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2° LA PNEUMONIE EST CONSTATÉE, — En présence d’une hémiplégie survenant chez un pneumonique, on peut se demander s’il y a une lésion du cerveau et de quelle nature est celle-ci. L'hémiplégie déterminée par une méningite serait assez facile à reconnaître; d'ordinaire, la paralysie s'accompagne d’une recrudescence de la fièvre, d’agitation, de délire indiquant bien qu'ilse produit une Complication méningée ; plaideront encore dans ce sens la présence d’une endocardite récente, le strabisme, la paralysie du nerf facial, le nystagmus, les phénomènes pupillaires. Dans l’observation de Richardière le diagnostic de méningite avait été porté durant la vie.
Lorsque chez un vieillard atteint de pneumonie, il survient soit un état apoplectique, soit une hémiplégie véritable, nous ne croyons pas possible de dire s’il s’agit d’une lésion en foyer ou d'une hémiplégie sans altération du cerveau.
D'ailleurs, quelle que soit la nature de la paralysie qui se montre dans ces conditions, le pronostic est toujours de la plus graade gravité. Nous avons vu en effet que l’hémiplégie pneumonique des vieillards était le plus souvent suivie de mort : c’est à peine s'il y a à cette règle, une ou deux exceptions.
Lorsqu'on croit pouvoir attribuer à une méningite les phénomènes de paralysie, la gravité du pronostic est peut-être un peu moins grande en ce sens que la méningite pneumonique n’est pas toujours absolument mortelle ; il y a des exemples de guérison. M. Netter, dans son mémoire, en rapporte deux observations, l’une due à Willich, l’autre à Heusinger.
A cette hémiplégie dont la gravité est extrême nous devons opposer celle des adultes et des enfants qui est d’une absolue bénignité. Qu'il y ail aphasie, avec ou sans hémiplégie complète, la guérison est la règle, et même elle peut survenir au bout d’un temps très court. Nous avons recueilli des observations où les phénomènes de paralysie avaient duré à peine vingt-quatre heures.
Ce sont des accidents essentiellement transitoires qui disparaissent sans laisser de traces, lantôt en même temps que la pneumo-
nie, tantôt même, avant qu’elle ne soit jugée: il est tout à fait exceptionnel de voir la faiblesse du côté paralysé (Macario) persister pendant un mois ou l’aphasie se prolonger même après la guérison de la pneumonie (obs. VI).
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$ II. — Des paralysies localisées au cours de la pneumonie.
Les observations de ce genre sont peu nombreuses et nous n’a-
vons guère à notre disposition pour écrire ce chapitre que quelques eilations empruntées aux auteurs anciens. Ceux-ci, ainsi que nous le rappelions dans notre historique, avaient bien vu qu'il peut survenir du fait de l’inflammation des poumons, des paralysies
de voisinage. Nous avons rappelé le cas décrit par Galien, celui
d'un individu qui au moment où il entrait en convalescence d’une péripneumonie grave, fut pris d’une gêne de la sensibilité et du mouvement au niveau de l’avant-bras: la guérison survint au bout de quelque temps. Nous trouvons (1) encore une observation de Pigray, une autre de Maloet cité par Dehaen, une autre enfin de Bosquillon dans lesquelles il serait question de paralysie d’un ou des deux bras, à la suite d’une affection pulmonaire: mais celle-ri
est si mal définie qu'il est impossible de dire s’il s'agissait vrai-
ment là d’une pneumonie.
La première observation bien nette est dûe à Chauffard père. Elle peut se résumer ainsi: Homme de 22 ans, atteint de pneumonie grave avec délire (le côté de la pneumonie n'est pas indiqué). Au onzième jour les phénomènes cérébraux s’amendent, mais on constate une paralysie manifeste du bras droit; elle guérit progresstvement sans laisser de trace, ainsi que la pneumonie (2).
Macario dans son mémoire sur la paralysie dynamique, publie un cas de paralysie du bras droit, consécutive à une pneumonie du même côté.
OBSERVATION 1X. — Paralysie de l'avant bras droit consécutive à une pneumonie. — Macario. Mémoire sur les paralysies dynamiques, G. Med. de Paris, 1858, p. 86.
Mme, T..., âgée de 66 ans, contracte au mois de mai 1856 une pneu-
(A)Voir Carre.Paralysies dans la pneumonie. Gaz.Hebd., 1888, p. 498. (2) CHaurrarp. Œuvres de Médecine pratique, 1848,
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monie grave du côté droit. Défervescence au bout de 8 jours (saignées; sangsues, vésicatoire volant). La pneumonie fut suivie d’un catarrhe intense, d’une Bronchorrhée qui persista longtemps. :
Quand la malade commence à aller mieux, elle éprouve de la douleur et de l'engourdissement dans l'avant bras droit. L'engourdissement a commencé au coude et-est descendu petit à petit jusqu'aux doigts.
Ce membre est en mème temps le siège d'un sentiment de froid très prononcé, surtout le long de la face interne da cubitus, et de fourmillements très incommodes depuis la paume des mains et des doigts jusqu’au coude.
