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CHAPITRE HUITIÈME

PARAPLÉGIES PUERPÉRALES.

En revenant sur ses pas et en jetant un coup d’œil général sur les observations précédemment citées, on doit être frappé de ce fait singulier, c’est que presque toutes ces paralysies puerpérales, quelles que soient leurs variétés, se sont présentées comme hémiplégie complète ou paralysie locale d’un seul côté, la forme paraplégique n’ayant été que l’exception. Ceci m’amène à étudier les paraplégies puerpérales.

J’ai déjà émis l’opinion que la forme hémiplégique était un des caractères de la paralysie urémique. Celle opinion me paraît suffisamment établie par les faits. Toutefois il n’y a rien d’absolu sur ce point, et à côté de l’observation de paraplégie incomplète déjà citée (obs. XV), je dois faire mention aussi d’une observation de paraplégie consécutive à une attaque d’éclampsie suivie d’anasarque, fait publié par M. Abeille (1), auquel j’ajoute l’observation suivante qui intéressera par l’autopsie.

Obs. XLIII. — N... primipare, trente ans, entrée à l’hôpital en décembre 185Æ, atteinte de paraplégie, transférée le 15 avril suivant dans la salle d’accouchements, étant au dernier mois

(1) Moniteur des hôpitaux, 1854-

IMBEliT-ÊOURBElTSE

de sa grossesse. A la paraplégie complète s'étalent jointes une hydropisie générale, et quelques jours plus lard une pleuropneumonie; dyspnée intense. Bientôt surviennent les douleurs de l’enfantement. Elle accouche en une demi-heure d’un enfant non tout à fait à terme qui ne tarde pas à mourir. Dans les trois jours suivants, on constate une pneumonie, une pleurésie et une péritonite avec écoulement lochial fétide. Morte le troisième jour. A l’autopsie, pleuropneumonie droite, œdème aigu et emphysème du poumon gauche, hypertrophie du cœur excentrique avec adhérences du péricarde; exsudations récentes sur la dure-mère, inflammation chronique de l’enveloppe fibreuse de la moelle épinière, endométrite putride, épanchement gangréneux dans le péritoine, ramollissement en bouillie de la moelle épinière dans toute sa portion lombaire (1).

Ceci posé, je veux étudier les paraplégies puerpérales sous deux points de vue, le traumatisme et la myélite.

A. — Paraplégies traumatiques.

C’est là une question étiologique assez obscure. Quel est la part du traumatisme puerpéral dans la production des paraplégies ? On conçoit à priori que des tiraillements considérables sur la matrice, des manœuvres obstétricales imprudentes, le séjour trop prolongé de la tête dans le petit bassin peuvent amener des accidents de paralysie; mais que sont ces conceptions à priori, lorsqu’elles ne sont pas légitimées par les faits? Sans vouloir nier les effets de ce traumatisme ainsi expliqué, celte, cause me paraît très rare; il existe sur ce point fort peu d’observations, et encore moins d’opinions chez les accoucheurs. Voici quelques observations qui paraissent se rattacher plus ou moins à cette question.

Rademacher parle d’une femme frappée de paraplégie incomplète et douloureuse à la suite d’un accouchement difficile et provoqué artificiellement. Il la guérit en huit jours à l’aide de frictions d’acide pyroligneux (2).

Obs. XLIV. — Femme de quarante-six ans; son troisième accouchement fut difficile et aggravé par les manœuvres imprudentes d’une sage-femme ivre. Aussitôt après, la malade ressentit dans les extrémités inférieures les symptômes d’une paralysie commençante. Quatrième grossesse; elle accoucha d’un enfant rachitique, et dès lors la paralysie devint complète. Moyens divers employés inutilement pendant trois ans. Guérison complète au bout de plusieurs mois par l’usage prolongé de l’huile de foie de morue (3).

(1) Weber, Wochenblatt der Zeitsch. âer K. K. gesellsch. der Àerzte zu Wien, 1855, n° ZiZ|.

(2) Rechtfertigung der Erfahrungsheillehre, Zic édition. Berlin, 1852, t. II, p. 201.

(3) Hufeland, Journal der praktische Heilkunde, 1830. — Observation de Schupmann.

Nous avons observé, dit M. Salvat (1), une femme venue àl’Hôtel-Dieu de Montpellier pour une fistule vésico-vaginale produite par le séjour prolongé de la tête du fœtus au détroit inférieur où elle avait aussi déterminé la compression des nerfs sacrés. Aussi conserva-t-elle, même après sa sortie de l'hôpital, l’impotence des membres inférieurs.

Obs. XLV. — C. M., enceinte en 18'ifi pour la première fois, à trente-deux ans. Grossesse heureuse. Accouchement prolongé, terminé par le forceps. Suites de couches bonnes; cependant la malade se plaignait déjà de ressentir une douleur profonde dans les reins, accompagnée de faiblesse et d’engourdissement des jambes. Peu à peu augmentation de la faiblesse, puis élancements à l’extrémité des orteils, fourmillements et crampes. Impossibilité de marcher. Depuis son accouchement, jusqu’en 1851, obligée de garder le lit. État considérablement amélioré par trois saisons à Plombières (2).

