PARALYSIE TYPHOÏDE
Obu. I. — J'ai donné tl«s soins à une jeune fille âgée de 18 ans, nommée
Anire MeUgnon d'Azy, canton de Sanccrgiies (Clier), d'nn tempérament sanguin et d'une forte constitution, qui présentait tous les caractères d'ime fièvre typhoïde grave, tels que stupeur, délire, épistaxis, taches typhoïdes, sudamina, météorisme, narines sèches pulvérulentes, redoublement du pouls, etc.
Voulant procéder à l'exanven du ventre, j'invitai la malade à fléchir les jambes sur les cuisses et les cuisses sur le bassin, alin de mettre dans le relâchement les parois abdominales; mais la malade ne put remuer les membres pelviens, car ils étaient frappés de paralysie. Le bras gauche est également paralysé, mais la sensibilité y est à peine émoussée.
Cette malade, quelques jours après le début de la fièvre typhoïde, avait complètement perdu l'usage de la parole et demeura aphone pendant neuf jours; elle parle aujourd'hui, qijinzième jour de maladie, mais avec beaucoup de lenteur.
Je conseillai de promener des vésicatoires sur les membres paralysés et je traitai la fièvre typhoïde suivant mon habitude, par le calomel, le sulfure noir de mercure, les cataplasmes sur le ventre, etc., et les phénomènes paralytiques, comme il m'a été assuré plus tard, allèrent en diminuant au fur et à mesure que les symptômes de la fièvre typb«ïde s'amendaient; enfin jJs se dissipèrent avec elle.
Cet exemple de paralysie typlioïde n'est pas le seul qui se soit présenté à mon observation. Je me rappelle avoir soigné une autre jeune lille âgée de 17 ans, qui, dans le coursd'une dotinenthérie, a eu le bras gauche paralysé ; elfe resta, en outre, aphone pendant plusieurs jours. Cette lille guérit et de sa fièvre typhoïde et de sa paralysie sans avoir Suivi aucune espèce de traitement.
Un garçon âgé de 5 ans, atteint de fièvre typhoïde devint également aphone pendant sept à huit jours, et ne recouvra la parole qu'à la suite d'abcès qui se formèrent dans l'aine droite et sur les fesses. Les bords des plaies de ces derniers abcès étaient coupés à pic, et les surfaces étaient recouvertes d'une exsudation blanchâtre, au point de simuler les plaies dénature syphilitique. Cet enfant recouvra la santé à la suite de plusieurs autres abcès sur différentes parties du corps.
Les trois observations que nous venons de relater très-succinctement laissent beaucoup à désirer : elles sont incomplètes ; cela lient à ce que nous n'avons vu qu'une seule fois les malades et que lors de notre visite ils étaient hors d'état de nous éclairer sur leurs positions respectives. Elles offrent néanmoins un vif intérêt en ce qu'elles nous dévoilent une nouvelle complication de la dotinenthérie. Dans ces trois cas la paralysie s'est déclarée dans le cours même de la fièvre typhoïde ;
dans les trois cas elle a porté sur les organes de la phonation, et'eii outre, elle a frappé deux fois le bras gauche et une fois les membres inférieurs. Nous n'avons point dirigé de traitement spécial contre les phénomènes paralytiques.,
Obs. il — L€ & juin 1849, entra à l'Hôtel-Dieu une fille âgée de 25 ans, fort bien constituée, constamment bien réglée, ayant toujours été très-bien porr tante, et n'ayant jamais eu ni atta(|ues de rhumatisme ni attaques d'hysr térie.
Le 16 juin, sans qu'il y eût aucun retard dans ses règles, à ce qu elle prétend, elle fut prise tout à coup d'une perle très-abondante, accompagnée de coliques très-vives. Depuis ce moment, la perte a conlinué avec la même force ;^ le ventre est un peu sensible à la pression j il y a des douleurs assez vives, surtout dans la région hypogastrique. Apyrexie complète, absence d'appétit ; mais, du reste, nous ne trouvons aucune lésion dans d'autres organes que l'utérus, qui nous présente l'état suivant :.
