par sept frères, tout comme celle des Croates illyrieus de Constantin Porphyrogenète.
Le chef de la colonie , appelé Tchekh par Dalimil, est nommé Bohemus par Kosmas ; ce qui prouve que cette dénomination n'avait rien d'individuel, mais que c'était une sorte de titre d'honneur, porté par les chefs du peuple. En effet, comme dans les chroniqueurs de Crcrmanie Francus est le père des Francs , Souap le père des Souabes, Westerphalza le père des Westphaliens ; de même dans Nestor on voit les Kioviens descendre de Kii, les Viïatitcbes de Vrïat, les Badimitches
ORIGINES BOHiinSS ET RUSSES. 469
de Badim ; et de même aussi dans Gallas les premiers rois polonais s* appellent Leebek.
Mous venons de yoir que le nom de Tchekh n* était pas un nom d*bomme. Hais ce n'était pas noa plus originairement un nom de peuple. Les Tcbekhs formaient une classe d hommes à part dans les tribus slaves; ils géraient une fonction inconnue, mais qui en tout cas faisait deux «des hommes importants.
En outre le patriarche Tchekh , dont nous parle Dalimil, était un Lekh. Doit-on conclure de là que ce mot de lekh désignait précisément le peuple d*où Tchdib était sorti? Cette conclusion me parait tout aussi peu admissible que les précédentes. Les Lekhs étaient aussi bien que les Tchekhs une classe d'hommes particulière , et selon toute apparence la classe la plus élevée de la nation. En effet, durant les premiers temps, la Bohème a, comme ta Pologne, des rois nommés Lekh , Lecho. Trois monuments différents , les annales Tilianiy la chronique de Quedlin«bourg, et les annales Lauricenses^ s'accordent à appeler Lecho, le duc ou roi des Kohémes, que le fils de Gharlemagne attaqua vainquit et tua en 805 aux bords de l'Elbe. On pourrait presque affirmer que ce ne fut qu'au quatorzième siècle, c'est-à-dire à l'épo* que où la plupart des Polonais furent devenus gentilshommes, que le nom de Lekh devint usuel parmi eux pour signifier la nation entière. Quant au nom de Tchekh, il semble avoir été employé bien plutôt en Bobème comme désignation du people même. Cette
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différeoee vient sans doute de ce qne la clame dei Tchekhs était plus populaire, qu'elle avait un carac« tère plus civil, moins guerrier que celle des I>ekhs.
Dobrovski a cherché quelle signification pouvait avoir en primitivement ce mot de tchekhs, écrit dans fiesioT tchakhi ou tchtakhi^ dans le Byzantin Kinnamos rKex^iy et dans les diplômes latins cihi ou cichi. Le savant bohème a cru pouvoir le faire dériver du verbe po-tcheti, commencer (parfait, po-tchekh). 11 prétendait que les Bohèmes avaient dû former Tavant-garde, et diriger le début de cette grande migration slave de Test à l'ouest, à laquelles' associèrent ensnitecomme arrière-garde les Silésiens ou les suivants^ de sliediti, en illyrien sliznuti , accompagner. Peu satisfait de cette étymologie, Kollar en a proposé une antre, qni tendrait à faire considérer les Bohèmes comme les mmsolûUurs du monde slave, du substantif tïek, po-tïekba. Il me semble beaucoup plus naturel de rattacher le nom des Tchekhs au mot tehest ou Ichast^ honneur et festin, racine du verbe tchestiti^ tchechUhUj à la fois honorer et régaler des hôtes. 11 s' en suivrait que les Tchekhs étaient des honorables (tchestni), des patrons traitant libéralement leurs clients, et les admett|mt en frères à leurs tables dans Prague la joyeuse. Us auraient été la bourgeoisie primitive de la race slave, dont les Lekhs formaient la noblesse guerrière.
