CHAPITRE I
Description.
Il suffit de jeter un coup d’œil sur nos observations pour se convaincre qu’elles sont loin d’être absolument semblables, il y a même de l’une à l’autre des différences assez notables pour qu’il soit permis de supposer quTl ne s’agit pas dans toutes d’accidents analogues.
Voici par exemple, l’observation de Rettellieim (obs. xlix) : un individu âgé de 58 ans est pris pendant une pneumonie grave de paraplégie et de très vives douleurs dans les jambes, accompagnées de gêne de la miction, de douleurs à la pression au niveau de la colonne vertébrale et d’anesthésie des membres inférieurs. La mort survient au bout de cinq jours ; ce cas fait penser à une myélite aiguë à marche rapide : il fait exception parmi ceux que nous avons étudiés
Le plus souvent, les choses se passent d’une façon toute différente. C’est après la pneumonie, quelqueiois plusieurs semaines après la crise, mais souvent pendant que les signes physiques persistent encore, qu’un individu ressent des fourmillements et des douleurs dans les jambes ; il essaie de se lever, la marche est devenue tantôt très difficile, tantôt même impossible : la paraplégie est complète. Rarement,la maladie se borne là : d’habitude l’engourdissement gagne les membres supérieurs mais il est rare que les troubles paralytiques y atteignentjamais la même intensité qu’aux membres inférieurs ; les mains deviennent malhabiles, inaptes à exécuter les mouvements qui exigent un peu d’adresse; la force musculaire est très diminuée. En somme, dans certains cas, cette
paralysie se généralise à tout le corps. La sensibilité est fort peu intéressée, il n’y a presque jamais d’anesthésie, mais des troubles subjectifs, crampes, fourmillements, douleurs musculaires. Les cavités splanchniques échappent à la paralysie. Au bout d’un temps variable, ces accidents qui ont toujours été plus marqués aux membres inférieurs rétrocèdent et le malade guérit entièrement dans la grande majorité des cas.
L’observation que nous avons pu recueillir dans le service de M. Rendu, nous paraît absolument typique au point de vue de révolution, sauf le mode de début qui est un peu particulier : nous demandons la permission de la reproduire ici :
Observation xr. — Pneumonie gauche, probahlement. cVovigine grippale. — Pendant la convalescence paralysie du voile du palais, et des quatre membres — Impotence fonctionnelle presque absolue. — Troubles de la sensibilité très peu marqués. — Intégrité des sphincters. — Modifications de la contractilité électrique. — Atrophie musculaire. — Amélioration nojtable au bout de trois mois. — Guérison complète très probable.
Le nommé Eugène T..., âgé de 38 ans, tailleur, entre à rhôpital Necker, salle Chauffard, lit no 1, service de M. Rendu, le 18 octobre 1891. Cinq jours auparavant il a été pris de frissons et d’un point de côté à gaucho très violent.
A son entrée, l’oppression e.st extrême, la toux sèche, quinteuse avec une expectoration striée de sang. T. matin 40», soir 39<> 6.
On constate dans les 2/3 intérieurs du poumon gauche en arrière de la suhmatité, un souffle rude, tubaire, des râles crépitants fins et de la bronchophonie manifeste; du coté droit, nombreux râles de bronchite.
Traitement : ventouses sèches, potion de Todd, enveloppement dans le drap mouillé.
Le 23 octobre. ■ — Au 8« jour de la maladie, défervescence mal caractérisée au point de vue des signes physiques; la température est redevenue normale, crise sudorale très nette, diurèse abondante ; mais il pei-siste toujours à la partie moyenne du poumon gaucho un souffle tubaire et quelques râles sous crépitants. En même temps, les râles muqueux sont devenus plus nombreux dans toute la hauteur du poumon droit en arrière, l’expectoration a changé de caractère, elle est très abondante ; le malade remplit dans les 24 heures deux crachoirs d'r\n pus verdâtre
assez bien lit* comme s’il s’(!>t(iit prodiiil une vomique, Los forces ne reviennent pas ; la température reste toujours voisine de la normale.
