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IV. —PARALYSIE DES EXTRÉMITÉS

Quoique rares, il existe encore un certain nombre d’observations de paralysies des extrémités dans l’état puerpéral, de nature urémique. On les trouve disséminées çà et là dans divers ouvrages, journaux et thèses. J’ai lâché d’en faire le dépouillement, en y ajoutant mon observation personnelle. Je crois qu’il serait possible d’en colliger un bien plus grand nombre, en consultant les grandes collections, ressource qui in’a manqué.

Je range ces observations sous quatre catégories :

lre catégorie. — Observations de paralysie puerpérale où l’albuminurie a été constatée.

2e catégorie. — Observations de paralysies précédées ou suivies d’éclampsie.

3e catégorie. — Observations d’apoplexies puerpérales.

ûe catégorie. — Observations de paralysies puerpérales liées à la contracture des extrémités.

Je terminerai par un appendice concernant la forme tétanique et cataleptique de l’éclampsie.

(1) OEsterr. Wochenschrift , 18à3.

IMBERT - ttOURBGVRE.

première catégorie.— Observations de paralysie puerpérale où l’albuminurie a été contatée.

Obs. VIL — N..., âgée de dix-neuf ans, primipare. Le li juin, quinze jours après la délivrance, prise d’une perte complète de connaissance, avec convulsions, pendant une demiheure, suivies d’hémiplégie gauche.

Le 12, nouvelles attaques se reproduisant les jours suivants : persistance de céphalalgie frontale aiguë, et de l’hémiplégie.

Entrée le 17 à l’hôpital. Plaintes continuelles par suite de céphalalgie. Hémiplégie gauche avec paralysie de la paupière supérieure du même côté. Vue trouble, urines fortement albumineuses.

Du 18 au 23 (potion slibiée), diminution de l’hémiplégie, mais persistance de l’albuminurie qui disparaît le 23.

Le 25, la malade fait son lit : il existe encore un peu de trouble visuel (1).

Obs. VIII. — Une dame que je devais accoucher m’envoie chercher quelques semaines avant l’époque de sa délivrance, et me raconte que sa vue s’est tellement affaiblie qu’elle ne peut plus distinguer les arbres placés devant ses fenêtres II n’y avait que ce seul symptôme. Cet état amaurotique m’engage à examiner les urines que je trouve excessivement albumineuses. Pendant les quelques semaines qui suivent, l’amaurose augmente et il survient en outre peu à peu des symptômes d’hémiplégie. Elle accouche bientôt un peu avant terme, mais sans convulsions, quoique je redoutasse cet accident. L’enfant survit. Après la délivrance la malade voit disparaître en grande partie les symptômes cérébraux, mais elle conserve encore un léger degré d’hémiplégie (2).

Obs. IX et X. — Duchek cite deux cas d’éclampsie suivie d’hémiplégie permanente (3).

Obs. XL — Femme de trente-trois ans, pas de maladies antérieures. Accouchée une première fois en 1850 par application du forceps. A eu ses règles pour la dernière fois le 29 juillet 1852.

En février, malaise, douleurs dans les reins, céphalalgie frontale, jambes infiltrées, pouls développé, dur, urines sanguinolentes, fortement albumineuses. (Saignée, purgatif.)

Plus tard, bouffissure du visage, anasarque, hémiplégie gauche, embarras de la langue. (Nouvelle saignée, sangsues aux reins.)

15 mars. Même caractère des urines, hémiplégie et œdème diminués.

30 mars. Inquiétude, plaintes, agitation, tintements d’oreille très vifs, éclairs devant les yeux, soubresauts musculaires, pouls fréquent, absence de travail.

Cet état dure pendant quarante huit heures ; alors survient une première attaque très violente d’éclampsie et suivie immédiatement de coma; un quart d’heure après, nouvelle convulsion. Les attaques se succèdent. Le travail commence. Dilatation manuelle de l’orifice. Mort de la mère pendant les manœuvres ; enfant retiré mort après la gastrotomie (/i).

Obs. XII. — M. H..., âgée de vingt-huit ans, entrée à l’Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand, le 31 octobre 1853.

Le dernier jour du mois d’avril dernier, M. II... avait ses règles, et lavait du linge à la rivière.

(1) Legroux, Union médicale, 26 juillet 1853.

(2) Simpson, Contributions to obstetric... Edinburgh, 1853.

(3) Vierteljahrschrift, 1853.

(A) Sabatier, Union médicale, lft mai 1853.

Elle reçut la pluie toute la journée sur le dos et fut même obligée d’entrer dans l’eau jusqu’aux genoux pour rattraper du linge emporté par le courant. Itègles supprimées ce jour-là; elles n’ont pas reparu depuis.

Aussitôt après cet accident, fatigue, essoufflement en montant, céphalalgie, enflure des pieds, urines sanguinolentes et brûlantes, obligée d’uriner à tout moment.

Elle se marie dans cet état le 15 mai, devient immédiatement enceinte. Son état empire; enflée de tout le corps depuis le commencement de juillet, est restée aveugle pendant quinze jours.

A son entrée à l’hôpital, anasarque, grande faiblesse, urines très albumineuses...

- Le 1 k novembre elle avorte dans la nuit de deux fœtus de six mois environ. Sou état ne fait qu’empirer les jours suivants.

Le 23, elle se plaint de trouble dans la vue ; elle ne peut lever les bras, ses épaules sont paralysées , dit-elle, depuis trois jours.

Le 25, même état d’amaurose et de paralysie ; urines toujours très albumineuses, vomissements.

Le 26, la malade peut remuer les épaules. Le jour suivant, mouvements difficiles et incomplets.

Le 30, elle peut à peine lever les épaules. Sensibilité de la peau de cette région très obtuse, douleur du membre depuis Je commencement de la paralysie.

