OBSERVATION XV
Joseph. B..., 29 ans, couturière, soignée dans le service du D: Millard pour une fièvre typhoide grave. Elle entre en convalescence à la fin de juillet et quitte l’hôpital au mois de septembre. Le 20 octobre, elle tombe plusieurs fois en marchant, et s'aperçoit que ses jambes, qui depuis quelque temps, sont devenues plus faibles, lui font défaut brusquement.
Etat le 2 novembre. — Jambes maigres, incapables de soutenir la malade ; la marche est presque impossible. Les mains sont encore assez rte, mais elles sont maladroïtes. La parole est embarrassée. Sensibilité très diminuée sur le côté gauche du corps. Le 8 novembre la malade se plaint que les liquides lui sortent paf le nez toutes les fois qu'elle
(1) Bar Contribution à l'étude des paralysies d'origine intestinale. Rev. de Méd., 1881.
(2) Lanpouzy, loc. citat. p. 112.
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veut boire. Les jours suivants, cette paralysie du voile du palais s’accentue, puis au bout d'une huitaine, diminue peu à peu. Jamais de nasonnement. Vue trouble. Incontinence d'urine et des matières pendant un jour ou deux seulement.
20 novembre. — Progrès sensible. La force musculaire renait, les douleurs ont en grande partie disparu. La malade ne se plaint plus de la vue.
A la fin du mois, guérison complète.
Ainsi, dans la discussion qui s’éleva en 1860 à la société médidicale des hôpitaux sur la spécificité de la paralysie diphtérique et à laquelle prirent part G. Sée, Gubler, Maingault, Empis rapporta une observation bien voisine de celle que nous publions, puisqu'il s'agissait d'une paralysie généralisée, frappant également le voile du palais, survenant deux mois après la convalescence d’une pleurésie. 11 y eut gène de la marche complète, impossibilité même de se tenir debout, anesthésie des membres inférieurs, reflux des liquides par le nez ; le tout disparût au bout d’un mois.
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Ces paralysies des maladies aiguës ont des caractères communs ; leur apparition tardive, leur diffusion, leur curabilité, l'intégrité relative dans laquelle elles laissent la sensibilité, sont autant de signes qui suffisent à les rapprocher.
Il nous est impossible de ne pas rappeler ici que si les paralysies consécutives aux maladies infectieuses sont très rares puisque L. Colin (4)n’en a observé que deux cas sur sept cents malades, il y a une maladie, l'influenza (2), à la suite de laquelle on les aassez souvent signalées. Les formes de ces manifestations nerveuses sont très nombreuses : paralysie du voile du palais, paralysie de Lan-
(1) Léon Cou. Études de médecine militaire, p. 281, Paris, 1864. (2) Consulter Box : Action exercée par la grippe de 1889-90, sur le sys= tème nerveux Rev. de médecine 1890. k
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dry, névrites multiples (1), paralysie de l'accommodation (2). Bernhardt (3) a rapporté l'observation d'un homme de 30 ans qui, quinze jours après une influenza légère à forme de bronchite fut pris d’une paralysie généralisée sans atrophie ni réaction de dégénerescence ; guérison. Un autre malade après une grippe de moyenne intensité et une bronchite assez tenace présenta les mêmes troubles du mouvement. Drasche (4) a signalé une paralysie des quatre extrémités consécutive à la grippe. Nous ne multiplierons pas les exemples de ce genre ; mais nous tenions à montrer comment les maladies infectieuses, et l’iufluenza au premier rang, peuvent être suivies de paralysies, accidents toujours tardifs, plus ou moins contemporains de la convalescence. Grisolle, qui faisait de la pneumonie le type des maladies locales, des plezmasies, avait peine à comprendre comment elle pouvait déerminer des paralysies au même titre que d’autres maladies générales, fièvre typhoïde ou variole. Aujourd'hui, le caraetère infecticux de la pneumonie est bien connu : cette difficulté n'existe plus : pour nous.
Enfin, on ne sera pas surpris de voir la pneumonie porter son action sur le système nerveux et y provoquer des paralysies si on se rappelle les exemples d'accidents nerveux indiscutables dont l’apparition a été consécutive à une pneumonie : la sclérose en plaques et la manie.