Augmentation du volume reconnu par. le toucher vaginalet le toucher rectal ; sensibilité au toucher qui nous empêche de soulever l'utérus sufflsamr ment pour le rendre perceptible à la main déprimant l'hypogastre. Le col est mou, et l'on peut y introduire facilement l'extrémité du doigt.
Cet ensemble de phénomènes nous fait penser^ que celte femme vient de faire une fausse couche au début de la grossesse, et que l'hémorrhagie en est la conséquence.
Ce diagnostic fut confirmé le lendemain, par » M. Chomel, qpL ordonna le traitement suivant décubitus hoiisiontal, cataplasmes peu chauds sur le ventre, boissons froides acidulées, bouillon froid.
18. L'hémorrbagie a diminué, la sensibilité du ventre restant à peu près la môme. Les jours suivants l'hémorrbagie persiste encore, mais très-modérée. On continue le même traitement, mais en alimentant davantage la malade.
26. 84.pulsations, inappétence, diarrhée, céphalée, abattement. (Diète.)
27. Quatre selles, inappétence complète; 84 pulsations; cessation de l'hémorrhagie utérine. (Lavements émollienls, boissons acidulées, diète.)
28 et 29. Mômes symptômes, seulement l'abattement se prononce davantage, et le pouls monte à 96 pulsations, llôme état jusqu'au 4 juillel. Alors délire pendant la nuit ; langue sèche, ventre ballonné, sensible dans la fosse iliaque droite, gargouillement; quelques taches rosées; 104 pulsations. (Eau de Sedlitz.)
Pendant les deux jours suivants, le délire se reproduit chaque nuit. Tous- !es autres symi)lômes restent les mômes.
Tjuillet. l'as de délire, 96 pulsations; ventre moins ballonné,' deux selles; hingne moins sèche. (Bain.)
8. Même état, mais la langue est plus humide. La malade demande à maa^ ger- (Deux bouillons coupés.)
9. 82 pulsations ; ventre aplati, absence de taches rosées ; faim, peu de soif. (Deux bouillons.) Le soir, 96 pulsations ; peeu chaude, face un peu rouge, trois selles.
10. L'état redevient ce qu'il était le 9 au matin. Les jours suivants, la convalescence de lai fièvre typhoïde se prononce de plus en plus franchement, et petit à petit on augmente la qualité des aliments.
15. On veut lever la malade, mais ses jambes fléchissent, et elle ne peut se soutenir. Les infirmières nous déclarent alors seulement que dès les premiers jours de son entrée à l'hôpital, avant sa fièvre typhoïde, cette femme ne pouvait leur donner aucune aide dans les soins qu'elle réclamait. La malade, interrogée avec le plus grand soin, nous assure toujours qu'avant sa perte elle n'éprouvait rien d'anormal dans les membres inférieurs.
Voici, du reste, ce qu'un examen attentif nous apprend : impossibilité de se tenir debout, les jambes fléchissent de suite. La malade, étant couchée sur le dos, ne peut soulever seule les jambes; elle ne peut, sans aide, fléchir les jambes sur les cuisses. Elle sent à peine sur les jambes la picjùre d'une épingle. Elle ressent aux deuxpied&des fourmillemenls presque continuels. La colonne vertébrale ne présente ni déformation ni sensibilité dans un point quelconque de son élendue. Les urines et les matières fécales sont parfaitement retenues.
20. L'appétit est très-bon, la santé générale parfaitement rétablie, mais il n'y a aucun progrès du côté des membres inférieurs. On ne dirige aucun traitement contre cette paralysie, se réservant d'agir quand les forces et l'appétit seront complètement revenus.
2 aotit. La malade nous dit que ses fourmillements ont diminué, qu'elle remue les jambes plus facilement; nous constatons, eneCfet, qu'elle peut les soulever un peu. La sensibilité est à peu près complète.
Les jours suivants, sans aucun traitement, les mouvements prennent plus de force et d'extension, et le 10, la malade se tient debout presque seule.
13 septembre. Elle demande à sortir de l'hôpital, se trouvant assez forte pour rentrer chez elle, et étant déjà descendue dans le jardin plusieurs fois.
