‹ Des paralysies dynamiques ou nerveuses [electronic resource]Chapitre 5 sur 13 · PRAT · texte numérisé non relu

PRAT

Obs. III. — Un habile chirurgien, dit Tissot, me parlait un jour d'un homme qui, livré par une espèce de goût singulier aux Vénus du plus bas étage, ne les connaissait guère que dans les coins de rues, et debout, tomba dans l'épuisement accompagné de maux de reins les plus cruels et d'une atrophie ou dessèchement des cuisses et des jambes jointes à une paralysie de ces membres, qui paraissait être une suite de l'attitude dans laquelle il s'était livré à ses sales voluptés. Il mourut après' avoir gardé six mois le lit, dans un état également propre à inspirer la pitié et l'etTroi.

Celte observation ne fournit-elle pas une cinquième cause des dangers ordinairement particuliers à la masturbation? Quand on perd ses forces par deux moyens à la fois, l'alTaiblissement augmente bien considérablement. Une personne qui est debout ou assise a besoin, pour se maintenir dans ces situations, surtout dans la première, de faire agir un grand nombre de muscles, et cette action dissipe les esprits animaux.

Sanctorius avait déjà indiqué le danger de cette attidude : Usus coUûs stando tadit; nom musculos et eorum ulilemperspicationem diminuit. (Tissot, l'Onanlsme, art. 11, sect. 7.)

Obs. IV. — Je trouve dans la correspondance inédite de A. de Haller, de Barthez et de Tronchin,avecle docteur Rast, pijbiiéeparM. le docteur Vernay, médecin de l'Hôtel-Dieu de Lyon, dans la Gazette siédicale de Barrier, la constatation suivante de Rast pour un malade atteint de paraplégie et d'amaurose incomplètes, par suite de masturbation, et que Rast considérait évidemment comme dynainiques. Voici cette consultation :

Amaurosis à maslurbatione.

M... a une goutte sereine imparfaite et une faiblesse des extrémités inférieures, à l'âge de 17 ans. Il est né de parents sains, avec toutes les apparences d'une constitution robuste ; l'excès de la masturbation l'a conduit dans cette faiblesse; il a devancé la puberté. Cet état a été observé depuis longtemps par Lomaine, dans le chapitre De tabe dorsali. Comme la vue n'est pas entièrement perdue, comme le malade, né avec une forte constitution, a toutes les iapparcnccs de la santé, si nous en exceptons une légère bouffissure daus toute

riiabilude du corps, depuis la tcMe jusqu'aux pieds, nous ne dt^scspcrons poii>( entièrement de la gucirison.

11 ne faut jamais perdre de vue, dans le traitement de celte maladie, quelle a été son origine; il faut fortifler le malade au lieu de l'affaiblir; mais en môme temps il faut ranimer la sensibilité, de tout le système nerveux, spécialement des nerfs optiques; il faut dissiper la boufTissure qui parait influer sur la partie de la vue, puisque les cautères et les apéritifs employés l'année dernière ont obtenu une amélioration dans l'état du malade. L'observation constante démontre que, sans une cessation totale de la masturbation et tout ce qui peut procurer des pollutions môme involontaires. M... ne doit espérer aucune guérison ; il doit donc se présenter à lui-même le cboix d'une cécité pour une vie qui peut être très-longue et très-cruelle, ou du retour de la vue et de la santé avec le calme intérieur qui en naîtra. Nous ne présumons pas que M... retombe jamais dans l'habitude qui lui arrache le premier de nos sens.

On laissera suppurer les cautères du bras, qui ont fourni abondamment et avec succès du pus.

Si dans l'automne, après les remèdes que nous allons indiquer, M... est également affecté de la vue, on recourra à un séton à la nuque, sans employer le feu pour l'ouvrir, en se servant des moyens ordinaires.

Aussitôt que M... sera de retour dans sa patrie, voisine des eaux de Vichy, il sera purgé avec une prise de poudre d'AiUaud. 11 ira à Vichy tous les matins en boire les eaux à la grande grille, avec les ménagements ordinaires, en y ajoutant à chaque gobelet environ six ou huit gouttes de teinture de mars tartarisée.

