‹ Des paralysies dynamiques ou nerveuses [electronic resource]Chapitre 4 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PARALYSIES IDIOPATHICO-SYMPTOMATIQUES.

Sous ce titre, nous comprenons toutes les paralysies qui sont sons la dépendance d'une affection générale nerveuse ou autres, telle que l'hystérie, l'épilepsie, la chorée, le rhumatisme, la chlorose, etc. Elles ne dépendent point d'une lésion matérielle appréciable, ni des centres nerveux, ni de leurs enveloppes ; mais elles sont comme un symptôme ou comme un épiphénomène des maladies que nous venons d'énoncer; elle consistent donc dans un trouble fonctionnel et constituent une véritable névrose. Nous allons tracer l'histoire de chacune de ces espèces de paralysies.

g I. — Paralysie hystérique.

La paralysie hystérique est une conquête toute moderne qui ne date que de quelques années. Les premiers auteurs qui en ont parlé d'une manière positive et lui ont consacré des travaux spéciaux sont : M. Piorry, dans ses leçons orales à l'hôpital de la Pitié et nous dans un mémoire spécial, publié en janvier 1844 dans les Annales médico-psy- CHOLOGiQUEs. Il est vrai de dire cependant que bien avant nous, quelques auteurs avaient déjà mentionné la paralysie hystérique. Ch.Lepois, par exemple, cite l'observation d'une religieuse qui fut guérie de l'hystérie une première fois par la paralysie du bras et de la jambe gauche, et une seconde fois par celle du bras de ce même côté.

Primerose s'exprime ainsi : « Quœdam non vident etiam apertis oculîs, alise non audiant, alise loqui non possunt,... Sic varia sunt accidentia quibusdam plura, quibusdam pauciora. » (Lib. III, cap. 7, p. 183.)

Backer, sir Brodie, Wiltson et Lajeneck en avaient aussi dit quelques mots.

11 y a plus : Certains auteurs voient un exemple de paralysie hystérique dans le passage suivant d'Hippocrate : « Qtue ex tussi paucum, et nihil effatu dignum rejiciebat, huic manus dextra, et crus sinistrum siderata et resoluta sunt. Nulla autem alia pars immutata est

non faciès, non mens ipsa, 'ac ne îllis quidein partibus valide admodum. Advigesimum diem înmelius processil.Quod fere,circamensium eruptionem conligit, quijam primum illi, quod illibatœ esset virginitatis^ forte apparuerunt. » (Hipp., Épidem., lib. Il, § XXII.)

Quoi qu'il en soit, il est certain qu'avant M. Piorry et nous, les auteurs avaient négligé complètement la paralysie hystérique ou n'en avaient parlé que d'une manière vague et confuse. C'est pourquoi nous allons relater ici les observations qu'il nous a été donné d'observer ou de recueillir dans les archives de la science pour en déduire ensuite son histoire.

Obs. I. —Arranger (Marie), lingère, célibataire, âgée de 23 ans, néeàBeaucame (Yonne). II y a deux ans, elle éprouva une vive contrariété. Le lendemain, elle eut un accès d'hystérie qui dura depuis six heures du matin jusqu'à midi. Les attaques se renouvelèrent tous les jours pendant trois mois. A la suite d'une de ces attaques, elle eut une paraplégie complète, et, chose étonnante, dans la moitié supérieure du corps, la poitrine seule était privée de sensibilité. La parole était également difficile et embarrassée. Elle resta dans cet état pendant deux mois, et puis tout disparut.

Une autre fois elle fut plongée dans le sommeil cataleptique pendant huit jours, durant lesquels elle entendait parler autour d'elle, mais sans comprendre ce qu'on disait. Elle entra à la Pitié, dans le service de M. Piorry, où on lui administra le sulfate de quinine, des lavements d'assa fœtida, des tisanes de valériane, des douches froides sur la tête, des bains, etc., et enfin elle sortit soulagée, mais non guérie.

Obs. II. — Gr., 37 ans, ouvrier typographe, né à Paris, d'un père aliéné, avec un commencement de paraplégie, très-impressionnable, de 25 à 32 ans; préoccupations d'esprit à l'occasion d'affaires d'intérêt ; à 32 ans, douleurs à l'épigastre et à l'hypocondre gauche ; ces douleurs qui ont été toujours en croissant sont devenues très-violentes.

Depuis la même époque, engourdissement et paralysie légère du sentiment à la partie inférieure de la face ; de temps en temps, gêne à avaler et sulTocation ; il éprouvait de temps en temps, le long des membres, des douleurs qui le forçaient à interrompre son travail.

A 35 ans, attaques de nerfs avec mouvements convulsifs involontaires, venant à l'occasion d'émotions vives, de contrariétés.

A 36 ans, douleur fixe dans le milieu du dos et commencement d'incontinence d'urine.

Depuis deux ou trois ans, faiblesse, engourdissement dans les membres du côté gauche.

Depuis quinze jours, affaiblissement de l'odorat et de la vue à gauche,

ainsi que Je la gêne dan» la prononciation. Pas d'amaigrissement, ni de trouble dans les grandes fonctions.

Entre à la Charité le 13 janvier 1851 dans l'état suivant : Homme de petite taille, assez maigre, peau à peine colorée; point de céphalée ni de vertiges; plusieurs fois par jour survient dans la tête une douleur très-vive, dont la sensation est telle, qu'il semble au malade qu'on lui donne syr l'occiput un fort coup de marteau ; cette douleur apparaît brusquement, répond dans toute la tête, et cesse bientôt sans laisser de traces. Il y a peu de sommeil la nuit ; le réveil a presque toujours lieu à l'occasion de douleurs d'estomac qui occasionnent une forte suffocation passagère.

Paupière inférieure de l'œil gauche paralysée. (Eil droit profondément altéré depuis longtemps; la vue en est trouble. La vue de l'œil gauche est affaiblie et la sensibilité de la muqueuse abolie; la pupille gauche est normale.

La narine gauche ne sent point les odeurs; elle est insensible au toucher" 11 en est de même delà moitié gauche de la langue et de la bouche, qui a perdu ses sensibilités tactile et gustative. Les dents sont insensibles à gauche, au point que l'on peut percuter les arcades dentaires sans que le malade ait la sensation du choc ; des courants électriques de grande intensité ont été dirigés sur elles, sans que le malade perçut l'action de l'agent excitateur.

Les altérations de la sensibilité et de la contractilité musculaire ne sont pas moins curieuses.

La moitié gauche de la face est anesthésrée ; du côté droit la sensibilité est seulement affaiblie.

L'anesthésie est complète sur les muqueuses de tous les organes des sens du côté gauche; seulement plus faible aux mêmes points du côté droit.

Dans l'état de repos, la bouche n'est point déviée; mais lors des mouvements, on s'aperçoit que les muscles du côté gauche sont profondément affaiblis ; car alors la bouche se tire légèrement vers l'oreille droite, et la moitié droite des lèvres se contracte seule.

Sous l'influence de l'excitation électrique, les muscles se contractent comme à l'état normal; mais la sensation que provoque l'opération est nulle dans certains muscles, et considérablement affaiblie dans d'autres. Ainsi les muscles frontal, pyramidal du nez, dilatateur du nez, orbiculaire de l'œil, sont sensibles ; tandis qu'on peut diriger les plus forts courants sur les autres muscles, sans que le malade accuse de douleur. L'excitation électrique, limitée sur les nerfs sous-orbitaire et mentonnier, ne donne lieu à aucune sensation, tandis que les sus orbitaires ont conservé une grande partie de leur sensibilité. La sensibilité électro-cutanée de la face est nulle à gauche et très-faible à droite.

La déglutition est un peu gênée, surtout celle des liquides, <iui reviennent quelquefois par le nez.

la respiration esl normale; néanmoins, lorsque le malade fait des efforts, tousse ou parle, il se fait dans l'inspiration un gémissement analogue à celui du premier temps de la toux de la coqueluche chez les enfants; il semble que le malade soit prêt à suffoquer. Ce bruit accompagne chaque inspiration un peu forte.

La parole est lente, embarrassée ; de temps en temps quelques légers accès de dyspnée. Un peu de toux ; sous la clavicule droite le son est trèslégèrement dur, et la respiration un peu faible.

Bruits du cœur normaux ; quelques palpitations de temps en temps.

A peine les aliments sont- ils dans l'estomac, qu'une vive douleur se développe à la région épigastrique et hypocondriaque gauche, s'étendant jusqu'à la région précordiale. Cette douleur qui apparaît irrégulièrement, tantôt un Jour, tantôt l'autre, dure très-longtemps, quelquefois même tout un jour, s'exaspère au point de forcer le malade à se rouler par terre, à s'agiter dans tous les sens et à simuler une sorte d'attaque nerveuse, sans qu'il y ait cependant jamais de mouvements convulsifs. L'action de prendre des aliments, une distraction, une excitation violente sur un autre point du corps, font disparaître cette douleur d'estomac. Jamais de tomissemeuts, mais souvent des aigreurs d'estomac.

La pression sur l'épigastre n'est pas habituellement douloureuse. 11 y a une constipation opiniâtre. Le malade est quelquefois obligé d'extraire avec les doigts des excréments que les efforts de la défécation ne suffisentpas à rejeter au dehors.

L'excrétion des urines est assez facile ; cependant le jet n'a pas une grande force, et ne s'arrête pas net à volonté.

La sensibilité à la douleur de la peau des membres supérieur et inférieur du côté gauche est affaiblie; un peu d'engourdissement dans la main et le pied gauche.

Quand le malade se lève et veut marcher, il tremble, chancelle ; cela tient tout à la fois et à la faiblesse des muscles et à ce que les pieds n'ont pas la sensation tactile, la sensation de résistance du sol sur lequel ils reposent.

De temps en temps il accuse une douleur vive vers les apophyses épineuses des vertèbres dorsales.

Point d'anesthésie au tronc. Pouls à 70. Lorsqu'il s'assoupit, le malade est pris souvent d'une sorte de soubresaut général qu'il compare à la sensation d'une étincelle électrique.

La nuit seulement, depuis qu'il est à l'hôpital, il est pris d'une attaque convulsive toute spéciale, qui souvent se répète plusieurs fois de suite à quelques heures d'intervalle. Au milieu de son sommeil, il jette un cri, qui est suivi d'un mouvement convulsif général qui quelquefois le fait tomber en bas du lit ; il perd complètement connaissance, et au bout de quelques minutes il revient à lui sans avoir gardé le souvenir de ce qui s'est passé.

Le 25 février, on constate que l'œil gauche ne peut se porter ni en dedans, ni en bas, ni en haut, mais qu'il a complètement conservé la faculté de se porter en dehors.

Le 10 mars, le côté gauche de la face a été plusieurs fois galvanisé, et l'excitation successivement dirigée sur la peau et sur les muscles» Sous cette influence, la paupière supérieure gauche a commencé à se mouvoir, et aujourd'hui l'œil peut être en partie spontanément découvert ; les muscles des joues ont repris leur contractilité, et la bouche est beaucoup moins tirée à droite. L'excitation électro-cutanée a rappelé la sensibilité sur presque tous les points de la face, bien qu'elle soit encore très-faible. Les muqueuses des organes des sens, plus réfractaires à l'agent électrique, sont restées à peu près insensibles,

La déglutition étant âifTiciie et gênée et la voix presque éteinte, l'action électrique fat alors portée sur les constricteurs du pharynx et les muscles du larynx, mais sans succès.

Le 1 1 mai, l'amélioration qui d'abord s'était manifestée ne s'est pas longtemps soutenue j depuis une quinzaine de jours le malade ne quitte pas le lit. 11 y a prostration extrême, amaigrissement squelettique, flèvre continuelle depuis quelques jours ; intelligence nette ; la paralysie de la face est promptement revenue. La déglutition est très-difficile, aU point que le malade ne peut prendre ni aliments solides ni aliments licpiides. Respiration constamment râlante ; voix complètement éteinte depuis une huitaine de jours.

Mort à midi le 11 mai I85t.

Autopsie quarante-huit heures après la mort.