Le 6 décembre, la paralysie des épaules a disparu et la sensibilité de la peau de la même région est revenue; même état général, œdème considérable des parois abdominales et des jambes, troubles de la vue.

La malade quitte l’hôpital, ne voulant pas y mourir. Morte quelques jours après (1).

Obs. XIII. — N..., primipare, parvenue au terme de huit mois et demi de sa grossesse; infiltrée d’une manière monstrueuse; urines fortement albumineuses. Accouchée heureusement le 18 janvier. Disparition graduelle de l’anasarque. Les urines n’étaient plus albumineuses depuis quelques jours, et depuis une semaine cette jeuue femme vaquait aux occupations de son ménage, lorsque dans la nuit du 9 au 10 février elle est frappée d'apoplexie. Coma, respiration stertoreuse. Le 12, bras et jambe du côté droit paralysés; paralysie faciale gauche, sensibilité conservée. Accidents qui persistent pendant plusieurs jours ou semaines. C’est à la jambe que le mouvement est revenu en premier lieu ; le bras n’a pas tardé ensuite à le recouvrer; la langue n’a repris que la dernière l’exercice de ses fonctions. Guérison parfaite (2).

11 est fâcheux que l’auteur n’ait point examiné de nouveau les urines pendant l’attaque d’apoplexie, ce qui n’empêche pas de considérer ce fait, comme un cas d’apoplexie albuminurique, ou urémique, ou d’éclampsie postpuerpérale, forme apoplectique.

Obs. XIV. — Amblyopie à la suite de l’accouchement et attaques convulsives dans un cas de néphrite albumineuse chronique avec œdème des membres inférieurs. Depuis deux ans, guérison de la néphrite albumineuse, persistance de l’amblyopie.

La malade était accouchée à l’hôpital en novembre 1855. Quatre jours après, cette femme

(1) Albuminurie puerpérale, Mémoire de l’Académie de médecine, t. XX, p. 61.

(2) Hamon, Gazette des hôpitaux, 1859, n° 127.

n8BËRT-«OlRB£lRE

présenta tous les symptômes d’un phlegmon du ligament large gauche. Il y eut paralysie du membre inférieur gauche jusqu'au 19 février (1).

On pourrait rattacher cette paralysie au phlegmon des fosses iliaques, mais clans ce cas il y a plutôt rétraction de la cuisse sur le bassin que véritable paralysie. Quoi qu’il en soit de cette question que j’examinerai plus tard, je crois qu’il faut considérer ce cas de paralysie comme urémique, d’autant qu’elle a été accompagnée d’autres symptômes urémiques que j’ai indiqués dans le sommaire de l’observation.

Obs. XV. — Amblyopie précédée d’épistaxis survenant dans un cas de néphrite albumineuse chronique pendant une grossesse avec œdème des membres inférieurs. Accouchement à sept mois et demi.

A partir de l’accouchement, céphalalgie presque continuelle, abaissement très marqué de l’intelligence et diminution de la motilité des membres inférieurs (2).

Obs. XVI. — Première grossesse en 1856, avortement à quatre mois; en 1857, nouvelle grossesse, nouvel avortement, œdème; plus tard céphalalgie, affaiblissement de la vue, strabisme convergent, cécité complète, urine albumineuse.

Au milieu de ces accidents, il survient tout à coup un prolapsus de la paupière gauche, sans altération de la sensibilité ou du mouvement dans d’autres parties du corps. Cette paralysie persiste une dizaine de jours. Mort douze jours après. A l’autopsie, altération des reins, sixième forme de la néphrite albumineuse. Pas d’altérations notables dans le cerveau (3).

Obs. XVII. — Le 2A juillet 1856, je fus appelé auprès de madame de S..., accouchée depuis dix jours. La grossesse paraissait avoir été heureuse. Accidents nerveux, tremblements, difficulté de parler pendant l’accouchement, disparus pendant la délivrance.

Fièvre depuis la couche, le lait est mal monté. Au début, douleur dans le col, qui a envahi le côté gauche de la figure. Il y a eu des rémissions dans ces douleurs.

Le 2U, fièvre forte, moiteur générale, grand abattement, douleur vive dans toute la face gauche. La malade se plaint également de vives douleurs au-dessus des yeux ; douleur à la jambe gauche dans la soirée. Il n’y a d’enflure nulle part. Aconit.

Le 25, la nuit a été très agitée, les douleurs diminuent notablement dans la journée, mais le soir il se déclare des douleurs excessives dans toute la main droite (application externe d’opium et de belladone; ; bientôt attaques hystériformes avec agitation générale du tronc et des membres, étouffements thoraciques, envies de pleurer, dents un peu serrées. Mon confrère, M. Fleury, et moi, nous considérons au premier moment cette attaque comme étant de l’hystérie, d’autant que Madame de S... en a eu, dit-on, cinq ou six attaques depuis quinze mois; mais c’était bien de l’éclampsie hystériforme. Ces accidents persistent dans la nuit, et en même temps le côté droit se paralyse, tant pour le mouvement que pour le sentiment. Impossibilité de parler, d’avaler, perte de l'intelligence. Déjà dans la journée, j’avais examiné les urines par

(1) Lécorché, obs. 2.

(2) Lécorché, obs. G.

(3) Lécorché, obs. 7.

acide et chaleur. Elles étaient notablement albumineuses. Je n’ai pu faire cet examen qu’une seule fois.

La malade meurt le. lendemain soir, après avoir eu de nombreuses contractures dans les membres supérieurs. A la fin, il y avait anesthésie complète des quatre membres. J’ai pu constater, le dernier jour, de l’œdème à la partie postérieure des cuisses. Madame de S... avait beaucoup engraissé pendant sa grossesse, et les personnes qui l’entouraient disaient que c’était plutôt de la bouffissure. L’autopsie n’a pu être faite. (Obs. personnelle.)

