‹ Des Paralysies Post-AnesthésiquesChapitre 12 sur 23 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Ons. 1 (Bunin@er) (1). — Paralysie du bras gauche. — Femme de 46 ans. Incision exploratrice pour carcinome de l'estomac et du foie. Durée totale de l'opération, un quart d’heure. L’opérée se trouve, le jour même de l'opération, assez obnubilée : ce ne fut que dans la nuit

qui suivit qu’elle s’aperçut que son bras gauche était complètement

paralysé. Ce bras gauche, plié à angle droit au niveau du coude, avait été maintenu légèrement élevé sans aucune traction. Paralysie totale du bras, de l’avant-bras et de la main. Sensibilité électrique et excitabilité réflexe normales. Quinze jours après, retour notable des mouvements ; flexion des doigts possible ; pronation, flexion et extension de

(4) BuninGer, loc. cit.

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l'avant-bras difficiles ; élévation du bras impossible. Etat à peu près stationnaire, jasqu’à la mort de l’opérée, sept semaines après l’intervention.

Autopsie complète. — Foyer de ramollissement au pied de la deuxième frontale droite ; foyers de ramollissement plus petits disséminés dans le centre ovale. Adhérence des méninges.

Oss. II (Gasse) (1). — Paralysie faciale gauche. — Jeune fille, 22 ans. Traitée antérieurement pour une tuberculose du tibia. Affaiblie, opération pour une ostéomyélite avec fièvre très intense (P. : 450, T. : 400). Durée de la narcose, trois quarts d’heure ; 100 grammes de chloroforme. Au réveil paralysie faciale gauche, qui disparaît au bout d'un mois sans traitement.

Os. IIT (Quincke) (2). — Hémiplégqie droite avec aphasie et surdité verbale. — Femme, 21 ans. Périnéorraphie immédiate après un accouchement. Elle se débat furieusement et pousse des cris pendant la chloroformisation. Au réveil, hémiplégie droite, avec aphasie motrice et surdité verbale.

Ons. IV (BunixGer) (3). — Hémipléqie droite, avec aphasie et paralysie faciale gauche. — Femme, 3% ans. Très anémiée et affaiblie. Amputation de la jambe pour un sarcome ; bande d'Esmarch. Le soir de l’opération, — longtemps après le réveil, — elle se plaignit de faiblesse ; le lendemain matin, hémiplégie droite avec aphasie et paralysie faciale gauche. Anesthésie du membre supérieur, moins marquée au niveau du tronc et du membre inférieur. Réflexes un peu exagérés du côté droit. Parole totalement supprimée et connaissance complète. Disparition‘ progressive de tous les signes et guérison complète en six mois.

OBs. V (Sexen) (4). — Hémiplégie cérébrale droite. — Femme, 56 ans. Cancer étendu du sein gauche. Début d’artério-sclérose, sans

) 3) BuninGer, loc, cit.

4) SENGER, loc. cit.

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lésion cardiaque ou rénale. Pendant la chloroformisation, excitation légère, vomissements fréquents, syncope conjurée par les moyens habituels, l'opération put être terminée. Au réveil, hémiplégie cérébrale droite typique. La jambe droite est complètement paralysée, le bras droit l'est un peu moins, le facial moins encore. Convulsions cloniques des deux membres. Au bout de 15 Jours, amélioration ; au bout de deux ans, la jambe traîne encore, bras presque normal.

O8s. VE (Franke) (1). — Paralysie du membre supérieur droit, anesthésie. — Jeune fille, 19 ans. Laparotomie. Au réveil paralysie

totale du membre supérieur droit avec anesthésie, qui persiste encore trois mois après l'opération, avec une zone d’anesthésie sur la face extérieure du bras. Réaction faradique des muscles normale.

La malade est hystérique.

Os. VIT (Krumm) (2). — Aphasie; paralysie faciale et hémiplégre incomplète droite. — Femme, 5f ans. Laparotomie exploratrice pour un sarcome de l’ovaire et du péritoine. Durée de l'opération, 25 minutes ; 25 centimètres cubes de chloroforme. Au réveil, aphasie, paralysie faciale droite incomplète ; 24 heures après, hémiplégie droite incomplète. L'aphasie s'améliore, et la malade peut prononcer très nettement quelques phrases. Deux mois après, elle succombe à une broncho-pneumonie.