Mttlgré tout ce qui devait Tcn détourner, Ghafarjik n'a pu s'empêcher de voir dans les Tchekhs une peuplade eiitièi^, qui s' étant établie au eentre du paji»
et ayant fondé les villes deLibuchiu, Vichehrad et Prague, obtint peu à peu la prédominance sur toutes lef autres tribus. Uillustre slaviste cherche laborieusement les noms de ces tribus diverses, parmi lesqueiiet il distingue les Lutchanes, les Pilsani, les Lutomiritsîi les Pcbovanes, les Dïcdoches , les Sediitcbanes et las Croates. C4es derniers, dit-il, occupaient surtout les montagnes du nord, ou les Krkonoche. Il y avait eacore les Dudlebes, sans doute affiliés aux Dnlebes da la Bussie, dont la principale ville, Daudleby, mentioo* née par Kosmas en 981, n*est plusaujourd*huiqu*ua village du cercle de Budveis. Tontes ces peuplades devaient former à la manière slave de petits états, plus ou moins séparés et indépendants les uns des autres. G* est ce que nous montre Kosmas, au sujet de la priQ?* dpautéde rUka, ou des Lutchanes, dont il décrit les cinq villes, et les rivières de rUzka et de la Gutna, district maintenant tout-à-fait germanisé, mais qui ne Tétait pas encore quand Gutenbergy venait au monde. La circonstance qui contribua le plus à élever le petit état tcbekh au-dessus de ses rivaux, dût être sa situation heureuse aux bords de la Moldave, et sofii éloignement des frontières les plus exposées aux pillages et aux invasions des Germains. Telle est TopiniondeChafarjik.
Pour nous il nous suffit de reconnaître dans la nationalité bohème deux éléments primitifs. I^e premier de ces éléments, le tchckb nous étant déjà conna, j^ passe tu second, ou eux Moraves, qui pareisseatavoif
devancé de plusieurs siècles, dans F existence politique^ leurs voisins, les Tcbekbs de la Moldava.
On a beaucoup discuté sur T origine des Moraves. Le cbroniqueur Nestor et Cbafarjik font venir leur nom de la Morava, en allemand la Markh, principale rivière de la Moravie actuelle. Mais il parait certain que les Moraves existaient déjà avant d'être établis sur cette rivière, où ils ne descendirent qu'après avoir peuplé de leurs colonies les divers plateaux des Karpathes appelés aujourd'bui Slovakie. En outre le nom de Morava, pour signifier courant d*eau, est tellement répandu, qu'on trouverait difficilement un seul (Miys slave, où n'existent pas plusieurs rivières appelées ainsi. Il faut donc cbercher Tétymologie plus baut. Enslavon, mor signifie marécage, mora fléau, et moriti exterminer. Si Ton considère les Moraves comme des colonies de laboureurs croates, descendus de leurs arides Earpathes dans les vallées marécageuses, la racine de leur nom doit être mor. Si l'on voit au contraire dans ces bommes des lekbs ou guerriers slaves, voués par mission spéciale à la difficile tâche de délivrer leurs frères serbes ou serfs, et de les venger de leurs oppresseurs, alors la racine de leur nom devra être moraj l'extermination. Ces deux étymologies d'ailleurs ne s'excluent pas Tune l'autre. On sait que tous les colonisateurs ont d'abord à combattre et à détruire des obstacles de mille espèces, et qu'ils doivent avant tout faire agir labacbe. Delà ces douze travaux héroïques que la fable grecque prête à
0K1G1NES BOHEMES ET BUSSES. 473
Hercule, le fondateur de tant de colonies pelasgiques.
Quant à Tépoque où le nom de Morave apparaît pour la première fois, il semble qu'on pourrait le faireremonter jusqu au troisième siècle, durant lequel on voit les Sarmatœ servi révoltés contre T empereur Constance, se précipiter sur lui au cri de mor-eva^ tue-le ! On a prouvé ailleurs ' que ces esclaves (servi) des Sarmates avaient dû être des Serbes Karpatbiens. Ammien Harcellin les appelle Sarmatœ (tmigantes , nom que Cbafarjik croit affilié à celui des Lemki, tribu de Bussines, dans la Galicie actuelle. Ces Vendes révoltés des Karpatbes, quoique remis sous le joug par les Romains, ne furent jamais complètement domptés. Car à partir de ce moment, on ne cesse de voir des incursions vendes dans Tempire des Césars. Sans doute les vaincus s'étaient faits brigands dans leurs montagnes, ils s'y maintenaient à l'état de Lekbs ou de Moraves.
