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CHAPITRE PREMIER

PARALYSIES IDIOPATHIQUES.

Les paralysies qui font le sujet de ce chapitre ne sont produites par aucune maladie locale ou générale. Elles existent par elles-mêmes, elles vivent, si je puis m'exprimer ainsi, d'une vie qui leur est propre ; le trouble fonctionnel dii mouvement ou du mouvement et du sentiment forme donc toute la maladie. Il n'en est plus de même des paralysies idiopathico-symptomatiques et sympathiques : ici le trouble fonctionnel n'est plus seul, il est sous la dépendance d'une affection locale ou générale bien déterminée (chlorose, hystérie, rhumatisme, néphrite, cystite, fièvre typhoïde, etc.).

Les paralysies idiopathiques ne sont donc pas produites, comme le veut M. Piorry, par une lésion organique d'une action moléculaire exercée sur les centres nerveux, d'où résulterait la suspension des phénomènes d'innervation, car celte prétondue lésion est tout à fait insaisissable à nos sens et à nos moyens d'investigation, et partant, nous sommes forcés d'admettre qu'il s'agit tout simplement d'un défaut d'action nerveuse de l'axe cérébro-spinal.

Il ne sera point question, dans ce chapitre, de la paralysie générale

progressive sans aliénation, dont on a voulu à tort, suivant nous, faire une maladie parfaitement distincte de la paralysie générale progressive des aliénés, par ses symptômes, sa terminaison quelquefois favorable et l'absence à l'autopsie des lésions anatomiques.

Cette distinction n'est pas fondée. En effet, M. Sauze a démontré d'une manière péremptoire qu'on a confondu la paralysie générale progressive, maladie essentiellement cérébrale, présentant des altérations anatomiques constantes, invariables, avec une affection d'une nature toute différente, à peine étudiée depuis quelques années, par M. Aran, en 1850, sous le nom â'atrophie musculaire progressive, et décrite un an plus tard sous celui àeparalysîe musculaire atrophique, par M. Tbouvenet (1).

Cette confusion, si extraordinaire qu'elle puisse paraître au premier abord, n'a rien qui doive nous surprendre ; car, comme l'a établi M. Aran, l'atrophie musculaire offre de nombreux points de contact avec la paralysie générale progressive sans aliénation. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet, et nous renvoyons le lecteur, pour de plus amples détails, au mémoire de M. Sauze, inséré dans les Annales médico-psychologiques d'octobre 1854.

Cela posé, nous entrons en matière.

Obs. I. — Une femme de 28 ans fait un effort considérable pour lever ua fardeau ; quelque temps après, la paralysie se déclare dans les membres inférieurs, puis s'étend de là aux supérieurs et à tout le corps, à rexceplion de

■ (1) Bien avant M. Aran, c'est-à-dire en 1832, M. Cruveilhier a appelé l'attention sur cette paralysie, et, en 1848, il en a fait connaître les lésions anatomo-pathologiques, qui consistent dans l'atrophie des racines antérieures des nerfs spinaux. Cette paralysie est donc symptomalique, et elle prouve, eu outre, la distinction des nerfs en nerfs moteurs et en nerfs sensitifs. — Mais pour rendre hommage à la véritc, nous devons dire que, suivant B. Frank, un certain Salzmann a reconnu cette paralysie dès l'année 1735 ; il a publié le résultat de ses observations nécroscopiques sur cette maladie dans le Journal DES SAVANTS : Musculos, dit-ii, memirorum paralyticortim incompletos (atrophie), et in substantiam informes similem illi qux in steatomatibus deprehendi solet, degeneratos. Ajoutons, en outre, que Morgagni avait déjà note, sur des personnes mortes de paralysie, non-seulement lalvophic desmuscles, mais encore leur couleur blanche, albidi coloris. Cependant c'est à M. Cruveilhier que revient l'honneur d'avoir bien décrit celte maladie et de l'avoir classée détlnitivement dans les cadres nosologiques.

la tête ; ses doigts étaient encore capai)lcs de quelques mouvemculs ; toutes les fonctions internes étaient intactes.