L'auteur de cette observation, M. Moutard-Martin, a négligé d'indiquer l'époque précise du développement de la paralysie. Cette omission est très-regrettable, car on ne sait, en vérité, si l'on doit attribuer la paralysie à la perte utérine ou à la fièvre typhoïde. M. Moutard- Martin pense, il est vrai, que la paralysie a précédé Tinvasiou de la fièvre typhoïde, et il se fonde sur ce que les infirmières auraient dé-
claré postérieurement que, dès les premiers jours de l'entrée à l'hôpital, avant la fièvre typhoïde, cette femme ne pouvait leur donner aucune aide dans les soins qu'elle réclamait. En vérité, je ne conçois pas comment un pareil renseignement a pu autoriser l'auteur à conclure aussi affirmativement qu'il l'a fait. Nos doutes à cet égard sont partagés aussi par M. Hérard, rapporteur du mémoire de M. Moutard-Martin .devant la Société médicale des hôpitaux de Paris. " Ce qui coutinue encore à augmenter notre réserve, dit-il, plus que jamais commandée quand il s'agit de faits nouveaux, c'est que la fièvre typhoïde est, par elle-même, susceptible d'entraîner des accidents passagers de paraplégie. Les auteurs en ont cité des exemples, et, pour notre part, il nous a été donné d'en observer un très-remarquable dans le service de M. Cruveilhier à l'hôpital de la Charité. »
Quant à nous, nous n'hésitons point à faire de la paraplégie dont était atteinte la malade qui fait le sujet de cette observation, une paraplégie typhoïde.
PARALYSIE PNEUMONIQUE.
Obs. III. — Un journalier nommé Jean Miilon, de Sancergiies (Cher), âgé de- 49 ans, d'un tempérament nerveux, d'une constitution faible, mal logé et mal» nourri, fut atteint, au commencement de février 1850, d'une pneumonie à la partie inférieure du poumon droit. Deux saignées, l'émétique à haute dose, et l'application d'un large vésicatoire sous l'omoplate droit, triomphèrent de la phlegmasie du poumon.
La convalescence est franchement établie; mais la plaie du vésicatoire continue toujours à suppurer avec abondance ; elle est couverte d'une exsudation blanche, et le malade accuse en même temps une grande lassitudedans les jambes et des fourmillements sous la plante des pieds et dans la paume des mains.
Les jours suivants, la plaie du vésicatoire s'étend de plus en plus, malgré tous mes efforts pour la faire sécher ; la faiblesse des membres et les fourmillements augmentent et envahissent progressivement les membres inférieurs jusqu'aux aines, et les supérieurs jusqu'aux épaules; et enfin, deux mois et demi après la guérison de la pneumonie, il y avait paraplégie complète. Celle-ci s'établit progressivement ; le malade marcha d'abord avec peine pendant trois semaines, en s'appuyant sur un bâton, puis il fut obligé de se servir de béquilles pour se transporter d'un lieu à un autre; et enfin, it ne put plus marcher du tout, et force lui fut de garder le lil, car il lui était impossible de remuer ses jambes; et si après les avoir soulevées, ou les aban-
donne, elles tombent comme des corps morts ; elles sont complètement paralysées.
Les bras, quoique faibles, obéissent toujours, mais mollement, à la Tolonté. 11 y a aussi dyplopie.
La sensibilité est parfaitement conservée, et les membres paralysés n'ont jamais été le siège d'aucun sentiment de froid.
Le malade resta dans cet état d'amyosthénie complète pendant un mois environ ; puis une nuit, vers la fin de mai, il éprouva une sensation de froid dans les jambes, au point de ne pouvoir les réchaufTer, et le matin il commença à remuer un tant soit peu les pieds.
L'amélioration alla dès lors toujours en augmentant, au point qu'au bout d'une quinzaine de jours, il put se lever tout seul et marcher, et il ne tarda pas enfin à recouvrer l'usage complet de ses membres; mais les fourmillements ont persisté jusqu'à la fin dejuin, c'est-à-dire un mois environ après la guérison de la paralysie.
Ce malade n'a jamais éprouvé ni céphalalgie ni douleur d'aucune sorte le long du rachis.
