PARALYSIE HYSTÉRIQUE
La paralysie hystérique est un fait connu et établi depuis longtemps. Mais existe-t-elle aussi dans la grossesse? On ne voit pas à priori pour-
(1) Compendium medicinœ. Patavii, 1751.
(2) V. ofos. XXXVIir dans le volumineux travail de M. Laurent, Essai sur l’état puerpéral, imprimé dans les Mémoires des concours des savants étrangers, publiés par l’Acad. royale de Belgique, t. IV, 1858.
(3) R. Leroy (d’Étiolles), loc. cit., obs. XLIX.
(4) Latour, Histoire philos, et méd. des causes essentielles, immédiates, ou prochaines des hémorrhagies. Orléans, 1815.
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quoi elle no s’y rencontrerait pas, surtout dans les premiers mois, où survient souvent le chlorosis gmvidarum. Toutefois, les exemples en sont rares. Voici une observation qu’on peut rattacher à cette forme; encore le sujet n’avait- il manifesté auparavant aucune disposition hystérique.
Obs. XLI. — Une jeune femme de vingt-cinq ans, bien portante, qui n’a jamais présenté de symptômes hystériques, arrivée au septième mois d'une troisième grossesse, est prise subitement, en se promenant, de perte de connaissance, sans avoir éprouvé aucun signe précurseur. A la suite de celte perte de connaissance, on constate chez cette femme une déviation notable de la face, tirée à droite par les muscles contractés. Des mouvements involontaires et presque continuels agitent tous les muscles du côté droit du corps, et surtout ceux des membres supérieur et inférieur. En même temps anesthésie et analgésie complète de toute la moitié droite du corps, parfaitement limitée en avant et en arrière à la ligne médiane. La face, comme le tronc et les membres, présente aussi la paralysie de sensibilité du côté droit ; mais de plus tous les sens spéciaux qui ont leur siège à la tête, sont paralysés du côté droit ; ainsi plus de vision, plus d’olfaction, plus d’ouïe, plus de gustation de ce côté, incontinence d’urine, pas d’albumine... Deux mois après le début, les accidents sont sans changement, mais après l’accouchement, la sensibilité reparaît subitement sur certains points; dans d’autres, elle reste abolie. La paralysie des sens persiste, ainsi que les mouvements involontaires. Cet état dure six semaines. Guérison au bout d’un mois et demi par l’usage de la strychnine (1).
On trouve dans un mémoire de M. Landry (2) une très belle observation plus concluante encore que la première.
Obs. XLIf. — Une jeune dame mariée 5 l’âge de dix-huit ans, et très bien portante jusqu’à cette époque, fut prise au troisième mois d’une première grossesse, de symptômes nerveux multiformes : tristesse, penchant au suicide, accès d’hystérie, de catalepsie, de mort apparente; état d’obtusion, ou d’excitaliou extrême de la vue, de l’ouïe, etc., accidents qui persistèrent tout le temps de la grossesse. Après un séjour de quelques jours au lit, quand la malade voulut se lever et marcher, les membres inférieurs s’affaissèrent sous elle ; elle ne pouvait les soulever ni leur imprimer les mouvements nécessaires à la marche. Au lit, elle pouvait cependant mouvoir ces membres, quoique sans énergie ; mais ils restaient très engourdis et étaient le siège do crampes fréquentes. Les membres supérieurs étaient aussi parfois privés de mouvements, mais d’une manière passagère. La paralysie des membres inférieurs présentait même quelques intermittences, car certains jours la malade pouvait marcher un peu. D’ordinaire la marche cl la station debout étaient absolument impossibles. Miction et défécation normales. Rien ne put modifier cet état jusqu’à l’accouchement.
Au huitième mois, des accès de somnambulisme se joignirent aux autres phénomènes nerveux. La malade, privée de l’usage des membres inférieurs pendant l’étal de veille, se levait la nuit au milieu du sommeil et tout endormie, se promenait dans sa chambre.
(1) V. Boullay, Union médicale, 1853, n° 55.
(2) De l'emploi du chloroforme et des narcotiques comme agents thérapeutiques et moyens de diagnostic dans certaines paralysies ( Moniteur des hôpitaux, 1857, n° 48).
L’accoucliement fat heureux et rapide; il fut suivi de la cessation immédiate de tous les symptômes nerveux. Lorsque la malade commença à se lever au huitième jour, elle reconnut avec joie que la station debout et la marche étaient possibles et faciles, malgré la faiblesse consécutive à un long séjour au lit et à l’accouchement. Les membres n'étaient plus ni louuls ni engourdis.
Ces faits do névropathie générale sont aussi curieux que rares. On ne peut s’empêcher, toutefois, d’attribuer en pareil cas à la grossesse une influence directe, puisque dans la première observation les phénomènes nerveux ont été notablement diminués par le fait même de l’accouchement, et que dans la seconde ils ont complètement disparu avec la délivrance.