Après dix ou douze jours de l'usage de ces eaux. M... sera douché sur la tête et les yeux, avec les ménagements suivants : on couvrira les cheveux avec un bonnet de toile cirée; on se servira du robinet terminé par l'ajustage en arrosoir, pour doucher d'abord très-légèrement, et peu à peu plus fortement, les yeux, la face, toute la tète même, sans ôter la coiffe ou bonnet; jamais la douche ne doit être poussée de manière à agiter fortement le sang ou le faire porter avec violence à la tête et causer aucune douleur an malade ; ce doit être plutôt une lotion qu'une douche. On peut même la faire dans le lieu de la douche avec de l'eau mise hors du canal dans un baquet. M... continuera ces douches légères de deux jours l'un, et enfla tous les jours, s'il n'y a point d'obstacle.

Suivant leurs effets, nous ne craindrions pas même, en cas d'inutilité de ce moyen, que M... tentât d'aller à Bourbon-l'Archambault cette année, pour tirer tout le parti possible de ce genre de secours.

Soir et matin, ainsi qu'au milieu du jour, M... présentera à ses yeux le creux des mains, dans lesquelles il aura versé quelques gouttes d'un mélange de baume distillé de Fioravcnti, avec un huitième d'alcool volatil fluor. Celte va-

peur ne doit pas ôlrc poussée jusqu'à enflammer les yeux, mais jusqu'à exciter de la cuisson et un larmoiement passager. On pourra également tenter les fumigations proposées par M. Grandjean.

M... continuera d'user du tabac, en préférant celui cpii sera le plus sec et en poudre la plus fine. S'il n'a pas un effet suffisant, il usera du tabac d'Espagne, ou il mêlera au tabac de France un quart de bétoine, de marjolaine ou de poudre de racine de cabaret.

M... sera purgé tous les mois ou tous les deux mois avec de la poudre d'Âillaud. Jamais M... ne fatiguera ses yeux par la lumière, et il les tiendra dans l'ombre autant qu'il le pourra ; il évitera également le serein, la rosée, les refroidissements subits, l'humidité, les vents coulis ; sa tête doit être sans . cesse dans une douce température, sans être surchargée.

Les pieds et les jambes seront toujours chauds. Si le temps est frais, M... couchera avec des bas.

Tous les aliments malsains, échauffants, indigestes doivent être supprimés ; les farineux, la volaille et le mouton, les œufs, méritent la préférence. M... prendra immédiatement avant dîner, 20 grains d'extrait de quinquina, et autant avant souper. Pendant plusieurs mois on augmentera ou on diminuera cette dose, suivant l'effet. Le principe de la maladie nous fait considérer ce remède comme un des plus importants qui devront être employés.

Nous souhaitons que l'on tente encore tous les jours, en se couchant, une friction légère devant le feu de toute l'épine dorsale, après l'avoir ointe d'huile de muscade.

Le temps et l'effet des premiers remèdes décideront ce qu'il conviendra de faire relativement à l'électricité, aux sudoriflques et aux autres remèdes qui ont été proposés.

Il est à regretter qu'on ne sache pas ce qu'est devenu ce malade; mais s'il a suivi scrupuleusement les conseils de Rast, il est très-probable qu'il a fini par récupérer la santé, car celte paralysie n'était certainement pas sous la dépendance d'une lésion matérielle des centres nerveux ; elle reconnaissait pour cause l'épuisement des forces radicales; elle était purement dynamique; ce qui le prouve, c'est l'amélioration obtenue par ce malade l'année précédente à la consultation du célèbre médecin lyonnais.

Obs. V. — W. Canybeare, âgé de 30 ans, avait depuis six ans la vue si obscurcie, sans aucun vice apparent dans l'œil, qu'il voyait tous les objets comme au travers d'un nuage épais. 11 avait été successivement dans les trois hôpitaux les plus célèbres de Londres, Saint-Thomas, Saint-Barthélemy et Saint-Georges ; enfin il y a deux ans, il se rendit dans le nôtre. Partout, après les autres remèdes, on avait essayé si la salivation morcurielle pour-

rait le guérir de celle espèce de goutte sereine. Les médecins étaient lassés et le malade enlièrement découragé. L'interrogeant en particulier et avec beaucoup de soin sur sa maladie, il me dit que de temps en temps il se sentait mal tout le long de l'épine dorsale, surtout quand il se courbait pour prendre quelque chose ; que ses jambes étaient si faibles, qu'il pouvait à peine être debout une minute sans s'appuyer, autrement les jambes lui tremblaient, et il avait un vertige et un éblouissement (il y avait évidemment ici paraplégie incomplète) ; que sa mémoire était si fort affaiblie, que quelquefois il paraissait stupide ; et je vis moi-même qu'il était extrêmement décharné. Tout cela me fit soupçonner que la goutte sereine pourrait bien n'être qu'un symptôme d'une maladie plus fâcheuse, et que le malade était attaqué d'une véritable consomption dorsale.

