OBSERVATION XXVIII
Absence de l’ovaire et de l’extrémité terminale de la trompe à gauche ; utérus normal incliné
de ce côté.
Il était avéré qu’une femme d’âge fait avait été prise d’une enflure des jambes qui avait disparu ; quant à la maladie principale, on n’en savait rien, mais il n’était pas douteux quelle avait eu la syphilis. A la dissection de son cadavre, en mars 1754, nous avons relevé les particularités suivantes :
L’utérus était très-incliné à gauche, et du même côté, malgré la recherche la plus attentive, je ne pus découvrir aucun vestige d’ovaire, non plus que de la partie terminale de la trompe correspondante. En effet, la trompe, autant que je pus voir, n’était pas creuse mais solide; h trois travers de doigt de l'utérus, elle disparaissait brusquement, et en cet endroit, pas plus que dans levoisinage,
on ne trouvait le moindre indice de lésion ou de cicatrice, de sorte qu'on arrivait à conclure que cet état était congénial : neque indicium læsionis , corruptionis, cicatricis ullum vel minimum illic aut in vicinis apparebat; ut à primordiis usque se ita res habuisse videretur. A droite, la trompe se terminait à l’ovaire, mais elle lui était tellement adhérente qu’on n’y voyait ni les franges de son pavillon ni l’ovaire. Elle était formée d’une matière blanchâtre qui, incisée, parut imbibée d’un liquide blanc. En enlevant l’utérus conjointement avec le vagin, la vessie et le rectum, oh remarqua une quantité de graisse extraordinaire pour une femme maigre. Toute la face interne du fond de l’utérus était humectée par un liquide visqueux, de couleur jaune sombre, à travers lequel on apercevait des points rougeâtres. Au cervix et au méat, rien à noter. La paroi postérieure du vagin était jaunâtre et sombre : un peu plus près de la vulve que du méat utérin, il y avait un trou de forme circulaire, dont le diamètre égalait deux travers de doigt et qui communiquait avec le rectum. ( Morgagni; De sedibus et causis morborum , epist. LXXX, § 16. )
Est-ce là un exemple analogue à celui relaté dans les considérations préliminaires, c’est-à-dire une séparation accidentelle de l’ovaire qui se serait ultérieurement atrophié; ou bien est- ce un état congénial, comme il a été généralement interprété ? C’est ce sur quoi il est difficile de se prononcer. Aussi, au lieu de se contenter de donner un extrait de cette observation, elle a été traduite dans sa totalité, afin que le lecteur fût à même de se former une opinion personnelle. Si l’inclinaison de l’utérus à gauche, l’existence d’une partie de la trompe, militent en faveur de la première opinion, l’oblitération dont le fragment tubaire est le siège, l’absence de tout travail cicatriciel, font pencher la balance en faveur de l’opinion de Morgagni. Quelle que soit la manière de voir, que l’on conteste celte observation comme celles de Job à Meeckren et de Sylvius Anhornius à raison de leur ancienneté, celles de Bednar, de Maurer, de Scanzoni, démontrent sans réplique la possibilité de l’absence unilatérale concurremment avec un utérus bien conformé. Au reste, vu le développement isolé et tout à fait indépendant de l’ovaire sur le corps de Wolff, on ne voit pas les raisons théoriques qui pourraient s’opposer à ce qu’il en fût ainsi.
Abstraction faite des cas fortement compliqués, comme ceux d’Otto, de Yoss, de Vrolik, l’absence unilatérale est sans influence sur le vagin, la vulve et la cavité pelvienne. Il en est de même pour les seins ; cependant il
existe deux exceptions. Une mendiante de 64 ans, qui avait engendré une fois, succomba aux progrès de la diathèse tuberculeuse ; le sein gauche et le mamelon manquaient complètement, et, malgré un examen minutieux, on ne put trouver trace de l’ovaire gauche, La malade avait été dans sa jeunesse régulièrement menstruée, mais depuis la vingt-septième année elle était aménorrhéique. — Une jeune fille de 17 ans, jusqu’alors bien réglée, succomba au typhus; la mamelle droite manquait complètement, ainsi que l’ovaire de ce côté ; quant à la trompe correspondante, elle était rudimentaire.
Ces deux faits, recueillis par Scanzoni, sont exceptionnels, et cet auteur a eu tort de les ériger en loi et de déclarer que l’absence de l’ovaire entraînait fatalement celle du sein correspondant 1 .
En résumé, on est actuellement en droit de conclure :
1° L’absence d’un ovaire est une anomalie peu commune, assez souvent compliquée .
2° Les complications les plus fréquentes sont: 1° l’absence delà trompe ; 2° du ligament large ; 5° du ligament rond ; 4° de la corne utérine ; 5° du rein de ce côté.
5° L’existence des trompes a été constatée dix fois sur vingt et un cas, soit à l’état de cordon solide, soit à l’état de bonne conformation.
4° L’utérus a, dans la moitié des cas, la forme et le volume habituels.
5° Le vagin, la vulve et le bassin sont en général normaux.
6° Les mamelles ont leur développement accoutumé, sauf dans deux cas.
7° L’absence d’un ovaire s’observe, soit avec une bonne conformation du corps, soit avec des anomalies variées.
8° La vie est parfaitement compatible avec cette anomalie.
1 A l’appui de cette manière de voir, on peut citer les rares cas où l’une des mamelles manque de naissance et où l’existence des ovaires a été constatée.