Elle vécut dans cet état pendant vingt ans et succomba à une lièvre typhoïde.

Abercrombie ne trouva aucune lésion sensible dans le cerveau et la moelle, malgré les soins qu'il mit à l'ouverture du cadavre. (Traité des maladies de l'encéphale.)

Obs. II. — La femme D..., ménagère, âgée de 24 ans, très-nerveuse, était accouchée naturellement de son second enfant le 3 février.

Le 5, vers midi, sans cause connue, elle accuse des fourmillements dans les pieds ; ces fourmillements gagnèrent les jambes, les cuisses, le tronc et les membres supérieurs, et la malade ne tarda pas à être paralysée. La langue se prit et devint tellement embarrassée que cette pauvre femme ne pouvait presque pas se faire comprendre. Il y avait un peu de fièvre, pas de céphalée ; la déglutition était très-difficile ; la paralysie était générale et affectait le mouvement et le sentiment. A trois heures de l'après-midi, c'est-à-dire trois heures après l'Invasion des premiers symptômes de la paralysie, les pulsations se ralentirent, la chaleur se calma peu à peu, la langue et les membres reprirent l'usage de leurs fonctions.

Le 6, à trois heures du malin, la femme D... sentit la chaleur parcourir tous ses membres; son corps fut presque aussitôt couvert de sueur; les fourmillements qu'elle avait ressenti la veille à midi reparurent dans le même ordre ; la langue s'embarrassa de nouveau, et la paralysie survint comme la veille. La tête resta libre ; les lochies n'étaient point supprimées ; le lait était de bonne nature et abondant, la langue humide et rosée ; la vessie ne participait pas à la paralysie.

Cet état dura pendant cinq heures, et après tout rentra dans l'ordre.

Le 7, à sept heures de l'après-midi, la malade sentant quel(|ues gouttes de sueur mouiller son front, regarda sa paralysie comme prochaine. En effet, quelques instants après, les fourmillements parurent dans le môme ordre, et la paralysie survint comme dans les jours précédents; elle dura six heures. Immédiatement après sa disparition, on administra 60 centigrammes de sulfate de quinine.

Le lendemain 8, la paralysie reparut et persista pendant huit heures. Nouvelle potion avec 75 grammes de sulfate de quinine, et cette fois la maladie fut définitivement jugée. (Gaz. méd. de Toulouse.)

Obs. III. — Une femme de 27 ans, accouchée depuis quinze jours, cnirc à l'hôpital avec une hémiplégie complète du côté gauche, qu'elle dit être survenue brusquement.

Après quelques jours de séjour à l'Hôlel-Dicu, cette fcniuic succomba.

M. Rostan examine le cerveau avec soin, et ne trouve pas la moindre trace d'épanchement sanguin, ni aucune autre lésion appréciable. L'utérus étain sain. (Gaz. des hôp., 12 mars 1855.)

Obs. IV. — Une allumeuse de cierges à l'église Saint-Merry, nommée Lambert, âgée de 55 ans, entra à l'iiôpilal le 21 avril 1851, pour une paralysie.

La constitution de cette malade est détériorée, son habitude extérieure annonce la souffrance, sa maigreur est extrême, et pourtant elle affirme que sa santé a toujours été bonne ; jamais elle n'a été hystérique, ni rhumatisante, jamais elle n'^ éprouvé ni chagrins bien cuisants, ni émotions vives ; elle a cessé d'être réglée à 52 ans, sans éprouver aucun trouble dans sa santé.

Il y a cinq semaines, sans cause appréciable, sans céphalalgie, ni fatigue, ni refi'oidissement, ni accidents de quelque nature que ce soit, elle sentit des fourmillements dans les orteils de son pied gauche. Ces fourmillements, légers et fugitifs d'abord, devinrent bientôt continus ; ils se compliquèrent de picotements et d'élancements analogues à des piqûres d'aiguilles, et ils envahirent successivement, et de proche en proche, le pied et le membre abdominal tout entier. Ils étaient tellement douloureux qu'ils empêchaient la malade de poser le pied à terre, et que la nuit, si parfois elle était parvenue à s'assoupir, ils la réveillaient bientôt par leur acuité excessive.