Les crachats sont inoculés à une souris (pu ne meurt pas. Ils ne contiennent pas do bacilles de Koch. Le lU novembi’e on fait à la partie inférieure du poumon gauche en arrière dans la zônc de matité une ponction exploratrice : on retire quelques grammes d’une sérosité citrine, absolument claire qui est inoculée à uncobaye.Au bout de deux mois, ce cobaye fut sacrifié, il n’était pas tuberculeux.
Cette ponction fut suivie d’une douleur très vive irradiée dans le bras droit qui persiste pendant quelques heures.
•\u la woücmime. — L’expectoration est encore assez abondante :1a submatité persiste; on entend toujours à .la base gauche du souffle, de la bronchophonie et des râles muqueux. Pas de fièvre. Un peu d’albumine dans les urines.
Jjéhul de laÿUi'alysie. — Depuis quelques jours, le malade se plaignait d'une céphalée continuelle, d’une sensation d’enchifrènement et de plénr tude au niveau du sinus frontal bien qu’il n’y ait aucune trace de coryza et que les narines soient parfaitement libres. On remarque alors que sa voix est nasonnée et qu’il y a des signes évidents â.Q paralysie du voile du palais. (Faisons remarquer ici que le malade n’a jamais eu mal à la gorge, ni à l’hôpital, ni pendant les jours qui ont précédé son entrée et qu’on ne lui a pas appliqué de vésicatoire). Les liquides refluent par le nez: ils ne peuvent être déglutis qu’en très petite quantité à la fois : le malade, pendant les repas, est pris à chaque instant d’une toux quinteuse provoquée par la chute de parcelles alimentaires au niveau de l’orifice supérieur du larjmx. A l’examen direct, on constate que le voile du palais tombe flasque et inerte; pendant l’émission des sons il se soulève à peine, il y a quelques petits mouvements partiels de la luette. Pas de troubles de la sensibilité ; le contact, le froid, les piqûres sont bien perçus au niveau du voile du palais.
La vue est moins bonne, la lecture devenue très difficile. Vers le 30 novembre on s’aperçoit que les membres inférieurs sont paralysés. Dans le lit les mouvements sont encore possibles, mais avec une grande lenteur, et un manque de précision qui n’est pas dû à de l’ataxie véritable, mais à un aü’aiblissoment parétique évident. La station debout e&t diflicile, la marche presque impossible.
En môme temps, le malade se plaint de fourmillements, d’engourdissements et de picotements dans les jambes assez pénibles iiour l’empêcher de dormir. Il n’y a pas d’autre trouble de la sensibilité. Pas d’anesthésie sous aucun de ses modes,
La contractilité faradique est conservée.
Abolition des réflexes rotuliens.
Atrophie mmsculaire évidente, surtout marcpiée au niveau du droit an-
térieuv de la cuisse et des muscles de la région postérieure de la jambe où les masses musculaires ont presque entièrement disparu.
Aux membres supérieurs, il n’y a pas de paralysie véritable, mais une diminution de la force, une sensation d’engourdissement, de fourmillements ne permettant pas au malade d’effectuer les mouvements qui exigent quelque délicatesse, etc.
Pas de douleurs en ceinture. Les réservoirs fonctionnent bien.
Il n’y a nulle part d’anesthésie d’aucune sorte.
Le 8 décembre. — L’état est le suivant ; les phénomènes parétiques persistent, ils se sont même accentués ; la station debout est devenue presque impossible, les jambes ne peuvent être soulevées au-dessus du plan du lit, elles sont toujours le siège de picotements incessants. Aux bras, la force musculaire est très diminuée, les mains ont si peu de force que le malade ne peut manger seul : les doigts sont dans la demi flexion et ils ne s’étendent qu’avec la plus grande difficulté.
La paralysie du voile du palais ne s’est pas modifiée.