Cerveau à l'état normal ; il est arrondi et semble un peû voltfmineux. La pie-mère et l'arachnoïde sont légèrement épaissies et légèrement adhérentes à la pulpe cérébrale ; le tissu cellulaire sous-arachnoïdien est un peu œdéma^ teux. La base du cerveau n'offre rien à noter ; chaque nerf, examiné à sou origine, se présente à l'état normal. Le cerveau est ensuite coupé couches par couches, ainsi que le cervelet, sans offrir de lésion appréciable.

La moelle, examinée dans sa partie inférieure et enlevée jusqu'au renflement cervical, nous montre l'origine apparente du facial, pneumogastrique, spinal, glosso-pharyngien; toutes ces parties sont saines. Les pneu-mogastriques, disséqués dans tout leur trajet cervical, sont parfaitement normaux.

Tous les organes spianchniques sont sains. La valvule pylorique offre un léger épaississement du tissu cellulaire sous-muqueux avec induration et transformation lardacée, sans que le rétrécissement soit assez considérable pour apporter une grande gêne au cours des matières. Les voies urinaires sont saines.

Celle observation, recueilliedansleservice de M. Briquet, parM. Mesnet (Thèse inaugurale, 1852), est très-remarquable. Elle prouve d'abord que l'hystérie n'est pas l'apanage exclusif de la femme ; que l'homme, dans certaines dispositions congénitales ou acquises, peut se prendre, comme la femme, de la maladie hystérique. En outre, elle offre un tableau presque complet de toutes les variétés de paralysies hystériques. Anesthésie des organes des sens, de la face, des membres ; paralysie du facial ; affaiblissement des muscles des membres; paralysie du larynx. Diminution de contraclilité de l'intestin et de la vessie. EnGn, l'autopsie vient, comme complément, nous permettre de constater l'absence de toute lésion appréciable.

Obs. III. — Une femme âgée de 30 ans, journalière, entre à l'hôpital, ser- Yice de M. Vigla, le 17 août. Elle avait été prise de paralysie d'un des membres supérieurs avec aphonie complète. Du côté de la respiration se sont bientôt manifestés des symptômes très-graves en apparence; la respiration s'accélérait, il y avait une anxiété très-grande, de la lièvre. M. Vigla crut d'abord à une altération organique ayant son siège dans le voisinage de lahuitième paire, dans un de ces points où les moindres altérations sont trèsgraves. Mais au bout de deux jours, les phénomènes dyspnéiques étaient les mêmes. La paralysie n'augmentait ni d'intensité ni d'étendue; la voix était toujours altérée. M. Vigla pensa que l'aphonie, comme la paralysie pourraient bien être hystériques, indépendantes de toute affection organique. On remonta aux antécédents, et voici ce qu'on apprit : La malade, depuis le début de sa maladie, éprouvait la sensation d'une boule qui lui remontait vers la gorge. Puis on sut que c'était la troisième fois qu'elle éprouvait des accidents de ce genre. La première fois, en juin 1848, à la suite d'une frayeur, elle fut prise tout à coup d'impossibilité de parler et de paralysie du bras. En t849, nouvelle attaque; paralysie de tout le côté gauche du corps. Enfin, en 1850, le 15 août, douleurs de côté, étoufFements ; elle entre le surlendemain à l'Hôtel-Dieu, et son bras se prend de nouveau.

Pendant dix à douze jours, dans la pensée d'une altération organique,, ove mit en usage un traitement énergique. (Saignées, purgatifs, vésicatoires à la. nuque.)

Vers la fin d'août, l'attention s'étant portée sur un autre caractère de la ma<îadie, on emploie la valériane, l'assa-fœtida en lavement, puis le musc et la teinture de castoréum. Cette femme affirme n'avoir jamais eu d'attaques de nerfs, n'avoir jamais éprouvé d'accidents nerveux. Depuis dix ans, elle est sujette à de la gastralgie et habituellement mal réglée. Elle n'a commencé à être bien réglée que depuis la première apparition des accidcnis.

La malade qui fait l'objet de celle observation était évidemment

JiUelûte de paralysie hystérique. L'existence de la boule hystérique tnet cette vérité hors de doute, et suffit pour établir le diagnostic. Il n'est pas nécessaire qu'il y ait de convulsions pour que l'hystérie existe. L'aphonie est assez fréquente dans le cours de l'affection hystérique.

Obs. IV. — Marie^Florentine, âgée de 23 ans, hystérique depuis l'âge de 12 ans, étant à l'hospice de Grave, à Toulouse, fut prise, le 3 août 1847^ d'une de ses attaques hystériques qui dura deux jours. L'élève de garde, M. Délaye, appelé auprès de la malade pour lui donner les premiers soins, la trouva dans l'état suivant : elle était assise sur son lit, dans l'attitude d'une personne qui s'asphyxie pair suite d'une maladie du cœur ; elle avait conservé toute son intelligence ; il n'en était pas de même de la libre disponibilité de ses mouvements, qui étaient par moments désordonnés ; la face était vul* tueuse, les lèvres violacées, les yeux hagards, les pupilles très-dilatées ; il y avait constriction de la gorge, sensation de la boule hystérique et d'une barre qui comprimait fortement l'épigastre ; les mouvements du cœur étaient saccadés et irréguliers, la respiration difficile, stertoreuse, entrecoupée, beaucoup de difficulté dans la parole et la phonation.

Une saignée du bras ramena un peu de calme dans la respiration.

Le lendemain, l'aphonie était complète. Les antispasmodiques et les bains tièdes firent cesser les phénomènes spasmodiques, mais tout le côté gauche était incomplètement paralysé. La main gauche ne presse que faiblement, et la jambe du même côté est traînante pendant la marche. La sensibilité est tout à fait abolie; la langue est complètement paralysée du mouvement et du sentiment. Il y a impossibilité de remuer cet organe, de parler, insensibilité absolue lorsqu'on y enfonce une épingle. La piluitaire, l'œil, l'oreille et l'organe du goût du côté affecté sont complètement insensibles à leurs excitants naturels. Ainsi la pituitaire non-seulement est insensible à la douleur, mais aussi aux odeurs., l'œil à la lumière, l'oreille au son et le goût aux saveurs.

La sensibilité, qui est abolie dans la moitié gauche du corps est, par contre, très-exaltée à la région hypogastrique ) la moindre pression, le moindre . touchement y réveille une très-vive douleur. Il existe/ en ontre, une névralgie intercostale dans la partie correspondante aux cinq dernières vertèbres dorsales et aux cinq côtes qui s'y articulent du côté gauche.

La vessie ne tarde pas à se paralyser à son tour, au point d'obliger à recourir au cathétérisme deux fois par jour. Les intestins participent aussi à la paralysie; il y a constipation opiniâtre qui résiste aux lavements purgatifs avec l'huile de croton tiglium , et aux pilules composées avec la même substance.

Toutes les fonctions naturelles sont troublées.

Quelques Jours après la manifeslation des phénomènes paralytiques, Id ttialade se prit à vomir et les -vomissements se renouvelèrent tous les soir» pendant plusieurs jours, et, chose remarquable, après chaque vomissement, il y a absence complète d'urine dans la vessie j les matières vomies exhalent une forte odeur urineuse. L'analyse chimique y décèle la présence de l'acide urique. Cet acide n'eiistait pas dans les matières de chaque vomissement.

Le 22, là constipatiotl persiste malgré les pilules et les lavements purgatifs; il en est de même des phénomènes paralytiques. En outre, il commence à se manifester de l'Insensibilité dans le côté droit du corps resté sain jusqu'ici, et la jambe du môme côté devient faible, mais la paralysie de la vessie a disparu, les urines sont abondantes ; quelques jours avant il s'était manifesté une hypersthésie de la peau le long des apophyses des vertèbres dorsales avec tremblement convulsif du côté droit. Cette hyperesthésie a disparu.

Le 23, les membres inférieurs se paralysent de plus en plus, la station est impossible. L'hyperesthésie semble s'être portée tout entière sur l'estomac, qui ne peut rien supporter, excepté du lait, seule nourriture qu'a prise la malade pendant tout le temps de la maladie. Urines abondantes, selles nulles. La malade refuse la curette à l'effet d'évacuer le rectum.

Le 24, on prescrit des pilules avec 1 décigramme de strychnine pour trente-deux pilules à prendre deux par jour. Le lendemain, les pilules n'ayant produit aucun effet, on en ordonne troiSj et le 26 l'anesthésie n'existait plus du côté droit. Les deux yeux sont redevenus sensibles au toucher. L'œil gauche cependant n'est pas impressionnable à la lumière ; assoupissement très-profond, pas de selles. (4 pilules de strychnine.)

Le 27, apparition des menstrues, retard de dix jours; aussitôt amélioration marquée. La paralysie des jambes a diminué; il y a eu des soubresauts dans les muscles. Pour la première fois, l'estomac tolère des aliments Solides. (OËufs, vermicelle.) On suspend toute médication.

Le 29j après la cessation des règles, il y eut recrudescence; la malade retomba dans son état primitif ; la névralgie intercostale s'est reproduite dans la soirée du 31. Sentiment de formication dans tout le côté droit. Après vingthuit jours d'attente et de médication inutile, il y a actuellement et spontanément une garde-robe ; les matières sont dures et sèches.

(Reprise des pilules de strychnine et des bains.)

Le 1" septembre, rétraction spasmodique de la jambe gauche. (3 pilules.)

Le 2 et 3, mieux marqué : la malade marche, quoique traînant la jambe gauche; la sensibilité est revenue ; les selles sont naturelles et copieuses; la vue est rétablie. Contractions musculaires après l'administration de la troisième pilule. (4 pilules, bain.)

Le 4, les accidents reparaissent tous avec la même intensité que la première fois, 11 y a des coliques intenses.

Le 5, amélioration notable. La malade marche seule ; la sensibilité est définitiTement rétablie, plus de sentiment de formication dans les membres ; la langue est tirée hors de la bouche sans déviation aucune, expression de joie sur la figure; la parole n'est pas encore revenue. (Prescription ut suprd.)

Jusqu'au 10 juin même état; les pilules sont supprimées.

Le 1 1 , la paralysie s'est portée du côté droit ; le côté gauche a recouvré tous ses mouvements et toute sa sensibilité. L'usage de la parole n'est pas encore revenu.

Le 13, la guérison est complète; la malade a recouvré toutes ses facultés, à l'exception de la parole.

Quelques mois plus tard, l'usage de la parole n'étant pas encore revenu, lamalade entreprit un pèlerinage à la bienheureuse Germaine de Pibrac, qui fut couronné d'un plein succès; la parole lui revint alors, et, dès ce moment, la guérison fut assurée.

L'état physique a été, pendant toute la durée de la maladie, accompagné d'un état moral singulier. La journée pouvait se diviser en trois périodes bien tranchées : la première qui s'étendait depuis le réveil de la malade jusqu'à environ dix heures du matin, consistait en un état d'impatience, d'irritation nerveuse insupportables ; alors elle repoussait tous les soins, toutes les prévenances, et renversait les objets qui se trouvaient à sa portée. La seconde période consistait en une espèce de douleur morale qui lui faisait répandre des larmes abondantes ; elle paraissait alors livrée à un profond chagrin. Cet état durait à peu près jusqu'à trois heures du soir. De là elle passait à un état dans lequel on remarquait des accès de folle gaieté, des rires immodérés et sans sujet.

Je ne sache pas d'observation plus curieuse que celle-ci. Elle réunit tous les caractères que peut présenter la maladie hystérique, et revêt toutes les formes sous lesquelles elle se montre ordinairement. On peut la lire en détail dans la Gazette médicale de Toulouse et dans le tome YIII de 1' Abeille médicale, p. 173 et suiv.

La paralysie a changé, chez cette malade, de place et a présenté des péripéties curieuses. Une chose digne de remarque, c'est la constipation opiniâtre qui, après avoir résisté aux drastiques, a cessé spontanément au bout de vingt-huit jours.

Il ne faut pas oublier non plus les vomissements qui coïncidaient avec la disparition de l'urine dans la vessie et dont les matières exhalaient une odeur urineuse très-prononcée, et contenaient cette fois de l'acide urique et ses composés. Comment expliquer ce phénomène ? J'en laisse le soin aux physiologistes.

