‹ Des ovairesChapitre 53 sur 67 · CONSÉQUENCES PHYSIOLOGIQUES DE L’ABSENCE ET DE L’ÉTAT RUDIMENTAIRE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES PHYSIOLOGIQUES DE L’ABSENCE ET DE L’ÉTAT RUDIMENTAIRE

D’après la célèbre loi du balancement des organes, l’absence ou l’atrophie d’un organe pair a pour conséquence le développement exagéré de l’organe persistant. Sans vouloir rechercher si cette loi est, d’une manière générale, expérimentalement exacte, on ne peut s’empêcher de dire qu’elle ne parait pas devoir être étendue aux anomalies des organes de la génération. En ce qui concerne spécialement l’absence ou l’état rudimentaire de l’un des ovaires, l’ovaire persistant n’a pas subi d’augmentation de volume ; il n’est pas plus gros qu a l’état normal, et cependant il eût dû en être ainsi, si cette loi trouvait son application dans l’espèce l.

Parfaitement compatible avec la vie, celte anomalie n’entrave en rien les fonctions spéciales à la femme : à l’âge déterminé par la nature, les menstrues s’établissent, coulent avec plus ou moins d’abondance suivant les constitutions, reviennent avec leur régularité caractéristique, et cessent à leur époque habituelle. Ni leur venue n’est retardée, ni leur disparition n’est avancée; chez la femme observée par Spreugel, l’âge critique survint à 49 ans; chez celle dont Sylvius Anhornius nous a conservé l’autopsie, les règles se prolongèrent au-delà du terme ordinaire ; en un mot, l’ovulation a lieu tous les mois, comme chez les autres femmes. Cette particularité ne saurait surprendre celui qui a tant soit peu étudié la structure de l’ovaire ; vu la myriade de follicules existants, on comprend très-bien qu’un seul organe puisse suffire à la double tâche qui lui incombe et remplisse la carrière habituelle aux deux ovaires, mais on est du même coup autorisé à se demander si le travail physiologique dont il est constamment le siège ne finit pas à la longue par le surmener . L’alternance dans le fonctionnement des ovaires, qu'on a contestée à tort, n’est donc pas rigoureusement indispen-

1 Le fait recueilli par Festalest une exception plus apparente que réelle, car la truie a un volume très- variable quant à ses ovaires. Le diamètre transversal peut aller de 25 à 51mm, la hauteur de 14 à 44ram, l’épaisseur de 11 à 25mm. La différence en poids n’est pas moins grande: à côté d’ovaires pesant 2?r,50 à 3 gram., j’en ai rencontré qui atteignaient 12 grammes.

sable ; mais comme c’est un repos relatif, on a lieu de craindre que l’organe ne soit, par le fait de son unicité, prédisposé davantage aux maladies. C’est là, du reste, je m’empresse de l’ajouter, une simple présomption, nullement justifiée par les faits recueillis jusqu’à ce jour.

La stérilité n’est pas davantage à redouter : les femmes observées par Lallemand, Mayer (de Fribourg), Rosenburger, n’ont pas eu, il est vrai, d’enfants, mais cette infécondité tenait moins à l’existence d’un seul ovaire qu’à l’état particulier dans lequel se trouvait l’utérus.

En souvenir d’une expérience de J. Hunter, on peut se demander encore si cet état ne diminue pas le nombre des conceptions ; mais, outre que celte expérience a été faite sur une truie, c’est-à-dire sur un mammifère mettant bas de six à douze petits à chaque portée, et qui partant ne saurait être très-concluante dans le cas particulier, les faits recueillis montrent que cette influence n’est pas très-grande, si tant est toutefois qu’elle existe. Une des femmes observées par Scanzoni mourut après avoir eu six grossesses ; celle dont Behling a raconté l’histoire succomba au neuvième accouchement; enfin celle observée par Chaussier et Granville aurait eu jusqu’à treize enfants.

L'existence d’un seul ovaire ne met pas davantage obstacle aux grossesses multiples : témoin la femme accouchée à la Maternité de Paris, et l’observation d’Émiliani concernant une femme qui, un an après l’extirpation de l’un des ovaires, mit au monde dans une même couche un garçon et une fille. En l’absence de faits de ce genre, on eût pu l’affirmer à priori, car on a recueilli plusieurs autopsies dans lesquelles deux ovules provenaient du même ovaire et même d’une seule vésicule.

Sous ce titre ambitieux et séduisant tout à la fois : De l’art de procréer les sexes , Millot a soutenu cette thèse que l’ovaire gauche fournit les filles, et l’ovaire droit les garçons. On ne pense pas que cette théorie compte encore des sectateurs ; mais, comme fine serait pas impossible qu’elle ne vînt à renaître dans un avenir plus ou moins éloigné, on croit devoir énumérer les arguments qui la réfutent à tout jamais.

Aux observations de Jadelot, de Stoltz et de Chaussier citées plus haut, on peut joindre des arguments empruntés à diverses sources. Ainsi, sur vingt cas rassemblés çà et là, dans lesquels la grossesse a suivi l’extirpation

no

de l’un des ovaires, j’ai trouvé signalée la naissance d’enfants mâle et femelle. En pratiquant l’ouverture de femmes mortes peu après leurs couches, on a constaté l’existence du corps jaune dans l’un ou l’autre ovaire coïncidant indifféremment avec la naissance de l’un ou de l’autre sexe. Enfin, en rassemblant les matériaux d’un travail sur les grossesses extra-utérines, dont mon maître et ami, M. le professeur Courty, a donné les conclusions dans son remarquable Traité des maladies de T utérus , j’ai trouvé indistinctement des embryons de l’un et de l’autre sexe, quel que fût le côté.

En somme, que l’un des ovaires manque ou soit rudimentaire, son congénère ne paraît nullement modifié dans son volume, et est apte à remplir toutes les fonctions dévolues aux deux organes. La menstruation a son cours régulier, la conception est possible, le sexe des enfants est divers ; en un mot, l’existence de deux ovaires n’est pas absolument indispensable, et l’absence ou l’état rudimentaire de l’un d’eux ne se trahit point par des signes physiologiques appréciables.

Page 1