On sait aujourd’hui depuis les travaux de Kahler et Pick (5) et de Marie (6) l'importance extrême que prennent les maladies infectieuses dans le développement de la sclérose en plaques; ce sont
(4) Wesrpnazex. Neuritis mulipiex nach influenza. St-Petersb. Méd. Wochens, 1890, no 21. US (2) Uuzraorr. Uber cinige Falle von doppelseitigen, Accommlahmun gen nach. Influenza. — Munch. Méd. Wochens. 1890, no 10. (3) BernHaRDT. Bert. kl. Wochens. p. 641, 1890. ; . (4) Drascne. Communic. à la Soc. Zmpér. et Roy. des Médec. de Vienne, 7 mars 1890.
(3) Kaucer et Prex : Betrage zur pathologie und pathologische anatomie des Certralnervensystems. Leipzig, 1879, p. 60. (6) Marie (P) Progrès médical, 1881.
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elles qui par les altérations vasculaires qu'elles déterminent sont ‘la cause principale de la formation des plaques de sclérose. A côté de la fièvre typhoïde, de la rougeole, de la scarlatine, de la variole, il faut citer la pneumonie. M. Marie rapporte trois cas de sclérose en plaques développée à la suite de cette affection. L'un ést dû à Westphal (1), mais il n’est guère possible de dire si la sclérose en plaques y est bien sous la dépendance de la pneumonie ou n’existait pas antérieurement. L'autre est dû à Friedreich (2): après une pneumonie typhoïde, il se développa de l’ataxie des quatre membres avec oscillations dans la marche augmentant par l’occlusion des yeux, de la lenteur de la parole et un léger affaiblissement psychique ; il y eut ensuite une rapide amélioration de l’ataxie. Enfin la dernière observation est dûe à Richard; elle est très intéressante en ce sens que l’affaiblissement et la titubaton des membres se montrèrent plus d’un mois après la complète guérison de la pneumonie. « |
Ajoutons que M. Jaccoud a observé un malade chez qui les symptômes de sclérose en plaques se sont développés consécuti-
-vement à une pneumonie. Il est disposé à admettre dans ce cas de même que dans les cas analogues publiés avant lui l'existence de simples troubles fonctionnels étant donné que les autopsies font défaut et que l’affection, ou reste stationnaire ou guérit.
Les exemples de folie consécutive à la pneumonie ne sont pas absolument rares. Griesinger (3) en rapporte deux cas; de même Christian (4) qui en a recueilli 47 exemples ; Rondot (5) a publié un cas de démence subite compliquant une pleuro-pneumonie. Plus récemment enfin, Mairet (6) a fait connaître deux observa-
(1) WesrrnaL: Ueber eine affection des nervensystems.. (Arch. f. Psychiatrie 1872)
(2) Cité par Kanzer et Prcx, loc. cût.
(3) GRIESINGER. Traité des Maladies mentales : Trad. fr. 1864. ee Carisrian. Dela folie consécutive aux maladies aiguës; in Arch.G.Medec.
(5) Roxpor. Gaz. Hebd. Soc. médic. Bordeaux 1883, p. 285. (6) Marer Folie de laconvalescence de la pneumonie. Bull. Méd.1887,p.595.
On trouvera dans la Deutsch. klinik de 1871, deux observations, l’une de Goos, l’autre de Meister, absolument comparables à celles de Marrer,
tions de manie pneumonique. Cette manie a les caractères suivants sauf de très rares exceptions : elle débute toujours après la chute de la fièvre, au moment où commence la convalescence, quelquefois même dans le cours de celle-ci. Il y a d’abord un stade d'hallucinations auquel succède ensuite une période de véritable manie aiguë. La guérison est constante au bout de six à huit semaines. Il ne paraît pas y avoir dans les antécédents pathologiques des malades de causes prédisposantes pour l’éclosion de la manie,
De même que la sclérose en plaques, cette manie mérite bien d'être appelée ainsi que les paralysies généralisées un accident post-pneumonique ou de la convalescence; comme elles enfin, elle guérit presque toujours sans laisser de traces. C’est à ‘ce double titre qu'il convenait peut-être de rapprocher ces d'ux ordres d’affections dissemblables au premier abord pour faire voir avec quelle analogie la pneumonie touchait des portions si diférentes du système nerveux.