Examen des yeicx (pratiqué, par M. le docteur Parinaud). — Les couleurs sont bien distinguées. Il y a une paralysie des deux droits externes et du releveur de la paupière supérieure gauche. L’accommodation est normale sauf un certain degré de parésie; son amplitude est un peu réduite. Le malade se plaint constamment d’avoir un brouillard devant les yeux. L’acuité visuelle est normale.
Du côté gauche de la poitrine en arrière, il y a toujours du souffle, de la bronchophonie et quelques râles muqueux, le tout paraissant devoir être attribué à une sclérose pulmonaire envahissante avec un certain degré de dilatation des bronches.
Traitemenl. — Toniques. Vin de quinquina. Potion avec 4 grammes d’extrait mou de quinquina. Frictions sèches. Electrisation avec des courants faradiques très faibles.
Jusqu’au 24 décembre la situation ne se modifie pas. A cette date, on constate que la paralysie du voile du palais a presque entièrement disparu, le nasonnement existe encore un peu, mais les liquides peuvent être déglutis avec quelques précautions. Les mouvements du voile du palais s’exécutent beaucoup plus lentement qu’ù l"dat normal.
Les douleurs dans les jambes ont considérablement diminué. La station debout et la marche demeurent impossibles. Au lit, les mouvements des jambes peuvent encore se faire, mais avec une grande difficulté, surtout du côté gauche.
31 décembre. — L’examen dynamométrique des mains donne les résultats suivants: du côté droit 12, du côté gauche 2; le malade peut porter les bras à sa tête, assez facilement : les phénomènes parétiques sont surtout accentués au niveau de l’avant-bras et des mains, de même qu’au membre inférieur, les mouvements des orteils, la flexion et surtout l’extension du pied sur la jambe soiat presque impossibles,
tandis que les mouvements d’abducliuii et de llexion de la cuisse sur le bassin se fout encore assez bien.
■i janvier. Les douleurs sont, très fortes au niveau des memljres inférieurs, elles sont sjtontanèes, revenant surtout la nuit, sous forme d élancements, de picotements, ou pi’ovoqiiées par la pression des masses musculaires.
La contractilité faradique est abolie au niveau des niusclesdela cuisse du mollet, du biceps et des extenseurs de l’avant-bras.
Contractilité (jalvan ique. A droite et à gauche, pas de contraction des droits antérieurs de li cuisse qui sont presque entièrement atrophiés. — Contraction tétanique des adducteurs des deux côtés, plus marquée à la fermeture du epurant positif qu’é la fermeture du courant négatif.
.\u niveau des péroniers latéraux, on a bien nettement KaSZ U- AnSZ. La formule est aussi normale au niveau du biceps, des extenseurs de l'avant-bras; il y a réaction de dégénérescence des jumeaux.
15 janvier. — Amélioration. — Les signes physiques thoraciques, persistent avec les mêmes caractères; respiration rude, exagération du retentissement de la voix. Râles muqueux, mais l’expectoration est moins abondante.
Les forces du malade reviennent, surtout aux bras, — les jambes sont encore trop faibles pour soutenir le malade : la parésie siège surtout dans les extenseurs de la jambe. — Les mouvements des mains sont revenus Plus trace de la paralysie du voile du palais.
.fer février. — Etat général très bon. — Appétit parfait. Retour des forces; mêmes signes physiques thoraciques.
Les membres supérieurs ont recouvré toute leur motilité ; la pression dynamoniétrique est normale et égale à droite et à gauche.
Aux membres inférieurs, lésinasses musculaires atrophiées reprennent de la consistance. — CeiDcndant le malade est dans l’impossibilité de marcher. 11 peut commencer à se tenir debout.
La contractilité électrique est normale.
10 février. — La station debout est possible.
En somme le malade est en pleine voie de guérison: M. Rendu pense que la parésie des extrémités inférieures aui'a tout à fait disparu dans trois ou quatres semaines.
