CHAPITRE II
Anatomie pathologique .
Ce chapitre sera forcément très court et pour une double raison. Les cas de mort sont, nous venons de le dire, très peu nombreux et leur symptomatologie a été trop spéciale pour en inférer que les résultats fournis par ces autopsies puissent s’appliquer aux autres observations. Ajoutons enfin que l’examen de la moëlle et des centres nerveux n’a pas toujours été fait avec la rigueur désirable.
C’est dans Ollivier d’Ang ers que nous relevons la première observation anatomo-pathologique de paralysie consécutive à une pneumonie. Nous la résumons très brièvement ;
Observation xiv. — Ollivier d’Angers. Traité des maladies de la
moëlle, t. II, obs. lxxxii.
Enfant de 22 mois, atteint de paralysie des exti'émités inférieures à la suite d’une diarrhée chronique. Guérison après l’emploi de douches chaudes. Nouvelle poussée de diarrhée : rechute, guérison. Sur ces entrefaites, la santé étant devenue à nouveau très bonne, l'enfant contracte une pneumonie à la suite de laquelle réparait la paralysie des membres inférieurs. Tout mouvement y est impossible, mais la sensibilité est respectée; quelques jours plus tard, ils sont le siège d’une liypéresthésie très marquée. Paralysie incomplète du bras gauche. Mort en quelques jours.
A l’autopsie, on trouve un épanchement de sang considérable entre la dure mère et les vertèbres. Au niveau des deux premières, lombaires et de la dernière dorsale, la dure mère est épaissie et rouge. Ramollissement du tissu du renflement lombaire.
Boui'gael trouve entre la dure mère et la partie antérieure du canal rachidien trois foyers purulents, les deux plus importants siégeant au niveau de la région lombaire. Il y a injection de la piemère, de la moelle, et dans celle-ci accumulation dans la gaine des vaisseaux de noyaux paraissant indiquer un début d’inflammation péri-vasculaire. L’autopsie de Bettelheim (obs. \u\) est tout à fait incomplète ; on note seulement que la moëlle était ramollie de la quatrième à la sixième vertèbre lombaire Dans la deuxième observation de Macario, suivie de mort, pas d’autopsie. L’examen de la moëlle et des centres nerveux a été pratiqué très soigneusement (Gubler, Robin) dans le cas rapporté par Landry. On a constaté une intégrité absolue en tous points : rien à noter dans la substance blanche ni dans la substance grise. Malheureusement l’examen des nerfs n’a pas été fait. Oppenheim a étudié l’état de la moëlle et des nerfs de l’individu alcoolique mort avec des symptômes de paralysie des extrémités inférieures au cours d’une pneumonie : il n’y a trouvé absolument rien d’anormal. Peut-être, l’intégrité des nerfs constatée en pareil cas tient-elle à la marche si rapide des accidents qui n’a pas laissé à la lésion le temps de se constituer.
La pneumonie paraît même pouvoir dans certains cas déterminer une altération de la moëlle qui sera le point de départ d’une myélite chronique. MM.Jotfroy et Achardfl) en rapportentun exemple très net. Un individu âgé de 21 ans contracte un rhumatisme articulaire aigu, età peine guéri, une pneumonie grave. Pendant la convalescence de celle-ci on voit survenir de l’affaiblissement des doigts, un amaigrissement du bras et de l’avant-bras gauche, de la parésie des extrémités inférieures. Ces symptômes ne font que s’aggraver, la paralysie des extrémités inférieures devient complète : il y a contracture des membres supérieurs avec atrophie et exagération des réflexes. Trois ans après le début des acci-
(\) JoFFROY et Achard. De la invélitc cavitaire, Arclnves de P/ii/siolof/te, lef oct, 1887.
dents médullaires le malade succombe; li l’autopsie, on constate des plaques de sclérose dans le renflement cervical et dans sa partie inférieure, au niveau delà substance grise, une cavité limitée par des bords nets, entourée d’une zone fibreuse assez épaisse. Il y avait en outre sclérose descendante des faisceaux pyramidaux. Cette cavité n’est, pour les auteurs, qu’un accident survenu au cours de la myélite.
Un autre malade de Remak (i) atteint de troubles dissociés de la sensibilité et d’atropliiemusculaire faisait remonter à une pneumonie le début des accidents.
En somme, on voit que sauf dans les observations de méningomyélite qui d’ailleurs diffèrent tellement du tableau clinique que nous avons essayé de tracer, dans tous les autres cas de paralysies pneumoniques, les résultats de l’autopsie ont été négatifs. C’est un point sur lequel nous aurons à revenir quand nous étudierons la nature de ces troubles paralytiques.
([) Cité in Üièsc Brühl. De la si/rt/u/omi/élie, p. 199.