OBSERVATION XXXIV
(Recueillie dans le service de M. Ollier.)
Ostéite du pubis. — - Troubles du côté des voies urinaires.
Extraction d’un séquestre. Disparition de ces symptômes.
Pierre Aslier, âgé de 3ç ans, cultivateur, entré à l’Hôtel- Dieu de Lyon le i3 janvier 1868. Ce malade avait toujours joui d’une bonne santé, lorsqu’il y a trois ans, il éprouva des phénomènes morbides du côté des organes urinaires, sans pouvoir les rattacher à des excès de boissons ou à des excès vénériens. Les urines étaient chargées, très foncées; les mictions plus fréquentes. En outre, dès que l’envie d’uriner se faisait sentir, le malade devait se tenir le canal de l’urèthre serré entre les doigts, sous peine de laisser l’urine souiller ses vêtements. Ces phénomènes cessèrent au bout d’un mois et demi environ.
Trois mois après, une tumeur apparut à l’extrémité interne du pli de l’aine gauche, dans le sillon inguino-scrotal. Ce n’est que $ix mois après son apparition que le malade entre à l’hôpital.
L’abcès est ouvert au bistouri et drainé. Il s’écoule un liquide séro-purulent d’odeur fétide. La suppuration fut abondante les semaines suivantes.
Trois mois après, le malade sort de l’hôpital, conservant sa fistule :
Il rentre le i3 janvier 1868. La fistule du sillon inguinoscrotal persiste. Un stylet introduit fait constater à quatre centimètres un séquestre complètement mobile.
i3 février. — Opération. Par une incision dirigée dans le sens delà ligne inguino-scrotale, longue de cinq centimètres, on arrive sur l’os. Le séquestre est retenu par un pont de périoste ossifié que M. Ollier fait sauter avec le gouge et le maillet. Puis avec des pinces il extrait le séquestre, de forme
pyramidale, présentant un cent, et demi de base sur un de hauteur. On rugine ensuite la cavité du séquestre. Pansement à l’eau de Pagliari.
Les suites de l’opération 'furent très simples. La plaie se ferma peu à peu et le malade partit pour Longchêne, dans le courant de mars, dans de bonnes conditions, ne présentant plus aucun trouble des voies urinaires.
Les séquestres se formant au niveau des épiphyses, qui correspondent aux points saillants du bassin, leur extraction est en général facile. Les épines et les crêtes iliaques font un relief sous la peau ; le pubis et sa branche descendante sont très accessibles par le pli inguino-scrotal ; l’ischion, plus profond, est assez facilement atteint par une incision au niveau du pli fessier à sa partie interne. Pour le sacrum seul, on devra traverser des couches musculaires épaisses pour arriver à la lésion. On trouvera le procédé opé* ratoire dans les observations.
L’extraction des séquestres est la moins discutable des opérations pratiquées sur le bassin. Sans opération, la guérison tarderait des années, si elle n’était impossible; après l’opération, elle est prompte et habituelle.
Evidements osseux Résections.
Les anciens employaient le fer rouge comme modificateur de la carie osseuse. Boyer regrette que l’épaisseur peu considérable de l’os coxal ne permette
pas son emploi dans la carie de cet os. Cependant les cautérisations au thermocautère de Paquelin trouvent encore leur indication, sinon contre la lésion osseuse elle-même, du moins contre l’infiltration tuberculeuse des tissus adjacents.
C’est dans le même but modificateur que l’on touche la plaie opératoire au chlorure de zinc, ou que l’on fait des pansements à l’iodoforme.
La conception moderne de la carie osseuse ou plutôt de la tuberculose osseuse, conduit à une intervention plus radicale : c’est l’ablation de l’os carié qu’ont en vue la plupart des chirurgiens. C’est là une question de pathologie osseuse générale que nous ne pouvons aborder. Nous donnerons seulement les faits qui nuus concernent, et ils nous semblent en faveur de cette méthode, du moins chez l’adulte. Ses procédés opératoires sont le raclage, l’évidement osseux, l’excision des parties malades, la résection sous-périostée plus ou moins étendue de l’os.
Manné (Traité élémentaire des maladies des os,) passe pour avoir songé le premier à réséquer des portions de l’os coxal.
Mais la première résection de la crête iliaque est attribuée à Léauté (Ledran : Observations de chirurgie, t. II. p. 205).
Mannoir a publié une résection de la tubérosité sciatique : « L’os était carié dans une grande étendue. On enleva une portion de l'ischion, équivalente au volume d’un œuf de poule, et la guérison eut lieu. »
Heyfelder fit la même opération pour une nécrose
de l’échancrure sciatique. Dans son Traité des résections il donne comme telles plusieurs simples extractions de séquestres.
Velpeau a excisé des portions considérables de la crête iliaque, du pubis et de l'ischion.
Nous ne doutons pas que nombre de chirurgiens aient fait de semblables opérations, sans les publier. Nous avons cité ailleurs des résections importantes, faites pour des lésions du bassin compliquant des coxalgies.
Dans le Tableau des résections non articulaires et des évidements osseux de Eugène Bœckeh nous trouvons cinq observations sur les os du bassin. Elles concernent des caries de la crête iliaque, de la symphyse pubienne, de l’ischion et du sacrum.
Résections sous-périostées.
Une opération plus complète et plus conservatrice à la fois est la résection sous-périostée ; elle enlève tout l’os carié et permet sa régénération. Nous reproduisons ici l’observation très importante publiée dans le Traité delà régénération des os. La branche ischio-pubienne et la portion articulaire de la symphyse ont été retranchées ; et M. Ollier a constaté manifestement la reproduction d’une masse osseuse unissant le pubis à l’ischion et complétant le trou obturateur.