Deuxième catégorie. — Observations de paralysies, précédées ou suivies d’éclampsie.

Obs. XVIII. — N..., étant grosse seulement de deux mois, fut prise d'une passion hystérique si violente, qu’elle lui causa des convulsions et une espèce d’apoplexie qui se convertit en une paralysie de la moitié du corps, nonobstant quoi, elle ne laissa pas de porter son enfant jusqu’à terme et d’en accoucher fort heureusement ; mais, n’ayant été que médiocrement soulagée, elle fut obligée d’aller ensuite aux eaux de Vichy, par l’usage desquelles elle fut délivrée de cette paralysie dont elle avait été fort incommodée durant une année entière. (Mauriceau.)

Obs. XIX. — Une dame me pria de venir pour l’accoucher. Le lendemain que je fus arrivé, elle fut prise de mouvements convulsifs des yeux et des paupières d'une violence et d’une promptitude que je ne puis exprimer, qui se communiquèrent ensuite à toutes les parties du corps. Puis, les convulsions cessèrent sans que la parole ni la connaissance revinssent. Trois jours après, accouchement à terme ; mais je trouvai, lorsque je voulus la faire remuer, qu’elle était restée paralysée de tout le côté droit. Sa santé fut longtemps à se rétablir ; mais, après six mois écoulés, elle se porta assez bien pour aller aux eaux de Bourbon, où elle acheva de se guérir. (Delamotte.)

Obs. XX. — Femme de vingt-huit ans, primipare, éprouve de fausses douleurs ; saignée, suivie d’horribles convulsions. Elles commençaient par le petit doigt de la main gauche et étaient suivies d’une hémiplégie du même côté. Elle fut ainsi tourmentée alternativement plus de cinquante fois de convulsions et d’hémiplégie. Extraction de l’enfant, diminution des accidents. On eut la précaution de lier fortement Pavant- bras gauche, lorsque les avant-coureurs d’un accès survenaient, et alors les convulsions n’avaient lieu que dans les parties qui se trouvaient au-dessous de la ligature. Cessées le quatrième jour pour faire place à de la fièvre et à du délire. Guérison prompte (1).

Celte observation a été communiquée à M. Velpeau par M. Champion, sans qu’on en ait indiqué l’origine que voici : elle a été publiée dans le siècle dernier par Pereboom (2). C’est la femme même de ce médecin qui en a été le sujet. Tissot (3) rappelle cette observation à propos de l’épilepsie des femmes en couches, et la dit bien intéressante, mais trop longue pour pouvoir être rapportée. On trouve dans Bouil-

(1) Velpeau. Thèse de concours sur les convulsions, 1833.

(2) Nov. acta curiosorûm, t. III, p. 20.

(3) Traité des nerfs et de leurs maladies, Paris, 1J78.

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Iaud (1) un fait d’éclampsie postpuerpérale qui a la plus grande analogie avec celui de Pereboom.

Obs. XXI. — N..., trente ans, touchait à la fin du septième mois de sa cinquième grossesse sans autre incommodité qu’une œdématié des jambes assez considérable. Le 19 brumaire an ix, attaque violente d’éclampsie. Avortement la nuit suivante. Après l’enfantement, les convulsions épileptiques cessèrent : il ne resta que quelques mouvements désordonnés du globe des yeux, et des muscles des membres gauches, qui ne se faisaient apercevoir que de loin en loin. Le côté droit fut frappé de paralysie ; état soporeux très prononcé. Mort deux jours après (2).

Obs. XXII. — N..., primipare, arrivée à cinq mois de grossesse, avec céphalalgie, nausées ; éclampsie survenue à huit mois de la gestation. Accouchement, persistance des accidents huit jours après la délivrance ; les convulsions n’avaient porté que sur la partie supérieure du corps.

Seconde grossesse au bout d’un an environ. A quatre mois et demi, céphalalgie, face animée, etc. Au huitième mois, violents maux de tête subits, et en même temps paralysie de la moitié gauche de la face, avec faiblesse de l’œil du même côté. Saignée et bains, disparition de la céphalalgie, mais persistance de la paralysie jusqu’à l’accouchement. Celüi-ci terminé, la paralysie disparut aussi promptement qu’elle était survenue (3).

Obs. XXIII. — N..., vingt-six ans, primipare, prise d’éclampsie après être accouchée. Il paraît que dans les derniers mois de sa grossesse, elle avait beaucoup souffert de maux de tête, avec obscurcissement de la vue et paralysie du bras droit (U).

Obs. XXIV. — N..., dix-neuf ans, entrée à l’hôpital accusant céphalalgie violente et paralysie du bras droit avec grande douleur à l’épaule. Accouchée huit jours après sans convulsions (5).

Obs. XXV. — Une dame âgée de quarante ans est restée paralysée d’un côté à la suite d’une attaque d’apoplexie et traîne ainsi sa misérable existence, ayant presque entièrement perdu l’intelligence. Par l’histoire des antécédents, on voit qu’elle a eu du gonflement à la face et aux membres supérieurs dans sa dernière grossesse, ainsi que de la céphalalgie. Le médecin n'y fit pas attention, et quand le travail arriva, elle fut prise d’une violente attaque d’éclampsie. Depuis cette époque jusqu’à l’apparition de l’hémiplégie, elle avait de temps à autre éprouvé des maux de tête, qu’elle même et ses amies considéraient comme la conséquence des convulsions puerpérales, attendu qu’elle n’en avait jamais souffert auparavant (6).

J’ai reproduit la seconde observation de Robert Johns, quoiqu’il n’y ait pas eu réellement éclampsie, mais la céphalalgie indiquée par l’auteur prouve la nature même de cette paralysie qui a trop de rapport avec l’observation précédente, pour qu’elle puisse en être séparée. Voici

(1) Traité de l’encéphalite. Paris, 1825, obs. V.