Ainsi, voilà une paralysie qui se déclara pendant la convalescenced'une pneumonie grave ; elle commença par un simple affaiblissement musculaire qui finit par envahir de bas en haut la totalité des membres. La paralysie fut complète dans les membres inférieurs, et incomplète dans les supérieurs.
Je ne remarquai rien du côlé de la moelle epinière.
La paralysie était donc toute localisée dans les parties affectées ; c'était une véritable paralysie dynamique, ce qui m'empêcha de porter un pronostic fâcheux sur l'état de ce malade. L'absence de symptômes du côté des centres nerveux me fit soupçonner la nature purement fonctionnelle de cette nouvelle espèce de paralysie.
Ods. IV. — Un tisserand nommé Beaufrère, de Bussy, canton de Sancergues (Cher), âgé de 35 ans , d'un tempérament lymphatico-sanguin, d'une santé délicate, quoique fort et robuste en apparence, fut atteint d'uue pneumonie double le 24 mai 1850. Quatre saignées, une application de sangsues, l'émétique à haute dose, l'application de deux vésicatoires au dos, jugèrent cette grave maladie. Mais, comme chez le précédent sujet, la plaie du vésicatoire suppura pendant longtemps, malgré mes efforts pour m'y opposer. Le malade éprouva en même temps de la douleur et une grande faiblesse dans les jambes et les bras, faiblesse qui alla toujours en augmentant ; les membres inférieurs finirent par se paralyser complètement; les bras obéissent encore à la volonté, le malade peut encore les remuer, mais ii lui est impos--
sible de les soulever jusqu'à la hauteur de sa tôle ; les mains restent fléchies sur les avant-bras.
La sensibilité est conservée dans les membres paralysés.
L'appétit est assez bon, mais il y a constipation opiniâtre; la tête et la moelle épinière ne sont le siège d'aucune douleur. (Régime tonique; eau ferrée; lavements salés.)
La paralysie continua, malgré tout, à faire de rapides progrès, et le malade succomba le 24 juillet, seize jours après la guérison de la double pneumonie.
L'autopsie n'a pas été faite.
Toute incomplète qu'elle est, celte observation n'en est pas moins très-remarquable. On a vu les deux poumons se prendre successivement d'inflammation ; celle-ci céda à un traitement antiphlogistique énergique. La convalescence était établie, l'appétit était revenu et notre malade commençait à se promener; seulement il accusait une grande faiblesse dans les membres. Je prescrivis un traitement analeptique, dans le but de relever ses forces; mais l'affaiblissement musculaire lit, malgré tout, de rapides progrès, et le malade ne tarda pas à succomber.
Comment expliquer cette mort? Quant à moi, je suis enclin à l'attribuer à la paralysie des nerfs respiratoires (pneumogastriques).
HÉMIPLÉGIE PNEUMONIQUE INCOMPLÈTE.
Obs. V. — Le 24 janvier 1851, je fus appelé par le nommé AUiot (Antoine), de la commune de Précy, canton de Sancergues (Cher). Ce malade est âgé de 20 ans, il est d'une faible constitution, mais a une bonne santé habituelle. Il tomba malade après avoir eu chaud, puis froid, il y a de cela quatre jours révolus.
"Voici quel est son état actuel : céphalée frontale, sommeil entrecoupé . et troublé par des rêves. Tout le côté droit du corps est engourdi; langue jaune ; bouche pâteuse; haleine aigre ; soif vive ; ventre indolent ; deux selles liquides hier; urines troubles et sédimenteuses.
Par l'auscultation, on perçoit du ràle crépitant fin et sec à la partie inférienre et latérale du thorax à droite; point de côté sous le sein du même côté ; crachats sanguinolents, etc.
Deux saignées et l'émétlque jugèrent la pneumonie, mais le côté droit du corps resta longtemps engourdi; et le l" mars, c'est-à-dire deux mois après la disparition de la phlegmasie du poumon, ce malade vint me voir dans mon cabinet ; sa jambe dnoite est toujours plus faible que l'autre, et est le siège
de fourmillements continuels, depuis l'aine jusque sous la plante du pied ; lorsqu'il marciie.il traîne cette jambe.