Non seulement la paralysie du voile du ptdais, mais encore la marche des accidents rapproche ce cas des observations bien connues de paralysie diphtérique; c est une ressemblance que les adversaires de la paralysie pneumonique n’ont eu garde d omettre pour prétendre qu’elle n’clait qu une paralysie diphtérique , nous
reviendrons plus loin sur ce point, mais nous tenions dès à présent, il faire ce rapprochement qui s’impose. Si l’on veut Lien se rappeler que la paralysie diphtérique qui est le type des paralysies tardives, de la convalescence, peut présenter des signes et des localisations variables, on sera moins surpris de voir comment toutes les observations de paralysie pneumonique ne sont pas exactement identiques et comment, il peut y avoir, de l’une à l’autre des dissemblances assez grandes (1).
Analyse des symptômes.
Nature de la 'pneumonie. — Nous ne tenons compte que des observations récentes. La première en date est celle de Macario dans laquelle le diagnostic de pneumonie a pu être porté avec précision grâce à l’auscultation. Dans cinq cas, il s’agissait d’une pneumonie double, ce qui est l’indice d’une gravité plus grande de la maladie ; dans d’autres (obs. xi) le début avait été marqué par du malaise, de la toux, et des signes de grippe précédant de quelques jours l’apparition de la pneumonie; il y avait des râles muqueux et sibilants dans toute la poitrine comme dans la broncho-pneumonie. Enfin dans le cas de Leech (obs lui) la pneumonie était survenue au cours d’une épidémie de maison tout à fait nette ; de môme pour l’obs. lvi, due à Massalongo où la pneumonie aété observée pendant l’épidémie de Trognagno ; la gravité plus grande de la maladie dans ces conditions a été signalée maintes fois, par M. Netter en particulier, et c’est surtout dans ces cas, ainsi que nous l’avons rappelé, que peuvent survenir les méningites pneumoniques.
(I) L’observation XfjVIII rluo à Schoengarlli nous parait absolument remarquable comme exemple de paralysie post-pneumonique généralisée, terminée par la guérison.
A(jù du sujet. — A l’inverse de la pneumonie qui a 616 observ6e dans les deux tiers des cas environ cliez les vieillards (1.6pine), ici ce sont les adultes (jui sont le plus souvent l‘rapp6s. Tu seul malade, celui de l'observation \i.\ii, 6tait âg6 de8.‘{ ans ; erv Gore, les accidents étaient-ils imputables dans ce cas à des lésionsde la moelle, rares croyons-nous dans l’iiistoire des paralysies pneumoniques. Les autres Ibis, l’Age du sujet a varié de 20 à 00 ans; deux Ibis, les enfants ont été touebés : à deux ans (obs. i.iv), à dix ans (obs. lv). La gravité beaucoup plus grande de la pneumonie chez le vieillard explique peut-être comment la mort survenant pendant la période aiguë de la maladie, on observe si rarement chez lui des paralysies de la période tardive.
Moment d'apparition. — 11 s’agit bien, en effet, ici d’une paralysie tardive. Jamais, sauf dans l’observation (i.ii) (^Oppenheim), — et enrore s’agissait-il, dans ce cas, d"un buveur, dont le système nerveux était peut-être déjà touché — jamais les accidents ne se sont montrés pendant la période d’état et c’est après la chute de la température, quand le malade se trouve mieux que les accidents commencent à apparaître. Dans un cas (ob. xuv) le malade avait pu, pendant près d’un mois, reprendre son métier de maçon. La deuxième observation de Macario a trait à une paralysie qui ne débuta que trente jours après la convalescence. Le plus souvent, la paralysie commence à se montrer du dixième au vingt-cinquième jour.
Mode du début. — Il est toujours essentiellement lent. Tantôt les troubles moteurs sont les premiers en date; le malade veut se lever : on constate qu’il tient à peine sur ses jambes et parfois, au bout de quelques jours, la paralysie est complète. Ou bien, c’est de la mydriase, une paralysie de la nuque ou du pharynx (obs. XLiii) qui est le prélude des accidents ; dans notre cas, ç’a été une paralysie du voile du palais. l’antôL les troubles de la
sensibilité précèdent les troubles moteurs : il y a d’abord des fourmillements dans les jambes, une sensation vague d’engourdissement, puis la paralysie s’installe lentement. Rarement, ces troubles sensitifs sont très accentués; une fois seulement, il y a eu des douleurs en ceinture véritables, jamais de douleurs fulgurantes. C’est plus tard seulement, à la période d’atrophie, si elle se déclare, que l’on verra survenir les douleurs soit spontanées, soit provoquées, au niveau des masses musculaires.