Les choses allèrent ainsi pendant neuf jours consécutifs, au bout desquels les fourmillements et les élancements disparurent pour faire place à une paralysie complète de toute la jambe. Il n'y resta plus ni sensibilité, ni mouvement. La malade la traînait comme un corps inerte, et s'en servait, dit-elle, comme d'une jambe de bois, sans y percevoir aucune sensation douloureuse ou tactile. Aucun changement n'était survenu dans les fonctions physiologiques; les garde-robes et les urines étaient restées normales ; l'appétit n'avait pas cessé d'être bon.

Aujourd'hui, le volume des deux membres abdominaux est le même, mais la température du gauche est sensiblement plus froide que celle du droit. L'analgésie et l'anesthésie sont complètes. Tout mouvement du membre est impossible, la double paralysie et le refroidissement s'étendent depuis l'extrémité des orteils jusqu'au ligament de Fallope, qui semble être une barrière de séparation placée entre les parties vivantes et les parties mortes.

Le 22 avril, M. Briquet prescrit un vésicatoire à la région lombaire.

Le 23, le vésicatoire, qui avait bien pris, fut levé sans qu'il y eût rien de changé dans l'état du membre paralysé.

Le 24, on a recours à la galvanisation. M. Duchennc soumet la malade à un courant électrique localisé. D'abord, il n'y a aucune sensation ; la malade ne sent rien absolument. Mais bientôt après ces premiers instants d'insensibilité, elle éprouve ces picotements désagréables, ces agacements, effet ordinaire

de l'électrisation. Une ou deux minutes après ce premier résultat obtenu, l'expérience se continuant, quelques contractions musculaires se manifestent; la sensibilité se ranime de plus en plus ; la motilité suit la môme progression, les muscles se contractent énergiquement.

Cette séance galvanique dura douze à quinze minutes. Quand elle fut terminée, la malade, à sa grande surprise, put lever la jambe ; elle put descendre de son lit et faire quelques pas en s'appuyant sur son membre gauche, presque aussi bien que sur le droit. Quelques heures après, au lieu du froid habituel, elle y ressentait une chaleur tout à fait inaccoutumée, comme si son membre eût eu la fièvre, disait-elle.

Le 25, cet heurâux changement se confirme. M. Briquet s'assure, avec la pointe d'une épingle, que la sensibilité est parfaitement revenue ; puis, au grand étonnement de tous ceux qui avaient vu la malade la veiUe avant la galvanisation, et qui avaient constaté la paralysie de la jambe gauche, il la fait marcher et lui prescrit divers mouvements qui sont exécutés avec facilité. En un mot, la malade marche aussi bien qij'avant son attaque de paralysie.

C'est bien évidemment à des paralysies idiopathiques que nous avons eu aQaire dans les observations précédentes, c'est-à-dire que le siège de toutes ces paralysies était dans les organes locomoteurs eux-mêmes, sans altération d'aucune sorte et sans qu'une maladie quelconque, nerveuse ou autre, leur ait donné naissance. Chez la malade de la deuxième observation, en particulier, il n'y avait qu'un engourdissement de ce que M. Duchenne appelle aptitude motrice de la force musculaire. L'efficacité de la galvanisation localisée fut ici vraiment merveilleuse ; la paralysie fut enlevée comme par enchantement. Cette sensibilité qui se réveille la première et progressivement, cette motilité qui, elle aussi, reparaît un instant après, tout cela assurément est fait pour exciter l'intérêt et l'étonnemenl. La galvanisation a réveillé l'aptitude motrice qui était endormie ou engourdie.

Obs. V. — Une domestique, âgée de 35 ans, entre le i" juin'.1856 à Beaujon. Elle est atteinte d'une paraplégie venue lentement à la suite de céphalalgie et d'étourdissements. Les membres supérieurs n'éprouvaient aucun changement, mais les inférieurs ne pouvaient en aucune façon supporter le poids du corps, et leur sensibilité était à peu près nulle. Elle avait une douleur partant de la région dorsale et s'étcndant en ceinture vers l'ombilic. La vessie et le rectum avaient perdu leur action expulsive. Le jour de son entrée deuxmoxas furent appliqués de chaque côté du rachis.