Je lui conseillai des friclious sur le membre alTaibli avec l'eau sédative de Ràspail, et à la longue il finit par guérir complètement.
L'engourdissement et l'affaiblissement du côté droit du corps qu'éprouva ce inalade pendant le cours de sa pneumonie, et l'engourdissement du membre inférieur qui survécutàla phlegmasie pulmonaire, me semblent un commencement d'amyosthénie. La' paralysie, chez ce sujet, ne fut pas aussi complète que chez les deux malades précédents, mais elle était évidemment de même nature, et ici on ne peut pas l'attribuer à la longue suppuration d'un vésicatoire, attendu qu'on n'en a point appliqué.
Cette paralysie paraissait donc être sous la dépendance de la pneumonie.
Obs. Le 6 mai 1852, je fus mar.dé auprès delà veuve Mégrot, de Saint- Martin-des-Cliamps (Cher), âgée de 66 ans, d'un tempérament nerveux et d'une constitution sècbe, atteinte depuis quatre jours d'une pneumonie grave à droite. Trois saignées du bras, trois applications de sangsues sur le côté douloureux, l'émélique à haute dose et un large vésicatoire au dos triomphèrent de la phlegmasie pulmonaire. Seulement celle-ci fut suivie d'un catarrhe intense, d'une véritable bronchorrée qui persista longtemps; et dès que la malade commença à aller mieux, c'est-à-dire le trente-deuxième jour de sa maladie, elle éprouva de la douleur et de l'engourdissement dans l'avant-bras droit.
L'engourdissement a commencé au coude et est descendu petit à petit jus- (Ju'aui doigts.
Ce mêmbre est en même temps le siège d'un sentiment de froid très-pronôucé, surtout le long de la face interne du cubitus et de fourmillements trèsincommodes depuis la paume des mains et des doigts jusqu'au coude.
La malade ne peut se servir de sa main; celle-ci est diffortne, les doigts sotit à demi-flcchis et ne peuvent être redressés. Ce sont donc les muscles éxlènseurs qui sont surtout ici [)aralysés ; les fléchisseurs sont aussi affaiblis, car il est impossible à la malade de fléchir complètement les doigts.
La sensibilité y est également fort émoussée.
Cet état de paralysie se dissipa peu à peu et à la longue, car, au bout d'un an environ, la main et les doigts étaient encore irès-engourdis.
11 est évident que la paralysie partielle dont était atteinte cette malade était sous la dépendance de l'affection du poumon et non d'un état anémique consécutif aux émissions sanguines, comme on pour-
ralt le. supposer ; car il est certain que dans ce cas la paralysie ne se serait pas bornée à l'avant-bras droit ; elle aurait frappé de préférence es membres pelviens, comme cela arrive d'habitude. Seulement est-ce bien la pneumonie qui en est la véritable cause, ou ne serait-ce pas plutôt le catarrhe pulmonaire ? J'avoue qu'il est difficile de se prononcer d'une manière positive; cependant je suis porté à l'attribuer à la bronchonéc, car elle s'est déclarée vers le déclin de cette dernière affection.
PARALYSIE DYSSENTÉRIQUE.
Obs. Yll. — Le 7 janvier 1849 entra à l'Hôtel-Dieu un homme de 47 ans, menuisier, autrefois d'une honne santé, n'ayant jamais eu de rhumatisme et malade depuis trois mois environ. Il est d'une extrême maigreur et paraît d'une faible constitution, mais il faut l'attribuer à la durée déjà longue de sa maladie.