Je le sollicitai vivement à m'avouer s'il ne s'était jamais souillé de l'abominable crime d'Onan, qui détruit entièrement les parties balsamiques du fluide nerveux. Après bien des délais, il l'avoua en rougissant. Je lui ordonnai de prendre, le soir, deux pilules mercurielles, dont chacune contenait 6 grains de mercure dou.x, et le lendemain une once de sel purgatif, et de réitérer quatre fois dans quinze jours. Au bout de ce terme, je le fis vivre, selon l'ordonnance d'Hippocrate dans un cas semblable, uniquement de laitage pendant quarante jours. Dans le même temps, il se faisait frotter deux ou trois fois par semaine en se couchant. A la fin de cette cure, il revint de la campagne en beaucoup meilleur état que quand il était parti. Je lui conseillai ensuite le bain froid pendant trois semaines ; il le prenait à jeun, à huit heures du matin, de deux jours l'im. Pendant deux mois, il prit deux fois par jour l'électuaire minéral et le julep voiatil, auxquels il joignait les frictions et les bains de pieds. Ces secours rétablirent parfaitement sa santé. (Weszpriem, cité par Tissot, loc. cit.)

Maintenant, si l'on jette un coup d'oeil sur les observations que nous venons de relater, on s'aperçoit que la paralysie par usure de l'irritabilité ne porte en général que sur la motilité, la sensibilité demeurant intacte. C'est déjà là un caractère qui pourra la faire distinguer delà plupart des autres paralysies. M. Valentin Holt a remarqué ce phénomène dans la plupart de ses observations. Ce n'est pas tout : il a vu quelquefois la sensibilité non-seulement conservée, mais exaltée jusqu'à la névralgie.

Il serait à désirer ciu'on fit des expériences électro-physiologiques pour s'assurer si l'irritabililé est ou n'est pas lésée dans cette espèce de paralysie.

La paraly.sie érotiqne frappe ordinairement les membres pelviens et la vue; elle se rattache à une faiblesse nerveuse radicale ou ac-

quise. On la reconnaît aux divers symplômes d'aslliénie qui ont précédé et qui accompagnent encore les phénomènes paralytiques. /

Ces malades sont d'une santé ruinée ; leur teint est hâve et leur maigreur extrême; ils accusent une grande prostration ; leur regard est triste et sombre, leurs facultés intellectuelles -sont très- affaiblies; la mémoire particulièrement est très-obtuse. Les organes génitaux ont perdu de leur foi'ce et de leur vigueur, et souvent il y a écoulement involontaire de la liqueur spermatique et prostatique, ce qui jette les malades dans un sombre désespoir (I).

Le siège de cette paralysie réside évidemment dans l'appareil nerveux et musculaire des parties affectées. La lésion a dû procéder, comme le symptôme qui en est la manifestation, de la périphérie vers les parties les plus rapprochées du centre.

Sa marche n^est pas aussi bizarre que celle de la paralysie hystérique-, elle est plus régulière, et sa durcc est plus longue et toujours en rapport avec l'énergie du traitement. Celui-ci consiste dans la flagellation, l'urtication, les frictions, l'hydrothérapie, les toniques, et particuUèrement le quinquina.

Lorsqu'on a employé sans avantage les moyens que nous venons d'indiquer, il est un agent auquel, suivant M. Trousseau, on peut s'adresser avec quelque espoir de succès : c'est l'extrait de rhus radicuns, qu'on prépare avec le suc non dépuré de la plante. Voici la formule dont se sert M. Trousseau :

Prenez : Extrait de rhus radicans. 5 grammes. Excipient inerte Q. S.

F. S. A. 25 pilules, à prendre 1 à 16 par jour pour un adulte. Tous les jours on augmente d'une pilule. Cliez les enfants, on commence par une pilule de 5 centigr. seulement, et on arrive graduellement à50centigr. par jour en 10 pilules. 11 ne faut pas dépasser cette dose.