Période d'état. — Comme nous l’avons dit, la paralysie est presque toujours moins accentuée aux membres supérieurs qu’aux membres inférieurs ; c’est ce qui a permis à Bourguet de réunir dans sa thèse toutes les observations publiées avant lui sous le nom de paraplégie dans la pneumonie. C’est elle, en effet, qui est le symptôme dominant, de même que l’hémiplégie était la forme habituelle des paralysies de la période aiguë. Rarement, elle est absolument complète. Dans la plupart des cas (obs. xxxix, XL. XLii, L, Li, LUI, Lvi^, le malade ne peut pas se tenir debout, mais il lui est encore possible de faire exécuter à ses jambes quelques mouvements, il les soulève au dessus du plan du lit, il les déplace dans le sens latéral. Cette paralysie des extrémités inférieures n’a malheureusement pas été étudiée d’assez près pour que Ton pui.sse dire si dans tous les cas elle avait exactement les mômes caractères. La plupart des auteurs se contentent de dire qu’il y avait de la faiblesse des jambes, une gêne plus ou moins grande de la marche et c’est tout ; ils ne disent pas quels étaient les groupes musculaires intéressés, s'ils l’étaient tous ou si quelques-uns seulement étaient touchés.
Dans le cas de Leech, (obs. un), les mouvements d’extension étaient presque entièrement abolis ; dans le nôtre, les extenseurs ont toujours été atteints plus gravement que les fléchisseurs.
L'atrophie mn'ieiilaire existait de la façon la plus nette dans l’observation de Rondot ; ce cas fût même publié sous le
noin d alrophiG niusculairc consécutive à une pneumonie. De même Sclioengarlli signale 1 atrophie des extenseurs. Nous même avons constaté une atrophie complète du triceps qui avait presque entièrement disparu, des muscles du mollet, des muscles de la face
dorsale des avant-bras, des interosseux, des pectoraux. Mais
et ceci est un point capital — cette atrophie s’est montrée assez tard, elle s’est faite sous nos yeux : c’est pendant l’évolution de la paralysie que les groupes musculaires ont été touchés. Dans d'autres cas il y avait amyotrophie, mais elle était étendue à tout le corps, elle était la suite de l’asthénie consécutive à la convalescence et s’expliquait par elle. Nous verrons plus loin l’importance extrême que Guhler avait attachée à cette fonte musculaire généralisée puisqu’il en avait fait la cause première des paralysies.
Sauf dans le cas de Pidoux, où la paralysie après avoir débuté par le pharynx s’est ensuite étendue aux bras puis aux jambes, les membres supérieurs sont toujours touchés après les inférieurs et le sont beaucoup moins. Ces quelques lignes de Macario (obs. Il de son mémoire) indiquent bien comment les choses se passent : « quand le malade soulève les bras, les mains restent fléchies sur l’avant-bras, les mouvements de ces membres sont vagues et incertains, et malgré tous ses efforts, le malade ne peut les soulever jusqu’à la hauteur de sa tête ; depuis deux jours il lui est impossible de se mouvoir. Il y a paralysie des quatres membres, mais elle est plus prononcée aux membres pelviens. » C’est aux extrémités surtout que la faiblesse est le plus marquée, le malade peut encore faire exécuter à ses bras quelques mouvements, mais ils sont lents, difficiles; il ne peut ramasser un objet, saisir une épingle. Dans toutes les observations, il est fait mention de faiblesse et d’engourdissement dans les membres supérieurs bien plutôt que de paralysie véritable : c’est surtout une grande maladresse qui est le symptôme prédominant. Dans notre cas, cependant, l'impotence fonctionnelle était telle qu’on était forcé défaire manger le malade. 11 est très rare de voir la paralysie rester loca-
]is6e*aux membi’os inférieurs sans que les membres supérieurs soient intéressés ; nous n’avons relex^é que ([uatre cas (xlii, xi.ix, iji,Lvi) dans lesquels la paraplégie ait été observée à l’état de symptôme isolé. D’ailleurs, trois de ces cas ont une évolution exceptionnelle dans riiistoire des paralysies pneumoniques et nous devons même nous demander s’ils rentrent bien dans le môme cadre nosologique que les autres. La règle^ nous le répétons^ est d’observer une parésie généralisée.
