OBSERVATION XXVI
Absence de l’ovaire, de la trompe, du ligament rond et du ligament large à gauche ; utérus
unicorne. — Grossesse. — Oblitération du méat. — Rupture de l'utérus au troisième mois.
— Mort rapide.
Une fille de 17 ans fut prise brusquement de coliques, et succomba en quelques heures. Cette personne, jusqu’alors bien portante, était bien réglée depuis deux ans; seulement, par le fait d’une grossesse, les menstrues s’étaient supprimées trois mois avant la mort.
La cavité péritonéale contenait, avec du sang extravasé, un embryon de trois à quatre mois. La matrice présentait sur le bord droit une déchirure longitudinale qui allait du fond jusqu'au voisinage du col. Le corps, long de trois pouces, était large de deux pouces et demi; quant au col, il avait deux pouces de longueur; épais et large à la base, il s’amoindrissait graduellement jusqu a son extrémité.
L’ovaire, la trompe et le ligament large manquaient du côté gauche; le péritoine se continuait de ce côté sans former de plis. L’ovaire, la trompe, existaient à droite, mais cette dernière s’insérait vers le milieu du bord droit au voisinage du col ; l’ovaire était, lui aussi, placé plus bas que d’habitude.
La matrice avait le développement qu’elle a du troisième au quatrième mois de la grossesse ; le placenta adhérait au fond et à la partie gauche; à l’endroit où la rupture s’était produite, le tissu utérin était mince et friable : à gauche, la paroi avait l'épaisseur habituelle, mais elle n’avait pas l’aspect fibreux.
A l’examen du col, on ne trouva ni orifice ni trace du méat; le col avait l’aspect tendineux et une épaisseur excessivement médiocre. Les cavités utérine et vaginale ne communiquaient point entre elles. ( Buffalo medical journal, sept. 1846. — London medical Gazette. 1847, tom. Y, pag. 520. — Canstalt’s Jahresbericht. 1847, tom. IV, pag. 242. — Kussmaul, loc. cit ., p. 62.)
Quoique j’aie puisé à plusieurs sources pour éclairer ce récit venu d’Amérique, je n’ai pu, on le conçoit, en dissiper toutes les obscurités originelles. Si l’on petit affirmer en toute sécurité que l’oblitération ‘du méat utérin est postérieure à la grossesse, on ne saurait admettre, avec Kussmaul, que le fœtus a pris son développement dans la corne rudimentaire d’un utérus unicorne. 11 paraît plus conforme à la vérité de voir là un fait analogue à celui de Chiari, c’est-à-dire un exemple de grossesse dans une corne bien développée.
Après l’utérus unicorne, la complication qui se rencontre le plus fréquemment est l’absence de l’un des reins ; elle a été notée huit fois du côté de l’ovaire absent, et deux fois du côté opposé. Dans l’un de ces derniers cas, recueilli par Bednar sur un nouveau-né, l’ovaire et la trompe faisaient défaut à droite, alors que du côté gauche ces organes avaient subi une élongation considérable; conjointement, le rein gauche manquait, la capsule surrénale existait, ainsi que l’uretère terminé en cul-de-sac.
Accidentellement, on a relevé d’autres anomalies plus ou moins graves ; Buhl l’a vu coïncider avec une méningocèle, Schatz avec un spina bifida et un hydrocéphale sur une enfant morte au onzième jour, Maurer avec une imperforation de l’anus, une absence des organes urinaires et une communication anormale du rectum avec l’utérus. Sur un nouveau-né qui vécut seulement un quart d’heure, Vrolik a noté une seule extrémité inférieure, une hernie ombilicale, l’absence de l’anus et la terminaison du colon dans un grand cul-de-sac distendu par le méconium. Mais, de tous ces cas, le plus complexe et sans contredit le plus intéressant est celui de Yoss, dont je donne une traduction résumée mais suffisante pour apprécier son importance tératologique.