(2) Rogery, Annales de Montpellier, de Baumes, 1805, t. IX.

(3) Jarriau, Journal de chirurgie et de médecine pratique, 1836, art. 1373. (à) Robert Johns, Journal de chirurgie, par M. Malgaigne, 18Z|3.

(5) Idem.

(6) Idem.

donc dix-neuf observations de paralysies de nature albuminurique. Quoique dans les huit dernières observations d’éclampsie il n’y ait pas eu vérification de l’albumine dans les urines, ces paralysies n’en sont pas moins de même nature que celles de la première catégorie, l’albuminurie étant incontestablement liée à l’éclampsie, comme on l’a souvent dit, et comme je le redirai plus tard avec preuves à l’appui (1).

Analysons maintenant ces dix-neuf observations. Il en ressort cet enseignement premier, c’est que dans les deux tiers des cas, cas paralysie ont été liées à l’éclampsie, qu’elles en ont été habituellement la suite, que dans quatre cas seulement la paralysie a été prodromique. Donc la paralysie puerpérale urémique se rattache essentiellement à l’éclampsie. Elle est comme elle un symptôme contingent du mal de Bright puerpéral qui, à lui seul, peut produire la paralysie indépendamment de l’éclampsie , 6 fois sur 19, comme l’indique l’analyse de nos observations (2), et c’est là une preuve de plus de la nature urémique de l’éclampsie et des paralysies puerpérales.

Une seconde preuve du caractère urémique de ces paralysies, c’est que la plupart du temps, elles se trouvent accompagnées d’autres symptômes familiers au mal de Bright, comme l’amaurose, la céphalalgie et l’œdème.

Dans plus de la moitié des cas, ces paralysies se sont déclarées pendant la grossesse même, et celles qui sont seulement survenues après l’accouchement ont été quelquefois la suite d’éclampsie arrivée pendant la parturition.

Dans les deux tiers des cas, ces paralysies ont revêtu la forme hémiplégique. Dans l’autre tiers, elles ont été purement locales, comme aux paupières, ou à un bras. Une seule fois, il y a eu des symptômes paraplégiques, mais mal accusés. Je conclus de là que la paralysie urémique est essentiellement d’origine cérébrale. Il est fort rare que la forme

(1) Arnatus Lusitanus {cent. 2, cur. 7) cite une observation de paralysie dans les suites de couches, des convulsions ayant eu lieu pendant la grossesse.

(2) On peut rapprocher du mal de Bright puerpéral avec paralysie sans éclampsie l’observation suivante qu’on trouve dans Selle : — N..., vingt-cinq ans, vient enceinte à l’hôpital. Depuis quelque temps, elle avait un côté paralysé et s’évanouissait souvent. Accouchée heureusement le 13 octobre. Le 17, envie de vomir. Le 18, serrement de poitrine et pouls dur. Uue saignée la soulagea; elle pouvait même mouvoir le côté paralysé avec plus de facilité. Le 21, pouls plein, serrement de cœur. Morte suffoquée le lendemain. (Selle, Observations de méd., traduction Coray. Paris, 1796, p. 165.)

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paraplégique soit d'origine urémique. Je reviendrai sur ce point plus tard. La forme hémiplégique ou locale me parailnppartenir surtout aux paralysies albuminuriques.

Un dernier enseignement tiré de l’analyse de ces observations, enseignement important, puisqu’il conclut au pronostic, c’est le caractère transitoire de ces paralysies dans la moitié des cas ; six fois, elles ont été permanentes ; dans cinq cas, elles ont été mortelles. Dans deux cas seulement, elles ont disparu par le fait même de l'accouchement.

La cachexie séreuse des femmes enceintes et accouchées, telle qu’elle est décrite par le professeur Stoltz (1), n’est autre chose que le mal de Bright puerpéral. La paralysie qui l’accompagne quelquefois a été signalée aussi par Siebold dans son Traité des maladies des femmes : — «D’ordinaire, dit-il, l’hydropisie de poitrine débute avant'le travail et peut se reconnaître pendant la grossesse par ses signes propres. Elle 11e caractérise bien qu’au moment du travail : des contractions difficiles et pénibles, une respiration courte...; l’œdème et Y insensibilité des mains qui se manifestent dans le courant du travail, ne peuvent faire méconnaître l’existence de l’hydropisio de poitrine. »

Siebold a encore produit d’autres faits ; dans un compte rendu de sa clinique, il décrit une épidémie de fièvre miliaire des femmes en couches : — « Si elles ont survécu, dit-il, aux trois premières périodes, elles succombent encore fréquemment dans la quatrième pendant la desquamation avec les symptômes de paralysie du système nerveux périphérique. Celle fièvre diffèt'e du tout au tout de la fièvre miliaire ordinaire. La mort arrive sou vent comme par apoplexie (2). »

Il est possible qu’on puisse rattacher ces paralysies et ces apoplexies au mal de BriglU puerpéral, compliqué de miliaire. Tout n’est pas dit sur la fièvre miliaire des femmes en couches, et je ne mets pas en doute qu’une observation plus attentive ne vienne plus tard préciser le rôle que peut y jouer l’urémie.

Quant aux faits d’hydropisie de poitrine compliquée de paralysie, ils avaient été signalés il y a bien longtemps d’une manière générale : Charles Lepois (Carolus Piso) rappelle le symptôme de paralysie à pro-

(1) Voir les thèses Jde ses élèves. — Thierry, De la diathèse séreuse. Strasbourg, 18Z|5. — Lauth, De la cachexie séreuse. Strasbourg, J 85 2.

(2) Gazette médicale, 18Zi3, extrait de Neue Zeitschrift fiir die Gehurtskunde.

pos de l’hydrothorax (1): « Signum alterum fortasse non commune omni « hydropi llioracis, resolulio scilicet allerius brachii, aul utriusque.»