Autres localisations. — Nous avons signalé que dans notre observation la paralysie avait débuté par le voile du palais. Cette localisation se traduisait par dunasonneraent, par une impossibilité presque absolue de déglutir les liquides et par leur reflux dans les fosses nasales, par de la difficulté pour prononcer certaines lettres, et des quintes de toux répétées dès qu’une parcelle alimentaire venait à tomber dans le larynx : tout le tableau clinique en un mot, de la paralysie du voile de palais. Cette paralysie a été le seul symptôme signalé dans l’observation suivante :
Observation xii. — Un cas de paralysie du voile du palais observée au
cours d'ime pneumonie {BmciA, in Archiv. Roumaines de med. et
chir., 1887, p. 197).
J. Salas, âgé de 19 ans, entre à l’hôpital le 10 mars 1887. Il y a trois jours, il a été pris sans cause appréciable de frisson avec nausées, suivis de vomissements. Maux de tète. Grande courbature.
Le lendemain point de côté.
État actuel : 38o 8: 39o 8. Pouls fréquent; à l’examen du thorax on trouve du môme côté que la douleur, en arrière, dans le 1/3 inférieur du thorax, de la snbmatité avec exagération des vibrations, s’accompagnant de râles crépitants à Finspiration avec souffle tubaire et bronchophonie au même niveau
Le lendemain, môme état. De plus, la pupilledroite qui correspond au côté malade est plus dilatée que la gauche. Crachats rouillés. Aspect typhoïde.
Au 17, défervescence brusque.
Le 20 mars, alors qu’on entend encore quelques râles crépitants à
1 unglo inférieur «.lo 1 onioplute, le iiiulnile sc plaint do ne pouvoir avaler les liquides ; en effet, lorsqu’on l’engage à l)oire, il s'étrangle et l’eau revient par le nez. Kn même temps, voix affaiblie et nasillarde. Il lui est impossible de sucer, de soufller une bougie : bref, tous les troubles fonctionnels caractérisant l’inertie du voile du palais.
l’as de déviation de la luette, mais le voile du palais est tombant, sans aucune tonicité, il ne répond plus aux excitations et toute la couche musculaire de la région est paralysée ; cet état dure environ une dizaine lie joui-s, après quoi il disparait progressivement, ainsi que tous les troubles fonctionnels.
L’observation qui suit est d’autant plus intéressante que le malade avait eu antérieurement des accidents analogues à la suite d’une diphtérie.
OnsEnvATiON xiii. — Paralysie du voile du palais à la suite d'une pneumonie (M.\ss.\longo. A.rch. yen. med; 188ti, obs. xii (résumée).
M. L...,ûgé de 22 ans; paralysie du voile du palais consécutive à une angine diphtérique il y a neuf ans.
Vers la fin d’une pneumonie bénigne, il commence à présenter de la difficulté dans la déglutition ; régurgitation des liquides parle nez; le malade ne peut tirer que difficilement la langue au dehors. La parole est embarrassée et traînante avec un timbre nasonné ; cet état d’abord peu marqué prit les jours suivants un caractère inquiétant : impossibilité de boire et de manger.
La sensibilité est parfaitement bien conservée.
Au bout de quelques jours, ces accidents s’atténuent et un mois plus lard il ne persistait plus qu’une gène légère de la parole.
