‹ Des paralysies dynamiques ou nerveuses [electronic resource]Chapitre 7 sur 13 · PARALYSIES DE L'APPAREIL VOCAL · texte numérisé non relu

PARALYSIES DE L'APPAREIL VOCAL

Aphonie 16 cas.

Bégayement 15 —

31 cas.

(1) En outre du plomb, il est d'autres substances minérales et végétales vénéneuses qui peuvent donner naissance à des paralysies nerveuses: telles sont le mercure, l'arsenic, le cuivre; l'ergot de seigle introduit en masse notable dans les farines de seigle produit souvent des paralysies de même nature, surtout des paraplégies douloureuses, promptement mortelles. Il en est de même des farines de mais avariées. M. Sandras a vu aussi l'abus des boissons alcooliques amener une véritable paraplégie progressive chez une ieune dame.

M. Sandras a vu un second exemple de paraplégie saturnine ; nous allons le rapporter ici :

Obs. — Le 30 novembre 1830, on a amené dans le service de M. Sandras un peintre qui avait éprouvé de nombreux accidents saturnins ; il lui restait même, depuis un grand nombre d'années, une pai'alysie des extenseurs de la main droite. Il avait été forcé de changer de profession. Mais, ily a quelque temps, des peintres étant venus restaurer sa maison, il eut la fâcheuse idée de les aider; et au milieu de ses travaux il fut pris de convulsions avec paraplégie. En ville, le malade fut considéré comme atteint de méningite aiguë, mais quand on l'eut amené à l'hôpital, M. Sandras ne vit là qu'une cpilepsie saturnine, et la disparition rapide des convulsions vint confirmer son diagnostic. Mais il restait encore outre l'ancienne paralysie de la main droite une paraplégie complète du moiivement et du sentiment. M. Sandras ne lui prescrivit point d'autre traitement que celui de l'alTection saturnine aiguë, savoir : le persulfure de fer, à la dose de deux cuillerées par jour, pour précipiter le plomb à l'étal insoluble et en môme temps lutter contre la cachexie; les lavements purgatifs et les bains savonneux, pour débarrasser l'intestin et la peau des moindres particules de métal; en même temps on le nourrissait. Le 26 décembre, c'est-à-dire moins d'un mois après l'entrée du malade, sa paraplégie avait complètement disparu et l'ancienne paralysie de la main droite avait beaucoup diminué.

Nous ne relaterons pas d'autres exemples de paralysie saturnine ; ils sont connus de tous les praticiens; nous allons exposer succinctement ses caractères.

La paralysie saturnine est ordinairement précédée de tremblement et d'engourdissement qui constituent le premier degré de la paralysie. Le tremblement saturnin consiste dans la diminution de la force d'un ou de plusieurs muscles; de là l'incertitude des mouvements; il diffère du tremblement mercuriel, en ce que celui-ci est violent, et se manifeste par des mouvements saccadés. Parvenu à un degré plus avancé, il constitue la paraplégie saturnine qui consiste dans l'abolition complète des mouvements. Cette paralysie affecte plus facilement les personnes qui en ont déjà été atteintes une fois; elle s'annoncopar des lassitudes, un brisement et une stupeur insolites, quelquefois par la roidcur des membres, qui se transforme en faiblesse, accompagnée de légers tremblements, puis eu une abolition complète de la myolilité.

Baglivi donne les sueurs abondantes pendant les coliques comme un signe certain du développement de la paralysie.

Une fois la paralysie établie, ou voit souvent encore des mouvements dans les membres ; cela peut ne pas être dù à ce que la paralysie est incomplète, mais à ce que la maladie iraffecte que quelques-uns des muscles; dès lors, ceux qui sont restés sains peuvent encore faire exécuter des mouvements à la partie.

Dans la paralysie saturnine incomplète, les membres prennent l'attitude demi-flécbie. Ce phénomène tient-il à ce que la paralysie affecte de préférence les muscles extenseurs, comme nous l'avons dit? Nous ne le pensons pas. L'explication suivante, donnée par notre ami le docteur Gabrini, nous paraît rendre assez bien compte du phénomène en question. Les muscles extenseurs, dit-il, ayant besoin de plus de vigueur que les muscles fléchisseurs, dont l'insertion à angle moins aigu est plus favorable à la puissance, on conçoit qu'ils se ressentent les premiers de la diminution dans leur force contractile, et qu'ils n'aient plus la puissance nécessaire pour faire équilibre aux muscles fléchisseurs, qui entraînent alors les membres dans le sens de leur action.

L'amyosthénie saturnine est souvent accompagnée d'anesthésie profonde ou superficielle. On détermine la profondeur de l'anesthésie, soit en enfonçant dans les parties malades des aiguilles, qui ne produisent des sensations douloureuses que lorsqu'elles arrivent sur une partie saine; soit en plaçant la partie dans des positions incommodes, qui font bientôt naître des douleurs dans les muscles non affectés. Quelquefois une anesthésie superficielle, c'est-à-dire de la peau, coexiste avec une hyposthésie profonde, c'est-à-dire des muscles.

L'anesthésie saturnine est complète ou incomplète, jamais elle n'est générale ; mais celle qui occupe la peau seulement passe très-facilement d'un lieu à uu autre; l'anesthésie profonde est plus stable. — Elle dure rarement au delà de 8 à 10 jours.

D'autres fois, au lieu de l'anesthésie, il existe unehypersthésie du tissu musculaire; les mouvements de la partie paralysée sont alors douloureux. 11 arrive quelquefois que les malades accusent dans les membres paralysés un sentiment de froid très-marqué, sensible parfois au thermomètre et même à la main.

Enfin, dans la paralysie saturnine, l'irritabilité de la fibre musculaire est profondément lésée; l'excitation électrique ne peut plus solliciter la contraction des muscles; ce phénomène lui est commun avec les paralysies consécutives aux lésions traumatiques des troncs ner-

veux, et avec la paralysie générale progressive sans aliénation (1), Les commémoratifs empêcheront de confondre ces diiïérentes espèces de paralysies. Suivant M. Marshall-Hall, la lésion de l'irritabilité existe également dans les paralysies syraptomatiques d'une affection des centres nerveux ; mais M. Duchennc affirme avoir vu un sujet chez lequel on a trouvé la partie grise centrale de la moelle détruite dans l'étendue d'un pouce environ, sans qu'aucun trouble dans Pirrilabilité des muscles qui reçoivent leurs nerfs des parties saines situées audessous du point lésé, ait été observé pendant la vie.

