OBSERVATION XXVII
Absence de l’ovaire droit avec état rudimentaire de l'autre ovaire et de l’utérus. — Absence desgrandes et des petites lèvres, du rein et de l’uretère gauches. — Absence des deux yeux; oblitération du méat auditif, de la trachée-artère, avec absence de l’épiglotte. — Ascite consécutive à une péritonite intra-utérine, etc.
Une primipare de 22 ans, bien portante avant comme pendant la grossesse, mit au monde, après un travail pénible nécessitant tour à tour le forceps, l’embryotomie, la ponction de l’abdomen à travers le diaphragme, un enfant du sexe féminin porteur d’anomalies multiples.
Les yeux manquaient complètement: de chaque côté delà racine du nez, la cavité orbitaire était à peine indiquée par deux enfoncements peu profonds revêtus par la peau. Une incision faite avec le plus grand soin, de la racine du nez à la tempe, permit de reconnaître au fond de la cavité orbitaire le bulbe de l’œil ratatiné, avec une cornée plissée, obscurcie.
Le pavillon est plus bas placé que d’habitude; le méat auditif externe est oblitéré, et dans l’oreille moyenne il y a, entre autres particularités, un os surnuméraire à la chaîne des osselets.
Au cou, on constate l’absence complète de l’épiglotte : au lieu de celle-ci, on a une fente transversale entourée par un rebord cutané ; cette fente est si étroite, qu’une sonde ne peut y pénétrer. D'autre part, la trachée-artère a son extrémité supérieure fermée. Une section longitudinale prolongée jusqu'à la racine de la langue démontre que l’os hyoïde, les cartilages du larynx, sont à peine développés.
Les viscères pectoraux, à en juger par leurs débris, ont la conformation normale; il en est de même pour les hémisphères cérébraux.
Après l’ouverture des parois abdominales, fortement plissées par l’hydropisie dont elles avaient été le siège, et qui se reliait à une péritonite dont on trouva de nombreuses traces sur les intestins, — cordons déliés et ponts résistants, — on constata la normalité de l'estomac et du foie ; la rate était au contraire hypertrophiée. L'intestin grêle, complètement misa nu par l’absence du grand épiploon, était tiré en haut vers le lobe gauche du foie et réduit à une forte circonvolution du volume d’un œuf d’oie; le cæcum, le colon ascendant, le rectum et l'anus, avaient leurs positions, leurs formes habituelles.
Le rein, l'uretère, manquaient à gauche.
L’ouraque n'était pas encore fermé; la vessie, longue de 45ram, était intimement unie par sa face postérieure à un corps allongé et résistant, qui après examen fut reconnu être l’utérus. On trouva sur celui-ci les trompes avec leur pavillon; mais, à raison d’incisions faites mal à propos, on ne put s’assurer si elles étaient perméables dans tout leur parcours. A en croire la relation donnée par Voss, les deux ovaires manquaient; mais à s’en rapporter aux investigations ultérieures de Rose, le droit était seul complètement absent; quant au gauche, il existait, mais à l’état d’atrophie, renversé et placé immédiatement à gauche du nombril sous le péritoine.
Les grandes et les petites lèvres manquaient: en avant de l’anus, on voyait seulement une ouverture' arrondie, commune au vagin et à l’urèthre. Ce dernier était normal, ainsi que le vagin, long de 1 centimètre.
Une hernie ombilicale du volume d’un pouce environ, une scoliose de la colonne vertébrale, enfin un écartement d’à peu près 2 centim. au niveau du pubis, sont les particularités que l'on peut regarder comme la conséquence de la distension subie par l’abdomen.
Les doigts, jusqu’à la troisième phalange, étaient réunis par une membrane palmée ; les pieds étaient bots.
Les vaisseaux ombilicaux étaient normaux, ainsique le placenta; le cordon était très-mince. (A. Voss; Mo nats. f. Gcburtsk., 1866, tom. XXVII, pag. 24; et Rose, Ibid ., tom. XXVIII, pag. 243.)
Dans ce cas, vraiment remarquable par la multiplicité des anomalies et
l’association de l’état rudimentaire avec l’absence unilatérale, il y a à relever une lacune, à signaler un oubli. On ne sait au juste quels étaient la forme et le volume de l’utérus ; et si l’on présume que la première était normale et le second médiocre, se rapportant à la vie embryonnaire, cela tient, d’une part au silence des deux observateurs, de l’autre à la nécessité de recourir à un examen minutieux pour reconnaître un organe aussi bien caractérisé. On a été fatalement forcé de raisonner par voie de déduction, et quelque médiocre estime que l’on professe pour cette méthode, on sera plus d’une fois obligé de la mettre à contribution, vu la pénurie des documents et le laconisme des relations existant dans la science. Chose singulière et véritablement inexplicable, la plupart des faits dont il reste à parler sont des indications plutôt que des descriptions. Par exemple, quand on a appris que Guillaume Hunter conservait clans sa collection un exemple d’absence unilatérale; que M. Guyon, à l’autopsie d’une femme morte en 1857, à l’hôpital de la Charité, n’a trouvé d’un côté ni trompe ni ovaire, on n’est guère plus avancé que si on l’ignorait. On est réduit à supposer l’état normal de l’utérus d’après le silence des narrateurs, et encore est-ce une conjecture jusqu’à un certain point controversable ; mais il est tout à fait impossible de dire si l’absence était congénitale ou accidentelle. Quoique mieux renseigné à l’endroit des autres documents, on n’est pas sans éprouver quelque embarras, car les preuves ne sont pas toujours aussi décisives qu’on serait en droit de le désirer.