Dans les premiers jours d'octobre 1848, il quitta momentanément Paris pour aller faire les vendanges chez un de ses parents. Il se livra à de fréquentes et copieuses libations, et but surtout du vin doux ; il fut pris alors de diarrhée, qui ne le quitta pas pendant tout le temps de son absence. A son retour à Paris, se sentant faible, ayant perdu l'appétit, il resta chez lui •et voulut se mettre au régime ; mais entraîné par un camarade, il alla faire une orgie à la barrière, et son dévoiement en fut considérablement augmenté. En rentrant chez lui, il fut obligé de prendre le lit, et le lendemain îl s'aperçut qu'il y avait une notable quantité de sang dans les matières ; il alla à la selle au moins dix fois dans les vingt-quatre heures, avec coliques très-vives, ténesme et épreintes très-violentes. Cet état continua pendant environ quinze jours, c'est-à-dire jusque vers le 15 novembre, sans changement notable. A cette époque, il commença à ressentir des douleurs trèsaiguës dans les pieds, des fourmillements insupportables dans les moments 011 ces douleurs se calmaient un peu, et en même temps une faiblesse excessive des jambes qui, dit le malade, n'était pas en rapport avec la force de ses bras. Il s'était levé un peu chaque jour, malgré sa dyssenterie; mais à partir de ce moment, il ne pouvait plus se tenir sur ses jambes, tant à cause des douleurs qu'il ressentait dans les pieds qu'à cause de la faiblesse extrême de ses membres inférieurs. Il entra alors à l'hfipital Beaujon, oîi il resta pendant cinq semaines; sa dyssenterio disparut en sept ou huit jours; mais l'afTaiblissement des jambes persista, peut-être seulement avec un peu moins de douleur dans les pieds. Ce malade fut rappelé chez lui pour une affaire importante; mais ne pouvant y rester, il entra à l'Hôtel-Dieu le 7 janvier. Voici dans quel état nous l'avons trouvé :
Amaigrissement extrême — je n'en ai jamais vu de porté si loin. — Sa face
exprime la souffrance. Il accuse des fourmillemenls Insupportables dans les pieds et les jambes; par moments ces fourmillements sont remplacés par des douleurs aiguës qui se font ressentir surtout sous la plante des pieds. Quand on touche ses pieds, les douleurs augmentent beaucoup. Il peut à peine ployer les genoux sans s'aider avec les mains ; il lui est impossible de soulever son talon. La jambe gauche parait plus douloureuse et plus faible que la droite. Si l'on cherche à constater l'état de la sensibilité des membres, voici les résultats auxquels on arrive : Quoique les pieds soient très-douloureux et que la douleur augmente par la pression, si l'on vient à piquer la peau avec une épingle, sur les pieds, les jambes et les cuisses, le malade ne sent pas la piqûre, à moins qu'elle ne soit très-profonde ; mais le membre gauche est moins sensible que le droit.
En examinant la colonne vertébrale, nous n'y reconnaissons ni déformation ni sensibilité dans un aucun point. Ajoutons que ce malade n'a pas eu d'érection depuis le commencement de ses douleurs dans les pieds, qu'il retient difficilement les urines, qu'il est obligé de rendre fréquemment; il va difficilement à la garde-robe ; du reste, il ne ressent rien dans les membres supérieurs, l'appétit est médiocre, la respiration est pure partout, mais le malade nous dit avoir la lièvre toutes les nuits.
Quatre jours après son entrée à l'hôpital, M. Chomel lui fit appliquer quatre cautères aux lombes.
Pendant deux mois environ, nous ne reconnûmes aucun changement appréciable dans l'état du malade ; les douleurs et la faiblesse des membres inférieurs étaient toujours les mêmes; mais dans les derniers jours du mois de mars, les douleurs commencèrent à se reproduire moins fréquemment; celles déterminées par la pression étaient moins vives, mais les mouvements restaient aussi nuls. Ce n'est que vers le milieu d'avril que le malade commença à faire exécuter à ses jambes quelques mouvements dans son lit. Au 1" mai, il soulevait les deux jambes de dessus ses matelas ; enfin dans les derniers jours du mois de mai, marchant un peu avec des béquilles, il demanda à sortir de l'hôpital le 27. Il était dans l'état suivant :
Amaigrissement toujours très-grand, appétit assez bon, déjections faciles, excrétions des urines moins fréquentes et besoins d'uriner moins impérieux ; garde-robes régulières; pas d'érections; mouvements des jambes assez étendus, le malade étant couché, mais incertains et mal dirigés. Absence des douleurs spontanées de la plante des pieds et des fourmillements ; diminution très-grande des douleurs causées par la pression, puisque le malade peut marcher avec des béquilles ; sensibilité à la piqûre d'une épingle à peine revenue.