Les jours suivants, on fut obligé de sonder la malade ; elle eut des coliques, et quoiqu'elle rendit par le fondement des matières liquides, le toucher faisait sentir dans le gros intestin des gros tampons de matière fécale, dont

une paitie l'ut exliaile avec le doigt. Le resie n'ayant pu sortir par des lavements simples ou purgatifs, M. Legroux prescrivit des douclies ascendaules dans le rectum. Dûs la troisième douche, la malade s'aperçut du retour d'un peu de sensibilité et de motilité dans les membres pelviens. Dès la cipquième doucbe, elle pouvait déjà marcher en s'appuyant sur une chaise ou sur un bras, et la sonde n'était plus nécessaire. Le mieux était plus marqué immédiatement après la douche. Celle-ci a été continuée tous les deux jours, et nous avons pu en suivre les bons efl'ets.

Lorsque la malade est sortie, le 6 juillet, elle n'avait pris que dix douches. Elle marchait très-bien et toute seule ; cependant le membre inférieur gauche était un peu plus faible que le droit, ce qui donnait lieu à un peu de claudication. La sensibilité était revenue complètement. (Bull, de thérap.)

Obs. VI. — Un jeime homme de 20 ans, tourneur en cuivre, donne sur le début et la marche de sa maladie les renseignements suivants : Il y a six ans que, sans cause connue, la vue de l'œil droit s'afTaiblit tout à coup et se perdit presque complètement, sans qu'on observât aucune lésion matérielle dans l'organe, sans que le malade y éprouvât aucune douleur. Au bout de quelques ;mois, l'œil gauche se prît à son tour; mais la maladie y marcha plus lentement, et pendant que la vue s'affaiblissait de ce côté, elle se rétablissait du côté primitivement atteint. Arrivé, après un ou deux ans, à im état d'affaiblissement assez considérable, la vue resta à ce degré pendant trois mois environ. A cette époque, la vue s'étant affaiblie de nouveau du côté gauche, le malade entra, à la fui de l'année dernière, dans le service de M. Roux, à l'Hôtel-Dieu. 11 y séjourna pendant deux mois, et pendant ce séjour la vue du côté droit s'améliora et redevint presque normale, tandis que celle de l'œil gauche se perdit presque entièrement; le malade pouvait à peine distinguer de ce côté la lumière des ténèbres. C'est encore dans cet état que le malade se trouve aujourd'hui.

Vers le commencement de mars, aux symptômes de la paralysie de la rétine s'ajouta un engourdissement des membres pelviens, qui augmenta luimême rapidement, et bientôt mit le malade dans l'impossibilité de se tenir debout. Il sortit alors de l'hôpital et rentra dans le seiTice de médecine le 22 avril.

Dans la première semaine de son admission, on se contenta de lui prescrire des bains. 11 n'y avait point de fièvre, point de symptômes de réaction, point de douleurs; l'appétit était à iieu près normal. On lui donna les 3 cinquièmes d'une ration. Après quelques jours, une amélioration notable s'était produite dans la paralysie des membres inférieurs; puis cette amélioration resta stalionnaire. On administra alors de faibles doses de strychnine; on continua les bains, on pratiqua des frictions stimulantes le long de la partie inférieure de la moelle. Une nouvelle amélioration se manifesta, qui persiste

encore et qui permet au malade de se tenir longtemps debout et de marcher. Il n'y a pas eu de changement sensible dans l'état des yeux.

Depuis longtemps, on a admis des amauroses dépendant d'un état de paralysie, dont lu cause se trouve dans le centre nerveux; il nous parait difficile de trouver en faveur de celte opinion un fait plus significatif que le précédent. Mais ce n'est pas seulement sous ce rapport que ce fait nous paraît intéressant. Après ce qui s'est passé et ce qui semble devoir se passer encore dans les membres inférieurs, ne doiton pas conserver quelque espoir, malgré la longue durée de l'amaurose, sur la curabilité de cette affection? Nous penchons pour l'affirmative, Les paralysies successives dont ce malade a été atteint sont de ces paralysies erratiques, auxquelles, quand elles coïncident ou alternent avec des douleurs, on a donné le nom de rhumatismales, et ces paralysies, quelle qu'en soit la cause, sont certes moins graves que celles qui affectent, dès le début, un caractère invariable de fixité. Ainsi donc, sous ce rapport, le fait que nous venons d'exposer sommairement serait déjà digne d'attention. (Gaz. des hôp. et Rev. clin., t. U, p. 202.)

