OBSERVATION XV
Hermaphrodisme féminin; ectopie double; menstruation régulière. — Deux avortements, l'un au troisième mois, l’autre au cinquième mois.
Au mois d’avril 1807, le Dr Handy a observé à Lisbonne un individu qui réunissait au plus haut degré de perfection les parties sexuelles de l’homme et de la femme. Cet individu, âgé de 28 ans, était d'une taille svelte; ses traits étaient mâles et son teint brun. Ii avait un peu de barbe qu’il était obligé d’écourter avec des ciseaux. Le larynx était semblable à celui d'une femme. Le pubis, les testicules , le scrotum, étaient situés comme ils le sont ordinairement; ils avaient la forme et presque le volume qu'ils présentent chez l'adulte. Le prépuce recouvrait le gland en entier et pouvait en être éloigné de manière à présenter à nu cette partie, dont la totalité pouvait être sentie très-distinctement. La sonde pénétrait jusqu’au tiers de l’urèthre; elle éprouvait à cette hauteur une résistance qui ne pouvait être vaincue. Les organes du sexe féminin étaient absolument semblables à ceux d'une femme bien conformée, à l’exception des grandes lèvres, plus rapprochées de l’urèthre et plus petites. Le poil qui les revêt est peu abondant. Les cuisses étaient moins grosses et les os des îles plus petits et moins écartés que chez les femmes. La voix, la manière, et tout ce qui dans l'habitude sert à caractériser le sexe féminin, assignait ce sexe à l’individu en question. Cette hermaphrodite avait tous les mois ses règles-, elle a été deux fois enceinte, mais elle a avorté au troisième mois et au cinquième. Durant le coït, le pénis entrait en érection. Les parties qui appartenaient au sexe masculin étaient le siège d’une sensation agréable et vive qui était particulièrement marquée au gland. Cet être n’a jamais cherché à s’unir à une femme, quoiqu’il fût ardent au plaisir de l’amour. (Handy; Medical Repository, n° 45. Journal de médecine , 1815, tom. XVII. Dict. des sciences médicales , tom. IV, pag. 163.)
En présence de ces observations, on ne saurait dire que l’ectopie ovarienne entraîne fatalement une grossesse extra utérine; mais on est en droit d’affirmer qu’elle y prédispose fortement, puisque sur les quinze cas dans lesquels l’utérus avait sa conformation normale, elle s’est produite trois fois : proportion énorme, puisque, à en juger d’après quelques essais statistiques, celle-ci se rencontre, en moyenne, une fois sur 15 000 grossesses. Les agents qui en favorisent la production sont moins l’étroitesse du canal inguinal, la compression exercée par les muscles abdominaux, que les conditions défectueuses dans lesquelles se trouve alors le pavillon de la trompe.
Placé, en général, en bas et en dedans de l’ovaire, contenu dans un espace restreint, le pavillon a peine à déployer sa corolle, à étaler ses franges multiples ; le mécanisme de l’adaptation, s’il n’est absent, est tout au moins imparfait, et l’ovule fécondé se dérobe aisément à son action. Malgré les conditions défavorables de celle erreur de lieu, celle grossesse extra-utérine et extra-abdominale tout à la fois peut néanmoins poursuivre son cours, tant la fécondation exalte les propriétés vitales des tissus et sait créer des éléments nutritifs appropriés à la circonstance: on peut citer à l’appui les observations de Balin et de Widerstein.
Avec moins de raison, on a encore reproché à l’ectopie d’entraver la marche régulière de la grossesse utérine, de favoriser l’avortement et les présentations vicieuses du fœtus. Quelque spécieux que paraissent les arguments sur lesquels M. Loumaigne a basé cette assertion, elle n’est nullement fondée. La femme observée par Deneux eut, il est vrai, une gestation laborieuse, mais elle accoucha à terme et par les seules forces de la nature. Quant aux autres, et notammentaux sujets de l’observation xi d’Olshausen, et de Rizzoli, tout se passa normalement.
En résumé, l’ectopie inguinale prédispose l’ovaire à de nombreux accidents inflammatoires, à l’atrophie et à des maladies organiques, telles que les kystes, le cancer, etc. Alors même qu’elle est double, elle ne porte aucune entrave à la menstruation, elle n’empêche pas absolument la grossesse utérine; mais on ne saurait méconnaître quelle prédispose fréquemment à la grossesse extra-abdominale, et a pour conséquence possible la stérilité.
§ IV. Du TRAITEMENT.