Nous avons vu que l'aphonie qui survécut longtemps à la disparition

des autres symptômes morbides, ne se dissipa qu'à la suite d'un pèlerinage entrepris avec une foi vive et ardente. Faut-il expliquer cette guérison par une influence surnaturelle ou par l'impression morale produite chez la malade par sa confiance dans les miracles de la sainte de Pibrac? Nul doute queles médecins n'attribuent la guérison à celte dernière circonstance^

Obs.V.— Gilbert (Honorine), 28 ans, couturière, gaie^ vive, mais impressionnable, mariée à 18 ans. A 24 ans, elle avait trois enfants bien portants. A cet âge elle perdit son mari j le chagrin qu'elle en éprouva fut profond ; elle s'enferma dans une chambre pendant un mois pour s'abandonner à sa douleur ; dès lors elle devint très-impressionnable et perdit l'appétit.

Un mois après, attaque d'hystérie ; les attaques se renouvelèrent tous les deux ou trois mois pendant la première année, et puis devinrent plus fréquentes. Elles commencent par un sentiment d'oppression à la région épigastrique, puis battement de cœur, sensation d'un globe ascensionnel, étranglement; enfin perte de connaissance. Les mouvements convulsifs se manifestent alors dans les membres et à la face, durent cinq à six minutes, après quoi la malade tombe dans un état assez analogue au sommeil, avec très-peu de dyspnée et de ronflement.

Il y a de la strangulation, de l'épigastralgie habituelle, et, depuis trois à quatre mois, des douleurs dans le dos. Les facultés intellectuelles, assez développées chez cette femme, se sont aflfaiblies, quoiqu'il n*y ait absolument rien de déraisonnable dans ses gestes et paroles.

Depuis quatre ans, leucorrhée abondante avec douleufs hypogastriques et sus-fessières ; depuis un an menstruation irrégulière revenant tous les quinze jours ; depuis un an, diminution de la force musculaire des membres gauches ; depuis six semaines, afTaiblissement des sens et de la sensibilité de la peau du côté gauche.

Entrée à la Charité (service de M. Briquet) le 2 janvier 1851. Taille moyenne, embonpoint ordinaire, peau blanche, teint pâle.

Troubles très-prononcés de la vue de l'œil gauche, avec diminution de la sensibilité de la conjonctive du môme œil.

Odorat obtus à gauche ; ouïe plus confuse, plus obtuse à gauche qu'à droite, avec bourdonnements d'oreilles continus.

La sensibilité de tact et la sensibilité à la douleur de la pituitaire, de la muqueuse de la bouche, à gauche, sont notablement diminuées.

Aneslhésie à peu près complète de la peau du côté gauche du corps, limitée à la ligne médiane.

Diminution très-notable de la force musculaire dans le membre supérieur gauche, un peu moindre dans le membre inférieur.

La malade éprouve un sentiment de froid très-marqué dans tout le côté

gauche du corps, mais non appréciable au toucher ; sensation continuelle de fourmillements dans la main et le pied du même côté ; douleurs de tension lies membres, spontanées, pendant le repos le plus complet ; la marche et les mouvements ne les provoquent point, et la pression ne les augmente pas ; elles apparaissent de temps en temps hors l'époque des attaques convulsives.

Céphalalgie gravative très-fréquente, diminution delà mémoire, de la force d'attention, et souvent fatigue intellectuelle.

Sensation continuelle de strangulation. Douleurs dans les parois du côté gauche de la poitrine, douleurs vives à la région épigastrique, augmentées par la pression et les mouvements ; douleurs éveillées par la pression du ventre, et surtout de la région sus-pubienne ; douleurs dans les 2', 3«, 4', 5* et 6* apophyses épineuses dorsales, et dans la partie de la gouttière vertébrale gauche correspondante. Sensibilité normale à droite.

Digestions régulières, selles rares, urines normales, un peu de muco-pue sortant de la cavité du corps de l'utérus.

Les jours derniers, plusieurs attaques hystériques.

Cris, peu d'essoufflement et de palpitations lors de la marche ; très-léger susurrus à gauche.

Le 15 janvier, galvanisation légère de la peau de la face, et aussitôt la sen sibilité tactile est revenue en grande partie. On a galvanisé assez fortement l'orifice de la narine gauche, et la sensibilité du tact ainsi que l'odorat de ce côté sont revenus. On a galvanisé le côté gauche de la poitrine et de l'abdomen, en faisant passer le courant par les parties profondes, qui étaient douloureuses à la pression et au toucher ; malgré cette sensibilité, le courant électrique n'a pas été senti, quoiqu'il déterminât des contractions musculaires. Ce n'est qu'au bout d'un certain temps qu'il a fini par être senti ; mais on n'est pas parvenu à le rendre douloureux. On a galvanisé la peau et la sensibilité y est promptement revenue.

Le membre supérieur gauche a été galvanisé en commençant par les parlies profondes ; le courant d'abord n'a pas été senti ; il a fini par l'être ; la galvanisation de la peau a promptement ramené la sensibilité tactile.

Le membre inférieur gauche, galvanisé en commençant par le nerf poplité, a donné de la sensibilité plus promptement que le bras ; la peau néanmoins est restée insensible jusqu'à ce qu'on l'ait galvanisée.

Le 17, on a galvanisé le côté gauche de la langue, et peu à peu on a constaté la sensibilité de la langue et le retour du goût ; on a ensuite porté le courant sur la face interne de la joue et on a obtenu le même résultat.

Le goût et le toucher restent néanmoins encore un peu obtus. L'oreille gauche a été galvanisée en introduisant le conducteur dans le conduit auditif préalablement rempli d'eau, l'autre conducteur étant placé dans la main du malade.

La sensibilité du courant a été vivement perçue et a déterminé presque aussitôt une attaque convulsive.

Après la convulsion, on a constaté que le goût est revenu ainsi que l'ouïe ; quelques heures après, la malade eut une contestation assez vive, puis une nouvelle attaque, suivie de la perte complète de tous ses sens du côté gauche.

La sensibilité génitale est peu développée chez cette malade. Le 21, on applique de nouveau, avec succès, l'électricité à chaque organe paralysé.

Le 27, galvanisation de l'oeil sans résultat; aujourd'hui le globe de l'œil est insensible, ainsi que les paupières et la vue reste toujours trouble. Menstrues pendant un jour.

Le 28, nouvelle galvanisation de l'œil gauche en faisant passer le courant de l'occiput aux paupières. Il en est résulté une douleur très-vive dans la tête, qui a provoqué, au bout de quelques heures plusieurs attaques convulsives qui ont été arrêtées par le chloroforme.

Le 30 , la malade est bien ; elle a conservé toute la sensibilité que lui avait rendue l'électricité ; seulement l'œil reste insensible. L'intelligence est revenue à l'état normal.

Il ne reste plus que quelques douleurs de tète et un sentiment de pesanteur habituelle, ainsi qu'une sensation de froid aux deux pieds. Un peu de prolongation du premier bruit du cœur dans la carotide droite; de temps en temps palpitations et essoufflement lors de la marche.

Les menstrues paraissent tous les quinze jours.

Leucorrhée modérée. Depuis un mois il n'y a eu que deux attaques faibles. Sortie le 28 avril 1851. (Mesnet, îoc. cit.)

Obs. VI. — Jéhan (Célestine), 17 ans, née d'une mère hystérique , d'un caractère très-triste et très-impressionnable. A l'âge de 5 ans, apparition, à la suite de mauvais traitements, d'une première attaque d'hystérie avec perte de connaissance; ces attaques ne reparurent pas jusqu'à l'âge de 15 ans ; la menstruation s'est faite à 14 ans; menstrues fortes et régulières, durant un ou deux jours. A 15 ans, manifestation de la deuxième attaque convulsive, à la suite d'une frayeur; deux autres attaques seulement ont eu lieu depuis cette époque jusqu'à ce jour ; la dernière il y a trois semaines, encore après une vive émotion.

Entrée à la Charité le 5 mai 1851. Femme de petite taille, embonpoint ordinaire, ligure habituellement colorée, mais maintenant un peu pâle ; tempérament lymphatico-sanguin, intelligence obtuse.

Céphalalgie continue, habituellement pulsative.

Anesthésie complète de la muqueuse oculaire, de la pituitaire, de la muqueuse linguale et buccale du côté gauche. Vue faible de l'œil gauche; perle

du goût, de l'odorat et de l'ouïe à gauche) bourdonnements continus dans l'oreille de ce côté.

Anesthésie complète de la joue gauche, de tout le côté gauche du cou, et de tout le côté gauche du tronc, excepté de la région lombaire.

Anesthésie complète du membre supérieur gauche, incomplète dans le membre inférieur, s'accompagnant d'un peu de faiblesse musculaire dans l'un et l'autre membre.

Cette anesthésie parait dater de deux mois pour le membre supérieur , la malade ne s'en est jamais aperçu dans les autres régions. Souvent sensation de strangulation.

Douleurs le long du sternum et à l'épigastre, au rachis, entre les deux épaules ; bon appétit ; dyspepsie et aigreurs d'estomac ; constipation habituelle ; léger susurrus dans les vaisseaux du cou ; essoufflement et palpitations lors de la marche ; bruits du cœur normaux ; point de leucorrhée ; menstrues régulières; sentiment d'engourdissement, surtout dans le membre gauche. Pouls à 60. Cet engourdissement date de deux mois comme l'anesthésie. (Sous-carbonate de fer, 2 grammes ; eau de chaux au repas ; vin de Bordeaux, 200 grammes.

Le 2 juin, encore un peu d'anesthésie de l'œil et de la narine gauche, qui ont été galvanisés.

Le bras gauche a été galvanisé ces jours derniers, la sensibilité est revenue dans le bras, mais l'avant-bras, la main, les doigts, restent complètement insensibles, ainsi qu'une partie de la peau du bras, de la largeur d'une pièce de 5 fr., vers la partie externe, au tiers supérieur.

Anesthésie complète de la jambe gauche jusqu'au genou, avec engourdissement : même céphalalgie, même épigastralgie ; point de menstrues. Elle sort dans cet état le 2 juin.

Chez cette malade la paralysie du sentiment dominait; lamotilité était à peine lésée. Uanesthésie est très-fréquente chez les hystériques; elle s'observe principalement pour les organes des sens, qui cessent de pouvoir remplir leurs fonctions sans que l'appareil locomoteur qui leur est propre ait perdu de sa motilité.

L' anesthésie peut affecter la peau seule ou la peau et les muscles à la fois. Quelques auteurs affirment qu'il est très-rare de voir les membres privés du sentiment conserver la faculté de se mouvoir. L'observation clinique prouve tous les jours le contraire. L'exemple suivant tiré également de la thèse citée de M. Mesnet en fait foi.

Obs. VII. — Dorchy (Virginie), 31 ans, domestique, malade depuis son enfance, quoique forte et bien développée ; caractère violent, gaie, vive, assez impressionnable. Elle dit avoir eu des attaques convulsives, avec perte

•de connaissance, dès son enfance, pour la moindre contrariété. Jusqu'à l'âge de 15 ans les attaques revinrent toutes les semaines ; à 15 ans, elles cessèrent.

Menstruée à 20 ans, menstrues irrégulières ; à 29 ans, elle eut le choléra, €t vit à cette occasion les attaques revenir.

L'attaque commençait par de l'oppression, compression à l'épigastre, puis strangulation, suivie de convulsions avec perte de connaissance 9 pleurs et sanglots au réveil.

Mariée à 26 ans, elle eut deux grossesses heureuses. Depuis quatre à cinq •mois, elle éprouve de l'affaiblissement et de violentes douleurs de tête.

Entrée à la Charité le 1" mai 1851. Femme de taille moyenne, forte, assez d'embonpoint, figure colorée, intelligence peu développée ; céphalalgie pulsative et gravative au front et aux tempes, existant même dans le repos.

Légère-anesthësie de la peau du côté gauche de la face ; anesthésie complète des muqueuses oculaire, nasale, buccale, du côté gauche.

Diminution notable de la vue, perte de l'odorat, diminution considérable du goût à gauche. Bourdonnements dans l'oreille gauche, et un peu d'affaiblissement de l'ouïe de ce côté.