Obs. vit. — Une jeune fille de 15 ans, d'une forte constitution, vigoureuse, d'une corpulence énorme, pubère, réglée depuis deux ans, ayant toujours joui d'une très-bonne santé, entre à l'hôpital des Enfants, il y a quelques jours, dans le service de M. Trousseau ; elle parait être assez sujette à des migraines qui durent peu. U y a quelques semaines, elle reçut sur le côté droit de la poitrine un coup violent qui a probablement froissé des nerfs du plexus brachial ; la région contuse est encore un peu douloureuse. Uy a un mois environ, sans cause connue, sans violence exercée sur la colonne vertébrale, sans chute, sans douleurs de tête préalable, cette fille a été prise d'un affaiblissement notable de la jambe droite, avec impossibilité de marcher et tremblement du membre; si elle voulait, malgré ces empêchements, continuer à marcher, il se manifestait une douleur assez semblable à celle qui serait le résultat d'un excès de fatigue en quelque sorte, en un mot une douleur de courbature. Pendant huit jours, elle resta dans cet état. Au bout de ce temps, la jambe gauche se prit également, et maintenant, depuis trois semaines entières, elle est complètement paraplégique. Elle ne peut se tenir debout sans aide ; soutenue sous le bras, elle se pose un instant sur la jambe gauche qui supporte le poids du corps ; elle ne peut faire de même avec la jambe droite. Les membres supérieurs sont tout à fait libres et se meuvent facilement, aussifort qu'avant le commencement de la maladie. La sensibilité est intacte. Le moindre contact sur la peau se fait aussi bien sentir aux mem-

bres inférieurs qu'aux supérieurs. La malade n'a jamais eu d'attaques d'hystérie, ni aucune autre espèce d'accidents nerveux.

Il se passe chez cette fille quelque chose de fort singulier du côté des organes ex crémenlitiels. La miction se fait avec la plus gi-ande facilité, sans gêne et sans douleur. Le jet de l'urine est aussi fort que d'habitude ; la malade retient ses urines aussi bien que dans l'état normal. Ni pour la sécrétion, ni pour l'excrétion, rien ne semble modifié. Pour la défécation, il n'en est pas de môme. Cette jeune fllle est habituellement constipée; et toutes les fois qu'elle éprouve le besoin d'aller à la selle, elle doit se présenter sur le bassin aussitôt, car elle ne peut retenir ses matières.

Quelle est la cause d'une pareille paralysie? Je l'ignore, répond M. Trousseau. Autant il est, en général, facile de reconnaître une affection cérébrale, de différencier, d'après les phénomènes que l'on observe, une méningite, une encéphalite, une hémorrhagie, un ramollissement des tubercules du cerveau, autant il est difficile, dans les affections de la moelle, de trouver la cause de la paraplégie. S'il s'agissait d'une jeune fllle ayant présenté déjà des symptômes d'hysférie, on pourrait songer à cette paralysie hystérique si commune. Ici, en présence et de la jeune fille, qui est loin d'être hystérique, et des renseignements qui ont été pris sur l'état antérieur près des personnes qui l'ont amenée, il faut abandonner cette opinion.

Dira-t-on' qu'on a eu affaire à une myélite? Mais nous savons tous que prononcer le mot myélite dans un cas pareil, c'est accepter une sorte de fin de non-recevoir. Quand on ne trouve chez une paraplégique, ni tumeur, ni gibbosité, ni aucun signe de la carie vertébrale, on est assez accoutumé à dire myélite. En effet, une myélite amènerait un ramollissement et se terminerait par une paralysie inamovible. Mais d'un autre côté, comme de toutes les paralysies, les paraplégies sont celles qui guérissent le plus fréquemment, il faut bien admettre qu'il n'y a pas ramollissement, partant pas de phlegmasie de la moelle.

