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CHAPITRE TROISIÈME

PARALYSIE URÉMIQUE.

C’est ici le lieu de faire rapidement l’histoire de l’urémie, troisième théorie à laquelle on essaye de nos jours de rattacher les divers accidents cérébraux de la maladie de Bright, et par conséquent les paralysies puerpérales.accompagnées d’albuminurie.

Dès l’origine de la découverte de Bright, l’attention s’est portée tout d’abord sur ces accidents. Ils ont été signalés par Bright lui-même, Christison, Barlow, Addison, Wilson, tous médecins anglais. Aucun d’eux cependant n’indique encore la paralysie urémique, témoin Addison (1839) qui, en admettant cinq formes pour l’urémie cérébrale, passe complètement sous silence ce symptôme important.

C’est sur ce thème que le professeur Frerichs, s’emparant des idées et des travaqx des médecins anglais, a bâti toute la théorie de l’urémie (4852), théorie que l’on pourrait retrouver en partie dans Willis (1), sauf les différences de langage et quelques explications chimiques de plus.

Mais déjà trois autres médecins anglais, Tweedie, Lever et Simpson (18/iO-Ao), étaient arrivés à constater l’albuminurie puerpérale, et dès lors on s’est mis à étudier les nombreux accidents cérébraux qui l’accompagnent (Lever, Cahen, Simpson, Landouzy, etc...)

La découverte de l’albuminurie puerpérale faisait en même temps pressentir le rapport intime qui existe entre la maladie de Bright et

(1) Villis, Opéra med., cap. De diuresi.

l’éclampsie. L’Académie impériale de médecine mit la quesiion au concours. Je remercie l’illustre compagnie d’avoir accordé le prix au mémoire que je lui ai présenté sur cette question, honneur que j’ai partagé avec M. Bach (1854) ; elle a doublé ses faveurs à mon égard en imprimant mon travail dans le tome XX de ses Mémoires (1).

En même temps le professeur Braun (1851-1855) et M. Wieger (1854), formulaient la même solution que moi, au sujet de l’éclampsie. Leurs monographies sont importantes à consulter sur l’histoire de l’urémie puerpérale. Je ne connaissais pas leurs travaux et je m’estime heureux d’être arrivé, par l’examen des faits, aux mêmes conclusions que ces médecins distingués (2).

M. Gazeaux a été l’un des premiers, en France, à expliquer l’éclampsie par la maladie de Bright, tandis qu’en Allemagne, Frerichs, Litzmann, Oppolzer, Braun, etc,.., soutenaient la même thèse. Toutefois cette thèse a été combattue par Siebert, Depaul, Lhu i Hier , Stoltz, Seyfert, Scanzoni, etc. J’estime qu’il est difficile de résister aux nombreuses raisons apportées par MM. Wieger et Braun, et à celles que j’ai données de mon côté.

Cette question de l’éclampsie est intimement liée à celle des paralysies puerpérales. J’ai consacré dans mon mémoire tout un chapitre à ces paralysies en rappelant les travaux de Robert Johns, de Simpson et de Fleetwood Churchill, et en y contribuant par des observations particulières. C’est la première monographie française où l’on voit traitée un peu longuement celte question que l’Académie impériale vient de mettre au concours. Elle n’y est encore qu’ébauchée, mais aujourd’hui, grâce à de plus nombreux faits et à des recherches plus étendues, j’espère l’agrandir et la compléter, s’il se peut.

Les recherches de Fleetwood Churchill sur la paralysie qui survient pendant la gestation et l’état puerpéral (3), sont précieuses pour l’histoire de la paralysie albuminurique. Il établit que l’hémiplégie, la paraplégie ou la paralysie partielle peuvent se montrer avant, pendant,

(1) De l'albuminurie puerpérale et de ses rapports avec l’éclampsie ( Mémoires de l’Ac. imp. de médecine. Paris, 1856, t. XX). — Voir surtout la seconde édition de mon mémoire (J. -B. Baillière, Paris, 1856.)

(2) Wieger, De l’éclampsie urémique. Strasbourg, 1854.

(3) Dublin quarterly journal ofmed., t. XVII, 1854, analysé dans {'Union médicale.

IIIBEKT-GOURBETRE.

ou quelque temps après l’accouchement, précédé ou non de convulsions, celles-ci les terminant ou les accompagnant. Sur trente-quatre cas de paralysie empruntés à divers auteurs, il note dix-sept cas d’hémiplégie complète, un d’hémiplégie partielle, quatre de paraplégie , dont deux avec paralysie d'une seule jambe, six de paralysie faciale, trois d’amaurose et de surdité. Parmi les causes temporaires de ces paralysies, il inscrit au premier rang l’albuminurie.

Je regrette de n’avoir pu consulter le mémoire de Churchill que dans l’extrait incomplet qui a paru dans les journaux français (1); ce qui me prive de contrôler ses observations par les miennes.

On peut donner le nom de paralysie albuminurique aux paralysies liées à la présence de l’albumine dans les urines, ou leur donner encore celui de paralysie urémique, pour rappeler l’explication pathogénique de Frerichs. Loin de moi la pensée d’admettre comme vraie la théorie de l’urémie, mise en vogue par le professeur allemand. On n’explique pas ce qui est inexplicable; or, il n’y a pas une seule maladie dont on ait pu encore expliquer le processus ou la nature intime. Quoique cette théorie soit très contestable et qu’elle ait été attaquée par nombre d’auteurs (Scholtin, Reuling, Gallois, Drummond- Hay, etc.), le mot est bon pour grouper autour de lui un ensemble remarquable de symptômes cérébraux qui se rencontrent dans le mal de Bright ; pour moi, il n’a pas d’autre valeur.

Parmi les paralysies puerpérales dites urémiques ou albuminuriques, l’amaurose a été spécialement étudiée dans ces derniers temps; il n’en est pas de même des paralysies des autres sens spéciaux. Quant aux paralysies des extrémités, elles sont encore peu connues. Elles ont tellement peu attiré l’attention des observateurs, qu’Addison, en décrivant un des premiers les accidents cérébraux du mal de Bright, les a complètement passées sous silence, et que M. Lasègue a pu dire il y a quelques années que l’absence de paralysie au milieu de ces accidents si graves était une règle (2).

(1 ) Union médicate, 1854. — Je ferai remarquer que la plupart des observations que je vais bientôt citer sont postérieures à la publication du mémoire de Churchill, sans parler de tous les faits empruntés aux observateurs précédant Bright. Toutefois j’ai reproduit comme lui les observations de Duchek, Simpson, Legroux et Sabatier.

(2) Un fait bien remarquable est l’absence de paralysie au milieu de ces accidents nerveux

J’examinerai dans des paragraphes successifs les diverses paralysies des sens spéciaux, et les paralysies des extrémités, en y joignant comme étude complémentaire celle de la manie puerpérale. Les faits seront empruntés la plupart du temps à l’éclampsie. Est-il besoin de dire que dans celte forme convulsive et surtout dans sa période apoplectique, il y a réellement au moment des attaques une paralysie, tant des sens spéciaux que de la sensibilité générale et du mouvement volontaire? Révéra apoplexia estparalysis universalis. (Van Swieten.) Il ne peut être question ici de ces paralysies, qu’autant qu’elles se dessinent franchement en dehors des attaques, soit comme prodromes, soit entre des attaques successives, soit comme effet consécutif.

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