‹ Des Paralysies PneumoniquesChapitre 16 sur 28 · CHAPITRE 1 Description · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1 Description

Il suffit de jeter un coup d'œil sur nos observations pour se convaincre qu'elles sont loin d’être absolument semblables, il y a même de l’une à l’autre des différences assez notables pour qu’il soit permis de supposer qu'il ne s’agit pas dans toutes d’accidents analogues.

Voici par exemple, l'observation de Bettelheim (obs. xuix) : un individu agé de 58 ans estpris pendant une pneumonie grave de paraplégie et de très vives douleurs dans les jambes, accompagnées de gène de la miction, de douleurs à la pression au niveau de la colonne vertébrale et d’anesthésie des membres inférieurs. La mort survient au bout de cinq jours ; ce cas fait penser à une myélite aiguë à marche rapide : il fait exception parmi ceux que nous avons étudiés.

Le plus souvent, les choses se passent d’une façon toute différente. C’est après la pneumonie, quelquefois plusieurs semaines après la crise, mais souvent pendant que les signes physiques persistent encore, qu’un individu ressent des fourmillements, et des douleurs dans les jambes ; il essaie de se lever, la marche est devenue tantôt très difficile, tantôt même impossible : la paraplégie est complète. Rarement, la maladiese borné là : d'habitude l’engourdissement gagne les membres supérieurs mais 1l est rare que les troubles paralytiques y atteignent jamais la même intensité qu'aux membres inférieurs ; les mains deviennent malhabiles, inaptes à exécuter les mouvements qui exigent un peu d'adresse ; la force musculaire est très diminuée. En somme, dans certains cas, cette

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paralysie se généralise à tout le corps. La sensibilité est rarement intéressée, il n’y a presque jamais d’anesthésie, maisdes troubles subjectifs, crampes, fourmillements, douleurs musculaires. Les cavités splanchniques échappent à la paralysie. Au bout d'un temps variable, ces accidents qui ont toujours été plus marqués aux membres inférieurs retrocèdent et le malade guérit entièrement dans la grande majorité des cas.

L'observation que nous avons pu recueillir dans le service de M. Rendu, nous paraît absolument typique au point de vue de l’évolution, sauf le mode de début qui est un peu particulier : nous demandons la permission de la reproduire ici :

OBSERVATION XI. — Pneumonie gauche, probablement d'origine grippale. — Pendant la convalescence paralysie du voile du palais, et des quatre membres — Impotence fonctionnelle presque absotue. — Troubles de la sensibilité très peu marqués. — Inlégrilé des : sphincters. — Modifications de la contractilité électrique. — Atrophie musculaire. — Amélioration notable au bout de trois mois. — Guérison complète très probable.

Le nommé Eugène T..., âgé de 38 ans, tailleur, entre à l'hôpital Necker, ‘salle Chauffard, lit n° 4, service de M. Rendu, le 148 octobre 1891. Cinq jours auparavant il à été pris de frissons et d’un point de côté à gauche très violent.

A son entrée, l'oppressionest extrême, la toux sèche, quinteuse avec une expectoration striée de sang, T. matin 400, soir 890 6.

On constate dans les 2/3 inférieurs du poumon gauche en arrière d la submatité, un souffle rude, tubaire, des râles crépitants fins et de la bronchophonie manifeste ; du côté droit, nombreux râles de bronchite.

Traitement : ventouses sèches, potion de Todd, enveloppement dans le drap mouillé.

Le 33 octobre. — Au 8e jour de la maladie, défervescence mal caractérisée au point de vue des signes physiques ; la température est redevenue normale, crise sudorale très nette, diurèse abondante ; mais il persiste toujours à la partie moyenne du poumon gauche un souffle tubaire et quelques râles sous crépitants. En même temps, les râles muqueux sont devenus plus nombreux dans toute la hauteur du poumon droit en arrière, l'expectoration a changé de caractère, elle est très abondante ; le malade remplit dans les 24 heures deux crachoirs d’un pus verdâtre

De

assez bien Hé comme s'il s'était produit une vomique. Les forces ne revienaent pas ; la température reste toujours voisine de la normale.