Dans l’observalion xi.iv (qui a d’ailleurs été publiée sous le nom de paralysie diphtérique) il y avait une gôiie notable de la déglutition; dans celle de Pidoux, une paralysie de la nuque et du pharynx qui coïncidait avec une chute de la paupière et de la mydriase du côté gauche. Les nerts crâniens étaient aussi intéressés dans Pobservation i.i : on y trouve signalée une parésie du facial gauche se traduisant par une gène notable des mouvements du front, des joues et de l’orbiculaire. Dans le cas que nous avons pu observer, l’examen ophtalmoscopique, pratiqué par M. Parinaud,
a donné les résultats suivants: parésie des deux droits. externes, légère parésie du releveur de la paupière gauche, amplitude d’accommodation un peu réduite.
Sensibilité. — Les troubles sensitifs sont presque toujours purement subjectifs et de médiocre intensité; la paralysie pneumonique est essentiellement une paralysie motrice. Dans la plupart des observations, on trouve notés des fourmillements, de l’engourdissement des extrémités, une obtusion de la sensibilité, surtout appréciable aux doigts, qui contribue autant que la diminution de la force musculaire à rendre presque impossibles les mouvements qui exigent un peu de délicatesse. Ces douleurs sont rarement assez vives pour empêcher le malade de dormir. Une fois, on a signalé autour du thorax des douleurs constrictives, aux jambes des douleurs lancinantes (obs. xuii). Une autre fois (xlix) il y avait dans les membres inférieurs des douleurs extrêmement vives. 11 n'y a jamais d’anesthésie, sauf dans le cas de Bourguet où la sensibilité avait tout à fait disparu aux jambes jusqu’aux genoux, mais, comme nous l’avons déjà indiqué, cette observation nous parait devoir être nettement distinguée de toutes les autres ; de mêmeaussidansl’observationde Landry, oùlasensibilité avait disparu aux avant-bras et à la face dorsale des pieds. Ce ne sont là que des exceptions et le plus souvent, la sensibilité est conservée suivant tous ses modes ; nous l’avons explorée avec la plus grande attention chez notre malade, et nous l’avons toujours trouvée absolument intacte.
Réflexes. — Contractilité électrique. L’examen des réflexes n’a été pratiqué qu’un très petit nombre de fois: on ne peut pas fixer d’une façon précise ce point de l’iiisloire des paralysies pneumoniques. Une fois seulement (xliii) on les a trouvés normaux. Dans tous les autres cas où on a exploré les réflexes ( il y en a quatre) on a constaté leur abolition. Jamais on n’a noté leiD’ exagération sauf une fois (xlvi).
L’examen élecLri([ue des muscles n’a également été pratiqué que très rarement et les résultats qu’il a donnés aux dilférents observateurs sontloin d être concordants. Landry, chez un malade atteinlde paralysie ascendante aigüe généralisée et mortelle survenant à la suite d'une pneumonie, a trouvé que, la contractilité faradique des muscles était bien conservée; de môme dans l’observation xivi, l’électrisation faradique déterminait la contraction de tous les muscles des parties atteintes; chez le malade de Schoengarth, atteint de paraplégie presque complète, la contractilité faradique était abolie dans presque tous les groupes musculaires des extrémités inférieures; de très forts courants pouvaient seuls déterminer des traces de contraction dans les muscles de la cuisse droite ainsi que dans les extrémités inférieures ; l’excitation du radial et du médian n’était suivie d’aucune contraction. Kindt(obs. li) a trouvé une diminution notable de la contractilité galvanique des muscles paralysés, Leech aobservé avec soin la contractilité galvanique des muscles atteints ; sur quelques-uns, il a constaté la réaction dedégénérescence.
Nous ne voulons pas revenir ici sur le détail de l’exploration électrique des muscles chez le malade de l’observation xi. Rappelons seulement que la contractilité faradique des muscles des membres inférieurs, d’abord conservée, a fini ensuite par disparaître entièrement pendant plusieurs semaines. Les muscles de la partie postérieure de la jambe, le droit antérieur de la cuisse étaient atrophiés. Un courant galvanique même faible, déterminait pendant toute la durée de son passage, des contractions tétaniques des muscles adducteurs de la cuisse ; au niveau des muscles jumeaux il y avait réaction de dégénérescence.