Os. VII. — Hormoxz (Société des médecins de Vienne, 1867, cité par Bunincer, loc. cit.). — Aphasie. — Jeune fille de 18 ans, extirpation d’une dent de sagesse, sous le chloroforme, narcose incomplète. Après l'opération, aphasie, puis spasmes musculaires de la face et des muscles respiratoires. Traitement de l’hystérie, sans résultat. Bénédikt pensa à une hémorrhagie au niveau de lhypoglosse.

Ons. [IX (Vaurrin) (3). — Paralysie faciale. — Femme, tumeur du sein, chloroforme. Paralysie faciale type, quelques heures après l’opé-

(1) FRanke, loc. cit.

(2) Krumm, loc. cit.

(3) VauTRiN, loc. cit.

er, Lan

ration. Se dissipe insensiblement en 15 jours sans laisser de traces. Pas d’agitation pendant la période d’excitation.

Oss. X (Scawarrz) (1). — Cure radicale d’une hernie inguinale. — Paralysie post-anesthésique du fléchisseur long du pouce et de l'index et du triceps crural. — Guérison (Résumée). — L... S..…., âgé

de 4B ans, très pâle et très fatigué par une dilatation de l'estomac avec troubles gastro-intestinaux sérieux. Cure radicale d'une hernie inguinale. Chloroformisation pénible ; syncope respiratoire, trois minutes de respiration artificielle ; le pouls ne cesse pas de battre, mais demeure faible ; durée de l'anesthésie, 30 minutes. Réveil lent. Le lendemain, foarmillements dans la main droite, surtout le pouce et lindex ; impossibilité de mouvoir facilement la main droite surtout les deux premiers doigts. En somme, paralysie totale du fléchisseur long du pouce et des fléchisseurs superficiel et profond de l'index, sans hyperesthésie ni anesthésie. Aucun trouble fonctionnel des autres muscles de la main, de l’avant-bras, du bras et de l'épaule.

Au dixième jour, le malade se lève sur une chaise longue et se plaint de ne pouvoir se tenir sur la jambe droite comme sur la gauche. Atrophie notable de la masse du triceps crural et paralysie incomplète de cette masse, sans autre trouble musculaire. Rapprochant cette paralysie de celle du membre supérieur du même côté, on songe à une paralysie centrale, cérébrale ou médullaire.

Elle est survenue chez un dyspeptique, avec pouls lent; il se plaignait de difficultés pour écrire: dans les derniers temps il lui fallait des porte-plumes de plus en plus gros ; une syncope chloroformique respiratoire, et presque cardiaque pendant l'anesthésie.

Massage, électrisation à courants intermittents.

Cinq mois après, il ne restait plus qu'une certaine difficulté à fléchir la deuxième phalange du pouce sur la première, ce qui amène une certaine maladresse, et la difficulté dans l'exécution de certains actes (passer un bouton de chemise, verser à boire). Tiraillement le long du pouce fatigué, qui peut pourtant se fléchir presque autant que le gau-

(1) Soxwarrz (de Paris), Communication au Congrès français de chirurgie, 1897.

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che depuis deux mois. Cette faiblesse légère est en voie de diminution. L’électricité a été abandonnée après 2 mois de traitement : les massages et les exercices de flexion des doigts sont continués. Amélioration de l'état général.

En somme la guérison est complète.

Oss. XI (Pnocas) (1). — Hystérectomie abdominale pour fibrome. — Hémiplégie post-opératoire. — Amélioration. — Guérison opératoire (Résumée). — Mme B..., 46 ans. Excellent état général. Rien d’anormal dans les urines. Hystérectomie abdominale pour fihrome, sur le plan incliné de Trendelenburg. Chloroforme administré en masse. Respiration bruyante : impression de paralysie de la face, elle « fume sa pipe ». On donne le chloroforme moins abondamment. L'opération dure 4 h. 1/2 ; 100 grammes de chloroforme. Réveil lent. Elle parle ; dit à la Sœur « qu’elle a mal », puis tombe dans le coma. Vue dans Paprès-midi par le chirurgien. Elle « fumait la pipe » du côté droit. M. Phocas « croit à une sorte d’ictus chloroformique peu connu qu'il attribue à la facon de donner le chloroforme ». Le soir, même état (P. 100. T : 3703).