Les. crachats sont inoculés à une souris qui ne ineurt pas. Is ne contiennent pas de bacilles de Koch. Le 10 novembre on fait à la partie inférieure du poumon gauche en arrière dans lazône de matité une ponction exploratrice : on retire quelques grammes d'une sérosité citrine, absolument claire quiest inoculée à un cobaye. Au boutde deux mois, ce cobaye fut sacrifié, il n’était pas tuberculeux.

Gette ponction fut suivie d'une douleur très vive irradiée dans le bras droit qui persiste pendant quelques heures.

Au 15 novembre.— L'’expectoration est encore assez abondante : la submatité persiste; on entend toujours à la base gauche du souffle, de la bronchophonie et des râles muqueux: Pas de fièvre. Un peu d’albumine dans les urines.

Début de la paralysie. — Depuisquelques jours, le malade se plaignait d'une céphalée continuelle, d’une sensation d’enchifrènement et de plémitude au niveau du sinus frontal bien qu’il n’y ait aucune trace de coryza et que les narines soient parfaitement libres. On remarque alors que sa voix est nasonnée et qu'il y a des signes évidents de paralysie du voile du palais. (Faisons remarquer ici que le malade n’a jamais eu mal à la gorge, ni à lPhôpital, ni pendant les jours qui ont précédé son entrée et qu'on ne lui a pas appliqué de vésicatoire). Les liquides refluent par le nez; il ne peuvent être déglutis qu’en très petite quantité à la fois : le malade pendant les repas est pris à chaque instant, d’une toux quinteuse provoquée par la chute de parcelles alimentaires au niveau de l'orifice supérieur du larynx. A l'examen direct, on constate que le voile du palais tombe flasque et inerte; pendant l'émission des sons il se soulève à peine, ily a quelques petits mouvements partiels de la luette. Pas de troubles de la sensibilité : le contact, le froid, les piqûres sont bien perçus au niveau du voile du palais.

La vue est moins bonne, la lecture devenue très difficile. Vers le 30 novembre on s'aperçoit que les membres inférieurs sont parulysés. Dans lelit les mouvements sont encore possibles, mais avec une grande lenteur, et un manque de précision qui n’est pas dû à de l’ataxie véritable, mais à un affaiblissement parétique évident. La station debout est difficile, la marche presque impossible.

En même temps, le malade se plaint de fourmillements, d'engourdissements et de picotements dans les jambes assez pénibles pour l'empêcher de dormir. I1 n’y a pas d’autres troubles de la sensibilité. Pas d’anesthésie sous aucun de ses modes.

La contractilité faradique est conservée.

Abolition des réflexes rotuliens.

Atrophie musculaire évidente, surtout marquée au niveau du droit an-

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térieur de la cuisse et des muscles de la région postérieure de la JANTES

où les masses musculaires ont Heaue entièrement disparu. Aux Membres supérieurs, il n’y a pas de paralysie véritable, mais

une diminution de la force, une sensation d'engourdissement, de four-

millementsne permettant pas au malade d’ CHeCT les mouvements qui

exigent quelque délicatesse, etc. FAR ur Pas de douleurs en ceinture. Les réservoirs fonctionnent bien.

Il n’y a nulle part d’anesthésie d'aucune sorte: : : Le 8 décembre. — L'état est le suivant. Les phénomènes parétiques persistent, ils se sont même accentués ; la station debout est devenue ? presque impossible, les jambes ne peuvent être soulevées au-dessus du plan du lit, elles sont toujours le siège de picotements incessants. Aux. bras, la force musculaire est très diminuée, les mains ont si peu de force: que le malade ne peut manger seul : les doigts sont. dans la demi: flexion et ils ne s'étendent qu'avec la plus grande difficulté,

‘ La paralysie du voile du palais ne s’est pas modifiée. Examen des yeux (pratiqué par le docteur Parinaud). — Les couleurs : sont bien distinguées. Il y à une paralysie des deux droits externes et » du releveur de la paupière supérieure gauche. L'accommodation est normale sauf un certain degré de parésie; soniamplitude est un peu réduite. Le malade se plaint constamment d'avoir un AE te devant les yeux L’acuité visuelle est normale.