Il n'y avait pas d'invasion des barbares du nord dans le midi qui ne comptât parmi ses combattants plusieurs milliers de ces Vendes. Aussi fut-ce contre ce débordement des tribus karpathiennes que les Césars hérissèrent leurs frontières du Danube d'un rempart vivant de troupes mercenaires, principalement recrutées en Germanie. Tout fut inutile; et à la suite de la grande borde des Obres ou Avares, l' avalanche morave se précipita enfin du baut de ses mon-
< Chapitre sur les Serbes de Tépoque anlé-hUtorique.
474 tis Motn)k slàvs.
tagnes. Mais les tribus moraves s étaient trop hâtëeS de descendre dans les plaines. Ne sachant combattre qu'à pied, elles ne purent résister aux rapides essaims des cavaliers avares, et durent passer de nouveau du joug romain sous un joug encore plus dur. Héritiers d* Attila, les khans avares rivalisèrent avec lui de pas* sîon pour le pillage. Leur genre de vie réduisit tout le cours du Danube à n être plus qu'une solitude sans koraes. Dans toute la Hongrie et 1* Autriche actuelle, les villes disparues étaient remplacées par des camps volants appelés cercles , vastes rangées circulaires de tentes, enveloppées de fossés, et qui servaient de refuges à ces nomades. Durant près d'un siècle ils exercèrent partout des dévastations inouïes. Toutes les cités, tous les castels romains d*llly rie, de Moravie, de Bohème, furent détruits ; et leurs débris se dérobèrent sous la mousse et les arbrisseaux du désert. Au milieu de cette désolation, les Moraves tournèrent leurs regards vers l'armée franque ou française, qui venait de conquérir sur les Lombards la plus grande partie de l'Italie; et qui ayant franchi les Alpes illyriennes, commençait à guerroyer contre les Avares. Tous ceux des princes moraves qui le purent, se joignirent aux francs pour combattre avec eux leurs ennemis communs. Ce fut alors que façonnés à la discipline dans les rangs des légions françaises, les Moraves parvinrent à s'aguerrir, au point de pouvoir fonder enfin, après la mort de Cbarlemagne, le grand empire qui a conservé leur nom.
ORIGINES BOBhreS ÏT RUSSES. 175
PÉRIODE LBKHITB PB LA BOHÊME ET DE LA MORAVIE. SAMO, EROK, LIBUCHA. 8TAT0PLUK.
Od vient de constater aussi clairement que Fétat actuel de la science le permet, Torigine des deux peuples tcbekb et morave. Ou va maintenant essayer de donner un rapide aperçu de leur histoire primitive, durant la période où leur pays se confond encore d*na côté avec Flllyrie, de l'autre avec la Pologne. Nous croyons devoir appeler lekhite cette période de formation, durant laquelle les princes sont souvent appelés Lekhs. Parmi ces princes brillent surtout trois grands noms, Samo, Kruk et Libucha, dont les figures, moitié historiques et moitié fabuleuses, se disputent à la fois les traditions illyriennes, bohèmes et polonaises. — Uétude de ces traditions nous amènera à comprendre comment la nationalité bohème, si complexe, si ^ embrouillée à sa naissance, s'est dégagée peu à peu da cbaos social des premiers âges, et de quelle manière ses deux principaux éléments, tchekh et morave, d*abord disjoints et sans relation apparente, ont fini par composer un tout indissoluble.