Douleur vive à l'épigastre, au rachis et dans la portion de gouttière vertébrale gauche correspondante.

Douleurs à la région sus -fessière.

Appétit conservé, digestions bonnes, faciles. Constipation habituelle ; léger susurrus dans les vaisseaux du cou ; un peu de gonflement et de palpitation lors de la marche, depuis six mois seulement. Cœur normal.

Les menstrues ont eu lieu la dernière fois régulièrement, elles n'ont coulé ;qu'an jour, mais sans douleur.

Leucorrhée très-abondante. Depuis deux ans il n'y a point eu d'attaques hystériques convulsives; seulement un peu d'oppression et de strangulation lors des contrariétés.

Centaurée ; sous-carbonate de fer, 2 grammes ; vin de Bordeaux, 8 gr.; julep gommeux, avec sirop de morphine, 15 gr.; bains, sinapisme: 2 portions.

Obs. VIII. — Le 30 janvier 1849 est entrée à l'hôpital Sainte-Marguerite la nommée Juliette Marietta, âgée de 19 ans, coloriste, mariée. Cette jeune femme, native du Piémont, est d'une bonne constitution. Elle est en France depuis deux ans. Peu de temps après son arrivée en France, elle fut prise d'une maladie fébrile avec délire ; elle entra dans le service de M.Magendie, où il lui flt des applications de glace sur la tête ; la fièvre et le délire cédèrent. Immédiatement après, elle vit tomber ses cheveux, ses dents devinrent noirâtres, et pendant six semaines environ après la disparition des symptômes aigus, elle resta atteinte de folie.

Depuis lors elle a éprouvé, par intervalles, des douleurs lancinantes dans, la tête, des congestions vers la face et des étourdissements ; elle a remarqué

aussi que sa vue avait subi un affaiblissement progressif, mais qui parait porter plutôt sur l'étendue que sur la netteté.

Depuis la révolution de février, elle a eu des attaques qu'elle décrit comme il suit : après plusieurs heures de malaise, de congestion sanguine vers la tête, elle tombait comme une masse inerte, ses yeux se renversaient sous les paupières, les membres se tordaient, les poignets se fléchissaient convulsivement et se renversaient sur le bord cubital de l'avant-bras. Pendant trois quarts d'heure ou une heure environ que durait cet état, elle conservait la parfaite connaissance de tout ce qui se passait en elle et autour d'elle ; elle entendait et comprenait ce que disaient les personnes présentes, mais elle était incapable de répondre; si elle essayait de le faire, ses efforts aboutissaient à un bégayement inintelligible. Pendant ses attaques ou vers leur déclin, elle éclatait de rire, ou, ce qui arrivait le plus souvent, elle pleurait. L'accès passé, il lui restait de la céphalalgie et un sentiment de brisement général qui se dissipait au bout de deux jours.

Depuis le mois de février, elle a eu de huit à dix attaques ; elles ne reviennent pas à des intervalles réguliers ; elle en a eu trois pendant le seul mois de juillet 1848 ; la dernière a eu lieu le 8 janvier 1849.

Il y a trois mois, les règles se sont supprimées sans cause connue; la malade croit avoir remarqué que, depuis deux mois, elle a eu des congestions et des élourdissements plus fréquents.

Le 21 janvier, après avoir éprouvé pendant toute la journée du malaise, des nausées, de la céphalalgie, elle sentit tout à coup, vers neuf heures du soir, les membres supérieurs et inférieurs engourdis, et sa langue s'embarrasser ; et au bout de quelques instants, elle ne put remuer ni les bras ni les jambes. L'articulation des sons était devenue impossible. On la mit dans un bain, on lui frictionna les membres avec un onguent dont elle ne peut indiquer la nature.

Trois jours après, le 24 janvier, le mouvement et la sensibilité reviennent dans les membres supérieurs, et la parole devint libre ; mais les membres inférieurs sont restés complètement paralysés du mouvement, et, de plus, la sensibilité qui y avait persisté, jusqu'à un certain point, atout à fait disparu. Les muscles sont flasques et l'on peut enfoncer profondément des épingles sur tous les points des deux jambes et des cuisses, jusque vers le milieu de leur hauteur, sans que la malade en ait conscience. Plus haut, la sensibilité reparaît, mais reste obtuse. Les piqûres, dans la partie supérieure delà cuisse, provoquent une sensation de fourmillement. Sur le tronc, la sensibilité est intacte. On ne trouve aucun point douloureux circonscrit. Les pupilles sont dilatées et immobiles.

Le 1" février, tisane de petite centaurée ; une pilule d'extrait d'opium, 0,0â; potion éthéréc ; frictions sur les jambes avec le baume Opodeldocli ; bain ; un cinquième de portion d'aliments.

Le 2, la malade n'a pu supporter le bain qu'environ vingt minutes; elle est tombée en syncope et a été atteinte d'une céphalalgie qui dure encore ; elle se plaint de n avoir pas dormi de la nuit.

Le 3, la céphalalgie persiste, mais il y a amélioration en ce que la sensibilité a un peu reparu aux genoux et à la partie inférieure des cuisses. (Extrait d'opium, 0,15 en trois pilules ; bain sulfureux.)

Le 5, les règles viennent de paraître ; la malade ressent de vives douleurs abdominales. (Opium, 0,15 en trois pilules ; cataplasmes sur le ventre; lavement laudanisé et camphré.)

Le 6, hier il y a eu deux attaques avec perte de connaissance ; pas de convulsions ; chaque attaque a duré une heure et demie. (Opium, 020 en quatre pilules ; des sinapismes seront promenés sur les membres inférieurs.)

Le 7, la malade peut soulever un peu les genoux en fléchissant la jambe sur la cuisse, mais elle ne peut ensuite les étendre d'elle-même. Les règles continuent, bien qu'il y ait eu une suspension de vingt-quatre heures. La sensibilité reparaît sur toute la longueur des membres.

Le 8, la malade est parvenue à se tenir un peu sur ses jambes et même à marcher. 11 est vrai qu'elle tremble beaucoup et n'est pas très-solide ; la céphalalgie persiste. (Bain sulfureux.)

Le 12 février, la malade est en pleine convalescence; elle commence à marcher avec facilité et demande à quitter l'hôpital.

Le phénomène le plus intéressant de celte observation, c'est la marche de la paralysie, qui, d'abord générale, s'est ensuite localisée dans les membres inférieurs. Il n'est pas non plus sans importance de faire remarquer que la paralysie n'est point survenue, comme cela a lieu le plus souvent, à la suite d'un accès prsprement dit. Elle n'a été précédée que par une journée de malaise, quelques nausées et de la céphalalgie. (Gaz. des hôp., 22 septembre J 849, Valleix.)

Obs. IX.— Une jeune fille de 19 ans, domestique, entre le 12 juin à l'hôpital, pour une grande faiblesse des jambes, dont elle se plaint depuis près d'un mois.

Elle raconte qu'en 1848, pendant l'époque de ses règles, elle éprouva une vive frayeur; les règles s'arrêtèrent brusquement, et pendant huit jours elle perdit un peu la raison. Son intelligence, dit-elle, fut troublée. Au bout de ce temps elle éprouva une assez gi-ande faiblesse dans les jambes, puis enfin elle perdit presque complètement la faculté de se mouvoir. Les mouvements reparurent peu à peu après une application de sangsues. Deux mois après la guérison de cette paralysie, elle fut prise d'accidents qu'elle désigne sous le nom d'attaques de nerfs, pendant lesquelles elle perdait connaissance. Ces attaques revenaient de temps en temps, à intervalles irréguliers; elles étaient

fluHout caractérisées par la sensation d'une boule remontant de l'épigastro à la gorge.

Cette jeune flUe se plaignait donc d'une grande faiblesse dans les jambes depuis un mois, lorsque, le 16 juin, elle perdit tout à coup la faculté de mou- 'Toir les membres inférieurs, et cela sans cause connue. En même temps exaltation de la sensibilité. Des cautères lui furent appliqués le long du racUis, et 'pansés avec la strychnine, qui probablement ne fat pas absorbée, car elle ne •produisit aucun résultat appréciable.

Vers le milieu d'août, M. Vigla, s'apercevant du peu d'efficacité des exH- 'toires, les fit sécher, et voulut essayer la strycfîniae à l'intérieur. On commença par la dose de 1 centigTamme par jour; au bout de huit jours on éleva la dose à 2 centigrammes, puis enfin à 3, dont 2 le matin et 1 le soir; même à cette dose on n'dbtint aucun résultat. A ce moment survinrent les règles, et l'on suspendit le traitement pendant quelques jours. Assez étonné, du reste, de l'inutilité et de l'inertie d'un médicament aussi énergique et à une dose aussi élevée, M. Vigla hésitait à la dépasser.

Après une suspension de huit jours, il reprit la médication interrompue, et le 2 septembre, la malade recommença l'usage delà strychnine, une pilule de 1 centigramme matin et soir. Pendant trois jours aucun effet sensible.

Le jeudi 5, on lui fit prendre 0,05 de strychnine en deux fois. Dans la soirée, la malade ressent une sorte d'ébranlement dans les genoux et dans les bras, quelques secousses dans la mâchoire inférieure, et un léger sentiment de conslriction dans la région du diaphragme.

Le 6, on cesse la médication.

Le 7, on prescrit 2 centigrammes seulement, qui sont pris le matin de trèsbonne heure. A six heures et demie du matin, l'effet du médicament commence à se produire. Et voici ce que l'on observe : contractions très-vives du diaphragme et conslriction épigastrique, tremblement convulsif de la mâchoire Inférieure, claquement des dents pendant plusieurs heures, tremblements convulsifs dans les jambes et les cuisses, accompagnés de crampes dans tous les membres, plus violentes et plus douloureuses aux membres inférieurs qu'aux supérieurs.

On note à plusieurs reprises un peu de strabisme. La face était un pen rouge, injectée. Cependant la respiration n'était pas très-sensiblement gênée. Pendant toute la durée de l'attaque, il n'y a pas eu de conslriction de la glotte ; les désordres fonctionnels se sont bornés au diaphragme. Le pouls najamais donné plus de 80-84 par minute. Un phénomène singulier et que nous n'avons vu mentionné nulle part, est celui-ci : pendant plus d'une heure la malade a vu tous les objets et les personnes qui l'entouraient, beaucoup plus grands et plus gros, comme à travers un verre grossissant. Les phénomènes avaient commencé vers six heures et demie; à neuf heures et demie les souffrances ont commencé à devenir moins fortes ; les mâchoires se sont des-

serrées el la parole est redevenne possible. Cepeudanl jusque vers une heure de l'après-midi, il y a eu contracture dans les fléchisseurs de la main gauche. Pendant toute la durée de l'accès, la malade n'a pas senti un seul instant la boule hystérique; elle n'a pas eu d'envie d'uriner plus grande une fois l'attaque terminée, et les battements du cœur ont toujours été d'une extrême régularité. A deu-v heures de l'après-midi, tout a cessé brusquement. Les jambes ont repris leurs mouvements ; la malade a eu sur-le-champ la conscience du clvangement qui s'opérait en elle ; elle a pu descendre du lit, poser les pieds par terre, et marcher en se soutenant d'abord aux objets environnants.

Le lendemain 8, elle est descendue seule au jardin.

Ce fait est très-curieux au point de vue des phéHomènes survenus sous l'intlucnce de la strychnine, et qui ne sont pas semblables du tout à ceux qui se manifest-ent d'habitude. Ici , à un observateur non prévenu du traitement il eût été impossible de distinguer l'attaque d'hystérie de ces convulsions strychniques.

Chez celte jeune GUe, il restera à suivre la marche de la maladie. Depuis deux ans, elle a éprouvé plusieurs espèces d'accidents hystériques ; il s'agira de déterminer ultérieurement si la paralysie seule ou si l'hystérie elle-même ont été guéries par la médication employée (Revue clinique, 1" année, p. 271).