Du côté gauche de la poitrine, en arrière il y a toujours du vouffé, + la brothe ponte et quelques ràles muqueux, le tout paraissant devoir : être attribué à une sclérose pulmonaire PRE AE avec un certain de-. ) gré de dilatation des bronches. à * Trailement.— Toniques. Vin de quinquina. Potton avec. w* grammes d'extrait mou de quinquina. Frictions sèches. Electrisation avec des cou-i rants faradiques très faibles. 5.

. Jusqu'au 24 décembre la situation ne se taie pas. À cette date, om: constate que la paralysie du voile du palais a presque entièrement disparu, le nasonnement existe encore un peu, mais les liquides peuvent être déglutis avec quelques précautions. A la vue, on constate que. les mouvements du voile du palais sont revenus, maisavec un peu de lenteur Les douleurs dans les jambes ont considérablement: diminué.:'La: station debout et la marche demeurent impossibles. Au lit,:les mouvements des jambes peuvent encore se faire, mais avec une grande: difficulté surtout du côté gauche. :

31 décembre. — Lieximen dynamcmétrique des mains prie les résultats suivants : du côté droit 12, du:côté gauche 2; le malade peut porter les bras à sa tète, assez Hédemente les phénomènes parétiques sont surtout accentués au niveau de l’avant-bras et des mains, de même qu'au membre inférieur, les mouvements des orteils; la flexion et surtout l'extension du pied sur la jambe sont presques impossibles,

tandis que les mouvements de flexion et d’abduction de la cuisse sur le bassin se font encore assez bien.

3 janvier. — Les douleurs sont très fortes au niveau des membres inférieurs, elles sont spontanées, revenant surtout la nuit, sous forme d'élancements, de picotements, ou provoquées par la pression des masses musculaires.

La contractilile faradique est abolie au niveau des muscles dela cuisse, du mollet, du biceps et des extenseurs de l'avant-bras.

Contractilité galvanique. - A droite et à gauche, pas de contraction des droits antérieurs de la cuisse qui sont presque entièrement atrophiés. — Contraction tétanique des adducteurs des deux côtés, plus marquée à la fermeture du courant positif qu’à la fermeture du courant négatif.

Au niveau des péroniers latéraux, on a bien nettement KaSZæ AnKSZ. La formule est aussi normale au niveau du biceps, des extenseurs de l'avant-bras ; il y a réaction de dégénerescence des jumeaux.

15 janvier. — Amélioration. — Les signes physiques thoraciques persistent avec les mêmes caractères : respiration rude, exagération du retentissement de la voix. Râles muqueux, mais l’expectoration est moins abondante.

Les forces du malade reviennent, surtout aux bras, — les jambes sont encore trop faibles pour soutenir le malade : la parésie siège surtout dans les extenseurs de la jambe.—- Les mouvements dés mains sont revenus. Plus trace de la paralysie du voile du palais.

1er février. — Etat général très bon. — Appétit parfait. Retour des forces; mêmes signes physiques thoraciques.

Les membres supérieurs ont recouvré toute leur motilité ; la pression dynamométrique est normale et égale à droite et à gauche.

Au membres inférieurs, les masses musculaires atrophiées reprennent de la consistance. — Cependant le malade est dans l'impossibilité de marcher. Il peut commencer à se tenir debout.

La contractilité électrique est normale.

10 février. — La station debout est possible.

En somme le malade est en pléine voie de guérison : M. Rendu pense que la parésie des extrémités inférieures aura tout à fait disparu dans trois ou quatres semaines.

Non seulement la paralysie du voile du palais, mais encore la marche des accidents rapproche ce cas des observations bien connues de paralysie diphtérique; c’est une ressemblance que les adversaires de la paralysie pneumonique n'ont eu garde d'omettre pour prétendre qu’elle n’était qu'une paralysie diphtérique ; nous

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reviendrons plus loin sur ce point, mais nous tenions dès à présent, à faire ce rapprochement qui s’impose. Si l’on veut bien se rappeler que la paralysie diphtérique qui est le type des paralysies tardives, de la convalescence, peut présenter des signes et des localisations variables, on sera moins surpris de voir comment toutes les observations de paralysie pneumonique ne sont pas exactement identiques et comment, il peut y avoir, de l’une à l’autre des dissemblances assez grandes (1).

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