‹ Des paralysies puerpéralesChapitre 10 sur 20 · V. — MANIE PUERPÉRALE · texte numérisé non relu

V. — MANIE PUERPÉRALE

La manie peut être considérée comme une paralysie plus ou moins complète de l’intelligence, et à ce titre, en suivant cette voie de comparaison, il est permis de rattacher la manie puerpérale à l’histoire des paralysies provenant de la même origine. Mais il y a là plus qu’un rapport nominal; c’est qu’il existe réellement un rapport de causalité entre la manie puerpérale et ces mêmes paralysies, la manie étant, comme ces dernières, une manifestation possible, une des suites du mal de Bright puerpéral, qu’il soit accompagné d’éclampsie ou non (1).

Je n’ai certes point la prétention de soutenir que toutes les folies de la grossesse ont une origine albuminurique ou urémique; je veux seulement établir que le mal de Bright puerpéral, surtout dans sa forme éclamptique, doit être regardé comme une des causes de la manie des femmes enceintes ou accouchées, et démontrer que c’est là une cause plus fréquente qu’on ne le pense et qu’on est disposé généralement à l’accepter.

Du reste, l'histoire des paralysies puerpérales serait incomplète, si l’on n’y joignait pas celle de la manie, et par cette adjonction, nous aurons un tableau presque achevé de l’albuminurie, ou urémie puerpérale, qui joue un si grand rôle dans l’histoire de ces paralysies.

Ce qui m’engage surtout à ajouter celte page au tableau, c’est la publication récente de M. Marcé sur la folie des femmes enceintes (2). L’auteur est assez bref sur les rapports de la manie avec l’albuminurie et l’éclampsie, tout en en pressentant l’importance. II existe, d’un autre côté, sur cette question, un assez grand nombre de documents que ce médecin paraît avoir ignorés. Je les produirai tous pour compléter le

(1) A propos de la folie puerpérale, je pourrais aussi analyser le symptôme anainnésie. Il a été signalé si souvent par tous les auteurs, à la suite de l’éclampsie, que je me contente d’in diquer le fait sans m’y arrêter davantage. .

(2) Marcé, Traité de la folie des femmes enceintes , des nouvelles accouchées et des nourrices. Paris, 1858.

DES PARALYSIES PUERPÉRALES. kl

travail de ce confrère distingué, el ils me serviront a tracer l’histoire de la manie puerpérale urémique.

Il est inutile de rappeler que, parmi les maladies de la grossesse et de ses suites, Hippocrate avait déjà signalé la manie, fait répété par toute la tradition. Interrogeons seulement l’observation tant ancienne que moderne sur la question des rapports de la manie avec l’éclampsie et l’albuminurie puerpérales.

On trouve dans Schenekius plusieurs observations de manie puerpérale, mais aucune d’elles ne parle de convulsions ou d’éclampsie.

Mauriceau n’a cité que deux observations de folie puerpérale sans éclampsie antécédente, et Puzos en donne trois autres, survenues pendant les suites de couches sans convulsions.

Levret, Deleurye et Baudelocque se taisent sur cette question, tandis que Merriman dit avoir vu l’éclampsie être suivie d’aliénation mentale. 11 cite une femme qui en devint folle, et qui mourut quelques semaines après dans de nouvelles attaques convulsives.

Mais en recherchant les rares observations publiées autrefois à ce sujet, je découvre trois faits auxquels j’attache de l’importance en faveur de ma thèse; on les trouve dans Mercatus, Wepfer et une dissertation de Boenneken.

Obs. XXXII. — Mulier quaedam, gravida cum sietisset, quarto mense, bis aut ter correpla fuit epileplicis accessionibus, et adveniente nono mense, accidenteque die partus, correpta fuit gravissimo capilis dolore : tandem post meridiein peperit filium ; verum in ipso partus dolore, apprehendit ipsam mox ab exitu infantis vehemenlissima quædam et atrocissima epiiepsia. Duravit liæc funesta accessio fere très dies integros, inter quos neque in sese rediit, sed eo tempore sex vehementissimis accessionibus correpta, morli videbatur proxima in uuaquaque accessione. Cessaruut accessiones, sed cum permutalione in gravissimam melancholiain cum mentis alienalione. Duravit hæc atfectio usque ad seplimum diem ; verum in fine septimi, mutata est uni versa atfectio in furibundam maniam...(l). — Cette manie ne fut que transitoire.

Obs. •XXXIII. — Femme de trente-sept ans, multipare ; redevient grosse. Prise au quatrième mois de céphalalgie violente avec vomissements ; bientôt aphonie avec hémiplégie gauche. Reprend connaissance au bout de trois jours. Le mois suivant, elle ne peut marcher que soutenue, traînant le pied; bras complètement paralysé. Prise de délire mélancolique dans le dernier mois. Après l’accouchement, persistance de la débilité paralytique et de la folie, qui ne cède point à une nouvelle grossesse. Morte deux ans après en pleine aliénation (2).

(1) L. Mercali Consullationes, obs. XXX. Francofurti, 1614.

(2) Wepfer, De apoplexia.

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