Obs. X. — Une jeune dame, d'un tempérament nerveux, depuis plusieurs années en proie à des attaques d'hystérie, vit son état s'aggraver par le mariage et la grossesse. Son accouchement se compliqua de convulsions éclampsiques, et on dut le tenuincr par le forceps. Bientôt après elle fut atteinte d'une paralysie complète des muscles pelviens. Comme on crut avoir affaire à une myélite, on lui appliqua des sangsues, des ventouses scarifiées, des vésicatoires, des cautères, des moxas, un séton ; on eut aussi recours à la pommade de strychnine.

Ce traitement fut sans effet sur la paraplégie et ne fit qu'exaspérer les pliénomènes nerveux.

La malade fut alors transportée à la campagne et confiée aux soins du docteur Pèlre. La motililé était alors abolie dans les membres inférieurs ; en revanche, la sensibilité y était exagérée au point que le moindre contact imprévu, que le poids seul du drap arrachait des cris à la malade. 11 était impossible de la soulever sur le siège sans la faire entrer dans des mouvements convulsifs de la tête, du tronc et des bras. Au milieu de tout ce désordre, M. Aubinais fut frappé de ne pas voir un amaigrissement en rapport avec une maladie qui durait depuis si longtemps ; l'amaigrissement qui n'était d'ailleurs

pas plus prononcé aux membres paralysés qu'aux autres, lui fit présumer qu'il n'y avait pas d'altération matérielle dans la moelle épinière.

On était au mois de juillet. Tous les jours on portait la malade en plein air, couchée sur un matelas rempli d'herbes aromatiques. Les rayons solaires étaient concentrés au moyen de l'objection de larges vitraux sur les membres pelviens , sur la région sacrée , et sur le rachis mis à nu ; la tête était abritée. Les forces revinrent peu à peu ; la constipation , amenée par un long usage de l'opium , céda la première ; le sommeil redevint naturel ; les extrémités paralysées récupérèrent graduellement leur motilité. La guérison fut achevée par les bains de mer donnés chauds d'abord, puis froids. {Journ. de méd. de la Loire-Inférieure.)

Obs. XI. — Madame C, de Lyon, est âgée de 26 ans, son tempérament est nerveux, sa constitution délicate. Son père s'est suicidé.

Depuis l'âge de 5 ans, jusqu'à l'éruption de ses règles qui eut lieu à 11 ans, il lui arrivait souvent de tomber tout à coup sans connaissance et sans mouvement, de rester ainsi pendant trois ou quatre heures, et lorsqu'elle revenait à la vie ses facultés intellectuelles étaient dérangées, et le délire ne cessait qu'au bout de deux ou trois jours.

A l'âge de 11 ans , c'est à-dire à l'époque de l'établissement de ses règles, sa respiration devint plus courte que d'habitude , et se déclarèrent en même temps des convulsions, et parfois même des attaques de catalepsie.

Madame C. éprouve souvent, surtout en marchant, la sensation d'une boule qui remonte lentement du bas-ventre jusqu'à la tète, et aussitôt elle perd alors l'idée de ce qu'elle fait.

Les attaques d'hystérie sont ordinairement précédées , quelques jours à l'avance, d'une exaltation extraordinaire des facultés de l'entendement. La même exaltation s'observe aussi sans qu'elle soit suivie de convulsions, à l'époque des menstrues. Dans cet état, la malade est en proie à une verve poétique bizarre, au point de passer les nuits entières à composer des vers.

Au mois de novembre 1853, elle se prit à cracher du sang, et ressentit des douleurs dans la poitrine. Ces hémoptysies se renouvelèrent depuis à l'approche des règles, et étaient souvent très-abondantes. Elles persistent encore aujourd'hui, mais à un bien moindre degré, et ne se montrent plus que de loin en loin. — On a combattu ces hémoptysies par les bains d'air comprimé suivant la méthode de Pravaz, et la botte de Junod. Pendant le traitement les hémoptysies augmentèrent, mais dix jours après le traitement il y eut amélioration.

Au mois de mai 1855, elle éprouva des coliques intenses semblables aux douleurs de l'enfantement, qui persistèrent jusqu'au 6 octobre, époque à laquelle elle éprouva une perte utérine très-abondante. Il survint de la fièvre, du âélire; elle garda le lit pendant deux mois, et pensa succomber à la violence

du mal. Mais le lendemain du jour où on l'avait crue à la dernière extrémité, les coliques cessèrent tout à coup comme par enchantement, et la région précordiale devint le siège de douleurs déchirantes qui revenaient par crises Irès-rapprochées, et qui persistèrent pendant vingt jours , c'est-à-dire jusqu'au 26 décembre. Ces douleurs disparurent à la suite d'une saignée, mais elles furent remplacées par la perte complète de la raison. La malade n'avait plus conscience de ses actes. Cet état d'aliénation mentale persista jusqu'au mois de mars 1856. U est à remarquer que pendant tout ce temps la malade recouvrait toute sa raison pendant la nuit, et ïestait parfois dans un état de somnambulisme lucide. Ceci a été constaté par son médecin, le docteur Leriche et M. Colrot. La faculté somnambulique disparut avec le délire.

Depuis deux mois la malade vomissait constamment les matières ingérées , et avait, en outre, une diarrhée opiniâtre. La pepsine associée à la strychnine fit cesser les vomissements, mais non la diarrhée.

Au mois de juillet, madame C... alla aux eaux d'Uriage afln de rétablir la menstruation qui était suspendue depuis plusieurs mois. Là on lui administra des bains et des douches à 46° sur les membres inférieurs, et des douches froides sur la tète ; on lui fit faire le maillot humide, et sous l'influence de ce traitement, la tète devint libre, mais la plante des pieds commença à s'engourdir. L'engourdissement gagna progressivement, dans l'espace de huit jours, la totalité des membres pelviens, et, dès lors, elle ne put plus marcher. La sensibibilité y est abolie; celle-ci est également abolie dans tout l'avantbras droit, et la contraction musculaire y est diminuée. La main gauche est paralysée aussi complètement du sentiment et incomplètement du mouvement.

La paralysie existe depuis quinze jours.

C'est dans cet état que la malade, d'après les conseils de M. le docteur Leriche, vint chercher quelque soulagement dans l'établissement hydrothérapique de Serin.

Son faciès est pâle, anémique, son regard étrange, son imagination exaltée; bruit de souflle dans la carotide droite, leucorrhée abondante, appétit médiocre, selles régulières mais diarrhéïques; sommeil entrecoupé et troublé par des rêves pénibles. — La percussion et le passage d'une éponge imbibée d'eau froide le long du rachis, réveille une légère douleur à la hauteur de la première et de la quatrième vertèbre lombaire.

Je soumets immédiatement celte malade aux lotions mitigées et aux pédiluves, alternativement chauds et froids.

Le lendemain elle accuse des coliques intenses et les selles sont dyssentériques. — Suspension du traitement hydrothérapique ; lavement laudanisé et amylacé ; tisane albumineuse. Dans les vingt-quatre heures, la dyssenterie est arrêtée; le 15, elle reprend ses lotions, et je lui prescris en même temps le fer réduit par l'hydrogène.

Le 17, amélioration extraordinaire; la marche devient possible. — Douche rn poussière, et deux ou trois jours après douche en colonne ; TamélioratioD fait des progrès rapides, au point que notre malade quitte l'établissement, le 24, parfaitement guérie de sa paralysie.

Celle observation est remarquable. Les phénomènes hystériques étaient ici compliqués de phénomènes chlorotiques. La paralysie était presque complète. Douze jours de traitepienthydrothérapique suffirent pour rendre à la paralytique l'usage de ses membres. Il est à remarquer que dès le début de son entrée dans l'établissement, celle dame fut magnétisée par un de nos malades, et que sous l'influence des passes magnétiques, les jambes, habituellement froides, se réchauffèrent, et la sensibilité reparut, et le lendemain elle allait mieux.

Le magnétisme conlribua-t-il pour quelque chose à la guérison de la paralysie La malade l'affirme. Quant au fer, il est certain qu'il n'y entra pour rien, il y avait trop peu de temps qu'elle en prenait.

Nous avons dit que le sommeil était souvent interrompu. La cause de celte interruption était un bruit particulier qu'elle entendait dans la téte, et qui donnait naissance à ses rêves. Ce bruit était évidemment le résultai de l'appauvrissement du sang; c'était, en un mol, le bruit de souffle.

La malade quitta l'établissement avant que la chlorose fût guérie; cependant la guérison se maintint, et aujourd'hui, 12 mai 1856, sa santé esl si bonne, qu'elle est sur le point d'entreprendre un voyage au Canada.

Le docteur Vidart, médecin de l'institut hydrolhérapiquedeDivonne, rapporte également un cas de guérison de paralysie hystérique par l'hydrothérapie et le magnétisme animal. C'était une femme de 25 ans, qui, suivant M. Vidart, était très-lucide pendant son somnambulisme, La paralysie du mouvement et du sentiment était complète dans les membres inférieurs ; il y avait, en outre, paralysip des paupières, du iras gauche et de l'estomac avec Irismus.

Obs. XII. — Roussel (Marie), 32 ans, marchande des quatre-saisons, née à la campagne, d'une mère hystérique, réglée pour la première fois à 10 ans et demi. Elle n'éprouva aucun dérangement dans sa santé jusqu'à l'âge de 17 ans; à cette époque, elle s'éloigna de son pays et eut beaucoup d'ennui; la face se décolora ; amaigrissement, fatigue dans les membres. Cet état dura jusqu'à 20 ans. A la suite d'une contrariété violente, attaque d'hystérie qui se renouvela tous les deux ou trois mois. Mariée depuis dix ans, elle a eu

tleux accouchements «t deux avortenienls ; depuis deux ans, douleur dans le flanc gauche, leucorrhée depuis huit à dix ans ; règles arrêtées depuis trois mois, et depuis lors accidents nerveux plus développés qu'auparavant.

Entrée à la Charité le 23 septembre 1848. Céphalée piilsative et lancinante, même dans l'état de repos ; appétit, sentiment presque continu de strangulation ; douleur à l'épigastre «t à la pHrtie moyenne des dernières faussescôtes gauches; douleurs à la pression des parois abdominales du côté gauche, de la région sus-pubienne du même côté, du rachis, de la sixième à la douzième vertèbre dorsale. Insensibilité de la peau du côté gauche du dos, depuis le haut jusqu'en bas; insensibilité de la muqueuse conjonctivale, nasale et buccale du côté gauche. Du même côté, léger affaiblissement de la vue, perte de l'odorat et du goût; perle du toucher de la main gauche; perte de la sensibilité de la plante du pied gauche; afTaiblissement musculaire dans le membre supérieur gauche et dans les membres inférieurs, datant de six à sept mois. La marche est impossible sans l'aide d'un bras. La malade traîne les jambes sans pouvoir les lever. Léger souffle dans les carotides.

Galvanisation appliquée pour la première fois le 11 octobre.

Le 20, en une seule séance de cinq minutes, la sensibilité de la peau est revenue sous l'influence de la galvanisation cutanée, par la main électrique ; en deux séances, les sens du goût et .de l'odorat sont revenus.

Toutes les autres parties insensibles et paralysées ont été galvanisées tour à tour.

Enfin la malade est sortie le 24 novembre, dans l'état suiA'anl : sensibilité de la peau, partout à l'état normal ; motilité revenue complètement dans le membre supérieur ; dans les membres inférieurs, la motilité n'a reparu que progressivement ; la marche est parfaite aujourd'hui ; règles peu abondantes ; elles ont été rappelées par l'excitation électrique portée sur l'utérus. Plus de leucorrhée, plus de céphalalgie, plus de douleurs au tronc ni dans les membres. Mais les attaques hystériques continuent, seulement un peu moins fortes.

Deux mois après, la paralysie n'avait pas reparu. (Obs. empruntée à M. Briquet par M. Mesnet, Thèse citée.)

Obs. XIII. — Pilerot (Anne), domestique, célibataire, est âgée de 24 ans. Son père était épileplique. Elle entra dans l'hôpital avec une toux hystérique qui, bientôt après, fut suivie d'une péricarditc qu'on parvint à guérir.