Obs. VIII, — Une femme de 50 ans, d'une constitution fort détériorée, plus réglée depuis huit ans, n'ayant jamais présenté aucun phénomène hysté- Fique, fut prise, il y a un mois, sans cause connue, de fourmillements à la plante des pieds ; ces fourmillements augmentèrent petit à petit, s'accompagnèrent bientôt de picotements, d'élancements, et envahirent successivement de bas en haut les membres inférieurs tout entiers.

Au bout de peu de jours, les fourmillements et les élancements se dissi-

pèrent et furent remplacés par une paraplégie. La sensibilité était également abolie. Les membres paralysés étaient plus froids que les autres parties du corps. Toutes les fonctions, du reste, s'exécutent régulièrement ; l'appétit est excellent.

Les Lains sulfureux, les vésicatoires sur la région lombaire, la strychnine, les frictions irritantes, etc., demeurent sans effet. On recourut alors à l'électricité ; on soumit les membres inférieurs à un courant électrique localisé. .\u bout de quelques minutes, la malade accuse des picotements dans les membres; bientôt après on voit les muscles se contracter, la sensibilité se ranime petit à petit et quelques mouvements volontaires commencent à avoir lieu. La séance dura un quart d'heure environ.

Le lendemain, nouvelle galvanisation de quinze ou vingt minutes, après laquelle la malade put remuer les jambes, la sensibilité était complètement revenue, et bientôt après elle put se lever et marcher sans appui. Ses jambes étaient aussi vigoureuses qu'avant la paraplégie et étaient le siège d'une vive chaleur Inaccoutumée. La guérison se soutint.

Obs. IX. — Un jeune homme fumait à sa fenêtre un jour d'orage, lorsqu'il vit la foudre tomber avec fracas, à 200 mètres de la maison qu'il occupait ; il éprouva un vif sentiment d'effroi, et aussitôt il fut frappé de paralysie faciale à droite. Celte paralysie partielle se dissipa spontanément en moins de trois jours.

Évidemment, la paralysie subite dont le nerf facial fut atteint dans ce cas, doit être attribuée à l'émotion morale vive qu'a éprouvée le malade ; car, à une telle distance, ou ne saurait admettre l'action directe du tonnerre. Il est à remarquer que ces paralysies subites, lorsqu'elles ne tiennent pas à une fracture du rocher, sont facilement et promplement curables. Dans un grand nombre de cas, les malades disent en avoir été guéris au bout de 12, de 24 ou de 36 heures, par une application de sangsues ou par une saignée. Chez le sujet dont il s'agit, on n'a rien fait; la paralysie guérit spontanément, et cela se voit souvent : la simple expectation suffit. Mais il n'en est plus de même lorsque la paralysie est venue graduellement et lentement. Il faut alors avoir recours aux vésicatoires au devant de l'oreille ou vers l'apophyse mastoïde, aux applications de moxas sur les mêmes points, aux vésicatoires pansés avec la strychnine, et plus lard avec la vératrine, ou à l'emploi de compresses imbibées de teinture de noix vomique. Enfin, si la paralysie persiste, on fait appel aux excitateurs galvaniques.

il est extrêmement diflicile d'assigner une cause à la paralysie idio-

palliique. Aucun des malades qui font le sujet des observations rapportées dans ce chapitre n'a présenté de symptômes d'hystérie, d'épilepsie ou de toute autre névrose; aucun n'était attaqué d'affections des voies urinaires ou de toute autre maladie : celle-ci consistait tout entière dans la paralysie ; c'était donc une paralysie idiopathique dans toute la rigueur du mot.

