OBSERVATION V
Ectopie inguinale de l’ovaire gauche constatée à l’autopsie d'une enfant d’un mois et demi.
Joséphine Romer, âgée de 17 jours, entra le 12 septembre à l'infirmerie. Elle est forte et paraît douée d’une bonne constitution ; son ventre est légèrement tendu ; il existe à la région inguinale gauche une tumeur arrondie, grosse comme une aveline, un peu dure au toucher, ne pouvant rentrer dans l’abdomen par le taxis, ne diminuant pas à la pression et n’augmentant pas par les cris de l’enfant. Elle se dirigeait obliquement vers la grande lèvre du même côté, mais n’arrivait pas jusqu’à elle. En considérant la situation de cette tumeur, on pouvait être porté à croire quelle était formée par une hernie inguinale congéniale; mais le sexe de l’enfant ne permit pas à Billard d’admettre cette supposition. Il suspendit son jugement, et à sa mort, survenue vingt-six jours plus tard par le fait d’une pneumonie, il constata les particularités suivantes :
La tumeur herniaire était formée par Y ovaire gauche descendu par le canal et l’anneau inguinal , qui étaient beaucoup plus larges que d'habitude. La matrice, attirée par son ligament rond et par l’ovaire qui faisait hernie, était déviée de sa position naturelle et s’inclinait vers le côté gauche de la vessie. Le rein gauche, au lieu de se trouver sur le même plan que celui du côté opposé, était tiré en
bas par le tissu cellulaire et par un repli du péritoine qui avait des connexions avec l'orifice du sac; l'artère et la veine rénales avaient cédé à ce tiraillement, s’étaient allongées et rétrécies en même temps ; enfin, l'ovaire et le pavillon de la trompe, un peu rouges et un peu tuméfiés, étaient logés librement au fond du sac formé par un prolongement du péritoine avec la cavité duquel il communiquait. Il n'y avait point de circonvolutions intestinales adhérentes aux parties voisines, et l'ovaire, du côté opposé, était dans sa situation habituelle.
En examinant avec soin le ligament rond du côté où existait la hernie, j’ai vu qu’il était beaucoup plus court que celui du côté opposé et qu’il se terminait dans 1 épaisseur de la grande lèvre par une expansion aponévrotique, au lieu de s’y perdre en filaments déliés, comme cela s’observe le plus ordinairement, de sorte qu’il paraîtrait que ce ligament, plus court et plus solidement fixé à la grande lèvre que cela ne s’observe, aurait d'abord causé la déviation de la matrice, et par suite l’entraînement de l'ovaire à travers l'anneau inguinal. Il est donc résulté de cette adhérence vicieuse que toutes les parties extensibles et mobiles du côté gauche de l'abdomen, qui avaient des connexions de continuité ou de contiguïté avec les parties herniées, ont elles-mêmes été tiraillées du côté de la hernie, parce qu’elles n'ont pu s’écarter les unes des autres ni suivre le mouvement d’ampliation de l'abdomen pendant le développement de l’enfant dans l’utérus. (Billard; Traité des maladies des enfants nouveau-nés , pag. 474. Bouchut; Traité pratique des maladies des nouveau-nés. Paris, 1853, pag. 556.)
D’après mes recherches, le ligament rond est, sinon l'agent unique, du moins l’agent prépondérant dans la production des ectopies inguinales. Comme causes secondaires concourant au même but, on doit mentionner la persistance du canal de Nuck , la forme effdée et grêle de l’organe déplacé, l’étroitesse et le peu de largeur du bassin fœtal, et enfin la péritonite intrautérine, qui a eu dans certains cas une action incontestable.
DES ECTOPIES LOMBAIRES.
Après avoir, dans le précédent paragraphe, étudié tour à tour les déplacements physiologiques subis par l’ovaire, montré les retards plus ou moins longs éprouvés dans son évolution, on est amené à se demander si cette marche peut être complètement entravée, si en un mot il y a des arrêts de migration définitifs.
Ces arrêts de migration, relativement fréquents chez l’homme, doivent être beaucoup plus rares chez la femme, et cette rareté s’explique aisément, pour peu qu’on veuille réfléchir aux conditions différentes dans lesquelles se trouvent placés chez l’un et l’autre les organes sexuels par excellence. Au lieu de devoir sa descente à l’action pure et simple des viscères abdominaux et d’être relié par un ligament court 1 à l’organe dont il est le satellite obligé, le testicule a encore besoin d’un autre agent, et se trouve en quelque sorte indépendant par rapport aux vésicules séminales, ou, si l’on veut, par rapport à la vésicule prostatique, considérée en anatomie transcendante comme l’organe similaire de l’utérus. La différence de longueur du trajet à parcourir, le défaut de proportion entre le canal inguinal et l’organe auquel il doit donner passage, viennent s’ajouter aux causes qui rendent plus fréquents les arrêts de migration du testicule. Enfin, et par là sera clos ce court parallèle, abstraction faite des cas de péritonite intra-utérine et de l’étroitesse du canal inguinal ou de ses anneaux, les arrêts de migration du testicule sont toujours dus au défaut d’action ou à l’action insuffisante du gubernaculum de Hunter. En effet, lorsque l’un des deux testicules ou tous les deux n’occupent point leur position normale, on les trouve dans la cavité de l’abdomen, juste au-dessus du canal inguinal, c’est-à-dire à l’endroit où commence l’action du gubernaculum testis. En d’autres termes, le testicule et l’ovaire sont entravés exceptionnellement dans leur parcours intra-abdominal, et, à en juger par le raisonnement, les anomalies désignées sous le nom d’ectopies lombaires doivent être excessivement rares.
A s'en rapporter à mes recherches, la science n’en possède pas d’exemples en ce qui concerne le testicule, et il en serait de même à l’endroit des ovaires, si je n’avais été assez favorisé pour en recueillir deux exemples à quelques mois d’intervalle. Vu leur importance, ils seront relatés dans tous leurs détails, avec d’autant plus de raison qu’ils sont à peu près inédits, les Comptes-rendus de l’Académie des sciences 2 n’en ayant donné
< Le ligament ovarien, imperceptible à 8 semaines, grandit au fur et à mesure qu'on approche de la naissance. Du 3e au 4e mois, il a de 2 à 3mm de longueur; du 6e au 7e mois, il a en moyenne 5“™ (— 3 + 8); enfin, à terme , il a 7 à8mm, c'est-à-dire le quart de la longueur qu'il est appelé à avoir chez l’adulte.
? Comptes-rendus hebdomadaires des séances de l’Acad. des sciences, pag. 643. Paris, 1855.
qu’un résumé très-écourté et tout à fait insuffisant pour les faire apprécier à leur véritable valeur.