Elle fut atteinte d'hystérie pour la première fois il y a sept à huit mois, à la suite d'une vive frayeur, et au début même elle devint hémiplégique du côté gauche. La sensibilité y était également abolie ; l'œil gauche était aussi très-peu sensible à la lumière, et elle n'entendait pas de l'oreille du même

<;ôlé. La narine gauche et la moitié gauche de la langue étaient également insensibles aux odeurs et aux saveurs ; la voix était entièrement éteinte, et maintenant encore tous les phénomènes persistent, quoiqu'à un moindre degré, car elle traîne encore la jambe gauche et ne saurait marcher sans béquilles. Il faut être habitué à son langage pour comprendre ce qu'elle dit ; «lie remplace les premières lettres de tous les mots par la lettre T.

Maintenant on lui réapprend à parler comme à un enfant, et elle commence déjà à reprendre l'usage des voyelles, qu'elle avait entièrement perdu.

Elle éprouve une douleur assez vive, qui augmente par la pression, à la région épigastrique et le long du dos, du côté droit. Les selles sont irrégulières, et elles furent même supprimées pendant quinze jours. Elle éprouve de fréquents maux de tête.

Quelquefois, mais rarement, les attaques sont précédées de la sensation d'une boule qui roule dans le bas-ventre, d'éblouissements et de troubles de la vue, etc.

Obs. XIV. — Une jeune fille de 22 ans, hystérique depuis l'âge de 17 ans, est entrée à l'hôpital de la Charité en décembre 1863. Depuis deux ans cette malade a commencé à perdre la sensibilité de la peau aux membres supérieurs, mais sans aucun trouble dans les mouvements. Lors de son entrée dans les salles de M. Briquet, on constata qu'elle avait perdu la sensibilité factice et la sensibilité à la douleur sur toute 4a surface du corps ; qu'elle ne sentait même pas l'excitation électro-cutanée; que les tissus placés sous la peau (muscles, os, troncs nerveux), étaient aussi insensibles que la peau, excepté dans un point limité du côté gauche du thorax, oii la pression était douloureuse, où elle ressentait même souvent des douleurs spontanées ; que la face était également insensible à toutes les excitations ; que l'odorat était perdu, et enfin que la vue était très-alTaiblie à gauche.

Quant aux mouvements, voici ce qu'on remarquait : lorsqu'on lui donnait la main, elle la serrait avec assez de force ; elle fléchissait ou étendait demême l'avant-bras sur le bras, mais elle ne pouvait modérer ses contractions musculaires, de sorte qu'elle serrait toujours avec la même force, alors même qu'on lui disait de prendre légèrement la main qui lui était ofi'erte. Elle ne pouvait non plus faire de différence entre un corps léger et un corps pesant ; elle n'avait pas conscience de la résistance qu'on opposait à ses contractions musculaires. Enfin, on pouvait frapper violemment ses membres, les agiter, les secouer fortement, les changer de place sans qu'elle en eût la conscience ; puis, comme elle ne sentait pas le lit dans lequel elle reposait, elle éprouvait des saisissements continuels au moment de son réveil, se croyant menacée d'une chute, et elle n'était complètement rnssurée (pie lorsqu'elle se voyait réellement couchée dans son lit.

Un examen complet fil découYi ir les phénomènes suivants : Si l'on se penclie de manière à empêcher la malade de voir sa main au moment où on lui dit de la fermer, celle-ci reste immobile, bien qu'elle croie l'avoir fermée; et pendant qu'on lui fait étendre et fléchir l'avant-bras sur le bras, ayant détourné son regard de ce membre, le mouvement s'arrête tout à coup et le membre reste dans cette position comme s'il eût été tétanisé; •

Après avoir masqué la vue de la malade, lui disait-on de fléchir l'avant-bras sur le bras ou de l'étendre (quand on l'avait placé dans la flexion), de fermer ou d'ouvrir la main, le membre rtstait immobile à droite comme à gauche ; on voyait seulement quelques mouvements irréguliers et limités du membre qui annonçaient les elTorls auxquels elle se livrait pour faire les mouvements qu'on lui commandait. Elle croyait les avoir exécutés et manifestait un étonnement mêlé de chagrin quand on lui laissait voir que son membre était resté dans l'inertie.

Ces expériences ont été maintes fois répétées aux membres inférieurs comme aux membres supérieurs.

Voici une autre expérience qui montre, en outre, que l'action de la volonté unie au concours de la vue était nécessaire à la cessation de la contraction une fois produite. Si après s'être fait serrer la main, on l'empêchait de voir et qu'on lui dit de cesser tout effort, on sentait que la contraction de ses fléchisseurs continuait, et il fallait employer une grande force pour lui ouvrir la main, ou bien si, après lui avoir fait fléchir l'avant-bras, on l'empêchait de voir, l'avant-bras restait dans la flexion, et il fallait pour l'étendre employer une assez grande force.

Il était intéressant de rechercher d'où pouvait dépendi-e cette suspension dé l'action motrice volontaire. Provenkit-elle d'un état pathologique des centres nerveux ou des organes périphériques? Dans cette dernière hypothèse, était elle un état morbide de la sensibilité cutanée ou des propriétés musculaires ? M. Duchenne, dans le but d'éclaircir ces doutes, a eu l'idée de faire les expériences suivantes :

Il a essayé de rétablir la sensibilité de la peau de l'avant-bas et de ^a main par la fanadisation cutanée. Pendant les premières minutes, la malade n'éprouva aucune sensation dans les points excités, bien que le courant fut intense et rapide. Mais bientôt elle accusa d'abord un chatouillement, puis une sensation de piqûre et de brûlure qui alla croissant et lui arracha des cris.

Après quelques minutes de cette excitation, la sensibilité de la peau était en partie revenue dans le point électrisé, mais elle n'en franchissait pas les' limites. L'excitation électro-cutanée fut promenée de la môme manière sur tous les points de la région antérieure et postérieure de l'avant-bras et de la main, et sur la pulpe des doigts. Après cette opération, la malade sentait vivement les plus légers pincements de la peau, et elle distinguait les corps' chauds des corps froids. La sensibilité tactile étant ainsi rappelée en partie,

on demanda de nouveau à la malade de mouvoir la main ou les doigls san* les regarder, mais elle ne remua pas plus qu'auparavant, bien qu'on stimulât la, sensibilité cutanée en frottant ou en pinçant la peau de son avant-bras.

Il était donc démontré par cette expérience que la sensibilité de la peau ne pouvait remplacer chez celte malade le sens de la vue pour la production des mouvements volontaires.

Depuis ces diverses épreuves, la malade a été soumise à de nombreuses séances de galvanisation, qui n'ont eu jusqu'ici d'autre résultat que de convertir l'anesthésie profonde dans quelques régions ou une simple aneslhésie cutanée.

Obs. XV. — Une jeune fllle de 21 ans, en proie depuis un an aux accidents hystériques qu'elle présente aujourd'hui, est entrée à la Charité en février dernier. Cette malade offre l'exemple d'anesthésie le plus complet que noud ayons jamais vu. La surface cutanée tOQt entière est insensible aux stimulations de toute sorte. Les membranes muqueuses des sens et celles de tous les orifices accessibles au toucher sont dans le même cas. Le goût et l'odorat sont anéantis. Cette aneslhésie ne se borne pas aux surfaces cutanées et muqueuses. Toutes les masses musculaires, aussi profondément qu'on puisse les explorer, sont également insensibles ; on peut les masser, les pétrir entre les mains, frapper avec force sans que la malade en ait la moindre conscience.

La contractilité est conservée dans tons les muscles, mais elle est trèsalTaiblie. Cet affaiblissement va môme, pour quelques régions, jusqu'à la paralysie incomplète. Ainsi la malade ne peut ni marcher ni se soutenir sur ses jambes. Quant aux mouvements des membres supérieurs, elle les exécute librement, mais avec peu d'énergie, et elle est obligée de s'aider du regard pour les diriger, sans quoi les muscles cessent d'obéir à sa volonté et restent passifs, alors même qu'elle veut les faire entrer en action. Enfin, elle n'a nullement la conscience de leur contraction, et ne peut s'assurer que par la vue si le mouvement qu'elle a voulu exécuter a eu réellement lieu ou non. Aussi, lorsqu'elle a les yeux fermés, tout mouvement spontané devient impossible. On sent bien, en plaçant les doigts sur les muscles, qu'il s'y fait quelques efforts de contraction ; on voit même une légère oscillation du membre, mais ces eCforls restent impuissants, et le membre conserve la même attitude. Si, dans cette môme condition, on prend son bras et qu'on le change de placé, la malade n'en a aucunement conscience, et elle n'est avertie du changement qui a été opéré dans ce membre que lorsque la vue lui est rendue. En un mot, cette malade olTre, sous ce rapport, identiquement les mêmes phénomènes que la précédente, c'est-à-dire une aneslhésie complète des muscles comme de la peau. La perte de la conscience des mouvements, soit volontaires, soit mécaniquement imprimée, et enfin l'impuissance de contracter les muscles sans l'intervention de la vue. Les mêmes expériences et explora-

tious répétées fréciuemment diez elle, ont donné constamment les mêmes résultats.

Ces faits si remarquables ont été l'objet d'une étude particulière de la part de M. Duchenne, qui en a conclu à l'existence d'un état pathologique particulier du système musculaire inconnu jusque-là, et qui révèle h son tour, par son absence môme, l'exictence d'une propriété musculaire qu'il a cru devoir désigner sous le nom de conscience musculaire. La conscience musculaire servirait, dans l'état pathologique, à accomplir et diriger les mouvements musculaires (Annal, médico- PSYCH., avril 1855).

Histoire de la paralysie hystérique. — 11 est rare que la paralysie hystérique se déclare d'une manière brusque et instantanée. Elle est, €n général, précédée de fourmillements, de tremblements et d'engourdissements, d'une faiblesse insolite et de refroidissement des membres ; puis l'aptitude des muscles à se contracter diminue progressivement et finit quelquefois par se perdre tout à fait. On dit alors que la paralysie est complète. Cependant la paralysie, prise dans toute la rigueur du mot, c'est-à-dire avec la signification de perte complète du mouvement, est extrêmement rare dans l'hystérie, si tant est qu'elle existe. Le plus souvent on n'observe qu'un affaiblissement plus ou moins grand de la motilité.

La paralysie hystérique porte tantôt sur la sensibilité (anesthésie), tantôt sur la contractilité musculaire (amyosthénie), tantôt, enfin, sur ces deux facultés à la fois : très-souvent ces deux facultés ne sont pas également paralysées. En effet, la paralysie du mouvement est quelquefois profonde et la sensibilité à peine émoussée; d'autres fois c'est l'inverse qui a lieu. Il arrive assez souvent, enfin, que la sensibilité, au lieu d'être abolie ou émoussée, est exaltée jusqu'à la névralgie.

Il importe de faire remarquer ici que la sensibilité tactile n'est pas la seule dont la peau soit douée. M. Beau, dans son mémoire publié dans les Archives de médecine, 1848, se livi"C à de judicieuses remar ques sur les différentes sensibilités de la peau, et les modifications individuelles qu'elles peuvent offrir. En effet, les notions de douleur, de tact, de température, de degré desécherease ou d'humiditédes corps, etc., nous sont données par autant de sensibilités spéciales, indépendantes les unes des autres, bien que dévolues aux mêmes points de l'enveloppe cutanée; l'une peut disparaître, les autres restant intactes : c'est

la règle générale dans les manifestations liystériques. La malade, insensible aux douleurs produites par la piqûre d'une épingle, bien qu'elle sente le contact du corps, nous répond, si vous l'interrogez : « Je sens » que vous me piquez, mais vous ne me faites aucun mal. » L'insensibilité à la douleur que M. Beau appelle analgésie et à l'insensibilité du tact qu'on appelle anesthésie, sont donc deux phénomènes bien différents qu'on ne doit pas confondre dans l'étude de l'hystérie. Que de femmes, comme le dit M. Mesnet, qui sont insensibles à la piqûre d'une épingle enfoncée profondément dans la pulpe des doigts, et qui cependant peuvent coudre et broder comme à l'ordinaire !

Quelques-unes seulement des insensibilités spéciales de la peau peuvent être abolies. Celte malade, par exemple, ne perçoit plus la température ; celle-là le degré de sécheresse et d'humidité des corps. Une hystérique anesthésiée complètement de tout le côté gauche du corps, étant dans un bain froid, ne sentait le froid que dans le côté droit; il lui semblait qu'une lame d'eau s'arrêtait au milieu du corps. Telle malade perçoit seulement la forme et la dureté des corps, telle autre n'est insensible qu'à la douleur : cette dernière forme est la plus fréquente.