Le lendemain l’ictus a disparu ; paralysie complète du côté droit (membres supérieur et inférieur, et face du même côté) avec aphasie complète, Pas d’anesthésie.

Au 3° jour, même état, pas de fièvre, pouls lent.

Au 4° jour, purgatif, à la suite duquel lictus paraît revenir.

La malade est examinée par M. le D' Combemale, qui rejette, comme M. Phocas, l’idée d’hystérie, bien que la malade soit très impression nable, en raison de l’absence d’anesthésie. Quelque temps auparavant, un vertige avec perte de la vue très passagère qui a guéri très rapidement. Rien de positif au sujet de la syphilis. M. Combemale se rattache à l’idée d’une embolie, d'autant plus qu'il existe un certain degré d'artério-sclérose.

On administre de l’iodure de potassium.

Quinze jours après l’opération, la malade revient peu à peu à elle,

(1) Pnocas, Paralysies post-opératoires (dites paralysies post-anesthésiques), observation [. Le Nord médical, 1° août 1898.

reconnaît son entourage, cherche à dire le nom de son médecin. La paralysie persiste.

Pendant trois semaines, incontinence des urines, qui disparut.

Au bout de six semaines, elle commence à remuer le membre inférieur, les mouvements reviennent peu à peu.

Deux mois après l'apparition des accidenis, elle marche en trainant la jambe, remue le membre supérieur en masse au niveau de l’épaule. Bon état intellectuel ; aphasie disparue, mais parole difficile. La paralysie a toujours été flasque. Elle a pris des aliments solides quatre semaines après l'opération. En somme amélioration progressive sans guérison complète. Guérison opératoire.

Ons. XIL (observation personnelle). —- Cure radicale d'une hernie inguinale.-— Paralysie post-anesthésique des extenseurs des deux derniers doigts de la main droîite.— Guérison. — Mme B..., 38 ans. Hernie imguinale gauche, ayant récidivé après deux opérations antérieures ; opérée de nouveau par M. Schwartz, le 22 juillet 1898. Anesthésie sans incident, d’une 1/2 heure environ ; apparemment aucune compression du bras droit. Cure radicale, pratiquée par M. Schwartz. Au réveil, engourdissement des deux derniers doigts de la main droite, surtout du petit doigt.

23 juillet. — 36 heures après, elle sent des fourmillements très marqués dans ces deux doigts dont elle ne peut se servir ; elle ne pouvait rien tenir avec sa main droite.

Paralysie des 2 derniers doigts : flexion légère de ces deux doigts ; leur extension est incomplète, de même que la flexion du petit doigt dans le creux de la main. Insensibilité de la face dorsale de ces doigts ; sensibilité conservée sur la face palmaire et sur Féminence hypothénar. Sensation désagréable sous l'influence du frôlement. Ces troubles sensitifs siègent nettement dans la zone du cubital à la main. Sensibilité conservée au-dessus du poignet ; à la piqûre, sensation de peau morte.

[ya un an, la malade a eu le même accident (paralysie et fourmillements) à ces deux mêmes doigts ; il dura huit jours, et paraissait dû à ce qu'elle avait serré violemment le guidon d’une bicyclette.

LT août. — Les mouvements reviennent peu à peu ; le petit doigt ne

Soie

peut encore se fléchir complètement dans le creux de la main. La seusibilité est revenue en grande partie. Guérison opératoire.

Octobre 1898. — Réapparition intégrale des mouvements ; il n'existe plus qu'une gêne érès légère pour serrer avec les deux doigts. La sensibilité est revenue elle aussi. |

Pas de signes nets d'hystérie ; c’est cependant une névropathe.

Os. XIIT (Guipaurr) (4). — Chloroforme : au réveil, hémiplégie droite; à l’autopsie, inondation ventriculaire.

O8s. XIV (ResouL) (2). — Taille hypogastrique ; chloroformisation sans incident ; hémiplégie.

Signes. — De ces diverses observations (si l’on excepte les deux cas cités incidemment par MM. Chipault et Reboul, qui n’ont pas été suivis), il résulte que les paralysies surviennent presque toujours chez des femmes de 18 à 56 ans, sauf dans le cas de M. Schwartz (3), et que l’élat anémique ou cachectique est, à peu près, constamment noté.