En outre de la lésion de l'irritabilité, on observe encore dans la paralysie saturnine, la perte de la tonicité musculaire ou contractilité des tissus (Bichat,) propriété à laquelle est confié l'antagonisme des muscles. Cette abolition de la tonicité musculaire a lieu également dans la paralysie rhumatismale. Comment dès lors distinguer ces deux espèces de paralysies? — Par la galvanisation, si l'irritabilité est intacte, ce sera une paralysie rhumatismale; si, par contre, les muscles ne se contractent point sous l'influence de l'électricité, ce sera une paralysie saturnine.

Dans la paralysie saturnine, le pouls est faible, dépressible, et d'une lenteur extrême. Le sang tiré de la veine est pauvre en fibrine. La nutrition diminue dans les muscles paralysés, ils s'atrophient, et dans un degré plus avancé, la nutrition générale éprouve aussi une profonde altération.

Quand la maladie est ancienne, la peau offre le caractère de l'ictère saturnin à un très-haut degré ; l'épiderme tombe en écailles, le tissu musculaire est presque fondu, au point que la peau est littéralement appliquée sur les os; le teint est bave, les yeux sont ternes, le nez effilé. Quelquefois la sécrétion de la glande lacrymale augmente, les sueurs sont visqueuses, les urines claires, les membres s'infiltrent, il survient des escarres gangréneuses et, si on n'y apporte pas remède, le malade succombe par le progrès de l'atonie générale.

De même que la peau peut perdre la faculté de sentir, par l'influence du plomb, de même les autres sens peuvent être émoussés ou abolis

(1) Dans l'hystérie, au contraire, l'application d'un courant électrique sur un muscle paralysé, réveille aussitôt l'aclion nerveuse, la contraction a lieu, et les mouvements se manifestent tout d'abord. Si le muscle est ancsthésié, il redevient peu à peu sensible, et bientôt la sensibilité et la mobilité sont à l'état normal (Mesnct, /oc cit.)

par la même cause. D'après M. Geudriu, la perte de l'olfaclion serait celle de ces affections qui se montre le plus fréquemment. Viennent ensuite, dans l'ordre de fréquence, l'araaurose et la surdité, qui est de toutes la plus rare. Ces trois affections surviennent, en général, en même temps que d'autres symptômes encéphaliques, ou pendant la durée d'une colique; elles peuvent cependant se montrer séparément et sans autre complication.

La perte des sens dure de quelques heures à quelques jours, rarement des mois, et presque jamais des années ; elle marche plus lentement lorsqu'elle n'est pas accompagnée d'autres accidents saturnins.

La marche de la paralysie saturnine est, en général, lente et progressive ; cependant elle se dessine quelquefois en peu d'heures, le plus souvent au bout de quelques jours seulement.

C'est ordinairement lorsque la colique cède peu à peu, que la paralysie se développe insensiblement. D'autres fois la colique et la paralysie débutent ensemble, ou, ce qui est plus rare, c'est au milieu d'une colique qui cesse tout à coup ou diminue notablement, que survient la paralysie (DicT. de Méd.)

Sa durée varie de quelques heures à quelques jours, de quelques mois à quelques années.

Le pronostic est d'autant plus grave que la maladie est plus ancienne et plus complète. Plus elle est récente, plus la guérison est facile. Dans les paralysies les plus anciennes, on peut encore espérer la guérison, tant que les muscles ne sont pas entièrement atrophiés. Eu tout cas la guérison se fait d'une manière graduelle ; le sentiment de pesanteur dans les membres diminue, et ceux-ci reprennent peu à pou leur volume et leur activité. La guérison spontanée, quoique très-rare, s'observe quelquefois, au printemps surtout, par la nouvelle activité vitale qui se manifeste à cette époque dans tout être organisé. La mort peut survenir, soit par l'extension de la paralysie aux muscles des voies aériennes, soit par le développement d'une autre affection saturnine, soit enfin par les progrès de l'atonie générale.

A l'autopsie des malades qui succombent à la ^jaralysie, on trouve quelquefois de la sérosité dans les membranes de l'axe cérébro-spinal, dans quelques cas, du sang épanché dans la substance cérébrale ;mais le plus souvent on ne rencontre aucune lésion apparente.

Suivant quelques auteurs, la paralysie est le résultatdes douleurs in-

lestinales, elle aurait lieu par consensus. Cependant on a vu quelquefois apparaîtrela paralysie sansqu'elleaitété précédée ou accompagnée de coliques. Bellingeri (de Turin) admet que chaque filet nerveux qui se distribue dans un muscle, vient, accolé à d'autres filets qui partent d'autres muscles, constituer avec eux un troncnerveux, et se terminer enfin directement dans un filet de la moelle. Cette théorie, qui expliquerait les paralysies partielles par une alTection partielle de quelques filets de la moelle, est fondée sur une hypothèse qui, suivant M. Gabrini (Thèse, inaug. Paris, 1840), n'a pas encore été démontrée, et ne peut pas, en conséquence, être admise avant que l'hypothèse anatoraique soit prouvée.

Traitement. — La paralysie saturnine, à son début ou lorsqu'elle coexiste avec la colique, cède ordinairement au traitement qu'on oppose à la colique elle-même. Mais quel est le traitement le plus efficace contre cette affection? Ici règne la plus grande confusion. La colique saturnine est une affection contre laquelle on a le plus déployé de modes de traitemeni, et chaque méthode revendique, à l'exclusion des autres, les honneurs de Tinfaillibilité. Heureusement pour l'humanité que, plus la nature d'une maladie est obscure, plus la physio-médicatrice est puissante dans ses efforts pour ramener l'organisme à son type régulier, et souvent malgré les erreurs du médecin. Or, dès que la nature a un très-grand pouvoir dans la guérison de la colique de plomb, lorsque les malades sont soustraits à la cause efficiente, on conçoit aisément pourquoi les individus affectés de cette maladie peuvent guérir sous l'influence de méthodes de traitement opposées. Voilà comment chaque auteur peut, avec une apparence de raison, préconiser une méthode spéciale. C'est ainsi que les uns vantent le traitement de la Charité, les autres les drastiques ou les éméto-cathartiques; ceux-ci (de Haën, Bordeu, Astruc) préconisent les émissions sanguines locales ou générales ; ceux-là (Kapeler,Montanier), l'alun. MM. Chevalier et Rayer neutralisent chimiquement les poisons, en gorgeant les malades de limonade sulfhydrique; M. Gendrin, de limonade sulfurique à laquelle il ajoute les bains sulfureux. M. Serres vante l'usage de la noix vomique-, Graves, du tabac ; d'autres disent merveille du mercure; Stoll, enfin, se loue des bons elTets de l'opium à haute dose, auquel il associe quelquefois les évacuants.