La première centralisation monarchique historiquement connue de ces contrées , est celle qui fut opérée par Samo. D'où venait Samo? Qu* était-il? Où avait-ii établi principalement son siège? Sur toutes ces questions règne jusqu'à présent une grande obscurité, îl
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paraît certain que Samo venait de Foccident. Frédégaire le regarde comme an franc, et va jusqu'à désigner la ville de France où ce héros naquit. « Homo quidam, dit-il, nomine SamOy nalione francus, de pago sennonago , plnres secum negotiantes adscivil mercandi causa ^ et in sclavos cognomenlo mnidos perrexit, » Parmi les villes gauloises on en trouve réellement une appelée Ci vitas-Sennonum. Il est vrai que dans la France orientale d'alors ou la Saxe, il y avait également autour de Meissen une contrée nommée Semnonie. Par conséquent il est bien difficile de donner un sens précis au texte de Frcdégaire. Le nom de Samo n'a d'ailleurs aucun sens ni en latin ni en allemand. Il a au contraire un sens très clair dans toute la Slavie. Samo-Derjets y désigne encore aujourd'hui un souverain indépendant. Chafarjik qui nous montre chez les Prussi le nom de Samo, porté par un fils du roi Videvud, ne veut pas admettre que Samo soit d'origine franque. Pour se rattacher le plus possible à Frédégaire , le savant Palatsky suppose que oe héros prit naissance dans une des colonies slaves ' delaBatavie, alors soumise aux Francs, et qu'après avoir appris le métier des armes à l'école des dominateurs de sa race, il alla sous prétexte de commerce, offrir son bras et ses lumières aux Vendes non encore subjugués de la Bohême. Il est vrai que l'anonyme de Salzbourgdu neuvième siècle donne une autre version, et présente très nettement Samo comme un Slave des montagnes de la Garinthie (quidam sclavus Samo no*
Oair.fKES BOHKIIBS ET RUSSES. 477
Intn^y manens in charenlis). Quoiqu'il eu soit du lieu de sa naissance, la qualité de marchand que lui donnent les chroniques est assez vraisemblable. On sait que chez les anciens Slaves, les marchands ou gostesétaientordinairementleshommesles plus riches^ Ijs faisaient leur commerce par caravanes de charriots, escortées de troupes de guerriers, et se troQ- Taient souvent chargés de faire la police des routes.
Quant au pays où Samo avait spécialement fiié sa jrésidencey les slavistes polonais prétendent que c'était b Pologne, et que ses légions partout victorieuses se recrutaient dans la jeunesse polonaise. Lelevel va jusqu'à ridentifier avec le fameux Lediek, rival prétendu de Jules César ; et d'autres le confondent avec Krak, premier souverain de Cracovie. Les lUyriens au contraire le réclament pour compatriote, et le regardent comme le plus ancien duc des Cariutbiens, (Garentanorum dux). Les Bohèmes enfin, et à leur tète Cbafarjik, tâchent de prouver que Samo régna sor-* tout en Bohème par le motif qu'on le voit souvent guerroyer en Thuringe, que l'an 630 le prince serbe de Heîssen et toute la Lusace se soumettent à lui, et qu'on voit deux fois les armées de Dagobert partir de Hetz pour aller l'attaquer.
Ce qui parait certain, c'est que Samo étendit à la lois sa domination sur une partie de la Pologne, de riUyrie, de la Bohème et de la Moravie. Le but de ses premiers efforts avait été de délivrer les Slaves de oes contrées du joug avare : il y avait réussi, et kç II. it