L'anesthésie cutanée est quelquefois limitée à des surfaces de peau très-peu étendues (surtout à la face externe des membres ou sur le plan postérieur du tronc) ; d'autres fois elle envahit toute la surface du corps : ces cas sont l'exception. Il est plus fréquent de la voir envahir une moitié seulement du corps, et de préférence le côté gauche.

Il est rare qu'avec l'anesthésie de la peau il n'existe pas en même temps l'anesthésie des membranes muqueuses. Dans ce cas, la limite entre les surfaces sensibles et les surfaces insensibles est bien nettement établie par la ligne d'union de la peau et des muqueuses.

Après l'anesthésie de la peau, vient celle de la conjonctive, de la pituitaire, de la muqueuse buccale. Ce n'est pas tout : en même temps que la conjonctive scléroticale, les muqueuses nasale et buccale sont insensibles à la piqûre, au contact des corps, on constate, d'autre part, une diminution notable de la vue, de l'odorat, du goût, du même côté.

L'ouïe (du côté gauche particulièrement) ne reste point étrangère au trouble des autres sens: elle a perdu le plus souvent de sa finesse; chez la plupart des malades, il existe des bourdonnements continus. La perte complète des sens est très-rare dans l'hystérie.

L'anesthésie frappe aussi quelquefois les muqueuses vulvo-vaginales,

l'orifice de l'urètre; mais il est plus fréquent d'y rencontrer une exagération très-notable de la sensibilité de ces parties.

L'anesthésie hystérique coïncide quelquefois avec une hyperesthé- 6ie du tissu musculaire ; les muscles sont alors douloureux. D'autres fois, par contre, et c'est le cas le plus fréquent, les tissus placés sous la peau (muscles, troncs nerveux) perdent leur sensibilité générale, leur sensibilité à la douleur : il y a alors ime véritable auesthésie musculaire.

Les expériences de M. Duchenne sur la galvanisation locale et la transmissibilité directe d'un courant électrique dans tel ou tel muscle, à travers les parties superficielles, ont singulièrement éclairé cette question. Il dirige un courant électrique sur le muscle anesthésié; des contractions se manifestent aussitôt sous son influence, sans que les malades en aient conscience, sans qu'elles éprouvent la moindre sensation ; mais bientôt surviennent des fourmillements, puis une douleur obtuse, puis une douleur très-vive; la sensibilité musculaire est alors revenue.

Ces expériences ne laissent aucun doute sur l'existence de ces deux propriétés des muscles, sensibilité et contractilité, et sur l'existence de la paralysie pouvant s'étendre à chacune d'elles.

Au summum de l'hystérie, les parties les plus profondes des tissus peuvent donc être tout à fait insensibles. Il n'est pas très-rare alors qu'il y ait en même temps paralysie des viscères de la vie organique soumis en partie à l'empire de la volonté, tels que la vessie et le rectum, et parfois même elle envahit le plan musculaire de l'intestin.

Les viscères soustraits à l'empire de la volonté, tels que l'utérus, les ovaires, les reins, l'estomac, etc., sont, par contre, le siège d'une exaltation de la sensibilité chez quelques hystériques ; et ces douleurs hyperesthésiques doivent être étudiées avec soin, car elles peuvent masquer une maladie rapidement mortelle ; la péritonite. La Gazette Médicale de 1846 cite un exemple d'une pareille méprise. Une femme hystérique entre à l'Hôlel-Dieu le 1" janvier 1846, dans le service de M. Louis; elle présente, jusqu'au 17, des attaques fréquentes. Alors il s'y joint des phénomènes d'hyperesthôsie céphalique et oculaire, puis une anesthésié complète du côté droit; cette anesthésié persiste pen^ dant cinq jours avec un peu de contracture. Enfin, la malade est prise de vomissements et de douleurs très-vives. Mort au bout de trois jours. L'autopsie fait reconnaître une péritonite qui avait été méconnue.

Uliypereslhésie d'un des reins peut en imposer pour un accès de colique néphritique ; l'iiyperesthésie de l'utérus, des ovaires, et les phénomènes qui se montrent du côté de^ organes génitaux peuvent simuler l'inflammation de ces organes et induire les praticiens en erreur.

Je n'établirai pas ici le diagnostic différentiel de l'hystérie et des maladies abdominales qu'elle peut simuler; je me contenterai d'indiquer les caractères du pouls, que j'emprunte à Whytt (Traité des vapeurs) : « Dans l'hystérie, dit-il, lepouls ade la mollesseet n'est pas plein, ni dur, ni serré ; il devient d'autant plus petit qu'il est plus fréquent ; en outre, on ne remarque pas, pour l'ordinaire, qu'il soit accompagné de beaucoup de soif. Dans l'autre cas, nous trouverons en foule des caractères tout opposés; en un mot, nous aurons le pouls fébrile, inflammatoire. »

L'amyosthénie ne se montre, en général, que plus oumoins longtemps après l'anesthésie : comme celle-ci, elle affecte aussi de préférence le côté gauche du corps, suivant M. Mesnet.

Nous avons observé un assez grand nombre de paraplégies hystériques.

Les muscles, dans l'hystérie, ne sont pas tous disposés également à Ee paralyser ; le plus souvent affectés sont ceux des membres ; ceux de la face ne le sont presque jamais ; M. Mesnet en a observé un cas. Les muscles de l'œil et ceux du larynx le sont très-rarement. Nous avons vu deux ou trois fois l'aphonie chez des hystériques.

On a remarqué tout récemment un phénomène hystérique fort singulier : c'est la perte complète de la sensation d'activité musculaire et de la conscience musculaire. Les obs. XIV et XV offrent deux exemples remarquables de ce phénomène morbide, M. 0. Landry a publié un mémoire intéressant, dans la Gazette des hôpitaux (juin 1855), sur ce phénomène, sous le nom de paralysie du sentiment d'activité musculaire. L'époque à laquelle apparaissent pour la première fois les phénomènes paralytiques chez les hystériques est très-variable : ils se montrent quelquefois comme phénomène initial ; ainsi, chez des femmes prédisposées à l'hystérie, que l'altération de la constitution soit congéniale ou acquise, n'importe, on voit quelquefois apparaître l'affaiblissement des muscles ou de la sensibilité, avaî)t la manifestation de tout autre trouble nerveux. Mais le plus souvent les phénomènes de paralysie succèdent soit à des convulsions, soit à des spasmes, plus ra-

kl

rement à de simples malaises nerveux ou à des syncopes plus ou moins prolongées. En un mot, la paralysie hystérique est très-variable dans son début ; elle peut se montrer sous dilférentes formes de la maladie, précéder ou suivre les attaques convulsives.

On serait tenté de croire que l'intensité des phénomènes paralytiques est en raison directe de la durée et de la violence des convulsions. Ce n'est pas toujours là la vérité, car tantôt, à la suite d'une attaque forte et prolongée, il n'en résultera qu'une paralysie légère et momentanée, tantôt, au contraire, la motilité sera presque complètement abolie à la suite d'une légère attaque. Rien n'est plus bizarre que les caractères de la paralysie hystérique.

La marche n'est pas moins inconstante ; tantôt elle disparaît d'ellemême, ou sous l'influence d'une nouvelle attaque; tantôt elle se déplace, quitte une partie pour se porter sur une autre, ou bien elle persiste dans les mêmes régions, en ne subissant que de légères modifications en plus ou en moins, suivant les conditions morales de la femme, les oscillations quotidiennes de son système nerveux.

L'amyosthénie et l'anesthésie peuvent se dissiper tout à coup ou lentement, mais en môme temps ; ou bien l'une disparaît seule, tandis que l'autre s'en va plus ou moins longtemps après.

La paralysie hystérique disparaît quelquefois rapidement pour reparaître bientôt ; d'autres fois elle persiste jusqu'à une nouvelle attaque d'hystérie, après laquelle elle se dissipe brusquement et progressivement; tantôt, enfin, elle disparaît pendant l'accès seulement et revient aussitôt que celui-ci est passé. J'ai vu, il n'y a pas longtemps, une paralytique dans un paroxysme hystérique; ses membres paralysés se contractaient, se convulsaient absolument comme ceux qui ne l'étaient pas. On voyait les membres se fléchir et s'étendre alternativement. On a ainsi le spectacle étrange d'une paralysie qui disparaît sous l'influence de la cause qui l'a produite. Cette contradiction est fréquente dans les affections nerveuses. Je me souviens d'une femme qui a été atteinte d'une fièvre quarte sous l'influence d'une vive émotion. Cette fièvre, ayant résisté à tous les fébrifuges, disparut sous l'influence d'une émotion pareille à celle qui l'avait produite.

Dans l'intervalle des attaques, les membres paralysés restent dans l'état où les a laissés la dernière, jusqu'à ce qu'une nouvelle crise les fasse placer dans d'autres conditions de motilité et de sensibilité. En général, la paralysie hystérique est indolente. Je dis en général, car

on a vu quelquefois de ces paralysies avec contracture cataleptique ou tétanique excessivement douloureuses, au point de ne laisser aucun repos aux malades.

La durée de la paralysie hystérique, quel que soit son degré d'intensité, varie de quelques minutes à quelques jours, quelques semaines, quelques mois et quelques années même; puis elle disparaît, comme nous l'avons déjà dit, d'une manière lente et graduelle ou d'une manière brusque et instantanée.

Assez souvent elle dure jusqu'à l'invasion d'un nouvel accès, pendant lequel elle disparait ou commence à diminuer, soit qu'une autre paralysie vienne à la remplacer, soit que tout rentre dans l'ordre.

La paralysie hystérique, quand elle porte sur les membres pelviens, s'accompagne quelquefois de la paralysie des viscères de la vie organique soumis en partie à l'empire de la volonté, comme le rectum et la vessie.

Le diagnostic de la paralysie hystérique s'établit par la concomitance ou l'antériorité d'accidents hystériques, et surtout parla mobilité et la variabilité des phénomènes hystériques. On ne la confondra pas avec la paralysie symptomatique d'une affection des centres nerveux ; dans celle-ci, la paralysie va en augmentant jusqu'à ce qu'elle soit complète, ou bien, parvenue à un certain degré d'intensité, elle diminue sous l'influence d'un traitement convenable, mais elle ne reste jamais stationnaire ; enfin, la nulrition s'altère et les muscles s'atrophient. Dans la paralysie hystérique, au contraire, la maladie reste souvent stationnaire, et la nutrition ne s'altère pas. D'un autre côté, si l'on a recours à Félectro-magnétisme, on aperçoit que l'irritabilité hallérienne, c'est-à-dire, cette propriété qu'a la fibre musculaire d'obéir à l'irritation mécanique, demeure intacte dans la paralysie hys ■ térique. Mais cette propriété lui est commune avec la paralysie rhumatismale, avec la paralysie consécutive à une lésion des centres nerveux et avec la paralysie générale progressive. Comment, dès lors, différencier l'une de l'autre ces diverses espèces de paralysies? De la manière suivante : si l'irritabilité est toujours conservée dans ces diverses paralysies, la sensibilité varie dans chacune d'elles ; plus grande dans la paralysie rhumatismale, elle estmoindre dans la paralysie hystérique, et se conserve, dans l'état normal, dans les paralysies cérébrospinales. Ainsi, lorsqu'il y a paralysie du sentiment et du mouvement à la fois, on peut diagnostiquer à coup sur une paralysie hystérique.

Mais, dans les paralysies hystériques et dans les paralysies rlnniiatismales, on peut remarquer une hyporesthésie. Comment alors les distinguer? Il faut, dans ce cas, avoir recours aux commémoratifs et aux antécédents; c'est le moyen d'éviter une méprise toujours fâcheuse.

