CHAPITRE IV
Action élective du chlorure de zinc.
À la suite de l'injection les parties malades, comme du reste les parties environnantes, deviennent le siége d'un gonflement assez intime pour être facilement perçu. L’articulation, qui était déjà grosse de parles fongosités qui la remplissaient, augmente de volume, mais en prenant l'aspect d'une tumeur plus ronde, plus uniformément ronde.
La peau n'est le siége d'aucune altération, nous l'avons déjà dit, si l’injection est faite profondément, du moins au-dessous de l’aponévrose superficielle. Quand on la fait plus superficiellement, il se forme un œdème dur, que M. le professeur Lannelongue compare au sclérème des nouveaux-nés. La peau peut alors devenir rouge, luisante.
Il faut éviter de pénétrer dans les articulations, car on y produirait inévitablement des accidents d'arthrite aiguë.
Le résultat de l'injection ne se fait point attendre ;
dès le lendemain on constate des modifications ; les tissus fongueux sont plus tendus, plus résistants ; on les distingue moins dans l’empâtement général ; l’on peut observer au niveau de la piqûre des noyaux qui vont aller en se durcissant, étendant la sclérose de proche en proche ; mais il est à remarquer que cette sclérose est toujours plus considérable au niveau de la piqûre et dans la région directement voisinante. Mais l'effet se fait sentir au loin, par propagation du voisinage, et cela par l’action élective du chlorure de zinc sur les vaisseaux, artères, veines et lymphatiques. Le chlorure de zinc détermine une modification lente de la paroi des artères et des veines, qui en rétrécit leur calibre jusqu’à une distance plus ou moins éloignée, de plusieurs centimètres parfois, du point d'application du médicament.
Cette endartérite et cette endophlébite modifient la circulation des fongosités, et c’est bien peut-être une des raisons de la transformation fibroïde de ces mêmes fongosités.
Dans tous les cas, on devra déposer quelques gouttes de la solution à la limite extérieure des fongosités, sur l'os lui-même. Cette pratique n'est pas sans avoir une certaine importance, qui a été mise en évidence par une série d'expériences faites par M. Lannelongue sur une série d'animaux. Avant deles rappeler nous dirons que, chez l'homme, le chlorure de zinc déposé à la surface de l'os, surtout dans la région épiphysaire, y développe une ostéite interstitielle qui se propage jusque dans les parties centrales de l’épiphyse ou
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dans le centre des diaphyses si on a agi sur elles.
On comprend que la méthode agisse de la sorte sur les foyers tuberculeux intra-osseux, sur le ramollissement et l'ostéite raréfiante de l’os, et y provoque une sclérose osseuse qui devient à son tour la cause dela guérison. |
Il n'est pas douteux, en effet, que la plupart des malades atteints de fongosités articulaires ont en même temps des lésions osseuses. Ces altérations sont les unes secondaires et consécutives à l’envahissement des épiphyses par les fongosités ; mais, dans d’autres circonstances, une ostéite épiphysaire tuberculeuse localisée à un ou plusieurs foyers est la maladie primitive et la synoviale n’est atteinte que secondairement. Or, la guérison de ces arthrites, compliquées d'ostéites, traitées par la méthode sclérogène, témoigne du travail qui a dû s’accomplir dans les os par les effets du chlorure de zinc.
On reproduit, d'une manière évidente, ces effets d'ostéite profonde et étendue sur les os du lapinetdu chien.
Pour cela on n’a qu’à déposer sur la surface de la diaphyse du fémur ou du tibia de ces animaux une ou deux gouttes au plus de chlorure de zinc. Au bout d'un mois ou six semaines, si on sacrifie l'animal, on peut apprécier par comparaison les changements opérés dans l'os à la surface duquel on a seulement déposé la goutte de solution. Il yalà comme une exos-
tose; de plus la diaphyse, à ce niveau, est plus volu-
mineuse que de l’autre côté et cela d’une manière notable.
Mais la coupe des os est tout à fait instructive. En faisant des coupes longitudinales et transversales des os sains et expérimentés, afin de pouvoir faire la comparaison, on reconnaît :
1° Un épaississement du tissu compact des diaphyses qui se prolonge à 2, 3 et4 centimètres au-delà du point où l'on a mis le chlorure. Dans un cas, on a vu le canal médullaire presque rempli d'os nouveau en ces points.
Sur les os plats, omoplate, pubis, on développe une augmentation d'épaisseur de l'os, sur lequel on a procédé de la même façon. Les épiphyses deviennent plus compactes.
Nous avons vu une vingtaine d'os sur lesquels ces résultats ont été obtenus.
Is sont la preuve expérimentale que la méthode sclérogène n'agit pas seulement sur les points où l’on a déposé la solution de chlorure de zinc, mais à distance, aussi bien dans les os que dans les tissus mous ; qu'elle sclérose tous les tissus, en agissant
sur les sources vasculaires d’où ils tirent leur’nutrition.