‹ Des paralysies du larynxChapitre 3 sur 9 · CAUSES. — PATHOGÉNIE. — FRÉQUENCE · texte numérisé non relu

CAUSES. — PATHOGÉNIE. — FRÉQUENCE

Les causes de la paralysie du larynx sont extrêmement variables; nous les avons divisées en causes générales et causes locales et il^est presque toujours facile, la paralysie étant reconnue, de la rattacher à la cause réelle.

Les paralysies de causes générales sont évidemment les plus fréquentes; c'est ainsi que sur un mouvement de 900 malades à la clinique du D'" Fauvel, dans le courant de Tannée 1873, nous trouvons 43 cas de paralysies de ce genre, contre 16 cas de paralysies par causes locales.

Parmi les causes générales, l'hystérie et le refroidissement tiennent de beaucoup la première place.

^2) Hufeland's Journal der pract. Heilkuud, fév* 1832.

Les paralysies dites hystériques sont en effet extrêmement fréquentes. Comment agit cette névrose pour amener la paralysie laryngée? C'est là une question bien difficile à résoudre, d'autant plus que dans beaucoup de cas, tout en constatant un défaut de rapprocliement des cordes inférieures, on ne trouve aucune altération de la muqueuse laryngée. Souvent, la simple application du laryngoscope et le fait de prononcer la lettre è aiguë, la bouche ouverte, et la langue maintenue hors de la bouche par l'observateur, suffisent pour faire disparaître la paralysie.

Il y a là, selon nous, une sorte de simulation, ou une sorte de manie. Ce sont dans ces cas de véritables paralysies psychiques.

Nous adoptons entièrement la théorie soutenue par Brodie, Romberg, Hasse, Winslow, Franque, qui admettent que dans les paralysies hystériques, il y a une véritable déchéance de l'innervation cérébrale, une vohtion complètement annihilée.

Dans d'autres cas de paralysies hystériques, il y a manifestement un défaut d'action musculaire mais nous verrons que dans ces cas, la voix est loin de revenir facilement, de plus il y a une rougeur marquée des cordes vocales inférieures. Nous verrons à propos des symptômes à quelle cause doit être rattachée cette rougeur qui ne fait jamais défaut lorsque l'action du thyro-ary ténoïdien est annulée.

Pour expliquer la pathogénie de ces faits, il faut ae ranger à la théorie de Valérius (1) et admettre avec lui

us. Bulletins de la Société de médeciue de GauJ, J856.

— laque les causes des paralysies hystériques résident dans les muscles eux-mêmes dont la polarité électrique serait affaiblie.

Il est encore très-difficile de définir comment agit le froid pour déterminer la paralysie du larynx.

On comprend parfaitement comment il peut amener la paralysie faciale, le trajet même du nerf fournit l'explication. On a parfaitement expliqué par quel mécamisme se produisaient l'anesthésie et les paralysies localisées dans les gelures, mais, dans ces cas, le froid agissant doit être longtemps prolongé.

Quoi qu'il en soit, la paralysie du larynx par refroidissement ne peut être niée et nous verrons encore le froid, dans les paralysies de causes locales, agir très-souvent comme cause déterminante.

La peur détermine quelquefois l'aphonie. Nous en avons observé plusieurs cas; nous nous contentons d'en rapporter un seul (observation IV). Le plus souvent elle agit comme cause déterminante seulement, et ce n'est que chez des femmes dont le système nerveux était trèsexcité que nous l'avons rencontrée.

Cependant il est certain que la peur, poussée à une extrême limite, peut déterminer une aphonie passagère et cowper en quelque sorte la parole. 11 n'est personne de nous qui , dans un rêve, dans un cauchemar, n'ait éprouvé cette sensation pénible qui consiste à voir un danger que l'on pourrait conjurer en criant et de ne pouvoir pousser un cri.

Ce fait se produit exactement de même dans la vie réelle et l'on cite beaucoup de cas où la victime terrifiée par la vue de l'assassin n'a pu ni fuir ni crier.

Il est beaucoup plus facile d'expliquer comment agit l'ischémie pour déterminer le défaut de rapprochement des cordes vocales inférieures. Cette cause n'est pas trèsfréquente.

Nous avons eu deux fois occasion de la rencontrer. Une première fois l'ischémie était déterminée par des pertes sanguines rectales (voir observation VI), l'autre fois, par une perte utérine (1) abondante.

L'anémie résultant de la chlorose ou d'un état général lymphatique est très-Souvent la cause d'un défaut de tension des cordes vocales inférieures. Dans ces cas, il n'y a qu'une parésie des muscles du larynx, il n'y a pas aphonie, il y a dysphonie.

On peut à la rigueur donner à cette affection le nom de paralysie incomplète.

« Dans l'anémie, qu'elle succède ou nonà des hémorrhagies abondantes, le fait dominant est l'abaissement considérable du chiffre des globules rouges et l'augmentation de la proportion d'eau dans le sang; c'est la partie essentielle du fluide nourricier, c'est l'agent même de la nutrition qui fait défaut. Or, il ne suffît pas, nous le savons, pour que la nutrition soit maintenue à son niveau normal, que le sang arrive dans les tissus en quantité suffisante, il faut encore que la qualité réponde aux besoins des échanges organiques. »

Nous empruntons à M. le professeur Jaccoud ce passage de son livre sur les paraplégies et l'ataxie du mouvement (2), car il donne en quelques lignes toute la pathogénie des paralysies par anémie.