Avant de nous décider à faire un choix raisonné parmi tant de méthodes contradictoires, il importe d'établir la nature intime de l'empoi-

sonnement saturnin, et alors nous pourrons choisir avec connaissance de cause.

Les caractères anatomiques, observés, sur les cadavres des sujets qui ont succombé à l'empoisonnement par le plomb, prouvent que la nature de ce poison est froide ou hyposthénisante ; on a constaté, en effet, la dilatation des cavités du cœur par une grande quantité de sang noir à demi coagulé, la fluidité et le peu d'abondance du sang dans les artères, enQn, la pâleur des tissus, due à un défaut dans l'hématose (Laennec).

Les signes fournis par l'étude des symptômes pendant la vie viennent contirmer cette donnée anatomo- pathologique. Un des symptômes les plus constants, en effet, c'est la lenteur et la petitesse du pouls, la faiblesse générale que quelques auteurs ont attribuée à un effet sympathique causé par la douleur, mais à tort, suivant nous, puisqu'elle existe déjà avant que des douleurs se soient manifestées. Elle ne peut pas davantage être considérée comme une faiblesse indirecte parce qu'elle n'est jamais précédée d'excitation ; c'est cette faiblesse qui, à son summum, produit la paralysie. L'affaiblissement et l'abolition des sens.du toucher, de l'olfaction, de la vue et de l'ouïe, ne militent-ils pas en faveur de cette opionon? L'amaigrissement si rapide chez des individus chez lesquels toutes les sécrétions languissent ne prouve-t-il pas le trouble des fonctions digesUves? On pourrait objecter que les convulsions indiquent un excès de force ; mais à cela je répondrai, avec M. Gabrini, que souvent elles sont des symptômes de la faiblesse générale. Peut-on dire, en effet, qu'il y a excitation générale lorsqu'elles se manifestent vers la fin d'une hémorrhagie mortelle? Le délire, qui est aussi souvent un signe d'excitation, n'est jamais précédé ici de symptômes de cette nature; bien au contraire, il est précédé de faiblesse, et le pouls est presque toujours au-dessous de son type normal. Ajoutez à cela le peu qu'on sait relativement aux prédispositions à cette maladie, et vous y trouverez énumérées les circonstances qui, suivant Giacomini, favorisent l'action des poisons hyposlhénisants. La faiblesse, qui suit le traitement de la Charité, surtout si l'ouvrier reprend ses travaux avant qu'elle soit entièrement dissipée, a été donnée par plusieurs médecins comme cause de réapparition de la maladie. D'après toutes ces considérations ouest en droit, ce me semble, de ranger le poison saturnin dans la classe des hyposthénisants, dont l'action élective se porte sur le système ganglionnaire et l'axe cérébro-spinal.

Cela fait, les indications ix remplir sont : 1" de neutraliser l'effet dynamique du poison ; 2» d'empêcher un nouvel empoisonnement ; 3" de voir quelles modifications il faut faire subir au traitement gcnOral, pour combattre la prédominance de tel ou tel autre symptôme. L'effet du poison étant débilitant, hyposthénisant, on remplit la première indication en stimulant l'organisme, à l'aide des spiritueux, de la cannelle, de l'ammoniaque et surtout de l'opium, qui doit être préforé à tout autre moyen.

Ce n'est pas le lieu de démontrer ici que l'opium, quels que soient d'ailleurs ses effets spéciaux, a une action dynamique stimulante ; nous renvoyons les personnes qui en douteraient à l'ouvrage de Giacomini, où cette thèse est habilement soutenue. Mais, dira-t-on, l'opium produit la constipation; vous êtes donc homœopathe? vous voulez donc traiter les semblables par les semblables? Ce doute, qui ne serait plus permis aujourd'hui qu'on connaît l'importante découverte du dynanisme des médicaments, traversa l'esprit de Stoll. Cet auteur, en effet, dit que dans une colique saturnine il n'a recours à l'opium, vanté par de Haën, qu'avec une certaine répugnance, craignant d'augmenter les accidents de constipation; puis il ajoute : « Touché par les cris d'un malade, qui depuis sept jours n'allait pas à la selle, malgré tous les moyens employés, et qui, de temps en temps, vomissait au milieu des cris les plus atroces, je lui administrai l'opium ; bientôt après le ventre se relâcha et le malade rendit une grande quantité de matières; alors les douleurs et les vomissements cessèrent. » Il ajoute que depuis lors il s'est toujours servi de ce médicament, et s'en est constamment bien trouvé. Au lieu de produire l'ivresse, la pesanteur de tête, les démangeaisons, etc., Stoll a vu que l'opium diminuait l'engourdlsfement des sens. Cette remarque est reproduite par M. Tanquerel, qui la donne, aussi comme le résultat de ses nombreuses observations. Le fait relaté dans la Gazette des hôpitaux, du 20 février 1840, de deux personnes prises de paralysie saturnine, par le long usage qu'elles avaient fait d'eau recueillie dans une citerne garnie de plomb, est remarquable par la promptitude de la guérison que M. Alderson obtint par l'opium à haute dose. M. Alderson ajoute qu'il avait toujours réussi à combattre les paralysies saturnines par l'infusion de roses laudanisées aiguisée d'un peu de magnésie. Slliall, Brambilla, florn, Pigeon, Urachct, Bricheleau, etc., vantent l'usage exclusif de l'opium. C'estdoncà tort que dans l'ancien traitement de la Charilo, qui consiste dans les éméto-ca-

tharliqucs, associés à l'opium, on a supprimé ce dernier médicament, car dès lors, on n'obtient plus les mômes résultats.