Evidemment le malade n'est pas complètement guéri, mais il y a une amélioration assez marquée dans son état, et survenue assez rapidement pour que l'on puisse penser que promptement Userait arrivé à une guérison complète.
Nous avons encore emprunté cette observation à M. Moutard-Martin • mais ici encore nous croyons que l'interprétation de l'auteur est mauvaise. En effet, il attribue la paraplégie à l'hémorrhagie rectale. Est-ce bien là la cause réelle de la paralysie? Nous eu doutons fort. Et d'abord, comme le dit le rapporteur du mémoire, le sang rendu était-il assez abondant pour mériter le nom d'hémorrhagie? Nous ne le pensons pas ; car, en général, dans la dyssenterie, l€S selles sont plutôt sanguinolentes que sanglantes, et partant nous partageons l'avis de M. Hérard, rapporteur, qui croit que la paraplégie trouve ici une explication plus plausible dans cette excitation du système nerveux, puis plus tard dans cette profonde débilitation générale survenue à la suite de fréquentes libations et de la diarrhée qui en a été la conséquence.
Nous nous demanderions, ajoute le rapporteur, s'il ne faudrait pas également accuser la dyssenterie dont cet homme a été atteint non pas la dyssenterie considérée dans sa lésion intestinale, ou dans un seul de ses symptômes, les selles sanguinolentes, mais la dyssenterie envisagée dans son expression symptomatique générale, ainsi que Franck, Zimmermann et d'autres observateurs l'ont signalée. Quant à nous, nous adoptons cette dernière opinion, qui nous paraît être l'expression de la vérité.
Les observations que nous avons relatées dans ce paragraphe prouvent que les maladies aiguës peuvent donner naissance à des paralysies. Mais quelle est la cause prochaine qui les a produites ? quel est leur siège? Dépendent-elles d'une influence cérébro-spinale ou d'une influence locale? Le problème est difficile, à résoudre dans l'état actuel de la science. Nous dirons cependant qu'on n'a rien remarqué du côté des centres nerveux qui puisse faire rattacher cette paralysie à une lésion matérielle de ces mêmes centres. Aussi sommes-nous convaincu que son siège est dans l'appareil nerveux et musculaire des parties affectées. Les fourmillements et l'affaiblissement musculaire prodromiques, en effet, ont commencé, chez les malades des obs. 1, 3, 4 et 5, à la plante des pieds et à la paume des mains, c'est-à-dire aux extrémités périphériques des nerfs, et ont gagné successivement et progressivement les membres de bas en haut. Chez l'un d'eux, il y avait diplopie. C'était donc, ce nous semble, une paralysie par simple défaut d'innervation ; l'aptitude motrice de la fibre musculaire n'était plus excitée par l'afllux nerveux central. Mais comment alors cxpli-
quer la mort du malade de l'obs. 4? Par l'asphyxie produite par la paralysie des nerfs pneumogastriques. Nous ne voyons pas d'autre explication plausible.
Dans l'étal actuel de nos connaissances, il est impossible d'écrire l'histoire complète de ces diverses espèces de paralysie, à cause de leur nombre trop limité. Nous ferons seulement remarquer que des 4 cas de paralysie typhoïde, 3 se sont déclarés dans le cours et le quatrième dans la convalescence de la fièvre typhoïde, que 3 des sujets affectés appartenaient au sexe féminin et 1 au sexe masculin ; que chez 2 la paralysie frappait le bras gauche et l'appareil de la phonation, chez 1 l'appareil de la phonation seulement, et chez le quatrième les membres pelviens, qu'elle passait sur la motilité et la sensibilité en même temps, qu'elle a été précédée de fourmillements, d'engourdissements et de faiblesse dans les membres affectés, et enfin qu'elle s'est dissipée spontanément sans aucune espèce de traitement; que dans les 4 cas de paralysie pneumonique la sensibilité a été intacte deux fois et émoussée une fois. Je n'ai point noté l'état de la sensibilité chez Aillot (Antoine). Chez les 2 premiers sujets, elle affectait les quatre membres, mais plus fortement les membres inférieurs ; chez la malade de l'obs. 4, elle partait sur l'avant-bras et chez celui de l'obs. 3 sur la moitié droite du corps. Elle s'est déclarée chez 3 sujets pendant la convalescence, et chez le quatrième dans le cours de la pneumonie. 3 des sujets paralytiques appartenaient au sexe masculin et 1 au sexe féminin. Chez 2, elle a paru à la suite d'une suppuration longue et abondante d'un large vésioatoire appliqué au dos; chez tous elle a commencé par la périphérie, c'est-à-dire qu'elle a été centripète, et un de nos malades a succombé. Enfin chez le sujet de l'obs 7, la paralysie affectait les membres inférieurs et s'est déclarée dans le cours de la dyssenterie; elle a été précédée de faiblesse dans les jambes, de douleurs vives et aiguës dans les pieds, alternant avec des fourmillements intolérables, et qui ne se dissipèrent qu'après l'apparition de la paralysie. Le toucher augmentait singulièrement la douleur des pieds, et, chose étrange, la piqûre d'une épingle sur les pieds, les jambes et les cuisses, n'était pas perçue par le malade, à moins qu'elle ne fût très-profonde.