478 LS MONDS SLàVC.
pèaples émancipés par lui l'avaient proéîatlié \e& ri>i en 627. Les Francs Tayant attaqué, il leur ^ïsta ^t sut les Vaincre. Son empire s'étendait au nord jusqu'à la Sprée, clans le midi jusqu'aux Alpes, et à l'ouest jusqu'au Fichtelgebirge, couvert alors de cdlonies slaves. Ce héros régna triomphant et redoùtSé Éu loin durant trente-cinq années. Prédégàirë dit qtf il mourot laissant vingt-deut fils et Quinze flfi& ^'il avait eu de douze épouses de sang vëHdé \
On s' étonné de voir Kosmas qui recueillit à^eè tant de soitl tous les souvenirs populaii^ âè là BodèmS, ne hire aucdne mention de ce grand homme. Ne si^ ràit-èe pas ndé preuve <{u*en Bohème il était cdniiti sods un nom àtitre que celui de Sâdiô? Kbsiiiàâ noiils montre vers la même époque le pluâ célèbre des héros païens, Krok oïl Cracus ; il e§t très probable que ce nom était celui sous lequel Samo commandait aux Bdbèmes. On peut d'ailleurs supposer qu'il y a eu plusieurs rois du nom de Krok ; et que îè penple dans ses poésies a fini par concentrer en un seul leâ rSgnes de plusieurs princes. Suivant le célèbre Tchhtâki lirok ou krak ne signifiait pas autre chose qu'un h{« ros, cf était THercule des Slaves, et codme celui di& Grecs il porte dans la tradition primitive quantité %b noms ditérë. Chaque penple slave cache un Krakos au fond de son histoire. Il y en a eu en Pologne ; ft
A Duodecim axores Samo ex gonere Winidorum habebal, de qaiboi Viglna dttdi fltiof , et qùlndecim flitti hâbait.
OftlGlNSS JtoH^MCS ET kUSSCS. 4t9
^ en 2t ea chez les Slaves de la Saie, dont le pays conserve nnie ville de Krakopol et un lac de KraiôT , dé même que la Bohême offre à deux lieues de Rakonîts le castel de KrakoT et le village de Krakovets.
Les poésies tchèques païennes nous montrent Kroi eomme une espèce de pontife civilisateur ; il rëguiàrise le paganisme slave, fonde un sacerdoce et de grands temples nationaux; il promulgue un corps de lois civiles et religieuses, il détruit le dragon de Fanarchie et des ténèbres; il défriche les forêts, dessèche les lacs, découvre des mines de métaux et les fait exploiter ; fonde des villes et oblige le peuple à quitter ses huttes d*argite, disséminées dans tés bois, pour se grouper dans des villages plus salubres.
Tous ces détails semblent convenir également à Samo et à Rrok. Tous les deux sout regardés, Tun par rhistoire, l'autre par la tradition, comme les fondateurs du royaume de Bohême. Après eux, la royauté slave qui avait brillé momentanément de tant d*éclat dans les salles dorées du Vicbehrad, s* éclipse pour céder de nouveau la place à l'antique oligarchie des jnpanes, qui se partagent comme auparavant la Bohême, la Pologne et l'illyric et y reconstituent tine foule de petits états séparés.
Rrok que la tradition fait mourir en 690, c'est-ftdire vingt -sept ans après Samo, laissait trois filles, Kacha, Tetka et Libuchà. La première^ inspirée de la tiatureen possédait tous les secrets; elle Usait l'avéuir dans le cours des astres; prédisait lea révola*
180 Lfi MONDE SLAVE.
tions des saisons, et réglait les travaux champêtres. Elle connaissait de pins toutes les vertas médicales des plantes, savait retrouver les objets perdus et gaérissait toutes les maladies. La seconde des trois sœurs, inspirée de Dieu, connaissait le sens caché de tous les mythes, clic composait les prières, présidait comme prêtresse aux sacrifices nationaux, et expliquait au peuple la théologie. Mais la plus jeune, Ltbucha, avait des talents encore plus précieux. Instruite par son père dans la science sociale, elle savait calmer ou soulever les passions des hommes. Son éloquence subjuguait la multitude, et la sagesse de ses décisions étonnait les vieillards. Aussi fut-elle choisie par le peuple pour remplacer son père, comme souveraine ou présidente du Sey m (la diète) et des cours de justice du pays. Libucha gouverna donc aidée par ses deux sœurs. Elle avait en outre des ministres appelés djaks ou scribes qui écrivaient eu rimes slaves sur Técorcc du bouleau les lois et T histoire nationales.
