CHAPITRE IV
Pathogénie.
De même que les ossifications de la dure-mère ont des origines anatomiques diverses, elles doivent aussi avoir une pathogénie différente suivant les cas.
Virchow (1) reprenant dans son livre « sur la pathologie des tumeurs » une idée déjà exprimée vers 1836 par Lallemand (2), soutient que les ossifications sont dues à une pachyméningite. Leur point de départ doit être recherché dans les fausses membranes formées sur la dure-mère enflammée. Ces ossifications s’opèrent comme celles qui se développent régulièrement à l’état physiologique. En d'autres termes, ce ne serait pas réellement dans le tissu induré épaissi et fibreux de la dure-mère que se déposerait le phosphate de chaux, mais dans un tissu cartilagineux ou du moins ayant les caractères des cartilages.
Les ossifications de la dure-mère, liées à une lésion du crâne, sont incontestablement dues à une pachyméningite externe ou scléroméningite. 11 s’agit le plus souvent d’une inflammation de voisinage, se propageant à la méninge dure. Celle-ci réagit par rapport au crâne de la manière que le périoste peut réagir dans les inflammations
(4) Vircuow, Path. des tumeurs, t. IT, p. 63 et 109.
(2) Lazzemann, Recherches anatomo-pathologiques sur l'encéphale et ses dépendances. Paris, 1836, t. IT, Lettre dernière.
DU
de l'os. Les exostoses dure-mériennes sont assimilables à toutes celles qui se produisent au niveau d’un os dont le périoste est enflammé : la dure-mère a recouvré ses qualités primitives de périoste du cràne. Les couches osseuses se font suivant le mécanisme de production de l'os périostique : l’os de nouvelle formation se trouve ainsi le plus souvent adhérer plus intimement à la calotte crànienne qu'à la méninge. Il s’agit beaucoup plus dans ce cas d’exostose endocrânienne que d’ostéomes de la duremère.
La pathogénie des ossifications interstitielles de la dur e-mère estbeaucoup plus difficile à établir.
« Sans nier la réalité de ce processus pathologique (pachyméningite interne), nous croyons cependant que, dans certains cas, les ostéomes méningés peuvent se développer par le simple fait de l’hétérotopie morbide (1). » Cette théorie, qui a été émise par Cohnheim pour les tumeurs en général, peut évidemment s'appliquer à un certain nombre d'ostéomes de la dure-mère.
« Cohnheim suppose qu’à une période de la vie embryonnaire, il se produit fréquemment des inclusions des feuillets primitifs et qu'il en résulte une dissémination dans les tissus, de masses cellulaires ; celles-ci peuvent toute la vie garder leur caractère embryonnaire et demeurer à l'état latent ; mais un jour, sous une influence que nous ignorons, ces ilots cellulaires, ces germes, reprennent leur activité et donnent lieu par leur développe-
(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, art. Méninges. S. Jaccoup et Laganir-Lscrave; 228 vol., p. 277,
DEN ment hétéro-chronique et souvent hétérotopique à une tumeur (1).
Quelques auteurs voient dans les ossifications de la duremère ut retour à une disposition normale chez certains animaux dont les méninges eten particulier la faux du cerveau sont calcifiées : « Les ostéomes de la dure-mère qui se produisent sur sa face interne et surtout dans la faux du cerveau rappellent certaines particularités animales et indiquent ainsi le chemin tracé dans lequel s’est répandu la malière surabondante destinée à la formation de l'os (2). »
Il semble que, dans quelques cas, l’ossification interstitielle de la dure-mère soit le résultat d'une irritation de voisinage : notre observation IL nous en offre un exemple. Au niveau d’une exostose crânienne, la dure-mère présentait une tumeur osseuse située nettement dans son dédoublement. Dans tous les autres cas, il a été impossible de savoir l’origine de l'irritation.
En définitive, il nous est difficile de nous prononcer sur le mécanisme intime de l’ossification interstitielle de la dure-mère: mais quelle que soit la théorie que l’on admet, la dure-mère se comporte comme la capsule primitive crânienne : l’os se forme au sein même de la membrane. L'ossification pathologique de la dure-mère ressemble à l’ossification membraneuse physiologique des os du crâne.
(4) D’après Quénu, Tr. de chirurgie Durray et Reczus, 1°* vol., p. 336. (2) Kzess, Allgemeine Pathologie, 1889, 2° vol., p. 698,