Un incident, pendant l'anesthésie, a attiré l'attention, ct même fait songer à une paralysie: la respiration était bruyante, et l’opérée semblait « fumer sa pipe », comme dans la paralysie faciale chez l’opérée de M.Phocas (obs.XI). De même dans sa communication, M. Schwartz rappelle un cas de Depage, publié dans le Jowrnal de médecine de Bruxelles, dans lequel des phénomènes d’apoplexie cérébrale éclatèrent brusquement pendant la narcose.A l'aulopsie, tout le lobule paracentral était ramolli, et l’on pouvait constater un ancien foyer d’hémorrhagie cérébrale dans

(1) Congrès français de chirurgie, 1897, p. 701. (2) Ibid.

(3) Obs. X. Homme de 45 ans.

l’écor ce à ce niveau. «Ilest possible, ajoute M. Schwartz, que le chloroforme ait joué le rôle de l’étincelle qui rallume un foyer mal éteint. »

Parfois, mais non constamment, on note uue période d’excilation plus ou moins agitée, avec ou sans vomissements fréquents et cris poussés par l'opéré.

Le plus souvent, rien n’attire l'attention pendant la narcose, et c’est au réveil qu'on constate la paralysie (Obs IT MIE ENE NME MMEEXTEE

D'autres fois enfin, ce n’est que une ou plusieurs heures après le réveil, le soir ou le lendemain de l'opération qu'on constate la paralysie (obs. 1, IV, IX, X), qui, dans certains cas , semble s'être établie progressivement (obs. IV).

Les types cliniques sont variables, mais se peuvent ranger en quatre catégories :

1° FORME MONOPLÉGIQUE. — Ce sont des paralysies n'intéressant qu'un membre, et ressemblant aux paralysies périphériques. Tels sont : 1°le cas dû à Büdinger (obs. 1) de paralysie du bras gauche dans lequel l'autopsie amène la découverte d'un ramollissement cortical ; 20 le cas dû à Franke {obs. 6), qui se distingue par l’anesthésie du bras droit paralysé, qui fait songer à l’hystérie, dont, d’ailleurs, l’opérée porte des stigmates; 3 le cas inédit (obs. 12) rapporté ici. La paralysie porte sur les deux extenseurs des deux derniers doigts et s’accompagne de troubles sensitifs dans la zone du cubital à la main Aucune compression n'avait été appréciable pendant l'opération, et l'anesthésie n'avait pas été de longue durée. Mais cette double constatation ne suffirait pas à

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éliminer l'hypothèse d’une paralysie périphérique, et tout au plus pourrait-on ranger ce fait parmi les paralysies d’origine indéterminée, qui seront passées en revue plus loin. Mais l'existence de l’anesthésie et des autres troubles sensitifs, portant sur les filets terminaux du cubital à la main, tandis que, d’ailleurs, ce sont les extenseurs qui sont paralysés, doit faire penser à l’hystérie. Les stigmates de cette névrose ont été recherchés en vain chez l’opérée; toutefois il faut retenir l'accident analogue survenu l’année précédente, paralysie et fourmillements portant sur les mêmes doigts, attribués à ce fait que la malade, dont l’état uerveux est marqué, avait serré vigoureusement le guidon d'une bicyclette. Ce dernier fait est sûrement d'ordre névropathique ; la paralysie post-anesthésique l’est sans doute aussi, et ce cas peut, semble-t-il, être rangé à côté de celui de Franke.

2° PARALYSIES D'UN NERF CRANIEN. — FORME CRANIENNE. — La paralysie porte alors le plus souvent sar le facial [obs. IL, VIT, IX).

3° Forme pissémiNÉéE. — C'est la paralysie d’un nerf crânien associée ou non à la paralysie des membres (obs. VIl) (1) de plusieurs nerfs de membres différents (ob. X).

4° FoRME HÉMIPLÉGIQUE. — Véritables hémiplégies, s’établissant pendant l’anesthésie (obs. XI) ou d'emblée au réveil (obs. VIIT), ou survenant progressivement ou encore peu de temps après (obs. IV).

Marche. Durée. Terminaison. — On n’a des renseigne-

(1) Ce cas de Krümm pourrait aussi être classé parmi les hémiplégies.

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