M. Aran a remplacé l'opium par le chloroforme qu'il emploie en to- " pique sur le ventre, en potion et en lavement à la dose de 30 à 40 gouttes.

On remplit la deuxième indication en soustrayant les malades à l'influence des émanations saturnines, et en neutralisant les particules de ce métal qui ont pénétré dans les tissus, le tissu dermique surtout par les bains sulfureux, qui transforment les sels plombiques en sulfures insolubles et partant inabsorbables. M. Sandras préconise le persulfure de fer; il est prouvé, en effet, que dans les cas d'intoxication métallique (plomb, cuivre, arsenic, mercure,) le poison se confine dans la circulation hépatique et est versé peu à peu dans l'intestin grêle. Là, le persulfure de fer le décompose, le transforme en sulfure insoluble, tandis que le fer mis à nu développe son action tonique et reconsti tuante.

La troisième indication est remplie s'il y a lieu, par des lavements huileux et de légers purgatifs, qui en humectant la surface interne de l'intestin, qui offre dans la colique saturnine une grande sécheresse, enlève la cause mécanique de la stass des matières fécales.

La paralysie saturnine est entretenue par deux causes bien distinctes : la première estlïnfluence du plomb, la seconde, qui se manifeste surtout dans les paralysies anciennes, est la longue inertie des muscles qui leur fait perdre leur contractililé. Si la paralysie ne disparaît pas par le traitement que nous venons de préconiser et si l'état du pouls indique que l'intoxication est dissipée, on pourra avoir recours à des moyens propres à tirer les muscles de leur longue inertie ; c'est alors que l'électricité, la strychnine et la brucine pourront être employées avec succès; mais si l'on veut que ces moyens soient couronnés de succès, il ne faut pas les employer avant d'avoir fait cesser l'étal général qui entretenait la paralysie. Dans l'anesthésie saturnine de la peau, on remplira la troisième indication par les excitants locaux : vésicatoires, frictions irritantes, aromatiques et l'emploi de l'électricité.

Avant de finir, un mot sur le régime. Dans la paralysie saturnine il faut, comme le dit Mérat, donner des aliments très-nourrissants et de facile digestion, du vin généreux. Dans la paralysie ancienne, le malade choisira une habitation exposée au midi, et se couvrira de ilanelle.

§ V. — PARALYSIE RIIUMATISMALE.

Le docteur Griffoulhière, trop tôt enlevé à la science, a publié, dans le numéro de décembre 1840 du Journal des connaissances médico- OHiRURGicALES, uQ mémoire intitulé : Du rhumatisme agissant sw le système nerveux. Il y disait que le système nerveux offrait, tant dans son tronc que dans ses diverses branches, une large prise au rhumatisme par la nature même de ses membranes, et le premier, je crois,, il désigna ces paralysies, précédées ou accompagnées de douleurs, sous le nom de paralysies rhumatismales ; i\ en citait neuf observations. Son travail présente d'ailleurs une histoire complète, quoique abrégée, de l'affection rhumatismale des centres ou des cordons nerveux.

M. Griffoulhière mourut peu de temps après la publication de son mémoire ; mais, depuis lui, la question des paralysies rhumatismales a gagné du terrain, et tous les praticiens sont convaincus aujourd'hui de leur existence.

M. Saodras croit que la paraplégie rhumatismale est une des plus communes. On l'observe fréquemment, dit-il, chez les personnes soumises à des causes incessantes de refroidissement, qui séjournent dans une atmosphère chargée d'humidité, chez les ouvriers qui creusent des fossés, qui déchirent des trains de bois sur la rivière, et il ajoute qu'on en a traité un très-grand nombre sur des hommes employés dans le temps à canaliser la rivière de Bièvre, près Paris.

Une cause fréquente de paralysie rhumatismale, c'est de dormir, pendant les chaleurs de l'été, la fenêtre ouverte, à moitié découvert et exposé à des courants d'air.

Graves avait déjà remarqué que, dans plusieurs cas, la paraplégie reconnaissait pour cause l'impression du froid et de l'humidité longtemps prolongée sur les membres inférieurs. On l'observe, dit-il, plus communément chez des jeunes sujets qui se livrent beaucoup à la chasse et à la pêche, et se mouillent souvent les pieds en marchant dans les pays marécageux et en passant les gués; on l'observe aussi chez les ouvriers qui sont forcés de rester les pieds dans l'eau pendant plusieurs heures de suite. (Arch. gén. de méd., t. XI, p. 213, 1836, et

COM'ENDIUM.)

M. Trousseau admet aussi la nature rhumatismale de certaines pa- ^ raplégies. Un homme en sueur, dit-il, ouvre une fenêtre, il reçoit sur la face un vent froid : d'abord il éprouve uq peu de douleur,, puis uu

peu de gêne, el, enfin, au bout de quelques heures, un côté de la face est complètement paralysé. Cette paralysie dure huit jours, un mois, un an, dix ans même, et finit, un beau jour, par disparaître, soit spontanément, soit sous l'influence d'un traitement approprié. Eh bien ! ce qui se passe dans la portion dure de la septième paire, ce travail pathologique dont nous ignorons entièrement la nature, mais que nous sommes habitué à désigner par le nom d'aCfection rhumatismale, qu'est-ce qui s'oppose à ce qu'il s'attaque à la moelle épinière? Nous ne pouvons qu'invoquer une analogie ; mais, dans un grand nombre de cas, nous voyons ces prétendues affections de la moelle épinière guérir si rapidement, si instantanément, qu'il serait presque impossible d'admettre une affection plus grave ou d'une autre nature; et à l'appui de ce raisonnement, il cite le fait suivant :

Obs. I. — Un homme est pris d'une douleur pleurodynique dans un des côtés de la poitrine, douleur que l'on prend d'abord pour une douleur pleurétique, mais que l'absence des signes locaux caractéristiques, fournis par l'auscultation et la percussion, empêche de confondre avec celle qui accompagne l'inflammation de la plèvre.

Peu de jours après ce début de la maladie survient une pleurésie véritable, bien caractérisée cette fois. Au moment où la pleurésie guérissait survint une paraplégie complète.

Deux jours après, paralysie des deux membres inférieurs.

Le troisième jour, un peu de somnolence.