Quoi qu'il en soit, son invasion, si l'on doit en juger par le petit nombre d'observations que nous possédons, a lieu tantôt d'une manière soudaine, sans symptômes précurseurs, tantôt, et c'est ce qui arrive le plus souvent, à la suite de symptômes précurseurs semblables du reste à ceux qui précèdent toute espèce de paralysie : ce sont des céphalalgies plus ou moins violentes, des étourdissements, des douleurs vagues dans les reins ou dans le dos s'irradiant aux membres, des fourmillements, des picotements, des élancements, des tremblements et des faiblesses dans ces mêmes membres. La faiblesse ou l'affaiblissement musculaire va sans cesse en augmentant, jusqu'à l'abolition plus ou moins complète des mouvements volontaires.

La maladie une fois confirmée peut présenter deux périodes : l'une aiguë, ou période de paralysie, l'autre chronique, ou période d'atrophie. Dans les observations que nous venons de relater, on ne remarque point l'atrophie musculaire. Le docteur Rilliet, de Genève, dans un mémoire sur la paralysie essenlielle des enfants publié dans la Gazette MÉDICALE DE PARIS, 1851, décrit la période chronique ou d'atrophie de la paralysie idiopathique.

La paralysie du mouvement est souvent accompagnée de celle du sentiment (obs. 2, 4, 5, 8); chez la malade del'obs. 7, la sensibilité était intacte; chez les autres, il n'est point fait mention de l'état de cette faculté; aucun malade n'a présenté l'exagération de la sensibilité. La température des parties affectées est quelquefois plus froide que les autres parties du corps (obs. 8).

La paralysie idiopathique est le plus souvent partielle : deux fois seulement elle était générale (obs. 1 et 2) ; lorsqu'elle frappe les membres inférieurs, elle peut s'accompagner de la paralysie de la vessie ou du rectum (obs. 7), ou de ces deux organes simultanément (obs. 5).

La paralysie dont nous nous occupons est centripète, c'est-à-dire qu'elle commence à la périphérie et gagne successivement les membres de bas en haut.

Sa durée est plus ou moins longue, suivant le Iraileraenl qu'on a rais en usage.

La paralysie idiopathiquc est fixe et n'abandonne jamais les parties qu'elle a envahies, comme font les paralysies hystériques et rhumatismales, qui vont facilement d'un endroit à l'autre. Chez la malade de l'obs. 2, elle était intermittente-, elle allait et venait à l'instar d'une fièvre d'accès : aussi fut-elle proraptement jugée par le sulfate de quinine.

Le pronostic doit être réservé, car nous avons vu qu'une de nos malades a succombé (obs. 3), et qu'une autre (obs. 1) l'a conservée toute sa vie, c'est-à-dire pendant 20 ans.

Le traitement consiste dans des bains sulfureux, dans des frictions irritantes le long du rachis ou sur les parties affectées, dans l'application de vésicatoires ou de moxas sur les côtés de la colonne vertébrale, dans l'emploi de la brucine et de la strychnine, soit à l'intérieur, soit par la méthode endermique. Une de nos malades a été guérie par des purgatifs répétés.

La malade de M. Legroux a obtenu sa guérison à la suite de dix douches ascendantes, et celles des obs. 4 et 8 à l'aide delà galvanisation. Peut-être pourrait-on recourir avec avantage à l'urtication, à la flagellation, au massage, qui ont si bien réussi dans d'autres espèces de paralysies sine materiâ, et surtout à l'hydrothérapie.

Dans la paralysie idiopathique des enfants, M. Heine a recours à la noix vomiquo à l'intérieur et à l'extérieur : teinture de noix vomique unie à celle de camphre et de pyrèthre, à la dose de 12 gouttes deux fois par jour; frictions sur les extrémités inférieures et sur la colonne vertébrale, avec un mélange de teinture de noix vomique et d'ammoniaque. Ce traitement dure quatre semaines. Après un repos de quatorze jours, sulfate de strychnine à la dose de 1/16 de grain que l'on porte graduellement à 1/6. M. Heine a remarqué qu'indépendamment des effets physiologiques de la strychnine, ce médicament avait pour résultat d'augmenter la chaleur et la transpiration des extrémités paralysées. Enfin, lorsque la période atrophique est établie, il insiste sur les exercices gymnastiques, tout en excitant et soutenant les forces par les nervins, les toniques et les moyens hygiéniques.

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