Telles sont les rares observations qu’on peut interpréter dans le sens du traumatisme. Quoiqu’on ait cité peu de faits à ce sujet, d’anciens observateurs avaient signalé pourtant la dystocie comme cause de paralysie : « Eidem morbo (paraplegiæ) , a dit Fr. Hoffmann, obnoxiæ sont » feminæ post laboriosum partum, abortum et retenta locltia. »

B. — Paraplégies, suite de myélite.

On peut, à la rigueur, faire rentrer les paraplégies traumatiques dans cette seconde variété, en soutenant que le traumatisme développe également la myélite.

Quoi qu’il en soit, la question est tout aussi obscure que la précédente. On voit cependant à la suite des couches survenir quelquefois des paraplégies ordinairement progressives qu’on ne peut guère rapporter au traumatisme et qui ont quelques points de ressemblance avec la myélite ordinaire, surtout dans sa forme chronique. En voici quelques exemples :

Obs. XLVI. — Femina 22 annos nata, post enixum partum lochiis bcnc perfuncta, absolutoque puerperio e leclo surgens, conqucri cœpit de gravi ventris dolore adlumbos diffuso, et cum motus imbecillitale stipato; qui affectus adeo sensim invaluit, ut binis abliinc m en si b us non solum non ingredi, sed nec pedibus absque fulcimento insistere posset. Quinimo tanto torpore manus etiam affectæ sunt, ut nec pondus aliquod attollere, nec ipsas facile contraherc vel cxplicare vaillent, incolumi tamen manenle sensu. His demum accedebat motus quidam convulsivus, et rigor parlium infernarum, nec non sensus contractionis in abdomine, ad lumbos usque protensus. Alvum non nisi sollicilatam dejiciebat et rarius diflûculterque urinam

(1) Thèse de Montpellier, 1842, n° 37.

(2) L’Héritier, Clinique médicale des eaux de Plombières , 1854, p. 232.

HiBEnTGOIttBElRi:.

reddebat... Fonlem lauchstadiensem usurpavit, simulque spinam dorsi spiritu ex floribus chamomillæ romanæ distillato inungi curavit : inde sensim majorera movendi recuperavit poientiam (1).

L’observalion précédente peut être considérée aussi comme un fait de paralysie générale progressive, avecquelques symptômes deparalysis agitans décrite par Graves. 11 est à noter, du reste, que les pathologistes ne parlent nullement de la grossesse ou des suites de couches en faisant l’étiologie de la myélite et de la paralysie générale progressive.

Obs. XLYII. — Une femme âgée de trente-trois ans, percluse des membres abdominaux depuis quinze mois, fut transportée au Mont-Dore. Mère de trois enfants qu’elle avait allaités. A la suite de son dernier accouchement, il lui était surrenu des douleurs dans les muscles qui, de vagues qu’elles étaient d’abord, finirent par se fixer dans les lombes : les jours de calme que ces douleurs laissaient, devinrent très rares. Les jambes s’affaiblirent et insensiblement la malade en perdit l’usage. Après la paralysie, elle cessa de souffrir. Guérie par deux saisons du .Mont-Dore (2).

Lazare Rivière (3) et Schupmann (4) ont cité des observations analogues, et en dépouillant nos archives scientifiques, on en trouverait probablement un plus grand nombre.

Ces faits, surtout l’observation de Bertrand, ont les plus grands rapports avec ceux dont j’ai parlé à la fin du chapitre de la paralysie rhumatismale, et que Burns a décrits lui-même dans son traité, dans un court article sur les paralysies que j’ai déjà cité.

On peut décorer ces faits des noms de myélite puerpérale, de paraplégie rhumatismale, de rhumatisme des enveloppes de la moelle, et ces noms divers ne feront pas que ces paraplégies puerpérales ne soient au fond une affection peu connue dans leur nature et dans leur marche, et qu’on ne soit obligé d’en appeler à une plus simple observation (5).

(1) Fred. Hoffmann, Opéra medica, 17A8, t. III, p. 20G.

(2) Michel Bertrand, Recherches sur les eaux du Mont-Dore, 2* édition, p. A08.

(8) Obs. medic., ccnt. 2, obs. XCVIII.

(h) Journal der pr ale t. Ileilkunde, 1830.

(5) M. B. Leroy, d’Etiolles ( loc . cit.), a public deux observations de paraplégies, l'une survenue dans les derniers mois de la grossesse et guérie six semaines après l’accouchement ; l’autre incomplète survenue au deuxième mois avec consiipaiion, guérie en cinq semaines à l’aide d’un purgatif (obs. XLI I et XL1V).

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