Malgré leur origine congénitale, malgré les anomalies dont elles peuvent se compliquer, les ectopies de l’ovaire ne sauraient être laissées à ellesmêmes; il n’y a pas d’exemples de guérison spontanée; il en existe au contraire de nombreux dans lesquels la non-intervention a été suivie des conséquences les plus fâcheuses. Comme pour toute autre hernie, la tâche du chirurgien consiste à réduire la tumeur et â la maintenir réduite par un bandage inguinal ; mais ce traitement, pour être efficace et amener un résultat définitif, a besoin d’être employé de bonne heure, et si c’est possible
peu après la naissance, car plus tard, malgré un taxis méthodique et persévérant, on a grande chance de ne point réussir. L’ovaire, tout en se laissant facilement reporter en arrière et se rapetissant en apparence, reprend, dès que la pression cesse, le volume et la place qu’il occupait auparavant, et ne disparaît jamais complètement, quelque effort que l’on fasse. Quelque incomplète que soit alors la réduction, il n’en faut pas moins intervenir, c’est-à-dire appliquer un bandage à pelote ayant une concavité pour recevoir la tumeur, sinon dans un but curatif, du moins à seule fin d’entraver le développement ultérieur de la tumeur. Enfin, quand celle-ci est ancienne et est devenue irréductible par la circonstance d’adhérences contractées avec l’anneau et le sac herniaire, on devra encore la maintenir et l’abriter, comme fit Verdier, par un bandage approprié on une sorte d’appareil protecteur, contre les accidents ultérieurs, notamment contre les contusions et les froissements déterminés par les mouvements brusques des membres inférieurs et par le choc des agents extérieurs. Par là, on préviendra l’inflammation, les kystes et autres altérations dont elles ont été si souvent l’objet.
Par cette conduite, on pourra, il est vrai, s’exposer à voir survenir l’atrophie de l’organe, mais cet inconvénient ne saurait arrêter le praticien : qu’importe l’atrophie quand la tumeur est unilatérale, ou que, double, elle coïncide avec l’hermaphrodisme ou l’absence apparente de l’utérus! Dans l’une et l’antre hypothèse, la fonction n’en reçoit pas une atteinte sérieuse, et dans les rares cas dans lesquels la hernie est double, l’utérus étant bien conformé, on n’a pas lieu de se préoccuper vivement de ce point de vue. A tout prendre, une compression, même prolongée, n’amène pas fatalement l’atrophie, et eût-elle cette conséquence forcée, que la perspective d’une grossesse extra-abdominale, comme cela est advenu dans les faits de Balin, Rektorzik et Widerstein, ne saurait faire hésiter. Au reste, n’eût-on à courir d’autres risques que ceux dépendant de l’étranglement des parties, on serait, ce me semble, pleinement autorisé à adopter celte pratique.
Conformément à l’usage, on a désigné sous le nom d’étranglement les accidents survenus dans certains cas de hernie, bien qu’à vrai dire les symptômes relevés n’en aient que l’apparence et revêtent la forme de la péritonite herniaire. Généralement , tout se borne au gonflement, à une sensibilité très-vive de la tumeur, au ballonnement du ventre et à quelques
nausées ; parfois cependant, des vomissements s’y joignent, le hoquet survient, lesâtraits se tirent, le pouls se contracte et devient petit.
La constipation n’existe pas toujours ; il peut y avoir quelques selles et même de la diarrhée.
En général, le repos au lit, les cataplasmes, les sangsues, suffiront pour enrayer les accidents inflammatoires : mais quelquefois, malgré ces moyens, ils persistent et sont suivis de suppuration. Lassus a, dans un cas de ce genre, observé un abcès chez une .jeune fille de 4 à 5 ans, et Balling affirme avoir vu une destruction complète de l’organe -, le pus s’écoula au dehors, et la malade finit par guérir. Quand les symptômes ont plus d’intensité et simulent un véritable étranglement, on est autorisé à débrider l’anneau inguinal qui le produit. Après le débridement, on devra, quand on le pourra, réduire l’ovaire; mais s’il était fixé trop fortement à la face interne du sac, on ne devrait pas s’obstiner à détruire les adhérences: à l’imitation de Lassus, on ferait sur l’organe des applications émollientes, on panserait à plat, et, une fois l’inflammation disparue, on exercerait sur lui une compression modérée et méthodique.
Quant à l’extirpation, elle doit être réservée au cas où l’ovaire est dégénéré, détruit par l’inflammation, transformé en kyste ou en cancer, cette opération ne laissant pas que d’être grave, périlleuse même, à raison de la péritonite abdominale, dont elle peut provoquer l’explosion. Les succès obtenus par Percival Pott, Deneux, Lassus, Parker, Bruny et Meadows', ne sauraient faire oublier l’histoire de la fille de 1 i ans opérée par Gnersant, et celles non moins instructives relatées par Englisch, Warren et Holmes Coote.