~ Quant aux résultais que M. Trousseau a obtenus de ce médicament, ils ont été très-divers. Une dame, ùgée de 19 ans, fut traitée ainsi sans

(1) L'excès du coït et de la masturbation amène souvent à la longue des désordres dans la prostate, la vessie et les reins, et la paraplùgic suit quelquefois ces désordres. Il sera question plus tard de celte paralysie sympathique.

résullatpour un affaiblissemenl progressif dos membres pelviens. Une autre femme, par contre, a été guérie. Chez une paraplégique âgée de 6 ans, l'elTet du remède fut nul le premier jour ; mais le second il se manifesta nue amélioration, qui devint plus sensible les troisième et quatrième jours, et le sixième jour l'enfant était guérie. Dans la même salie, une autre malade, âgée de 4 ans, également paraplégique, commençait à faire de petits pas et à marcher après quatre jours de ce traitement. Ce médicament peut être administré dans toutes les paraplégies sans lésion organique. Enlin, si tout échoue, on aura recours il la galvanisation.

§ m. — Paralysie chioro-anénilquc.

Nous plaçons dans ce paragraphe les paralysies produites par la chlorose, l'anémie ou une perte abondante. Toutes dépendent, comme la paralysie érotique, de l'usure de l'irritabilité brownienne ou de l'épuisement des forces radicales. Dans la grande majorité des cas, elles portent également sur les membres pelviens et se développent, suivant M. Sandras, àla suite de marches longues et excessives, ou chez des individus qui, ayant fuit pendant longtemps des dépenses de forces considérables sans réparation convenable, se trouvent avec un organisme profondément débilité. (Gaz. deshôp., 12 juillet 1853.)

Il n'est pas à notre connaissance qu'il existe dans les archives de la science plus de trois observations de paraplégie métrorriiagique; l'une d'elles a été relatée dans la Gazette des hôpitaux ; elle a été recueillie dans le service de M. Grisolle, à l'hôpital de la Pitié. Laseconde appartient à M. Moutard-Martin, et la troisième à M Bonnefont. Quant à la paraplégie chlorotiquc, M. Sandras en a observé plusieurs exemples, mais ils ne sont point parvenus jusqu'à nous.

Obs. I. — Au 11° 15 de l;i salle Sainte-Marllic, à la Pillé, service de M. Grisolle, est coucliée la iioiuméc Beuve (Sophie) , ùgoe de 24 ans, domesti(iue. Celte femme, d'une bonne santé, d'un tempérament sanguin manifeste, bien réglée tons les quinze jours, eut nue première grossesse qui se termina lieurensenient. I/enfant est encore vivant.

Une deuxième grossesse normale s"est terminée le 30 juillet 1852 par uu accouchement naturel et assez promplement. Immédiatement après la délivrance, il y eut une liémorrhagie foudroyante des plus abondantes. La malade resta exsangue, et depuis lors elle a une teinte chlorotique très-prononcée. Les joues, les lèvres et les gencives offrent une teinte uniforme jaunâtre..

11 y a de la bouffissure aux paupières. Du reste, aucune altération du côté du cœur.

Pendant les huit jours qui suivirent J'accouchement, elle donna le sein à son enfant. Lorsqu'elle cessa cet allaitement, il n'en résulta aucun accident, ni local, ni général.

Après onze jours de séjour à l'hôpital, la malade sortit. Elle était alors d'une grande faiblesse ; mais elle pouvait encore marcher.

Pendant trois semaines, elle resta chez elle, continuant à pouvoir s'occuper des soins de son ménage- Puis tout à coup et sans que rien eut pu faire prévoir cet accident, il lui fut impossible de se tenir sur ses jambes.

C'est dans ces conditions qu'elle s'est présentée à l'hôpital de la Pitié. Nous avons examiné cette femme avec le plus grand soin, et voici ce que avons observé : il existe un peu d'œdème répandu sur tout le corps, mais surtout sur la paroi abdominale antérieure, la circulation et la respiration sont dans un état normal ; la malade se plaint d'avoir un peu de fièvre le soir 5 la chaleur de la peau est ordinaire ; l'appétit est bon, les digestions faciles ; les gardes- robes volontaires sont normales; l'urine ne présente rien de particulier, et éprouvée par Tacide nitrique, elle ne parait pas contenir d'albumine.