Quarin disait à la fin du siècle dernier en parlant des hydropiques : « Quandoque amanrosi etparaiysi corripiuntur ('2). »

Enfin Blackall, le prédécesseur de Bright, avait signalé l’albuminurie dans ces hydropisies internes de poitrine, ainsi que la paralysie des membres supérieurs qu’il compare à la paralysie saturnine (3).

Ea paralysie puerpérale de la cachexie séreuse de la grossesse et de ses suites rentre dans cet ordre de faits aperçus depuis longtemps par la tradition.

troisième catégorie. — Observations d’apoplexie puerpérale.

On a publié un assez grand nombre d’observations d’apoplexie puerpérale ; j’en citerai plusieurs exemples.

Mauriccau parle d’une femme devenue hémiplégique après accouchement par suite d’apoplexie, et d’une autre femme, grosse de deux mois et demi , tombée en apoplexie, et restée paralysée de tout le côté gauche. La paralysie qui avait persisté presque toujours à son hras, une fois r accouchement fait, commença à se dégager presque entièrement. Il ne lui resta plus qu’un engourdissement de l’épaule. Ailleurs encore, c’est une femme qui meurt d’apoplexie, le troisième jour de son accouchement qui eut lieu à huit mois. Elle avait craché beaucoup de sang et avait ressenti pendant toute sa grossesse un très grand mal de tête (4).

Obs. XXVI. — N..., vingt-quatre ans, enceinte depuis six mois, fut frappée d’apoplexie avec résolution du côté droit du corps. Par suite, avortement, et mort une demi-heure après. A l’autopsie, dans la propre substance de l’hémisphère droit, on voyait une cavité ayant au moins deux doigts de profondeur et remplie par un caillot de sang (5).

Coquereau a communiqué à la Société royale de médecine une observation d’apoplexie arrivée à une femme nouvellement accouchée. Les

(1) Selectarum observationum... liber singularis, p. 243.

(2) Animadversiones practicœ, p. 77.

(3) Observations on the nature and cure of dropsies, 1818.

(4) Maladies des femmes grosses. Paris, 1740, t. II, p. 57, 214, 470.

(5) Observation que j’ai trouvée comme extraite de Morgagni (Epist. 13, n°25) : indication fautive, et il m’a été impossible de la retrouver dans son ouvrage.

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jambes étaient enflées. Elle reprit connaissance le quatrième jour, après saignées et purgations, et guérit (1).

je pourrais encore citer un grand nombre d’autres observations (2) : je me bornerai aux deux suivantes comme plus intéressantes :

Obs. XXV II. — N..., trente-quatre ans, n’avait éprouvé de gêne, pendant le cours de sa grossesse, que vers le dernier mois, pendant lequel les cuisses, et surtout les jambes, avaient été atteintes d’un gonflement assez considérable. Accouchement normal.

La nuit suivante, oppression considérable, visage atteint de bouffissure. Le surlendemain, toute l’extrémité inférieure droite se trouva très œdématiée. Enflure du bras du même côté, du côté droit du visage et surtout de la paupière inférieure.

Le quatrième jour, vers le soir, yeux égarés, figure hébétée; parole et déglutition impossibles. Nouveaux accidents le lendemain matin; hémiplégie complète, vésicatoires.

Le sixième jour, les urines coulent plus librement. Au bout de quelques jours, on aperçoit quelques mouvements dans les membres paralysés, et en peu de temps, les membres reprennent une telle force, qu’un mois après l’accouchement, on trouvait à peine des traces de paralysie (3).

Fréteau, Fauteur de cette observation, Fa publiée sous ce titre : Accidents aussi extraordinaires que graves survenus spontanément douze heures après un accouchement.

Obs. XXVIII. — N..., vingt-trois ans, accouchée heureusement. Suppression des lochies le quatrième jour. Cinq jours après, douleurs de tète névralgiques, suivies d’une attaque d’apoplexie complète, avec paralysie du bras et de la jambe du côté droit. Un quart de grain d’extrait de belladone. Dès le second soir, elle meut un peu da jambe ; trois jours après, elle remuait le bras et la jambe. Guérison complète (û).

En analysant les observations de cette troisième catégorie, on y trouve plus d’un rapport avec celles des deux premières, rapports qu’a dû saisir le lecteur et dont je supprime les détails pour plus de brièveté.

J’ai déjà traité en partie dans le chapitre premier la question des apoplexies puerpérales, en soutenant qu’elles étaient surtout de nature urémique, et qu’on pouvait les considérer comme une forme apoplec-

(1) Mémoires de la Société royale' de médecine, Paris, 177(3, t. I, p. 269.

(2) Cfr. Puzos, Mémoire sur les pertes de sang et le lait répandu, à la suite de son Traité d’accouchement. — Greding, Advers. med. prat. de Ludwig, t. II, p. 287. — Giornale crit. dimedicina. Settemb, 1827.

(3) Annales de médecine de Montpellier, de Baumes, 1816.

(fl) Hygea, journal allemand, t. XXIII, p. 131.)

tique de l’éclampsie. Aux raisons déjà apportées dans ce premier chapitre, j’en ajouterai quelques autres.

Il existe positivement des cas d’albuminurie puerpérale dans lesquels surviennent des attaques d’apoplexie sans convulsions, témoin l’observation Hamon (obs. XIII). Pourquoi les apoplexies puerpérales ne seraient-elles pas en majeure partie de nature urémique, ne seraientelles pas de pures éclampsies moins la première période convulsive, la période comateuse étant seule conservée ou prédominante? Il est vrai que les attaques d’éclampsie offrent habituellement ces deux périodes , mais quelquefois aussi elles sont renversées, l’état apoplectique précédant l’état convulsif, comme on le verra dans l’observation Martin que je citerai plus bas (obs. XXXI).