M. Trousseau, qui soignait ce malade, ne pensait pas qu'il pût vivre plus de deux jours ; il prévoyait le jour, presque le moment précis où les nerfs respiratoires allaient se prendre à leur tour, et où le malade allait périr asphyxié.

Deux mois après, ce sujet était complètement guéri.

Évidemment, il n'y avait pas là ce que l'on appelle une lésion organique; il fallait bien admettre une affection rhumatismale, analogue à la paralysie rhumatismale de la face et déterminan t des phénomènes semblables.

Chez le malade qui fait le sujet de cette observation, les parties du système nerveux qui correspondent à la sensibilité n'ont pas été frappées ; le mouvement seul est altéré. Ceci est de la plus grande importance au point de vue de l'institution du traitement. S'il y avait eu des spasmes douloureux, c'eût été le cas de faire appliquer des sangsues ou des ventouses sur le trajet de la colonne vertébrale, et de combi-

lier avec le traitement auliphlogisllque l'usage de la belladone, trèsutile dans les cas de ce genre. Puis, après la disparition de toute douleur, on aurait, par le sirop de strychnine, sollicité des mouvements, comme chez les enfants atteints de chorée. C'est le même traitement que celui qu'on dirige contre la paralysie faciale: émissions sanguines locales, puis vésicatoires, et enlin l'emploi de la pile voltaïque pour solliciter des mouvements musculaires et réveiller la faculté motrice abolie. Dans le cas actuel, le traitement qui a paru le mieux indiqué, le plus rationnel à M. Trousseau, c'est l'emploi du sirop de sulfate de strychnine, qui a triomphé de la paralysie. (Revue clinique, 1" année, p. 230.)

Obs. II. — Une femme accusait une douleur très-vive dans la région dorsale du rachis, en même temps qu'elle présentait une paraplégie complète, caractérisée par la perte du mouvement dans les membres inférieurs, et que la sensibilité y était également abolie.

Ces symptômes, qui peuvent faire porter un pronostic grave, sont cependant considérablement atténués par les renseignements antérieurs et par la marcbe de la maladie. La malade raconte qu'il y a dix ans, elle a eu une affection semblable qui s'est très-bien guérie. Cette fois, les accidents ont débuté par une douleur vive dans le poignet droit, le coude et l'épaule ; l'autre bras a ensuite été atteint et de la même manière ; puis la douleur dorsale est survenue, et ensuite la paraplégie.

11 est difficile de ne pas suivre la marche d'un rhumatisme procédant des extrémités vers le tronc, des articulations sur la moelle. Lorsque le rhumatisme vient ainsi se fixer sur les membranes à enveloppe des centres nerveux, il détermine la paralysie des parties qui reçoivent les cordons nerveux qui émanent de la portion de la moelle rhumatisée.

Obs. III.— Un homme, couché au n' 16 de la salle Saint-Bernard, qui a servi comme soldat dans les colonies, prend, à la Martinique, un bain de rivière nn peu prolongé ; en sortant de l'eau, il devient paraplégique et guérit au bout de six semaines. Dernièrement, il entre dans le service, atteint de rhumatisme du deltoïde. Comme celte douleur rhumatismale se prolongeait, on appliqua un vésicatoire, qu'on pansa avec la morphine.

La douleur cessa le lendemain dans le deltoïde, mais elle se lit ressentir profondément au-dessus de la clavicule, dans le plexus brachial, et en même temps la sensibilité et les mouvements du bras furent abolis. ■ Après avoir duré une dizaine de jours, ceç accidents se dissipèrent complètement.

Ces fails, qui montrent comment un rhumatisme peut marcher de la périphérie vers le centre, d'un cordon nerveux vers un plexus et vers les centres nerveux ont une grande valeur thérapeutique. Ainsi, chez cette femme paraplégique de la deuxième observation. M. Trousseau a mis en usage un traitement antirhumatismal. Des ventouses scarifiées ont été appliquées autour du point douloureux, vers la dixième vertèbre dorsale. La vératrine a été employée et on a obtenu un soulagement notable. Aujourd'hui la malade marche et dit avoir recouvré dans les jambes ses forces habituelles. (Journ. des conn.-méd. chir., 1851, p. 490.)

Obs. IV. — Un terrassier, âgé de 39 ans, entra le 6 janvier 1853, dans le service de M. Sandras, à l'hôpital Beaujon, pour se faire traiter de la paralysie de l'avant-bras gauche. Cet homme, que sa profession expose à de fréquents refroidissements, avait commencé à ressentir une dizaine de jours auparavant, pendant qu'il travaillait, des douleurs et des picotements dans l'avantbras gauche.

Le soir, les mouvements avaient beaucoup perdu en énergie; toute la nuit il avait ressenti, dans la partie, des douleurs qui l'obligeaient souvent à la découvrir, et le lendemain matin, il y avait paralysie complète de l'avant-bras.

Tous les muscles de l'avant-bras, fléchisseurs, extenseurs, pronateurs et supinatenrs sont presque complètement paralysés. La main, abandonnée à son propre poids, retombe inerte; la sensibilité est obtuse. La peau de la partie paralysée est le siège de fourmillements incessants, tandis que les parties profondes sont le siège de douleurs qui s'exaspèrent la nuit. Il y a un picotement très-vif à l'estrèmitè palmaire des doigts. Les mnscles de l'avantbras et de l'épaule ont, au contraire, conservé toute leur énergie et la peau toute sa sensibilité.

Le 7 janvier, M. Sandras lit une première èlectrisation avec son appareil électro-magnétique. Il appliqua les excitateurs métalliques, munis d'épongés, tantôt directement sur les muscles, tantôt sur les nerfs médian, cubital et radial. Quoique l'appareil fut gradué au maximum, ce ne fut qu'au bout de huit minutes qu'il se manifesta un retour marqué dans la sensibilité et la contractilité.

Le malade, après la séance, put serrer avec assez de force la main qu'on lui présentait. Il est vrai que ces résultats ne se maintinrent pas complétejnent, mais il resta néanmoins ce jour-là une grande amélioration.

Les jours suivants, les douleurs et les fourmi Uements diminuèrent peu à peu.

Deux nonvellés élcctrisations furent pratiquées le 10 elle 15; elles activèrent la guéri son.