M. Grisolle a examiné toute la région de la moelle épinière, et en aucun point la percussion de l'épine n'a paru déterminer de douleur.

L'utérus a un volume ord naire; il n'est pas douloureux : on peut facilement le faire mouvoir. Nous n'avons senti aucun gonOement dans les régions ovariques.

Quant aux membres pelviens, parfaitement sensibles à la moindre pression, ils sont tout à fait inertes ; la malade ne les déplace qu'en s'aidant de ses malus, et les mouvements qu'elle leur imprime semblent un peu douloureux. La station est impossible.

Le traitement est essentiellement tonique. Dans quelques jours, on appliquera, si l'amélioration ne survient pas, de la strychnine par la méthode endermique. (Gaz. des hôp. etREV. clin., 15 oct. 1852.)

Obs. II. — Le docteur Bonnefont rapporte, dans le numéro du 2 juillet 1853 de la Gazette des hôpitaux, l'histoire d'une femme de 24 ans, qui, à la suite de plusieurs métrorrhagies menstruelles, éprouva, le il mars, le sangs'écoulant en abondance, une gêne remarquable dans les mouvements de la moitié droite du corps.

Le 13, l'hémiplégie était complète, et le 24 la paralysie était généralisée sur les deux côtés du corps; d'ailleurs intégrité parfaite du sentiment.

11 y avait en même temps des douleurs gastralgiques violentes, avec exacerbation nocturne. Les vomissements étaient fréquents et très-douloureux, surtout le matin. Ils suivaient constamment de très-près toute ingestion alimentaire.

Gl

L'héraorrliagie cessa comme d'habitude le cinquième jour, c'est-à-dire le V5, mais tous les accidents persistèrent celte fois.

Le 17, M. Bonncfont prescrit 10 centigr. d'extrait d'opium en deux pilules, une le soir et l'autre le lendemain matin.

Le 18 dans la matinée, vomissements douloureux, anxiété extrême du côté de l'estomac. Le médecin passe rapidement le bouchon d'un flacon contenant du chloroforme sous le nez de la malade, et, chose étrange, elle tombe aussitôt dans un sommeil profond et réparateur; dans cet état, elle sourit d'abord, puis elle rit aux éclats, répond aux questions de son médecin ; à sa prière, elle lui tend la main avec laquelle elle serre fortement celle de M. Bonnefont, remue ses jambes, se retourne dans son lit, en un mot plus de paralysie.

Le réveil a lieu après huit minutes, sans conscience de ce qui vient de se passer. La paralysie a reparu.

Les jours suivants, la malade est endormie, matin et soir, par le chloroforme, et dans l'intervalle elle prend 0,05 ou 0,06 d'opium. 11 suITit, pour obtenir le sommeil, de passer une seule fois et très-rapidement sous le nez de la malade, le bouchon du flacon impi'égné de chloroforme. Deux fois seulement il a fallu passer deux fois le bouchon devant le nez.

La durée du sommeil a toujours varié de sept à huit minutes; ce sommeil était toujours gai.

Enfin, la guérison momentanée de la paralysie accompagnait toujours le sommeil.

Le 24, à quatre heures du soir, le bras droit recouvi-a ses mouvements ; une heure après, la jambe du même côté recouvrala liberté de ses fonctions. Le côté gauche ne rentra dans l'exercice de ses mouvements que le lendemain 25 mars, à la même heure.

Dès le 24, le traitement fut réduit de moitié.

Le 26, la malade put se lever, mais soutenue par deux personnes, n'ayant qu'une démarche lente, pénible et très-titubante.

Tout traitement fut suspendu le 27. Chaque fois pourtant les progrès furent rapides, et la guérison était complète au bout de soixante-dix-sept jours.

Cette observation est curieuse par la facilité avec laquelle le sommeil auesthésiqiic était produit. Cette facilité, devenue moindre au dernier jour de Ja maladie, semblerait indiquer qu'elle était lice à l'état nerveux, et qu'en temps ordinaire la malade rentrerait dans les conditions ordinaires. Évidemment la guérison est due ici aux inhalations chloroformiques.

