DES ANOMALIES DE VOLUME ET DE FORME
Grâce aux considérations qui précèdent, l’étude des variétés anatomiques peut être abordée avec fruit, et leur description tracée d’une main ferme et assurée. Yu leur peu d’importance physiologique, on le fera brièvement ; du reste, après les détails dans lesquels on est entré, les exemples qu’on a exposés, les longs commentaires seraient superflus.
A. Petitesse physiologique. — On comprend sous ce nom les cas dans lesquels l’ovaire, tout en restant apte à remplir ses fonctions, est diminué dans son poids et dans son volume. Les faits de ce genre sont loin d’être communs, et on trouve difficilement à en citer des exemples après avoir élagué, comme de raison, les cas d’atrophie survenue à la suite de fausses couches répétées, de certaines maladies chroniques ou diathésiques. En ce qui me concerne personnellement, je n’en ai jamais rencontré dans mes dissections, mais par contre j’ai par devers moi d’assez nombreux cas d’atrophie accidentelle. Je mentionnerai notamment l’autopsie d’une femme morte à 25 ans d’une phthisie pulmonaire avec ulcérations du larynx, chez laquelle, en dépit d’une grossesse de cinq mois, les ovaires étaient moins volumineux que de coutume : à droite, où se constatait le corps jaune, le diamètre transversal mesurait 26mm, le diamètre vertical 8, l’antéro-postérieur 5. Chez une fille de 25 ans, qui succomba à une phthisie galopante deux jours après un avortement survenu au troisième mois, les ovaires n’étaient pas moins atrophiés ; quant au corps jaune, il mesurait à peine 5mm, au lieu de 24 qu’il présente à cette époque. Dans sa Thèse, M. Brouardel ' a donné une mensuration qui n’est pas moins significative: ainsi, chez
1 De la tuberculisation des organes génitaux de la femme, pag. 181. Paris, 1865. Chose à
cette femme, l’ovaire droit avait 50,nm en longueur, 7 en hauteur, 6 en épaisseur; quant à l’ovaire gauche, long de 55,nm, il était épais de 2m,n,5.
A côté de ees faits, il convient cependant de remarquer qu’il est loin d’en être toujours ainsi ; c’est ce qui explique comment deux mensurations recueillies chez des phthisiques, figurent dans mon Tableau Y. Ces cas ne sont pas les seuls qui eussent pu en faire partie ; en consultant mes notes d’amphithéâtre, je trouve la mention d’ovaires volumineux avec une phthisie à marche lente, avec une altération organique du foie, avec un abcès par congestion dépendant d’une carie des vertèbres lombaires, etc., etc. Pour se résumer, les maladies chroniques n’amènent pas fatalement l’atrophie ; mais, comme elles ont souvent ce résultat, on devra jusqu’à nouvel ordre ne point tenir compte des mensurations qui y ont trait, pour établir la normalité des diamètres.
La petitesse physiologique des ovaires n’est point un arrêt de développement, mais plutôt un arrêt de croissance: on la reconnaît moins aux indices physiologiques, tels que l’apparition tardive des règles, la médiocrité de leur quantité, qu’aux signes anatomiques fournis par l’inspection et surtout par la mensuration. Toutes les fois que le diamètre transversal descendra au-dessous de 28,nm, le diamètre vertical au-dessous de 12, le diamètre antéro-postérieur au-dessous de 10, on sera autorisé à dire qu’il y a diminution; mais il n’y aura véritablement petitesse que si tous les diamètres sont simultanément amoindris.
Conjointement avec les diamètres, le poids descend et éprouve un abaissement proportionnel. Chez une fille mère, morte à 52 ans d’une métropéritonite pelvienne, Négrier ( loc . cit ., pag. 16) trouva aux ovaires le volume et la forme d’une petite noisette ; ils pèsent à peine 4 grammes. Fendus avec précaution, de leur bord libre à leur pédicule péritonéal ils offrent, le droit, une large vésicule festonnée dont le centre est composé d’une matière fibreuse, blanchâtre, nacrée. Cette vésicule occupe le centre
noter, tous ces faits d'atrophie morbide confirment la particularité mise en lumière pour l’âge critique: la longueur restant à peu près la même, c’est sur la hauteur et l’épaisseur que porte la diminution.
de l’ovaire et au moins les trois quarts de toute la cavité de la coque ovarique. On aperçoit à peine quelques granulations miliaires et une ou deux vésicules de de Graat' très-petites dans le stroma. L’ovaire gauche n’offre que des granulations primitives à leur début. Celte fille n’avait été réglée qu a 20 ans et avait éprouvé plusieurs retards dans les deux premières années; elle perdait deux jours et tachait à peine son linge. Gendrin * a observé un cas dans lequel la diminution était encore plus considérable. L’ovaire gauche d’une fille de 20 ans avait la moitié de son volume ordinaire, pesant seulement 23 grains ( lgr, 1 5 ) . L’ovaire droit, qui avait fourni le dernier ovule menstruel, était un peu plus volumineux.
B. Hypertrophie physiologique , excès de développement. — L’hypertrophie physiologique diffère de l’hypertrophie morbide en ce que les tissus sont sains et ne présentent pas les altérations propres à l’inflammation ou à *a congestion chroniques : elle est dite partielle quand un seul diamètre est exagéré ; elle est dite totale quand tous, sans exception, participent à l’augmentation ; enfin, l’une et l’autre variété peuvent s’observer, soit avec un utérus normal, soit avec les diverses anomalies de cet organe. Pour bien caractériser ce qu’il convient d’entendre par celte dénomination, on se contentera d’énumérer quelques exemples relatifs à l’une ou l’autre catégorie.
Sur une fille de 22 ans, morte du typhus à l’Hôtel-Dieu de Toulon, j’ai trouvé l’ovaire droit long de 55mm, haut de 55, épais de 23 ; l’ovaire gauche avait seulement 50ram en longueur, 25 en largeur, 18 en épaisseur.
Sur une fille de 20 ans, adonnée à la débauche, morte d’une péritonite puerpérale, Négrier (loc. cit., pag. 14) trouva les ovaires démesurément développés: ils avaient 60mm de longueur, et environ 50 de largeur et d’épaisseur.
Sur une fille de 33 ans, à passions énergiques, morte d’une méningite consécutive à une tentative de suicide, les ovaires, d’un volume plus qu’ordinaire, mesuraient, d’après le même auteur, 6 à 7 centimètres de longueur
4 Traité philosophique de méd. pral., toin. II, pag. 20. Paris, 1839. J'ai longtemps hésité à citer cette observation, car cette diminution de poids me paraît vraiment extraordinaire.
sur 5 de hauteur et d’épaisseur, ce qui leur donnait une forme globuleuse.
Ils étaient un peu moins développés dans le cas suivant ; mais, à raison des lésions extrêmement intéressantes qu’ils présentaient, on me permettra de le relater dans ses détails principaux.