De même que l’on voit la paralysie urémique précéder l’éclampsie (obs. XI, XIII), ou exister seule (obs. VIII, XII, XV, XVI, XXII, XXIV), de même on peut voir l’apoplexie précéder les convulsions, ou survenir sans éclampsie consécutive. Cette variété non-seulement dans les symptômes, mais encore dans leur ordre de succession, me paraît appartenir essentiellement à l’urémie, ou mal deBriglit, maladie naturellement protéiforme. Quand on considère la variété de tous ces accidents cérébraux émanant d’une même espèce morbide, on ne peut s’empêcher d’appliquer au mal de Bright ce que Portai a dit des affections soporeuses en général : — « Ces rapports (des maladies soporeuses entre elles) sont tels que lorsqu’on compare leurs symptômes, auxquels on a donné divers noms, le coma, la léthargie, le carus, l’apoplexie, elles ne paraissent différer que par leurs degrés de somnolence plus ou moins intense: elles ne diffèrent aussi de la paralysie, que parce qu’il y a dans cette maladie moins de parties qui aient perdu de leur sensibilité et de leur mouvement que dans l’apoplexie (I ). »

Du reste, la variété apoplectique de l’éclampsie admise par les auteurs (Dewees, Velpeau) est bien au fond une véritable éclampsie. Il suffira d’en lire la description dans le mémoire sur les convulsions du célèbre chirurgien de la charité : « Dans l’éclampsie apoplectique, la congestion céphalique est plus forte; les mouvements convulsifs, quoique violents, paraissent plus embarrassés ; la torpeur, la perle de con-

(1) Loc. cit., p. 456.

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naissance, précèdent assez souvent l'attaque (Velpeau). » Il cite une observation dans son mémoire, et en indique une seconde de Maygrier (1).

Astruc avait parfaitement entrevu ces faits, lorsqu’il dit à propos des convulsions puerpérales : «Il se joint quelquefois à ces mouvements convulsifs, lorsqu’ils sont universels, un assoupissement profond, tel que celui qui est connu sous le nom de carus, ou c'ataphora, et cela arrive, quand ces mouvements prennent le caractère d’une attaque d’épilepsie. Mais quelquefois cet assoupissement est sans mouvement convulsif, et la malade paraît être attaquée d'une apoplexie (2). »

Pourquoi d’un autre côté contesterait-on le caractère urémique des apoplexies puerpérales, lorsqu’on voit surgir si souvent les mêmes accidents apoplectiques dans le mal de Bright ordinaire? IL existe un grand nombre d’observations de néphrite albumineuse, surtout dans la forme chronique, qui fournissent quelques exemples d’apoplexie passagère, et dans la majorité des cas, c’est au milieu d’un état comateux, mélangé parfois de convulsions que les albuminuriques en finissent avec la vie. Stoll n’a-t-il pas dit avec toute la tradition : Mortes hydropicorum subilce ?

Quatrième catégorie. — Observations de 'paralysies liées à la contracture des extrémités.

On a voulu rattacher à la contracture des extrémités, espèce morbide assez bien déterminée (3), certains cas de paralysie qui l’accompagnent quelquefois ; ces cas paraissent plus communs dans la contracture des extrémités qui survient pendant la lactation, et que M. Trousseau a nommée pour cela contracture des nourrices.

En lisant attentivement les observations qui ont paru sur ce sujet, et que M. Delpech (4) a voulu relier à la paralysie nerveuse essentielle, en les comparant en outre aux faits déjà connus de paralysie urémique,

(1) Journal des connaissances médicales, t. I, p. 144.

(2) Astruc, Traité des maladies des femmes. Paris, 1785, t. VII, p. 281.

(3) Voir à ce sujet les travaux de Dauce, Tonnellé, Tessier et Hermel, Imbert-Gourbeyre, Delpech, Corvisart, etc.

(6) Delpech, Mémoire sur les spasmes musculaires idiopathiques, et sur la paralysie nerveuse essentielle. Paris, 1846.

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on ne peut s’empêcher de soupçonner et même de soutenir que ces paralysies sont véritablement albuminuriques. J’avais déjà exprimé celte opinion dans mon mémoire sur Y albuminurie puerpérale ; la discussion des faits signalés par M. Delpech va, je crois, suffisamment l’établir.

Obs. XXIX. — N..., âgée de trente ans, entrée à l’iiôpital le 28 mars. Accouchée d’un troisième enfant il y a sept mois, qu’elle a sevré depuis un mois, parce qu’elle se sentait affaiblie.

La faiblesse dont elle se plaignait a continué jusqu’à ce jour : elle était générale, mais elle frappait surtout les membres inférieurs. Deux jours avant son entrée à l’hôpital, elle est devenue assez marquée pour l’y amener. Faiblesse plus prononcée dans les extrémités, sans fourmillement ni anesthésie. Impossibilité de saisir avec les doigts les objets d’un petit volume, quoique la malade les sente parfaitement.

Deux jours après son entrée, elle fut prise de fourmillements qui occupèrent d’abord les extrémités inférieures pour gagner le lendemain les bras et surtout les mains. Amendement par une saignée, ventouses et purgatif.

Le h avril, les fourmillements reparurent dans la main gauche seulement. Dans la soirée du 5, ils se fixèrent sur les deux jambes. Du 6 au 10, un peu d’œdème des membres inférieurs et de la face fit examiner les urines; elles étaient albumineuses.

Le 12 avril, la malade fut prise dans les muscles de la partie postérieure du cou d’une faiblesse telle, qu’elle ne pouvait relever sa tête qui tombait par son'poids sur le devant de la poitrine. Quelques efforts qu’elle fît pour contracter les muscles extenseurs de la tête, ils restaient flasques et paralysés. Cette singulière paralysie est survenue tout à coup et persiste jusqu’au 13 avril. Le 22, la guérison des accidents de paralysie semble parfaite. L’albumine persiste seule (1).

