‹ Des ovairesChapitre 64 sur 67 · OBSERVATION XXXVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXVIII

Une mendiante âgée d'environ soixante-six ans, de taille au-dessous de la moyenne, mais trop grande cependant pour pouvoir être dite naine, veuve d’un portefaix robuste, mais butorcl , avec lequel elle avait longtemps vécu, mais sans avoir d’enfant, entra à l'hôpital dans les premiers jours de décembre 1749, et mourut moins d'une heure après, par suite de la rupture d’un abcès du mésentère.

La vulve était extraordinairement petite pour une personne de cet âge et la femme d'un portefaix , les nymphes si grêles qu'on en voyait à peine le commencement, et encore très-léger, très-court; le gland et le prépuce du clitoris étaient ténus, grêles; quant au plexus rétiforme, il était peu développé. Quoiqu’il restât à peine une ou deux traces de l'hymen, et encore minimes, l’origine du vagin était d une telle étroitesse qu'il ne paraissait pas avoir admis le membre viril ; certainement il n’eût pas laissé passer le médius. Le vagin, ouvert et développé dans toute son étendue, avait une largeur de deux travers de doigt; sa longueur en égalait quatre au plus. Au dedans, point de caroncules, point de rides, sauf une corrugation très-courte, très-étroite, longeant l’un des côtés du vagin.

Le méat utérin n'avait pas de bord saillant; sa forme était arrondie et tellement étroite qu’elle n’eût point admis l'extrémité d’un stylet boutonné. La longueur totale de l'utérus égalait la largeur de mon pouce ; la partie la plus large avait la même étendue, et le reste avait à peine celle du bout d'un petit doigt. Quanta l'épaisseur des parois, tant du fond de l’utérus que du cervix,elle était plus mince qu’elle ne l’est chez l’enfant de naissance. La cavité du col était deux

Ms plus longue que celle du corps ; à peine pouvait-on apercevoir dans la cavité du cervix quelques fibres et seulement en longueur; la face interne de l'utérus était blanche, et celle du fond d'un rouge sombre.

Les trompes de Fallope étaient considérablement développées par rapport à la petitesse de l’utérus, et leurs ostia abdominalia étaient frangés ; l’une d’elles cependant était rugueuse par le fait de corpuscules osseux ou du moins trèsdurs.

Les ligaments ronds étaient très-grêles; les ligaments larges étaient très-gros, ce quiétait la conséquence de leur non-épanouissement ; les plexus y étaient nuis.

J’ai inutilement examiné le bord postérieur des ligaments larges pour découvrir les ovaires échus à cette femme; j’ai en vain poursuivi les vaisseaux spermatiques, dont le calibre était normal, et je me suis ainsi convaincu que cette femme n’avait jamais eu d’ovaire ni même le moindre indice. Les organes urinaires étaient normaux. ( Morgagni; loc. cit., epist. XLYI, art. 20. )

Après l’exposé de ce fait, intéressant à plus d’un titre, on est amené à se demander s’il est possible de constater l’absence des ovaires, à l’exclusion de toute autre anomalie. Faute de saisir les raisons théoriques s’opposant à la production de ce phénomène, on n’bésite pas à en admettre la possibilité, mais on doit faire l’aveu qu’on en a cherché pendant longtemps la démonstration authentique. On ne sait même si elle contentera les esprits exigeants, car le cas sur lequel elle s’appuie est relaté avec une concision infiniment regrettable. « M. Depaul se rappelle avoir vu les ovaires manquer chez une femme qui n’avait jamais été réglée, bien qu’il y eût parfaite conformation des autres parties de l’appareil génital. » On ose à peine dire que ces quelques lignes constituent l’observation tout entière , mais on doit s’empresser d’ajouter qu’on n’a rien négligé pour parvenir à la compléter. On a écrit, à ce sujet, à M. le professeur Depaul; mais, soit que la lettre ne lui soit pas arrivée, soit tout autre motif, elle n’a pas eu de réponse.

Quant aux causes de cette anomalie, elles sont très-obscures, ou pour mieux dire tout à fait ignorées : on peut conjecturer tout au plus qu’elle tient à la destruction du blastème aux dépens duquel se forment ces organes, mais on ne saurait préciser en aucune façon les conditions organiques qui amènent celle-ci.

En somme, les données précédentes autorisent à conclure :

1° L’absence des ovaires est une anomalie excessivement rare, presque toujours compliquée;

2° Les complications les plus habituelles sont : l’absence des trompes, de l’utérus et; des ligaments larges ;

5° L’existence des trompes a été constatée cinq fois sur vingt cas, soit à l’état de cordon solide (Martins, Gurlt, Puech), soit à l’état de bonne conformation (Morgagni, Depaul) ;

4° L’existence de l’utérus a été constatée six fois, soit à l’état embryonnaire (Gurlt, Martins, Puech), soit à l’état foetal (Cripps, Morgagni), soit à l’état de bonne conformation (Depaul) ;

5° Les ligaments larges manquent totalement en l’absence de l’utérus, et la vessie affecte avec le rectum les mêmes rapports que chez l’homme. Quand la matrice existe, on peut les noter, mais plus ou moins développés;

6° Le vagin manque totalement, ou bien est court, terminé en cul de-sac toutes les fois que l’utérus manque; quand il existe, son calibre est proportionné au développement de l’utérus ;

7° Les organes externes de] la génération sont habituellement bien conformés; Otto, Hartmann, Morgagni, ont pourtant signalé quelques légères déformations ;

8° Le bassin a habituellement le caractère féminin ; Courty a noté un rétrécissement du détroit inférieur ;

9<> Les mamelles sont en général bien développées ; Bush, Cripps, Martins, ont constaté leur médiocre développement ou leur état rudimentaire;

10° Celte anomalie se présente tantôt avec une bonne conformation du corps, tantôt avec diverses monstruosités, telles que l’acéphalie, l’anencéphalie, l’ectromélie, la symélie, l’éventration, etc.

Page 1