I. — AMAUROSE
Cette question a été beaucoup étudiée, surtout depuis que M. Landouzy a appelé sur ce point l’attention des observateurs français.
Il faut consulter à ce sujet deux monographies qui la résument à peu près complètement celle que j’ai publiée et qui a été couronnée par l’Académie (1), et la thèse de M. Lécorcbé (2) qui a surtout traité la partie anatomo-pathologique,
J’ai donné l’historique complet de l’amaurose albuminurique ou urémique, démontrant que, avant M. Landouzy, elle avait été signalée par Bright et autres auteurs, et, qu’avant Bright lui-même, ce symptôme avait été noté souvent dans les hydropisies, la scarlatine, l’éclampsie, etc. J’ai également prouvé que l’amaurose à tous ses degrés appartenait aussi bien à l’albuminurie puerpérale et à sa forme convulsive, qu’à la forme commune du mal de Bright.
J’en ai résumé l’histoire complète en quelques lignes qu’il est utile de reproduire ici :
— Cet affaiblissement de la vue doit être accepté comme un fait incontestable. Quoique non constant, il est cependant presque habituel.
si graves. M. Lasègue regarde cette immunité comme une règle. (Tessier, Sur l’urémie, thèse. Paris, 1856.)
(1) De l’albuminurie puerpérale et de ses rapports avec l’éclampsie. ( Mémoires de l’Aca~ démie de médecine, 1856, t. XX, p. 11.)
■ (2) De l’altération de la vision dans la néphrite albumineuse. Thèse de Paris, 30 juin 1858,
191 BEltT - GOlHBUYltE.
L’amaurose peut varier depuis la plus légère amblyopie jusqu a la cécité la plus complète.
Ce symptôme se rencontre ordinairement sur les deux yeux. Deux fois cependant, je l’ai vu ne porter que sur un seul œil.
Ordinairement fugace et temporaire, l’amaurose peut devenir quelquefois permanente et incurable. Elle peut être le seul symptôme initial, et préexister longtemps d’avance à l’explosion des autres symptômes albuminuriques. Elle jouit ainsi d’un caractère prodromique ou prémonitoire de la plus grande valeur.
L’amaurose se rencontre dans l’albuminurie puerpérale , comme dans la forme commune du mal de Bright : elle peut survenir avant, pendant et après l’accouchement, dans les suites de couches et se reproduire pendant plusieurs grossesses successives. — J’ai tenu à démontrer que l’amaurose est un fait traditionnel dans les mêmes circonstances où nous la constatons aujourd’hui; j’aurais pu remonter jusqu’à Hippocrate qui le premier, comme nous l’avons déjà vu, l’a signalée dans les mêmes conditions morbides. Il existe, du reste, bien d’autres faits qui nous ont été laissés par les anciens observateurs, et qui peuvent s’ajouter à ceux qui ont été cités dans mon mémoire (1).
On trouve dans la thèse de M. Lécorché un grand nombre de faits intéressants pour l’histoire de l’amaurose albuminurique. D’après lui, l’amblyopie se complique parfois d’exophlhalmie, de strabisme (2) et de prolapsus des paupières (3).
Les nouveaux procédés d’ophthalmoscopie ont permis d’appré-
(1) Tulpius (Observationes med., Amtelred. 1672, p. 22) cite deux cas d’éclampsie pendant la parturition. Le premier ne fut suivi d’aucun accident, mais chez la seconde femme il y eut amaurose; sed privabatur hœc prœterea visu; la malade ne guérit que par les vésicatoires aux cuisses. (Cfr. en outre. Christ. Roesler, Manget. bibl. med. pratica, t. I, p. 1060). — Visus et mentis caligo in nuper puerpera (Binningeri, Observationes, cent. 5, obs. 54).— Visus post partum ad breve tempus amissus ( Acta erudilorum Lipsiœ, 1695, p. 43). — Journal de médecine, 1763, t. XVIII, p. 254. — Dumont, Recueil périodique, t. III, p. 489. — Bezart, Goutte sereine périodique paraissant dépendre de la grossesse ( Journal de Corvisart , t. XXX1I1, p. 72).