Dans une autre observation analogue chez une nourrice (obs. IV), on constate de la céphalalgie du côté gauche, bruissement dans les oreilles, vue entièrement confuse à gauche, fourmillement, dyscinésie, insensibilité des membres à gauche, contractures passagères des mêmes extrémités. Les urines n’ont pointélé examinées.

Chez une autre nourrice (obs. III), accouchée depuis deux mois, mêmes accidents du côté des yeux, affaiblissement de l’ouïe, symptômes de paralysie sur les membres, etc. Les urines ne sont point encore examinées.

Nous retrouvons dans ces faits des symptômes familiers à l’histoire du mal de Brighl, jusqu’à l’œdème. D’un autre côté, l’albuminurie qui a été constatée une fois (obs. XXIX) nous autorise à supposer son existence dans les autres cas, si l’on eût procédé à l’examen des urines. D’ailleurs, l’allaitement n’est au fond qu’un étal puerpéral prolongé,

(1) Delpech, obs. V.

MBERT-GOIRBGYKE.

et l’influence bien connue de la puerpéralité sur le mal de Bright, et, par contre, sur la genèse des symptômes urémiques, est une raison de plus pour annexer ces paralysies nerveuses essentielles des nourrices au mal de Bright puerpéral. J’ai démontré en outre que le symptôme contracture pouvait être également un symptôme albuminurique : chose facile à prévoir, vu la fréquence des accidents cérébraux dans la néphrite albumineuse. On peut encore faire remarquer que ces contractures douloureuses qui accompagnent quelquefois la paralysie sont loin de ressembler à la contracture si caractéristique des spasmes musculaires idiopathiques.

On peut donc soutenir que ces paralysies observées chez les nourrices sont très probablement d’origine urémique. Gomme ces cas-là sont rares, il sera nécessaire d’examiner de nouveau l’état des urines, pour voir s’il y a lieu d’adopter définitivement l’opinion que je défends.

Appendice sur les variétés tétanique et cataleptique de l'éclampsie.

La question de l’éclampsie domine tellement celle des paralysies puerpérales, que ce n’est point sortir de mon sujet que d’examiner cette forme morbide dans toutes ses variétés, d’autant que ces variétés peuvent se rattacher à certains faits de paralysie. Déjà nous avons longuement parlé de la variété apoplectique ; reste à étudier les variétés tétanique et cataleptique.

La variété tétanique admise par divers auteurs est au fond peu connue. Velpeau en dit peu de choses, n’indiquant que trois observations. Mais depuis ce dernier, il a paru un très beau mémoire de Simpson sur le tétanos puerpéral (1) : c’est ce qu’il y a de plus complet sur la matière. L’auteur publie plus de trente observations empruntées à divers médecins; il n’y en a pas une seule où l’examen des urines ait été fait. Tout en admettant l’explication ordinaire du tétanos par les conditions de traumatisme physiologique où se trouve la femme, Simpson donne dans l’hypothèse d’un poison morbide analogue à celui de l’urémie, se for-

pi) Tetanus following lésions ofthe utérus abortion and parlurition (Edinb. med. journal, feb. 1854). Réimprimé dans Obstetric mémoires and contributions. Édinburgh, 1856, t. II, p. 49.

mant sur la surface interne de l’utérus, et allant, grâce au torrent circulatoire, agir sur le système nerveux. Il eut été beaucoup plus simple d examiner si le tétanos puerpéral ne peut pas être parfois un symptôme urémique.

On peut donner plusieurs raisons à l’appui de cette hypothèse. C’est d’abord la liaison même de la convulsion tétanique avec l’éclampsie. Dans l’attaque ordinaire de l’éclampsie, il existe souvent des convulsions tétaniques partielles, et même générales, ce qui a fait dire à Burns que l’espèce la plus fréquente des convulsions puerpérales est de la nature de I épilepsie ou du tétanos.

Secondement, il y a quelques faits où l’on voit le tétanos suivre l’éclampsie. Simpson a cité l’observation suivante empruntée à un médecin français :

Obs. XXX. — Une pauvre femme, âgée de vingt-huit ans, est prise d’une attaque d’éclampsie pour laquelle on la saigne, et quelques jours après, accouche à sept mois de grossesse. Elle allait très bien jusqu’au cinquième jour de ses couches; mais, ayant bu une grande quantité d’eau froide, elle est prise de frisson suivi de trismus et de dysphagie. Puis survient un tétanos général qui ne cède qu’au vingtième jour. Guérison complète au bout du quarantième (1).

On trouve dans la thèse de M. Blot une autre observation d’éclampsie suivie d’un tétanos mortel. Delamotte a cité aussi dans ses observations un cas de tétanos général survenu après de légers mouvements convulsifs. Si l’on considère d’un autre côté que le symptôme contracture n’est pas rare dans le mal de Bright, soit puerpéral, soit ordinaire, on arrivera naturellement à supposer que l’urémie a réellement sa part dans le tétanos puerpéral.

Morgagni (2) a cité une observation de scarlatine où le sujet fut pris en même temps d’un tétanos mortel. Or, on connaît les rapports delà scarlatine avec l’albuminurie.

Telles sont les raisons qui me permettent d’avancer qu’on pourra un jour, grâce à l’observation ultérieure, faire rentrer en partie le tétanos puerpéral dans l’histoire de l’urémie.

Il existe aussi qùelquefois des symptômes de catalepsie dans l’éclampsie, témoin l’observation suivante:

(1) Aubinais, Revue médico-chirurgicale, ~l. V, p. l/)9.

(2) Epist. X, art. 2.