Ge malade ne s'était' jamais exposé aux émanations saturnines; il n'y avait point d'antécédents syphilitiques. L'invasion de la paralysie, sans aucune autre cause appréciable qu'un refroidissement, l'absence de troubles cérébraux et de douleurs rachidiennes, l'intégrité parfaite des fonctions de la peau et des muscles de l'épaule et de l'avant-bras, tout s'accordait à indiquer une paralysie limitée à un cordon nerveux et, selon toute probabilité, de nature rhumatismale.

Obs. V. — Une femme, âgée de 60 ans, d'un tempérament nerveux, après avoir beaucoup souffert du froid et de l'humidité, a été atteinte d'un affaiblissement progressif des deux membres inférieurs. Cet affaiblissement a été porté au point de ne ne plus permettre l'exécution d'aucun mouvement : pas d'altération du côté, soit de la sensibilité, soit de l'intelligence. On a remarqué, en outre, un état œdémateux et la température froide des membres inférieurs.

La malade, soumise à une médication excitante et révulsive : vomitifs, vésicatoires, purgatifs, etc., ne tarda pas à éprouver, au bout de dix jours, une amélioration qui, allant croissant, a été suivie bientôt d'une guérison complète.

Deux mois et demi environ de traitement ont suffi pour assurer cet heu- * reux résultat.

L'auteur de cette observation, M. le docteur Luyckx, est porté à croire, en raison des circonstances qui ont donné naissance à la maladie, vu l'absence de tout phénomène congestif du côté des centres nerveux et l' efficacité des moyens thérapeutiques employés, que le système cérébro-spinal a été étranger à la paralysie, et que celle-ci a dû avoir son siège sur les nerfs périphériques. Nul doute, ce nous semble, ne peut s'élever sur le premier point. Nous croyons que la paralysie observée par le docteur Luyckx n'était point symptomatique d'une affection cérébrale ou spinale. Mais faut-il voir la cause ou le siège de cette lésion des mouvements dans le système nerveux périphérique? Nous sommes fort enclin à le croire. Nous croyons, en outre, que la nature de cette paralysie était rhumatismale, et ce qui nous le fait supposer, c'est la cause qui l'a produite, c'est-à-dire le froid et Y humidité. 11 est à regretter que le docteur Luyckx ait oublié de nous dire si la paralysie a été ou non précédée de douleurs.

Les observations que nous venons de rapporter prouvent l'existence de la paralysie rhumatismale; mais la cause rhumatismale d'une paralysie est ordinairement difficile à roooniiaître ; il faut, de la part du

médecia, un examen minutieux pour ne pas la confondre avec une autre espèce de paralysie, et encore n'arrive- t-il pas toujours à éviter l'erreur; car, comme on sait, la diallièse rhumatismale s'allie frtkiuemment avec la diathèse inflammatoire ; et, dès lors, la lésion qui donne naissance à la paralysie peut, comme le dit le docteur Gotin, revêtir tous les caractères et prendre toute la gravité d'une méningite cérébro-spinale aiguë ou chronique.

Le médecin ne doit donc négliger aucun moyen pour découvrir la vérité, et, à cet effet, il s'enquerra surtout des causes, des antécédents et des commémoratifs. Suivant M. Trousseau, la nature rhumatismale des paralysies se reconnaît particulièrement à l'existence de douleurs dans les membres, accompagnant la diminution ou la perte du mouvement, douleurs qui s'exaspèrent par la chaleur du lit et se calment par l'exposition à l'air. Il y a, en outre, des fourmillements continuels intenses, la pression sur le trajet de quelques troncs nerveux ou au niveau des masses musculaires développe une grande susceptibilité. Au début, M. Sandras a remarqué quelquefois un léger état fébrile. Lorsque la paralysie rhumatismale est chronique, les membres paralysés, au lieu d'offrir la flaccidité et l'atrophie des muscles longtemps condamnés à l'inertie, sont au contraire roides, durs et engorgés.

La galvanisation est aussi un excellent moyen de diagnostic. Dans la paralysie de nature rhumatismale, l'excitation électrique sollicite les contractions des muscles. Or si la contraction musculaire n'est pas éveillée, on pourra soutenir hardiment qu'on n'a point affaire à une paralysie rhumatismale. Mais si l'irritabilité se conserve intacte dans cette forme de paralysie, la sensibilité y est exaltée; ce dernier phénomène sert à la faire distinguer de la paralysie hystérique, où cette faculté est ordinairement plus ou moins émoussée et même entièrement abolie et de la paralysie médullaire, où elle se conserve généralement dans son étal normal.

Le pronostic de la paralysie rhumatismale ne parait pas grave, d'après les auteurs.

Sa durée est plus ou moins longue ; elle est de quelques jours, de quelques mois, de quelques années même. La paralysie chronique est plus grave que la paralysie aiguC.

Le traitement doit varier avec la gravité des symptômes. Y a-t-il douleur le long du rachis, et de la fièvre? On aura recours aux émissions sanguines locales et générales et aux purgatifs répétés, puis aux

vésicatoires. S'il n'^y a point de fièvre, ou s'en lient aux frictions irritantes, telles que l'eau sédative de Raspail, aux épispasliqucs, etc. La vératrine est très-efficace ; la pommade de belladone est utile contre le phénomène douleur. Enfin, en cas de ténacité, on aura recours aux bains alcalins, sulfureux, aux eaux de Plombières, aux bains russes, à l'hydrothérapie et surtout à la douche écossaise, qui consiste à faire parvenir sur le dos une ondée d'eau simple ou minérale, alternativement chaude et froide, de manière à produire un vif saisissement, et si la paralysie résiste à ces moyens, on pourra essayer la strychnine, la brucine, le seigle ergoté et l'électricité.

M. Griffoulhière employait déjà contre cette paralysie les vésicatoires volants successifs, les cautères, les moxas, surtout au niveau de la douleur ou du siège présumé du mal. Gomme moyens généraux, les bains de vapeur, les bains sulfureux, et enfin la strychnine comme moyen empirique.

11 est une nouvelle méthode de traitement qu'on a préconisée dans ces derniers temps contre les rhumatismes chroniques, ce sont les bains de vapeurs résineuses à température graduée. Nous les avons essayés plusieurs fois avec succès dans cette affection. Il nous arrive souvent de combiner cette puissante médication avec les divers procédés hydrothérapiques, et nous nous en trouvons bien. Jusqu'ici il ne nous a point encore été donné de traiter de cette manière des paralysies rhumatismales, mais il est probable qu'elle serait efficace, car en guérissant le rhumatisme, la paralysie, ce nous semble, guérirait à son tour, en vertu de cet axiome : ablaia causa toUitur effectus.

g VI. — Paralyaie «ypkilKlqne.