La paralysie hystérique peut encore être confondue avec la paralysie chlorotique, et le diagnostic est d'autant plus difficile que la chlorose se lie souvent intimement à l'hystérie. La subordination de ces deux phénomènes est, suivant M. Briquet, un fait très-remarquable. Ce médecin a examiné 25 femmes hystériques sans en trouver une seule exempte de chlorose. La relation qui existe entre ces deux états morbides est difficile à établir. La chlorose serait-elle par hasard nécessaire au développement de l'hystérie? La question mérite d'être examinée avec soin. Cependant nous ne le pensons pas.

En raison de l'existence simultanée si fréquente de ces deux maladies, il doit arriver souvent, ce semble, qu'on attribue à la chlorose des troubles hystériques, lorsque les femmes, manquant de convulsions, n'ont que des spasmes et des étouffements.

Le pronostic de la paralysie hystérique n'est pas grave. De toutes les paralysies, comme nous l'avons déjà dit dans un autre écrit, il y a dix ans, la paralysie hystérique est celle dont le pronostic est le moins fâcheux et la guérison la plus facile à obtenir.

Quelle est la nature de la paralysie hystérique? Quel est son siège? quelle est sa raison d'être? Dépend-elle d'une lésion de l'axe cérébrospinal ou d'une influence locale? « Il suffit de jeter un coup

d'oeil sur les observations pour voir que ces paralysies si mobiles, si variables, quant à leur type, à leur siège, à leur durée, à leur intensité, à leur disparition, à leur retour, ne pourraient être rapportées à l'action du cerveau ou de la moelle épinière sans détruire toutes les idées positives admises en physiologie. » (Landouzy, De l'hystérie, p. 128.) Nous partageons complètement ces idées, et il n'est pas d'observateur sans idées préconçues, qui ne les partage aujourd'hui.

La paralysie hystérique dépend donc d'une influence toute locale, et n'est nullement le résultat d'une lésion organique matérielle, comme le veut le professeur Piorry. Cette opinion a déjà été énergiquement combattue par nous. « La ])aralysie hystérique, disions-nous, va et vient sans cause connue ; tantôt, à la suite d'une forte attaque, cUenc fait que paraître, puis elle disparaît comme une ombre

et ne reparaît plus; d'autres l'ois elle se déclare à la suite d'une attaque lOgôrc, et persiste des jours, des semaines, des mois entiers. Oii est ici le rapport de cause à effet? Si la paralysie liystérique était réellement le résultat d'une lésion organique, elle persisterait, car la lésion organique est de sa nature persistante. L'anervie n'est donc pas, comme le veut le médecin de la Pitié, le résultat d'une lésion organique. » (Voy. mon mémoire cité. Annales médico-psych.)

M. Landouzy s'élève à son tour contre nos idées et donne gain de cause au savant professeur; car pour lui la déperdition du fluide nerveux qui succède aux paroxysmes hystériques, et que nous invoquons pour expliquer la paralysie, est une véritable lésion organique.

11 n'y a ici qu'une question de mots; car au fond nous sommes parfaitement d'accord. En effet, pour nous comme pour M. Landouzy, la déperdition du fluide nerveux rend sufflsamment compte de la paralysie hystérique ; le désaccord entre nous consiste en ce que cet auteur regarde la déperdition du fluide nerveux comme une lésion organique, tandis que nous, nous la regardons comme une simple soustraction, la nature du fluide non soustrait demeurant toujours la même. Et, en vérité, il nous paraît évident que la simple soustraction d'un fluide ou d'un liquide quelconque n'est pas une altération de ce même liquide ou fluide. L'altération, en effet, est, ce nous semble, un changement, une transformation, ou du moins une modification des parties constituantes des humeurs ou des solides.

Quoi qu'il en soit, lorsque la déperdition du fluide nerveux porte sur le cerveau, il y a perte de l'intelligence, paralysie des facultés intellectuelles; lorsqu'elle porte sur les cordons nerveux, il y a paralysie des parties auxquelles ces cordons se distribuent, et ces paralysies partielles ou générales persistent jusqu'à ce que le système nerveux, ébranlé par la secousse hystérique, soit revenu à son état de repos habituel, et ait réparé ses pertes.

Traitement. — Souvent la paralysie hystérique se dissipe spontanément, d'une manière brusque et instantanée ou d'une manière lente et progressive. D'autres fois elle disparaît à la suite d'un accès d'hystérie, ainsi que nous l'avons dit. Mais les choses ne se passent pas toujours si heureusement; l'homme de l'art doit alors intervenir; et une foule de moyens, d'une efficacité plus ou moins grande, sont mis à sa disposition. Ces moyens s'adressent directement à la cause pre-

mière de l'anervie, c'est-à-dire à l'hystérie, ou bien à l'accident luîméme. Mais on conçoit que c'est la cause surtout qu'il faut attaquer avec énergie, en vertu du principe : Sublatâ causâ, loUitur effectus.

Parmi les agents thérapeutiques préconisés contre l'hystérie, la belladone occupe, suivant M. Sandras, le premier rang. C'est un antihystérique par excellence. Les préparations ferrugineuses sont trèsefficaces lorsqu'il y a des symptômes de chlorose.

Au début de la maladie, M. Piorry vante les bons effets de l'alcoolat de sulfate de quinine, de la teinture de cannelle, etc. Les anlispasmo- Tliques sous toutes les formes sont conseillés par la généralité des praticiens. Lorsque les règles sont supprimées et qu'il n'y a pas de signes de chlorose, il faut en favoriser le cours. La saignée a été quelfois utile.

Lorsque la paralysie est ancienne, il faut, en même temps qu'on combat la maladie qui lui donne naissance, s'attaquer à l'accident, -c'est-à-dire à la paralysie ; et, à cet effet, on aura recours aux vésicatoires, aux frictions irritantes, aux douches de vapeur, aux divers procédés hydrothérapiques, au massage, à la percussion, à la flagellation, à l'insolation, etc. L'usage de la strychnine, de la brucine, est ici parfaitement indiqué ; les eaux sulfureuses et en particulier les eaux de Bourboùne ont été employées avec succès chez plusieurs paralytiques. L'électricité ne doit pas être négligée dans le traitement de la paralysie hystérique; elle a réussi plusieurs fois d'une manière vraiment merveilleuse. Nous avons relaté quelques exemples de guérison à l'aide de ce puissant agent thérapeutique.

Une violente émotion morale, l'imminence d'un grand danger ont fait fuir des paraplégiques. M. E. Mathieu, dans son excellent ouvrage sur les maladies des femmes, rapporte que pendant l'incendie de l'Hôtel- Dieu, les paralytiques se sauvèrent à toutes jambes.

Enfin, si tous les moyens que nous venons d'indiquer venaient à échouer, ne pourrait-on pas, comme le conseille M. E. Mathieu, provoquer des attaques d'hystérie comme moyen thérapeutique? Il est reconnu, en effet, que des paralysies hystériques, qui avaient résisté à tous les traitements, se sont dissipées comme par enchantement, à la suite d'un paroxysme, d'un accès d'hystérie.

Tout ce que nous venons de dire sur la paralysie hystérique s'applique parfaitement à la paralysie épilepliquc. La seule différence qui c'xi.slc entre ces deux paralysies, c'est que dans la para1y?ic épilep-

tique, il y a abolition de la motilité, avec conservatioa de la sensibilité, tandis que le plus souvent dans l'hystériQ, l'amyosthénie et l'anes- Ihésie se trouvent réunies.

Les paralysies éclampsique etchoréiquc, en un mot toutes les paralysies consécutives aux affections convulsives, offrent également une grande analogie avec la paralysie que nous venons d'indiquer.

g II. — Paralysie érotiquc.

Nous appelons de ce nom les paralysies consécutives à la masturbation, aux pollutions nocturnes ou diurnes et à l'excès du coït. Elles portent presque toujours sur les membres inférieurs; elles dépendent, suivant M. Trousseau, d'une sorte d'usure, de ce que Brown appelait l'incitabilité, ou de ce que les pathologistes d'une autre école appellent l'épuisement des lorces radicales. Ainsi, de mèmeque nos organes cessent, après un certain temps de veille, d'être excités par les stimulants de toute espèce qui nous entourent, de même il est des états morbides et des abus de fonctions qui épuisent cette faculté au point de produire la paralysie. Tels sont l'onanisme, les pollutions, l'excès du coït, etc. La masturbation, suivant!. Trousseau, est une cause fréquente de paraplégie qui atteint les petites filles. La malpropreté produit une certaine démangeaison à la vulve ; elles trouvent du plaisir à se gratter, et de là nait une habitude impérieuse qu'elles satisfont par le seulmouvementdes cuisses. M. Trousseau prétend avoir vu de petites (illes à peine âgées de 3 mois qui, sans le concours des mains, parvenaient ainsi à leur but et présentaient huit à dix fois par jour le spasme cynique.

Les excès immodérés du coït produisent le même effet sur les membres inférieurs -, rien n'énerve et ne débilite davantage que la répétition exagérée de cet acte ; il contribue puissamment à épuiser l'incitabilité dont nous avons parlé.

Arétée mettait déjà les plaisirs de l'amour dans le nombre des six causes qui produisent la paralysie. (Liv. I, c. vu, p. 34, édit. Boerhaave.)

Loraaine, dans ses commentaires sur Cclse, dit : Les émissions fréquentes de semence relâchent, dessèchent, affaiblissent, énervent et produisent une foule de maux ; des apoplexies, des léthargies, des épilepsies, des assoupissements, des amaiiroscs, des tremblements, des

paraplégies, des spasmes et toutes les espèces de goutte les plus douloureuses. (Gomment, de sanitate tuenda.)

M. Lailemand, dans sou Traité des pertes séminales, a consacré un long chapitre à l'influence de la masturbation sur la production de la paralysie.

Le docteur Valentin Mott (de New-York), dans une lettre adressée à M. Leroy-d'ÉtioUes, dit :

« Je suis convaincu qu'il y a une forme de paralysie des membres inférieurs qui parfois suit l'abus que font les jeunes gens et les vieillards des organes sexuels.

» J'ai observé sur une dame mariée une faiblesse des extrémités inférieures qui provenait évidemment d'une excitation excessive des organes sexuels.

» J'ai vu des paraplégies survenir chez des jeunes gens des deux sexes, par suite de masturbation poussée à l'excès.

» La faiblesse des membres inférieurs à laquelle donne lieu la tuméfaction de la prostate reconnaît aussi bien souvent pour cause première la masturbation trop souvent répétée. Cette faiblesse peut aller jusqu'à la paraplégie la plus complète, révélant toutefois le plus souvent la forme dans laquelle la pointe du pied est relevée, parce que la puissance des muscles extenseurs l'emporte encore sur celle des fléchisseurs.

» Il résulte de mes observations que, dans la plupart des cas, la puissance motrice est seule affectée, la sensibilité restant à l'état normal ; quelquefois même j'ai vu la sensibilité exaltée jusqu'à la névralgie. »

Obs. L — M. Trousseau a été consulte par une jeune femme qui, au bout d'un an de mariage, était arrivée à un tel degré de débilité des membres inférieurs que, pour monter l'escalier en spirale qui conduisait de son magasin à l'appartemeut qu'elle occupait à l'entresol, elle était littéralement éreiutée. Cet affaiblissement était plus considérable encore aux époques menstruelles et constituait alors une véritable paraplégie sans lésion des fondions du rectum et de la vessie, et avec intégrité parfaite de la sensibilité.

La flagellation et les frictions faites à l'aide d'une brosse améliorèrent cet état. Cependant la malade éprouvait de temps en temps une fatigue extrême qui l'obligeait à s'asseoir. M. Trousseau eut recours au quinquina, aux martiaux, à l'urlication, aux alFusions froides, et il recommanda par-dessus tout le sevrage absolu de l'acte vénérien.

Cette médication, basée à la fois sur lii théorie et l'hygiène, finit par amener la guérison. (Jouhn. de méd. et de cuin, prat.)

Obs. 11. — Daus le service de M. Trousseau se trouve une enfant âgée de 4 ans, qui a été atteinte de paraplégie à la suite de masturbation ; mais grâce aux soins de propreté qu'elle reçoit aujourd'hui, gi'àce à la surveillance dont elle est l'objet, et au traitement réparateur et stimulant qu'elle subit, cette petite fille est mieux et elle guérira certainement. (Journ. de méd. et de cuir.

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