Les réservoirs ne sont jamais touchés. Sauf dans le cas de Bourguet, qui se rapporte à une myélite, aucun auteur ne signale soit de l'incontinence, soit de la rétention de l’urine ou des matières fécales.
Terminaison, — La paralysie pneumonique de la conva-
lescence s’est terminée quelquefois par la mort, mais ces laits sont l’exception. La règle est d’observer la guérison complète.
Les cas moj'fels sont au nombre de cinq. Si nous les examinons de près, nous voyons que la mort ne s’est pas produite dans tous par le même mécanisme. Le plus anciennement connu est celui de Macario (obs xl); il ne nous apprend pas grand chose sur la marche des accidents. Un homme est pris pendant la convalescence d’une pneumonie de fourmillements et de douleurs dans les jambes, de paralysie des quatre membres plus marquée aux membres inférieurs, l’amyosthénie fait des progrès constants et il succombe - une dizaine de jours après le début des phénomènes de paralysie sans que l’auteur nous dise de quelle façon la mort est survenue. Le cas de Landry (obs. xi.i) mortel également est un bel exemple de paralysie aigüe généralisée ascendante : les quatre membres sont touchés, puis les muscles thoraciques et le diaphragme, la respiration se fait mal; au bout de quinze jours, les accidents s’aggravent, la dyspnée est excessive, le malade se plaint d’un obs'.acle à l’entrée de l’air, d’une sensation de constriction au niveau du larynx, il meurt presque subitement : ces symptômes bulbaires terminent la paralysie qui avait duré huit jours enxdron.
Le malade de Bourguet (obs.xLvii) meurt au bout douze jours. La marche de l’affection peut se résumer ainsi : paraplégie totale, anesthésie jusqu’aux genoux, incontinence des matières, douleurs en ceinture : tout le syndrome d’une méningo-myélite qui fut d’ailleurs constatée à l’autopsie. C’est également d’une méningomyélite qu’il paraissait s’agir dans l’observation de Bettelheim qui a trait à une paraplégie survenue au cours d’une pneumonie. Le dernier cas de mort est celui d’Oppenheimfobs. i.ii). Cliniquement, l’histoire du malade ressemble bien à ce que nous avons essayé de décrire : paralysie des extrémités inférieures, abolition des réflexes tendineux, douleurs h la pression au niveau des masses musculaires ; aucun autre trouble de la sensibilité, mais le malade était unbuveur, les accidents paralytiques s’étaient montrés, probablement îi cause de l’alcoolisme antérieur, avant que la
pneumonie ne tût guérie^ et c’est celle-ci qui amena la mort au ])Out tle quelques jours.
(tuerison. — Dans douze de nos observations la terminaison a été favorable. La durée moyenne de la maladie est des plus ditliciles a établir 5 les cas les plus courts ont été de quinze jours à trois semaines ; mais ordinairement, la paralysie s’est prolongée pendant si'c semaines ou deux mois. L’amélioration est toujours lente, progressive, à l’inverse des hémiplégies pneumoniques qui guérissent quelquefois très vite, qui peuvent môme avoir disparu du jour au lendemain. Ici, c’est une augmentation graduelle des forces qui marque le retour à la santé. Le malade, qui a été atteint de paraplégie plus ou moins complète peut d’abord remuer légèrement les jambes ; il commence à se lever. Quelquefois il survient à celte période une exagération des fourmillements qui acquièrent une intensité au moins aussi grande qu’au début. Peu à peu la guérison est absolue.
Le malade que nous avons pu observer n’est pas encore guéri, mais depuis quinze jours son état s’est grandement amélioré, les mouvements des jambes sont devenus plus faciles, les réactions électriques normales reparaissent ; nous ne doutons pas que d’ici quelques semaines la guérison ne soit complète et qu’il ne recouvre le libre usage de ses membres. (1)
(1) Ce malade a été revu le février : il étail entièrement guéri.