La paralysie syphilitique peut être syraptomatique ou dynamique. Elle est symptomatique lorsqu'elle reconnaît pour cause une exostose ou toute autre production anormale intra-crânienne ou intra-rachi~ dienne de nature syphilitique; elle est dynamique lorsqu'elle est sous la dépendance d'une simple diathèse vénérienne. Dans ce dernier cas elle forme une des nombreuses métamorphoses de la syphilis. Gette diathèse une fois bien connue fournit l'occasion au médecin d'obtenir des résultats qui tiennent parfois du prodige.

Obs. 1. — Un boulanger âgé de 35 ans avait eu, cinq ans avant de devenir paraplégique, un ctiancrc sur le gland, ([iii dura deux mois. Peu de temps

après il eut une syphilide et une céphalée nocturne atroce; il eut enfin îles ulcérations dans la gorge et devint aplione. Il entra dans le service de M. Sandras, qui le guérit de sa paraplégie en deux mois, par l'usage du proto-iodure de mercure associé à l'extrait d'opium. Quatre mois après, cet homme revint avec une paralysie complète de la jambe gauche, un afTaiblissemcnt du bras gauche et une paralysie du moteur oculaire commun du même côté. Cette dernière paralysie se caractérisait par un prolapsus complet de la paupière supérieure avec une légère déviation en dehors du globe oculaire; la pupille était plus dilatée que du côté opposé. Le malade fut soumis au traitement par l'iodure de potassium, à la dose de 1 gramme par jour, et M. Sandras se servit de l'électricité pour essayer de relever la paupière. Deux séances suffîrent pour guérir cette paralysie. Au bout de deux mois, le malade sortit complètement guéri des deux autres paralysies. ïl est enfm revenu une troisième fois, pour une paraplégie accompagnée d'une anesthésie telle que, en voulant se donner une fumigation, il s'est réellement fait cuire à la A'apenr, sans le sentir, toute la partie postérieure des jambes; aussi est-il entré avec de larges escarres. Il rendait, d'ailleurs, ses urines avec peine, et ne pouvait retenir ses matières fécales.

Sous l'influence de l'iodure de potassium (2 grammes par jour), la sensibilité est revenue la première, puis ensuite le mouvement, et enfln la régularité dans l'expulsion des évacuations al vines. (Journ. des conn. MÉo.-GHin., 1 851 .)

M. Sandras et M. Gotin rangent ce cas parmi les paralysies organiques. C'est à tort, suivant nous. La mobilité des phénomènes paralyiiques et la guérison rapide de la paralysie de la paupière supérieure par l'électricité, prouvent évidemment, ce nous semble, la nature nerveuse de la maladie. En effet, s'il y avait eu lésion matérielle dans les centres nerveux, la paralysie aurait été fixe et ne se serait pas guérie si promptemenl.

Obs. 11. — Un malade était entré en chirurgie pour y être traité de vastes ulcères variqueux qu'il avait aux jambes. Ces ulcères disparurent à peu près complètement ; mais à mesure qu'ils guérissaient, il s'établissait des symp- Tômes que le chirurgien attribua à la suppression trop brusque des ulcères ; il se hâta, en conséquence, de chercher à suppléer à la suppuration, dont l'économie était privée, par des vésicatoires placés à la région postérieure du tronc et aux environs de l'ulcère lui-même. Le malade, ne s'en trouvant pas mieux, "fut envoyé dans les salles de médecine. M. Sandras l'examina avec soin : il constata sur l'ulcère et en d'autres points de la jambe des exostoses non douteuses du tibia, de petits ulcères syphilitiques et des taches de même nature sur la jambe. Il continua donc le traitement de l'ulcère variqueux parles irrigations froides, sans craindre la suppression dcTexuloire, et mit le malade

à.rioJure de potassium, à la dose de 2 grammes par jour. Eu. quelques semaines laguérisoD fut complète.

Ce fait de paralysie générale progressive nous semble encore venir à l'appui de notre doctrine; il prouve que la diathèse syphilitique peut produire des paralysies dynamiques. En effet, toute lésion matérielle doit être écartée ici, car il est évident que si elle avait été symptomatique d'une lésion organique des centres nerveux, la guérison n'aurait pas été si prompte et si facile, et peut-être même se serait-elle terminée d'une manière funeste.

Obs. III. — iérôme Fuscalda, soldat au régiment de Namur, âgé de 37 ans, d'un tempérament phlegmasique, se présenta à Cirillo dans un état de maigreur extrême. Il avait été assailli tout à coup d'une forte douleur à l'iiypocondre droit, et avait senti un froid extraordinaire à la cuisse et à la jambe du même côte. Cinq mois auparavant, il avait eu un bubon, dont il n'était resté aucun vestige. Soumis à l'usage des frictions mercuricUes, il vit la jambe gauche se refroidir de même. Quand Cirillo entreprit la cure, ce soldat avait nue paralysie complète des extrémités inférieures accompagnée de soubresauts continuels et de mouvements convulsifs dans les parties alTectées; il urinait continuellement sous lui, et à peine allait-il à la garde-robe une fois tous les dix jours. Ses pouls étaient inégaux, petits et inférieurs, et il y avait une très-grande inégalité dans l'artère gauche. 11 se plaignait toujours de do\ileurs violentes au bas-ventre, et particulièrement dans la région raésentérique.

Les bains froids n'eurent aucun succès; sous l'influence des frictions de sublimé, toute espèce de mouvements convulsifs disparut; la jambe gauche reprit l'exercice de tous ses mouvements avec facilité et promptitude, et la droite alla beaucoup mieux. Aussi le malade put s'asseoir dans son lit pendant quelque temps ; il urina avec profusion et sans douleur ; les pouls furent plus réguliers, plus élevés, plus vigoureux ; la nutrition se lit mieux. Cette amélioration suivit les premières frictions (l).