La malade ne peut se servir de sa main; celle-ci est difforme, les doigts sont à demi fléchis et ne peuvent être redressés. Ce sont donc les muscles extenseurs qui sont paralysés ; les fléchisseurs sont aussi affaiblis car il est impossible à la malade de fléchir complètement les doigts.
La sensibilité y est également fort émoussée.
Ce’ ‘tat de paralysie se dissipa peu à peu et à la longue, car, au bout d’un an environ, la main et les doigts étaient encore très engourdis.
Enfin nous devons à l’obligeance de notre maître, M. Rendu, l'observation suivante : j
OBSERVATION. x— Pneumonie du sommet droit.—Paralysie de l'avantbras el de la main du côlé droit. — Guérison. (Inédite).
Le nommé L. A..., âgé de 40 ans, est amené à l'hôpital Tenon le 24 mars. Huit jours avant son entrée, il a été pris d’un grand frisson, point de côté à droite et fièvre élevée.
À son entrée, oppression extrême, point douloureux au dessous du sein droit. Température 400 6. Sumatité enarriére du côté droit, augmentation des vibrations thoraciques, diminution du murmure vésiculaire. Saignées.
Le 27 mars. — Température oscille entre 39% et 40° 4. Au sommet droit, petites bouffées de râles crépitants après la toux.
28 mars. — T. matin 370 8. Soir 400. Le malade, qui dit s'être refroidi pendant la nuit, s'aperçoit que tout son avant bras droit est insensible, froid etengourdi. On constate une diminution notable de la force musculaire dans le bras et une perte de la sensibilité.
1er avril. — La pneumonie est guérie ; la défervescence s'est faite progressivement d'une façon définitive; il ne persiste plus que quelques frottements pleuraux au sommet droit.
La parésie musculaire existe toujours.
7 avril. — Les symptômes observés sont les suivants : Anesthésie
Essen
sur la face dorsale de la main, surtout marquée dans la zône du nerf cubital. Diminution de la force musculaire de l'avant bras droit.
17 avril. — La parésie à disparu : le malade sent également bien des leux côtés, mais il persiste encore quelques troubles de la sensibilité, ‘anesthésie est complète dans toute la zône du nerf cubital à partir du coude. Electrisation. Car
21 avril. — La sensibilité a reparu le long du petit doigt, mais elle est nulle au niveau du 5e métacarpien et très obtuse le long de la face nterne de l’avant-bras.
Aer mai. — Le malade quitte l'hôpital entièrement guéri.
: Comme on le voit, dans ces deux cas, la paralysie siègeait du. même côté que la pneumonie ; elle intéressait à la fois le mouve-; ment et la sensibilité ; dans la dernière observation enfin, ele. a paru se limiter exactement au domaine du nerf cubital. La plus grande différence est que l’une a apparu après la pneumonie, l’autre pendant la période aigüe. D'ailleurs, si nous envisageons les observations fort incomplètes des auteurs anciens, nous voyons qu'il est absolument impossible de dire dans les cas qu’ils ont rapportés, s'il s'agissait de paralysies précoces ou de paralysies tardives : le moment d'apparition des accidents n’est pas indiqué avec une assez grande précision.
Ces paralysies localisées de la pneumonie peuvent donc se montrer pendant ou après la période aigüe ; elles nous paraissent intermédiaires à ce point de vue entre les deux classés de paralysies que nous avons cru devoir établir.
Quant à la cause qui les produit, il est assez malaisé de la définir. Le nom de paralysies de voisinage sous lequel elles sont signalées marque comment dans esprit des auteurs anciens, elles étaient sous la dépendance directe de l'inflammation du poumon. Cette explication est très acceptable pour la paralysie partielle du diaphragme qui peut survenir au cours d’une pleuro-pneumonie de la base. Tissot (1) s'exprime ainsi : «la compression que les nerfs éprouvent par l’enflure de quelques régions enflammées peut en-
(1 Tissor. Traité des nerfs, t. II, p. 268,
ER R viee
core produire des accidents nerveux ; c’est sans doute ainsi que s'explique la paralysie du bras gauche que Gallien observa après une forte inflammation de poitrine mais qui fut très passagère. » . Dans l’obs. x il paraissait bien s’agir d'une névrite intéressant surtout le nerf cubital. Nous croyons volontiers que dans la plupart des cas, ces paralysies de voisinage sont des paralysies périphériques, d’origine nerveuse ; mais quelle est la nature de la névrite ? y aurait-il propagation de l’inflammation des nerfs inter-. costaux aux nerfs du bras ? C’est un point sur lequel nous ne croyons pas possible de nous prononcer. Ainsi que le fait remarquer Carre, d’ailleurs « il ne faut voir dans ces paralysies qu’un accident et ne les considérer que comme une rareté clinique » (£).
(4) Imserr GourBEyRE a recueilli deux cas de paralysie de la langue ; l'un est dù à Depérie (Anc. journ. de Médec., 17176), l'autre à DEHAEN (Ratio memendi. 1761).