(1) Thèse de Tissot. Paris, 1876.

(2) Les paraplégies et l'ataxie du mouvement. Paris, 1864.

La syphilis peut-elle déterminer des paralysies du larynx? Oui, sans contredit. Morell Mackenzie (1) en cite un cas que nous rapportons (observation X).

Le D"" Massei de Naples (2) en cite quatre cas.

L'infection vénérienne peut agir de deux façons différentes pour produire cette affection. 1" Une tumeur gommeuse peut comprimer les récurrents sur leur trajet, 2° Il peut se produire une paralysie musculaire analogue à celles décrites par M. A Fournier (3) sur d'autres muscles de l'économie, justiciable d'un traitement iodique et mercuriel.

Nous n'avons pas eu occasion d'observer des paralysies par compression par tumeur gommeuse, mais nous rapportons deux cas (observation VIII et IX) de paralysies du second genre. Gomment agit la syphilis en ce cas; nous ne pouvons mieux répondre qu'en transcrivant l'opinion du savant professeur de l'hôpital Saint-Louis : « Il est à croire, certes, que les paralysies partielles de la période secondaire (hémiplégies faciales , paralysies oculaires, etc.) résultent, soit d'une compression exercée sur les filets nerveux en quelque point de leur trajet, notamment dans les conduits ostéo-fibreux qu'ils traversent, soit d'une lésion même de leur tissu, soit d'une cause matérielle quelconque encore inconnue. S'il en était différemment, comment expliquer la circonscription parfaite et rigoureusement anatomique de ces paralysies? Quant

(1) Morell Mackenzie. De la rancitô et de la perte de la voix. Londres,

(2) Mas.sei. Statistica degl' infermi di malattie di gola. Napoli, 1872.

(3) Leçons sur la syphilis. Paris, 1873.

à l'hémiplégie du corps, il ne serait personne pour admettre qu'elle puisse ne pas résulter d'une lésion. Mais oii réside cette lésion, et quelle en est la nature? Siéget-elle dans les os, dans la substance cérébrale, dans les méninges, dans les vaisseaux? Nous n'avons pas encore le moindre renseignement microscopique sur ce point. »

C'est cette incertitude même dans la pathogénie de l'affection qui nous l'a fait classer, jusqu'à nouvel ordre, dans les paralysies de causes générales.

Lespanalysies diphthéritiques du larynx sont assez rares; nous en trouvons deux cas dans le travail de M. Mackenzie intitulé : De la raucité et de la perte de la voix (observation XII et XIII). J'ai eu dernièrement occasion d'en observer un cas très-net, précédé de paralysie du voile du palais et suivie d'une paralysie incomplète de la motilité et de la sensibilité dans le bras droit (observation XI).

Quant aux paralysies de causes toxiques nous pouvons affirmer qu'elles sont fort rares. Nous n'avons jamais eu occasion d'en observer un seul cas, mais les différents agents minéraux qui déterminent les paralysies des autres muscles de l'économie, l'arsenic et le plomb, en particulier, amènent aussi laparalysie des muscles laryngiens.

Nous rapportons une observation de Mackenzie dans laquelle l'intoxication saturnine était la cause de la paralysie.

Le même auteur, dans Jacksonian prize essay^ rapporte un cas d'atrophie de l'une des cordes reconnaissant la même cause ; enfin, dès le 11 janvier 1862, il publiait

dans le Médical Times, un cas de paralysie arsenicale de l'une des cordes.

Si la pathogénie des paralysies de causes générales est environnée d'obscurité, cela tient surtout àcequeces paralysies, coïncidant avec un état général peu grave, le plus souvent, les larynx des malades atteints n'ont pu être examinés sur le cadavre.

Il n'en est plus de même des paralysies de causes locales.

Que la paralysie soit symptomatique d'un anévrysme de l'aorte, de la sous-clavière, du tronc brachio-céphalique, de la carotide, etc., qu'elle soit symptomatique d'une tumeur du médiastin,de tumeurs péri-bronchiques, de tumeurs du cou ou de l'œsophage, etc.^ c'est toujours la compression du récurrent et par suite l'interruption plus ou moins complète de l'influx nerveux qui doit être invoquée.

Parmi ces différentes causes, l'anévrysme de Taorte, l'adénopathie bronchique, et les tumeurs du cou (ganglionnaires, du corps thyroïde, etc.), sont de beaucoup les plus fréquentes. Nous en rapportons plusieurs observations.

Avant que l'on examinât le larynx au laryngoscope, ces paralysies étaient déjà facilement diagnostiquées, mais il manquait la certitude que le laryngoscope donne aujourd'hui.

Nous avons eu l'occasion de voir un cas de paralysie ; de la corde vocale inférieure gauche par tumeur de l'entrée de l'œsophage. Malheureusement nous n'avons pui suivre le malade qui fait le sujet de l'observation.

Enfin, nous rapportons une observation (obs. XXHÏ), dans laquelle il nous a paru y avoir section du laryngé inférieur gauche à la suite de l'ouverture d'un abcès profond du cou.

Gerbardt (1) cite trois cas de paralysies du larynx symptomatiques de tumeurs du pharynx. Il les regarde comme étant un phénomèné réflexe dû à l'irritation de la muqueuse parles produits morbides. Nous nous contentons de signaler la possibilité de ces paralysies dont nous n'avons jamais vu aucun exemple.

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