M. P. Yvaren, qui rapporte celte observation dans son livre sur les métamorphoses de la syphilis^ la regarde, avec Cirillo, comme un exemple de paralysie syphilitique. En effet, la circonstance d'un bubon antérieur et le succès presque immédiat des frictions avec la pommade au sublimé corrosif sont de nature à le faire supposer. Nous croyons, en outre, que cette paralysie était dynamique.

(I) Cirillo, Traité comi*. et obs. pbat. sim les mal. vénbb., p. 330.

Obs. IV. — L..., âgé de 40 ans, homme de peine, est entré le7janviCT '1846 à l'Hôtel-Dieu, salle Saint-Lazarre, n° 9. Cet homme est d'une constitution peu robuste ; dans son enfance il a eu quelques affections scrofuleuses, (elles qu'ophlhalmies chroniques, engorgements ganglionnaires. Plus tard il a eu des chancresïet des bubons. Il assure n'avoir fait d'excès d'aucun genre. Lorsque sa maladie actuelle a commencé il y a six mois, il a beaucoup souffert de maux de tête violents et prolongés, qui ont fini par disparaître sous l'influence de quelques applications de sangsues à l'anus. Quelques jours après, le malade a senti des douleurs vagues dans la région du sacrum ; au bout de quelque temps, ces douleurs se sont propagées le long de la face postérieure des cuisses et des jambes, et plus tard il est survenu des fourmillements dans la plante des pieds. En même temps, le malade a senti une faiblesse remarquable dans les membres inférieurs, et les mouvements sont devenus de plus en plus lents, difliciles et embarrassés.

Au moment de son entrée à l'hôpital, il présentait les symptômes suivants : lorsque le malade essaye de marcher, ce qu'il ne peut faire qu'en se tenant appuyé sur un bâton, ses jambes exécutent des mouvements de circumduction irréguliers, elles se choquent l'une contre l'autre, et exposent le malade à tomber à chaque instant; ce qu'il n'évite qu'en se cramponnant aux personnes ou aux objets placés à sa portée. S'il essaye de se tenir debout, insensible, il sent bientôt ses jambes fléchir sous lui et vaciller comme s'il était ivre. Il ne peut pas se retourner sur lui-même. Il urine quelquefois involontairement. 11 n'a point de défécation involontaire. On ne remarque aucune difformité, ou aucun point douloureux sur le trajet de la colonne vertébrale.

Le 28 janvier, M. Tessier prescrit la potion suivante, à prendre en trois doses, de demi-heure en demi-heure :

Tartre stibié ...... 25 centigr.

Eau de gomjme sucrée.

Une portion d'aliments.

Eau de tilleul 125,0

Eau-de-vie allemande. 30,0

Vin de colchique . . . 30,0

Sirop de nerprun . . . 30,0

La potion a déterminé neuf selles abondantes.

Le lendemain, le malade se plaint d'une grande faiblesse occasionnée par les évacuations. Toutefois, il éprouve, dit-il, une sensation de chaleur et moins d'engourdissement dans la région lombaire et dans les membres inférieurs.

Le 29, même prescription, pot. purg.

Le 30, on suspend l'administration de ce remède, à cause de la faiblesse

du malade. Après celte journée de repos, le malade accuse une plus graudu facilité de raouvemeat dans les membres inférieurs; nous constatons nous même qu'il les soulève au-dessus de son lit beaucoup mieux qu'il ne faisait quand il est entré à l'hôpital.

La potion purgative est prescrite de nouveau le 31.

Le 1" février, on laisse reposer le malade. On lui prescrit des frictions sur les membres inférieurs avec la teinture de noix vomique.

Le 2 février, la potion est administrée de nouveau; elle est ordonnée ensuite de deux jours l'un jusqu'au moment de la guérison.

Le 3, le malade a pu se promener dans la salle sans le secours de son bâton.

Le 5, il ne vacille plus en marchant. Il éprouve encore un embarras assez marqué pour se retourner sur lui-même. Au sortir du lit, il sent dans les jambes un engourdissement qui disparaît après qu'Ua fait quelques pas.

Le 7, il a marché pendant trois heures sans le secours de son bâton , celui-ci lui est encore nécessaire, ainsi que la rampe, quand il descend l'escalier.

Le 18,1e malade a quitté l'hôpital. Il marchait avec facilité et assurance; 11 descendait l'escalier sans s'appuyer sur son bâton et sans se tenir à la rampe. Il éprouvait encore une légère difficulté et un certain embarras dans les mouvements, lorsqu'il voulait changer de direction ettoiurner sur lui-même. (Bdll. de thér. et Abeille méd., t. III, p. 340.)

Nous plaçons cette paralysie parmi les paralysies dynamiques de nature syphilitique en raison des chancres et des buhons dont le malade a été atteint.

La guérison a été obtenue ici sans faire usage ni des mercuriaux ni des iodiques; et à cause de cette circonstance, certaines personnes seront peut-être tentées de nier la nature vénérienne de la paralysie. Ce serait à tort, suivant nous, car il est reconnu que les purgatifs, et surtout les purgatifs drastiques, sont assez souvent couronnés de succès dans la syphilis; et avant l'introduction des préparations hydrargiriques dans la thérapeutique, on ne traitait pas autrement cette affection.

Le diagnostic de la paralysie syphilitique est, comme le dit le docteur Cotin, tout entier dans la recherche des lésions syphilitiques antécédentes ou coexistantes. On interrogera donc avec soin et avec adresse les malades ; on examinera attentivement s'il ne se trouve point quelque vestige accusateur d'une ancienne vérole; telles seraient, par exemple, des syphilides, des taches cuivrées, etc. D'ail-

leurs le trailement spécifique esl en qiJL'k[iie sorle ici une pierre de touche pour le diagnostic ; et si la paralysie est dénature syphilitique, elle ne tardera pas à s'amender sous l'inlluence d'un traitement anlisyphilitique. Chez ces malades le pouls oflre une petitesse remarquable, et quand la cachexie syphilitique est très-prononcée, il y a des bruits de souille dans les artères. La marche de la paralysie se dirige de la périphérie vers le centre.

Le pronostic de la paralysie dynamique syphilitique n'est pas grave. Les préparations mercurielles et les iodiques sont ici d'une grande efficacité, et le médecin peut presque toujours prédire à coup sûr une guérison certaine, si toutefois on l'a consulté avant que la diathèse syphilitique n'ait produit des lésions matérielles incurables.

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