(2) M. Lécorché cite une observation d’albuminurie puerpérale sans convulsions, avec strabisme convergent, forme de strabisme la plus fréquente (obs. 7). — J’ai déjà cité un fait analogue extrait des Acta nat. curiosorum.
(3) Dans cette même observation (obs. 7) M. Lécorché note ce symptôme. Ces faits-là sont très rares. Voir une observation de Cunier ( Gazette mèd, , 1848).
cier sur le vivant même les diverses altérations de la rétine, et d’en établir le rapport avec les altérations de la vue même. M. Lécorché a résumé tous ces travaux, et y a contribué lui-même par de bonnes observations.
— Dans certains cas, dit-il, on n’a constaté aucune altération des membranes de l’œil, et l’on a pu croire à une lésion fonctionnelle : mais le plus souvent des altérations plus ou moins profondes de la rétine et de la choroïde ont été constatées pendant la vie ou après la mort. Les altérations de la rétine consistent dans une hyperémie, ou dans des dégénérescences graisseuses (1).
L’amaurose albuminurique s’accompagne quelquefois de diplopie, d’hémiopie, de presbytie, de myopie, d’héméralopie (5) et d’achromatopsie (3).
M. Lécorché pense que l’amblyopie est plus fréquente dans la néphrite albumineuse chronique. C’est là une opinion que l’on est en droit de repousser, si l’on admet que l’éclampsie n’est aufond qu’un épiphénomène du mal do Bright puerpéral : or, c’est surtout dans l’histoire de l’éclampsie qu’abondent les faits d’amaurose.
Les différents auteurs qui ont traité de l’éclampsie ont formulé en général un pronostic trop favorable sur l’amaurose qui l’accompagne. Ainsi, Prestat (4) prétend que les accidents amaurotiques disparaissent toujours très rapidement après les convulsions. C’est là, en effet, ce qui arrive le plus souvent; mais en regard de ce fait général, il faut tenir compte aussi d’un certain nombre de cas de cécité permanente qui se sont développés dans de semblables conditions (5).
Il existe du reste à celte heure, un assez grand nombre d’observations (6) où l’amaurose urémique puerpérale a été signalée, tant dans
(1) Thèse? p. Zi2.
(2) Je ne sais même pas si on ne pourrait pas aussi y rattacher la nyctaiopie. On trouve dans les Actanaturœ curiosorum (dec. 2, anu. 6), une observation de nyctalopia in partu.
(3) Landouzy, Lécorché.
(6) Sur l’éclampsie. Thèse, Paris, 1839.
(5) Cfr. Imbert-Gourbeyre, obs. 3.; Dumont, Recueil périodique , t. III, p. /j89.
(6) Voir pour les observations d’albuminurie puerpérale sans convulsions, accompagnées d’amaurose, Simpson, obs. 2, 3, k {Contributions). — Imbert-Gourbeyre, loc. cit., obs. 3, l\, 6, 12. — Lécorché, obs. 6 et 7.
Les observations d’amaurose dans l’éclampsie sont très nombreuses. Voici celles qui m’ont
2 1\ IIIBERT-GOURBEIRE.
l’albuminurie simple que dans l’albuminurie convulsive, ou éclampsie.
L’amaurose est rarement un symptôme isolé (1), à moins qu’elle ne soit prémonitoire. Elle s’accompagne souvent de convulsions, de paralysies des autres sens, d’aphonie et même de paralysies des extrémités, ce qui indique d’avance une même origine.
Je n’ai pas besoin d’ajouter que l’amaurose urémique se rencontre également dans le maldeBright ordinaire, en dehors de la gestation, dans sa forme aiguë et chronique, fait aujourd’hui surabondamment prouvé qui a servi, du reste, à démontrer l’identité du mal de Bright puerpéral avec la néphrite albumineuse commune (Braun , Imbert- Gourbeyre, Wieger, etc.)