IïIBERT - COURBEÏItE.

Obs. XXXI. —X..., vingt-quatre ans, primipare, enceinte de huit mois. Comme prodromes, intelligence non lucide, bouffées de chaleur, céphalalgie.

Le 11 avril, perte de connaissance, symptômes prononcés de catalepsie qui disparaissent par une saignée. Dans la soirée, attaque d’éclampsie, suivie de sopor,dont elle est guérie le lendemain.

Le 18, perte de connaissance, coma sans convulsions. Dans la nuit suivante, convulsions. Accouchement forcé. Il y a eu trente-sept attaques pendant et après l’accouchement. Guérison de la mère et de l’enfant (1).

Gooch, cité par M. Marcé (2), rapportel’observalion d’une femme qui, prise de délire mélancolique quelques jours après l’accouchement, et tombée dans une stupeur profonde, présenta à trois reprises des symptômes de catalepsie. Quoiqu’il ne s’agisse pas ici d’éclampsie, comme dans l’observation précédente, on verra dans le paragraphe suivant les raisons que l’on peut alléguer sur la liaison de la folie des accouchées avec l’urémie. Il est évident, du reste, que ht catalepsie albuminurique a besoin d’ôtrc étayée par d’autres faits (3).

Résumé. — Il existe donc une paralysie puerpérale urémique; elle n’est qu’une expression symptomatique du mal de Bright. Mais en parcourant les observations que j’ai citées, tout en les groupant autour de l’éclampsie qui en a fourni le plus grand nombre, on ne peut s’empêcher d’être frappé delà variété des symptômes dont est escortée la paralysie urémique, et de la variété mêmede marche qu’elle offre en même temps: de là, en bien des circonstances, doivent naître des difficultés sérieuses pour lediagnostic qui ne peut être réellement éclairé que par l’examen assidu des urines.

Le mal de Bright ordinaire se complique parfois de paralysie, aussi bien que dans l'état puerpéral. Comme ces faits sont peu connus, je vais donner la liste des observations y afférentes que j’ai recueillies çà et là, en tenant compte même de celles publiées avant Bright, et qui paraissent se rapporter à la néphrite albumineuse. Il faut y joindre trois autres observations (Blackall, Bayer et Yalleix) déjà citées dans mon mémoires?»’ l’albuminurie puerpérale :

(1) Martin, Gazette médicale, 18Z|5, extrait du Journal de médecine, chirur. et pharm. de Bruxelles.

(2) Traité de la folie des femmes enceintes, des nouvelles accouchées et des nourrices. Paris, 1858, p. 291.

(3) On trouve également dans la thèse de Baudelocque, une fort belle observation d’éclampsie cataleptique qui, à elle seule, suffit pour établir la variétî cataleptique de l’éclampsie.

}° Paralysis a sinistro leucophlegmatiæ remedio (Rhodius, Observ. medic. Palavii, 1057, cent. 3, obs. X).

2° Paralysis lethalis hydropi superveniens ( Acta nat. curiosorum , dec. 1 , ann. 6 et 7, obs. CLXXIV).

3° Guersant ( Journal de médecine de Corvisarl, t. XXVI).

4° Abercrombie (Traité des maladies ducerveau, trad. franç., p. 124).

5° Paralysie dans anasarque scarlatineuse (Lorbacher, Jahrbücher von Vehsemayer, 3, 325). Aulre observation analogue (Latour, Hist. des hémorrhagies, obs. DCCCXL1II).

6° Obs. d’anasarque avec paralysie (Liedbeck, Hygea, t. VII, p. 306).

7° Anasarque terminée par apoplexie et hémiplégie avec épanchement sanguin dans le cerveau (Tripier, thèse. Montpellier, 1829, n8 85).

8° Mazonn (Zur Pathologie der bright’schen Krankheit. Kiew, 1851, pag. 62.)

9° Magnus Huss (C hronische Alkoholskrankheit. Stockholm, 1852, obs. XL1X).

10° Wallon ( Wochenblalt der Zeitschrift. Wien, 1855. n° 52).

11° Dupau (Gazette hebdomadaire, 1856).

12° Basham (On Dropsy connected wilh disease of the kidneys. London, 1858, obs. VIII).

L’observation ancienne qui, en décrivant les hydropisies, a signalé la plupart des symptômes urémiques, n’a pas oublié le symptôme paralysie. Nous avons déjà cité Ch. Lepois et Quarin. Waldschmidt (1), Gorler (2) et Vogel (3) ont parlé aussi du même fait. Ajoutons que la paralysie a été signalée également dans l’éclampsie des enfants. — «Chez les enfants, disent MM. Hardy et Bôhier, on voit de môme la

; i; h sic musculaire survenir fréquemment à la suite d’un accès convulsif d'éclampsie (4). Or, MM. Cahen (5) et Rilliet (6) ont démontré

(1) Melancliolici facile fieri possunt paralytici ; hue quoque speclant morbi chronici, scorbutus, cachexia, hvdrops, quartana. (Waldschmidt. Opéra, t. II, p. 739.)

(2) Collecta lympha præbet tumorem qui partes adjacentes premens, parit.... paralysim.

(Gorter.)

(3) In graviore casu (anasarcæ), paralyticæ affectiones... per inlervalla accedunt. (R.-A. Vogel. Acad, prœlectiones... Lausannæ, 1789, t. II, p. 239.)

(4) Hardy et Béhicr, Traité de pathol. interne, t. III.

(5) Thèse de Paris, 1846.

(6) Mémoire sur l’encéphalopathie albuminurique.

IUBEliT - GOSIRBE!YRK!«

la liaison de l’éclampsie chez les enfants avec l’albuminurie, d’où il résulte que la paralysie urémique se rencontre aussi bien dans le mal de Bright ordinaire que dans sa forme puerpérale.

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