M. Raoul Leroy (d’Etiolles) a publié une observation curieuse dont voici le sommaire : attaques d’hystérie, — paraplégie hystérique guérie en trois mois, — première grossesse sans accidents, — seconde grossesse compliquée do paraplégie seulement aux époques menstruelles, et durant tantôt plusieurs heures, tantôt plusieurs jours.
Faut-il rapprocher de la paralysie hystérique ce que dit M. Musset, dans son ouvrage sur les névroses (1)? — Dans l’état de grossesse, la plupart des femmes nerveuses éprouvent une insensibilité plus ou moins grande par plénitude. J’ai observé ce fait assez souvent, particulièrement chez deux dames qui, pendant toute leur grossesse, avaient une insensibilité presque complète des mains; aussi elles laissaient souvent tomber des verres, des assiettes, etc., sans s’en apercevoir; d’autres fois leur attention avait le temps de revenir que l’objet était à terre. Une autre dame n’était insensible que do la main droite, et quand elle laissait échapper quelque chose, elle le rattrapait de la main gauche. À cette anesthésie de la main droite se joignait la paralysie du mouvement de l’extrémité inférieure du même côté; elle s’étendait de la hanche au pied. Celte dame se laissait souvent tomber. Le dernier mois de la grossesse elle ne pouvait plus marcher seule. Le professeur Golfin, de Montpellier, a vu deux exemples semblables d’anesthésie chez la même femme, elle survenait au second mois de sa grossesse; tout ce qu’il ordonna fut inutile. Celte anesthésie ne disparut qu’après l’accouchement. » (Page 30.)
(1) Musset, Traité des maladies nerveuses ou névroses. Paris, 1840.
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La plupart des accoucheurs ont considéré le premier trimestre de la grossessecomme le temps des convulsions hystériques et autres névroses ; Peu, Burns, ont soutenu cette -thèse. L’hystérie au commencement, l’éclampsie à la fin, telle est en somme l’opinion dominante.
Toutefois aujourd’hui, en présence des nombreux travaux sur le mal de Bright et l’albuminurie puerpérale, il est permis de réduire de beaucoup le domaine de l’hystérie dans la grossesse, et d’accorder une plus large part à l’urémie. Il faut à celle heure faire l’inverse de ce que faisaient les observateurs et pathologistes des deux derniers siècles, qui sous le nom d’hystérie ont souvent observé et décrit l’éclampsie.
On a dit que l’éclampsie était très rare dans les premiers mois de la grossesse, et à raison même de cette rareté on a cité des faits (Danyau, Depaul) (1). Quoique la plus grande fréquence des convulsions puerpérales appartienne aux deux derniers mois du gravidisme, et surtout à la parturilion, il est vrai cependant de soutenir avec Braun que l’éclampsie urémique peut survenir à toutes les périodes de la grossesse.
D’un autre côté, l’éclampsie n’étant que le mal de Bright convulsif, ou plutôt un symptôme contingent de l’albuminurie puerpérale, il est positif que la maladie, mère de l’éclampsie, existe beaucoup plus fréquemment qu’on ne le pense, même dans les premiers mois du gravidisme. Certains faits qui me sont personnels, me portent à croire que bon nombre d’avortements des premiers mois de la grossesse doivent être attribués à l’albuminurie puerpérale. Il y a là certainement matière à un examen sérieux; par conséquent beaucoup d’accidents hystériques de la grossesse pourraient à ce point de vue rentrer dans l’urémie, et du reste l’éclampsie qui d’habitude est épileptiforme, peut revêtir même la forme de l’hystérie (Dewees, Velpeau) ; j’en cite une observation assez positive (obs. XVII.)
Je suis persuadé qu’en examinant les urines chez les femmes grosses, à quelque période que ce soit, on arrivera à rattacher à l’albuminurie une foule de faits convulsifs ou paralytiques dont on n’aurait jamais soupçonné la genèse. On ne saurait trop se défier de la forme latente (sans œdème) du mal de Bright puerpéral ou non puerpéral.
(1) Voir en oulrc une observation de Mauriceau déjà citée.
Do nombreux faits m’ont appris combien sur ce point l’erreur était facile, et je ne crains pas de poser en principe que l’on doit toujours procéder chez la femme grosse à l’examen des urines, môme dans l’état apparent de santé, à plus forte raison en état de maladie. Ainsi disparaîtraient ces éclampsies survenant subitement en plein état de santé, et qu’un observateur habile aurait pu prévoir souvent plusieurs mois à l’avance, grâce à l'uroscopie; nous aurions peut-être aussi beaucoup moins de ces cas de mort subite dans la grossesse, sur lesquelles la science est en quête d’explication, et il est probable qu’un assez grand nombre d’autres affections familières à la grossesse (vomissements rebelles, diarrhée, etc.), relèvent aussi parfois de l’état albuminurique.
Ces raisons diverses peuvent donc porter à croire que le rôle de l’hystérie dans la grossesse doit être limité, et du reste il est bien inférieur à celui do l’urémie.