OBSERVATION XII
Hernie de l'ovaire gauche compliquée d’hydropisie. — Ponction; injection iodée. — Guérison.
Une femme ayant eu, à 1 7 ans, une couche heureuse après neuf mois de mariage, resta quatre mois sans voir revenir ses règles. La malade, qui s’était livrée à la fatigue pendant l'été, commença en automne à ressentir un malaise général, de la faiblesse dans les membres inférieurs, de la céphalalgie, et de temps en temps des élancements dans la région iliaque gauche avec sensation de pesan-
teur. Bref, cinq ans après, c’est-à-dire à l’âge de 22 ans, il apparut, à l’automne de 1860, une tumeur au pli de l’aine gauche.
Le 16 février 1861, M. Casati constate au-dessus de la région crurale gauche une tumeur de forme sphérique et fluctuante, d’un volume un peu moindre qu’une tête de fœtus à terme. Toute sa surface est douloureuse à la moindre pression, et à sa partie interne on constate de forts battements artériels. L’exploration du ventre, qui est très-volumineux, montre que toute la région iliaque gauche est remplie par une tumeur au moins deux fois plus grande que celle de la région inguinale. Cette tumeur abdominale était également fluctuante et paraissait communiquer avec l’autre. M. Casati diagnostiqua un kyste de l’ovaire faisant hernie au dehors. Les pulsations artérielles provenaient de l’artère crurale, et la compression du nerf crural rendait compte de la sensation de torpeur, de l’affaissement et de l’œdème du membre inférieur. Après avoir pratiqué la ponction de la tumeur extérieure, on fit une injection iodée, laquelle fut suivie d’une syncope, et provoqua une douleur cuisante.
Un mois après, la malade paraissait guérie ; il ne restait plus à la région de l’aine qu’une petite tumeur grosse comme une noix, que l’on pouvait croire formée par les parois de la poche primitive réunie par inflammation adhésive ' . (. L’Ippocratico giornale dimedec. e chirurgia, juni 1862. — Gaz. mèd. de Paris, 1864, pag. 701.)
Le cancer -a été observé deux fois ; l’un de ces exemples, recueilli par Demouchaux, concerne une fille de 3 ans offrant conjointement l’absence de l’utérus, et ayant succombé environ six mois après le début de la maladie. Les deux ovaires herniés étaient cancéreux, ainsi que le bord inférieur de l’épiploon gastro-colique. Quant à l’autre, observé par Mason Warren, il a trait à un sujet de 2i ans, et sera, vu son importance, reproduit plus loin avec les plus grands détails (Obs. xvii ;.
La tuberculisation a été rencontrée par Chevreul sur un sujet hermaphrodite excessivement curieux, ayant à gauche une ectopie inguinale. Par le fait d’une chute, l’organe s’enflamma, grossit rapidement; le ventre s’engorgea, des vomissements se montrèrent, le marasme survint, et la mort eut lieu à 51 ans, huit mois après la chute.
' Hecker (Mon. f. Geburtsk., tom. VII, pag. 98) a observé chez une femme de 42 ans une grossesse compliquée d’hydropisie de l'ovaire gauche. Il pratiqua l'accouchement prématuré avec succès; mais pendant les couches, le kyste s’étrangla dans le canal inguinal, et la mort s’ensuivit.
Quant aux maladies aiguës on chroniques sans production de néoplasme, elles ont été plus fréquemment observées et se rattachent à X inflammation, soit de l’organe (Lassus, Balling, etc.), soit des parois du sac (Pollock, etc.). On se borne à cette mention, devant revenir, à l’occasion du traitement, sur ces états morbides.
Par le fait de son déplacement, par le fait des mauvaises conditions de vitalité dans lesquelles il se trouve forcément, l’ovaire hernié est, plus que son congénère, exposé, soit à l’atrophie de ses divers éléments, soit aux maladies énumérées ci-dessus ; mais il convient d’ajouter qu’il n’est pas fatalement prédisposé à l’un ou l’autre état, puisqu’on l’a vu subir ses diverses phases d’accroissement et même grandir pendant la période menstruelle, pour diminuer après la disparition de l’écoulement. A défaut de l’examen direct, ces circonstances permettent de présumer l’intégrité de ses fonctions physiologiques, mais elles ne prouvent pas que celles-ci ressortent à effet ; elles ne démontrent pas, en un mot, que l’ovule en provenant soit alors saisi par les franges du pavillon hernié, et transmis en toute sécurité à l’utérus. Pour que cette démonstration put être faite et que la solution en fût définitivement acquise, il faudrait rencontrer un sujet, vivant à l’état de mariage, chez lequel une ectopie double existerait conjointement avec un utérus bien conformé. En attendant celte rareté, on en est réduit à émettre les propositions suivantes:
1° Un ovaire hernié est stérile congénialement quand il existe seul dans le sac, accidentellement quand il est atrophié, entouré d’adhérences ou profondément altéré ;
2° Un ovaire hernié peut fournir un ovule susceptible d’être fécondé toutes les fois qu’il est accompagné de la trompe, et que l’un et l’autre organe sont sains, mobiles et normalement développés.
Si la première proposition peut se passer de commentaires, tellem ent elle tombe sous les sens, il n’en est pas de même pour la seconde, à l’égard de laquelle les preuves ne surabondent pas. A en croire Deneux, Balin aurait vu, en faisant l’ouverture d’une femme morte cà la Salpétrière, un ovaire engagé dans l’anneau, offrant les vestiges d’un germe fécondé. En 1852, Widerstein a recueilli un cas analogue dont voici la relation (G).