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OBSERVATION VIII

Ectopie inguinale de l'ovaire gauche, observée chez une enfant de treize jours.

Le 20 septembre 1870, il a été porté à ma consultation une tille âgée de 13 jours, laquelle présente une tumeur dans la région inguinale gauche. Cette tumeur, solide, rénitente, mobile et susceptible de réduction, m’a longtemps embarrassé. En tout cas, ce » est point l’intestin, puisqu’elle est solide et se réduit sans gargouillement ; ce n’est point une glande, vu sa réductibilité par le taxis; ce n’est pas non plus l’épiploon, car chez les enfants de cet âge il ne descend pas assez bas pour s’engager dans l’anneau inguinal. Qu’était-ce donc, si ce n’est une tumeur formée par l’ovaire déplacé ?

Grâce à l’application d’un bandage inguinal ordinaire, la tumeur n’a plus reparu, comme elle faisait auparavant, sous l’influence des cris et des pleurs prolongés. Le 18 octobre 1871, alors que je l’ai vue pour la dernière fois, l’enfant allait très-bien, et la tumeur avait complètement disparu.

L’ectopie inguinale est tantôt simple, tantôt compliquée : dans le premier cas, qui est le moins fréquent (21 fois), elle est toute l’anomalie, et existe à l’étal d’isolement ; dans le second cas, elle est compliquée d’autres vices de conformation, tels que : l’hermaphrodisme (15 fois), l’absence de l’utérus (15 fois), l’utérus unicorne (4 fois). Quelle que soit sa manière d’être, elle peut être tantôt unilatérale, tantôt bilatérale ; cependant; il est à remar-

1 Des anomalies de l'homme et de leur fréquence relative, in-8° de 104 pages. Paris, 1871.

quer qu’à l’état de simplicité elle est rarement double : sur 18 cas d’ectopie double, il y en avait seulement 2 dans lesquels l’utérus eût sa conformation régulière; sur 53 cas où l’ectopie était unilatérale, 14 seulement étaient compliqués d’autres anomalies des orgaues de la génération. Quant au côté, abstraction faite des cas dans lesquels cette particularité n’était point spécifiée, on a relevé quinze fois son siège à gauche, et sept fois à droite. Cette prédilection particulière pour le côté gauche n’est point l’effet du hasard ; elle s’explique par le moindre volume de cet organe, par sa descente plus précoce concordant avec l’époque du maximum d’amplitude du canal de Nuck.

Le canal de Nuck, ainsi désigné parce qu’il a été décrit pour la première fois par cet anatomiste, a eu, si l’on peut ainsi parler, une existence orageuse : tour à tour nié et admis, il vient encore, dans ces derniers temps, d’être contesté par M. Duplay. A s’en rapporter à son expérience personnelle, on ne s’explique point ces négations multiples, ayant toujours rencontré, dans les dissections pratiquées sur les fœtus de quatre à sept mois, un canal formé par le péritoine prolongé au-devant des ligaments ronds. Or, ce canal, qui n’est autre chose que le canal de Nuck, et qui est surtout manifeste du quatrième au sixième mois de la vie intra-utérine, époque où il n’a pas moins de 6 millimètres, est le conduit à travers lequel s’engage l’ovaire fourvoyé ; seulement, par le fait de cette circonstance, au lieu de disparaître du septième au neuvième mois de la vie fœtale, comme cela a lieu d’habitude, il reste ouvert et conserve des communications plus ou moins étendues avec la grande cavité péritonéale.

En conséquence, si l’on tient compte de cette double circonstance, que le canal de Nuck a, vers la vingtième semaine, son maximum d’étendue, et que, vers la même époque, l’ovaire a seulement 7 à 8mm de longueur sur lram de largeur, on s’accordera à conclure que c’est là le moment auquel se produira de préférence l’ectopie congénitale.

Deneux, qui sous le nom de hernie a, le premier, abordé l’histoire ex professo de ces déplacements, les distingue en primaires et en secondaires : il les appelle primaires quand l’ovaire est le seul organe déplacé, et secondaires quand la trompe et la matrice sont descendues dans le sac précédées

par l’ovaire. Quoi qu’en ait dit Mulert', cette distinction est parfaitement légitimée par les faits; seulement les ectopies primaires sont beaucoup plus rares que les ectopies secondaires, ou, pour être plus précis, il est rare qu'on trouve l’ovaire sans la trompe correspondante 1 2. Le déplacement concomitant de l’utérus, ou mieux de la corne utérine correspondante, est au contraire un cas tout à fait exceptionnel. Abstraction faite des observations de Lallement et de Desault, dont l’origine congénitale doit être suspectée à bon droit, on n’a guère à citer que celles de Rektorzik (Obs. xm) et de Jackson (Obs. ix). Quant à celle d’Olshausen, dans laquelle l’ovaire était accompagné de la corne correspondante d’un utérus bicorne, j’incline à croire que le déplacement était postérieur à la naissance.

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