La paraplégie était, chez ce malade, accompagnée d'anaphrodisie, de rétention difficile des urines et de constipation.
Laguérison a eu lieu spontanément, parles seuls efforts de la nature.
chez tous les sujets dont nous avons rapporté l'histoire, à l'exception de celui de l'obs. 4 qui a succombé. Je regrette vivement de ne pas avoir essayé chez lui les irritants à l'extérieur, tels que l'urtication, la flagellation, les frictions sèches et aromatiques, la galvanisation, etc., et à l'intérieur la strychnine, la brucine ou l'extrait de sumac vénéneux. Les lotions ou les affusions froides paraissaient ici également indiquées.
g III. — Paralysie dentaire.
3e ne dirai que peu de mots de la paralysie qui complique quelquefois le travail de la dentition.
Cette paralysie,- si je dois en juger par moi-même, est extrêmement rare, puisqu'elle ne s'est jamais présentée à mon observation. Cependant Underwood l'a remarquée quelquefois, et il a vu chez un enfant la paralysie des membres inférieurs revenir chaque fois qu'il perçait une dent.
Le docteur Kennedy cite aussi des faits de ce genre (Encyclographie, juillet 1850, p. 92).
Suivant M. Fliess (le Scalpel, 3' année, 10 sept., p. 15), les paralysies,suite de dentition, sont plus rares et de beaucoup après la première qu'après la seconde dentition. En général, dans la première dentition, ce sont les convulsions, et, dans la seconde, les paralysies qui paraissent dominer. Le petit malade qui s'est mis au lit bien portant pour s'endormir goûte un sommeil qui, d'abord tranquille, devient agité. L'enfant, tout en dormant, se jette de côté et d'autre, pousse des cris, grince des dents, veut se lever, accuse une soif ardente ; il a chaud à la tête et présente vers le matin un peu de fièvre. Alors aussi il ne peut plus remuer l'un des bras, ou le plus ordinairement le bras et la jambe d'un côté, ou quelquefois les deux jambes. Ces parties ne perçoivent plus que des sensations obtuses incomplètes. Lorsque les extrémités inférieures des deux côtés sont affectées, généralement les bras le sont aussi. La paralysie persiste quelquefois deux ou trois semaines ; d'autres fois elle se prolonge des mois entiers, voire même pendant des années, et finit par devenir incurable.
Sous rinlluence d"un traitement convenable, la terminaison de ces paralysies est ordinairement favorable; elles disparaissent en général peu à peu et Unissent par une douleur pongilive, lancinante, ou par une sensation de fourmillement dans les parties affectées. Toutefois, cl
ces cas ne sont pas rares, ia paralysie s'enracine de plus eu plus; enfin arrive le coma et la mort. D'autres fois la paralysie prend un caractère chronique et les parties malades s'atrophient.
M. Fliess combat les paralysies dentaires par des ventouses appliqnées dans le voisinage de l'origine des nerfs, des scarifications dans le tissu général et les purgatifs légers. (Delcour, Première dentition. Ann. méd. de la FLANDRE occm., 2* année, 4" livr., p. 152.)