Obs. III. — Le 21 décembre 1848, entra à l'hôpital une femme âgée de 38 ans, Gouluricre, mère de trois enfants dont le plus jeune a 7 ans, ayant une

habitude saine, n'ayant jamais eu d'atteintes de rliumatisme ni d'accidents nerveux d'aucun genre. Cette femme a toujours été nienstruée régulièrement et sans accidents, jusqu'au mois de novembre.

Le 2 novembre, sans cause appréciable, cette femme, à l'époque de ses règles, fut prise d'une perte fort abondante ; elle fut obligée de se mettre au lit. Cette perte fut de courte durée, car, au bout de trois jours, elle était réduite à des proportions très-minimes, et la malade se leva, mais elle fut très-étonnée de ne pas pouvoir se tenir seule sur ses jambes; elle avait besoin d'appui pour rester debout. Elle ne fut cependant pas d'abord effrayée de son état, et crut qu'elle avait simplement de la faiblesse; mais pendant tout le mois de novembre, le même état persista sans aggravation, mais aussi sans amélioration.

Le médecin qu'elle consulta se borna à lui faire prendre des bains et à faire des frictions sur les membres inférieurs.

Dans le courant du mois de novembre survinrent quelques fourmillements dans les pieds, qui se refroidissaient avec une extrême rapidité. Du reste, sa santé générale n'avait subi aucune raodiflcation : ses digestions, sa respira- , lion, ses fonctions d'excrétion étaient normales.

Le 4 décembre, elle eut une perte en tout semblable à la première, débutant avec une très grande intensité, mais se modérant promptement, à tel point que tout écoulement de sang avait complètement cessé au bout de trentesi.\; heures, et la malade nous assura n'avoir pas perdu beaucoup plus de sang dans cet espace de temps qu'elle n'en perdait pendant les sept à huit jours que duraient ordinairement ses règles.

Cette hémorrbagie terminée, la malade ne peut plus soulever les jambes dans son lit ; elle avait dans les pieds des fourmillements incessants, qui allaient jusqu'à empêcher le sommeil et qui remontaient jusqu'aux genoux. Enfin, son état restant le môme, elle se décida à entrer à l'hôpital le 21 décembre.

Voici quel était son état : embonpoint notable ; peau très-blanche et comme demi-transparente ; la malade prétend cependant n'être pas plus pâle que d'habitude; souffle très-prononcé dans les vaisseaux du cou; appétit excellent; digestions très-bonnes, mais garde-robes dilTiciles, presque impossibles sans lavements; excrétions toujours volontaires des urines, mais un peu plus fréquentes et plus abondantes chaque fois que quelques mois auparavant.

La malade, étant couchée sur le dos, ne peut faire exécuter aucun mouvement un peu étendu à ses membres inférieurs sans s'aider avec les mains. Les jambes étant soulevées retombent comme une masse inerte ; ainsi donc, paralysie très-prononcée de la motilité.

La sensibilité est diminuée à la partie inférieure des jambes, mais à un degré assez faible ; elle est diminuée plutôt par comparaison qu'absolument

parlant, car la piqûre légère de la pointe d'une épingle est sentie sur les deux pieds, mais à un degré moindre qu'à la cuisse. Nous avons cherché si cette différence ne s'expliquerait pas naturellement par la différence de sensibilité de deui portions du même membre ; mais chez un autre sujet, nous avons trouvé une semblable distinction à l'aire entre la sensibilité de la jambe et celle de la cuisse. Il existait donc chez notre malade un peu de diminution de la sensibilité.

Les fourmillements sont très- prononcés, mais moins depuis trois jours. Point de douleur le long du rachis, quel que soit le mode d'exploration.

Nous commençons le traitement par administrer des préparations martiales, et deux fois par semaine un Lain sulfureux.

Le 6 janvier, les règles viennent, mais peu abondantes.

Le 13, deux cautères sont appliqués sur la région lombaire.

À la fin de janvier, la pâleur a diminué, le bruit de souffle des vaisseaux a complètement disparu, mais l'état des membres inférieurs est absolument le même.

10 février, selles peu abondantes.

17. Les fourmillements sont moindres. Nous examinons les membres inférieurs, mais nous n'y trouvons aucune modification ni dans la force ni dans la sensibilité.

22 mars. La malade, qui a continué à nous signaler la diminution des fourmillements, ajoute qu'elle peut soulever ses jambes dans son lit; et nous le constatons en effet.

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