Ces trois princesses ou plutôt ces trois muses étaient d*une vertu très rigide. Aspirant à la vie du ciel et à r union avec les astres, elles prétendaient conserver intacte leur virginité. Mais bientôt dans un débat avec le puissant Khrudoch Rlenovits, la reine se convainquit que pour faire respecter ses décrets, elle avait besoin d*un époux. Elle permit alors à tous ceux qui prétendaient à sa main de venir lui faire la cour. Les prétendants accoururent en foule ; parmi eux le riche Domoslav lui offrit un présent qui était, à ce qu il
parait, citraordinaire poar 1* époque : il envoya à Libacba cent vaclies et trois cents bœufs. Mais la princesse dédaignant tous les ricbes seigneurs, leur préféra un simple laboureur nommé Przemysl. La manière dont elle fit connaître son choix au peuple, est accompagnée de circonstances qui caractérisent bien le paganisme slave. Libucha* réunit les grands da royaume aux bords de F Elbe, danà son château de Libus, situé où est aujourd'hui Kolin. Là elle se déclare prête à obéir au dieu suprême, au dieu Soleil (BieUbog) qui était censé marcher invisible à la tête des Slaves, monté sur un cheval blanc, qu'on nourrissait avec un grand luxe dans le principal temple du pays. Le cheval sacré, richement caparaçonné est donc amené devant l'assemblée ; et la reine ordonne à sa cour de le suivre partout où il lui plaira d'aller, ajoutant qu'il va chercher son époux et leur prince qu'ils trouveront au milieu d'un champ, prenant son repas, assis sur un siège de fer. Les magnats suivirent le cheval blanc, divinement conduit dans sa course, jusqu'à ce qu'il s'arrêtât devant un champ à demilabouré où un homme assis sur le soc renversé de sa charrue, prenait son repas de pain et de fruits. Les courtisans saluèrent aussitôt leur chef prédestiné ; ils lui offrirent de riclies habits à la place de son costume agreste, et le plaçant sur le cheval sacré des augures, ils le conduisirent jusqu'à leur capitale, Vijchehrad. Libucha couronna de ses mains son fiancé dans la salle des aucétres ; et dès lors, conduit par
qne main vigoureuse, le char de TÉtat entra dans iine voie nouvelle. Le hradebin de Prague fut fondé par Przemysl, qui y fit conserver auprès du trône les 3andalçs, sans doute d'éiyrce de bouleau, qu'il levait portées d* abord comme laboureur, pour rappeler d*àgé en âge à ses descendants leur humble origine. On les voyait encore dans le palais ducal au temps du chroniqueur Kosmas qui mentionne cette circonstance dans sou ouvrage.
Libncha étant morte Tannée 710, après avoir fondé Prague, et donné à son pays un code de lois, il y eut alors en Bohème une insurrection conduite par un^ {lérpïne, Vlasta, qui sans doute se prétendait T héritière légitime de Libucha, au détriment de PrzemysL Cette guerre a été représentée comme une guerre d'amazones, une guerre des femmes libres pour reconquérir sur les hommes leurs droits méconnus. U parait que Przemysl vainqueur régna encore longtemps. Il I^ua le trùne à son fils Nezamysl, qui eut pour héritiers directs Mnata, puis Voïen, Unislav, Kresomyslet Hekiau, qui parait avoir étendu considérablement vers le nord les frontières de ses états. Le fils et l'héritier de Nekian, Hostivit, est déjà un personnage tout-à« fait historique, puisqu'il est le père du premier duc chrétien de la Bohème, de Borzivoï. Déjà fondée par une série non interrompue de princes païens, la dynastie de Przemysl continua à régner avec gloire jusqu'à l'entrée du quatorzième siècle, c'est-à-dire qu'elle ne s'éteignit qu'avec l'indépendance nationale.
OEIGIIfES BpgAlfES |T EUSSBS. )|A
MèQie pendant la courte durée de Tempire moraYe, la dynastie pationale des Tchekbs ne cessa pas de régner. Son chef Borzivoï ajant renoncé à 1* idolâtrie, et reçu le baptême en 894, des propres mains de Tarchpvégne Ujéthpde, frère de saint Cyrille, la Bohème se soumit spontanément au grand empereur de toutes les l|pravies,c* est-à-dire ^e toutes les Slavies, |^ Svatoplpk. pe, plus puissant des Tassaux de cet empereuf étaif incontestablement le doc de Bohème. Aussi quand les deux successeurs de Borzivoï, Spitihnïev et Vratislav, ne pouvant plus résister au^ continuelles dévfustations de T Allemagne, se furent reconnus en 895 tributaires du gaint empire allemand, Tempire des Mofavies reçut de cette défection un irréparable échec. L'invasion des bordes maghyares acheva de détruire la puissance des Moraves, qui disparut presque sauf laisser d* histoire. La BQhéme seule continua de rester un royaume ^ çt de rattacher fédéralement à sa qoupnne les diverses peuplades slaves qui l'envifonnaient.
Cependant 1* Allemagne ne se lassait pas de harcd^ les Tchekhs par ses incursions. Enfin après ^voir soutenu contre les Testons que Ipt^e de quatorze années, le duc ^leslav s'était soumis au tribut, et avai$ en 967 achevé sop Ipng règne comme souverain feifd^taire de la Germanie. Hais sous sou successeur Boleslav II, la Bohème, longtemps humiliée, releva la tète, reconquit son indépendance, et parut un moment sur le ppinl de ré^bljif Tfoicien empire morave ; car
iioii-tieulemeiit elle s'incorpora la Moravie proprement dite, insis encore elle mit sous sa dépendance une partie de la I'ol(^c cl le nord-ouest de la Hongrie. Ainsi, malgré tons les efforts de l'ennemi pour Iti détruire, l'union tchekiio-morave survivait à toutes les cataslroplies ; et c'est cette union qui, en se maintenant ïndestractible, a constitué jusqu'à ce jour la nationalité bohème. Sans doute au premier coup d'œil o» ne saurait trouver en Europe de frontières plus nettement dessinées que celles de la Bohême proprement dite, avec son cercle de montagnes, qui l'enveloppe de tous côtés comme une muraille. Mais en examinant avec plus d'attention ce magnifique bassin^ on se convainct bientiït qu'abandonné à lui-même et isolé, il se trouverait à jamais dans l'impuissance de joocr un rôle politique. Pour exister comme nation indépendante, les Bohèmes ont besoin de deux choses : d'abord de l'union avec la Moravie et ses anciennes annexes en Silésie et eu Hongrie; puis d'une forte et .solide alliance soit avec l'Illyrie, soit avec la Pologne, de manière à former avec l'un ou l'autre de ces deux grands pays une seule et même souveraineté fédérale. Cette assertion est démontrée par toute l'histoire depuis Samo et Krok, héros à la fois tchekhs, polonais et vendes jusqu'aux derniers rois du mojen-rtge.
Avec les origines nous venons d'apprécier aussi les ronditions d'existence de la nationalité bohème. Les hases Fur lesquelles elle repose sont exactement les niâmes que celles du primitif empire de Morarie. Par
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ORI<;i>'ES BODËMIS ET RUSSES. 185
conséquent cette nationolitc Tormc, on |H'Ut lu dire, le centre commun et originel de tout le slaviRina occidental. Elle esl la racine d'où Boiit émaiict'» plus tard lus deux piiissancefl , comme les deux littératures, polonaise et illvricnuc. Plact'c à une é;;alc distance de U Itallique et de l'Adriatique, clic est le nu-ud qui nittiiclieel fait communiquer entre cim dcpuiit l<-i< plus anciens temps les Slaves du nord et rem <Iu sud. (;'e»t à ce rftie médiateur que les HuhfmeH semblent avoir été destinés par la Providence L'IIv-mème,