‹ Des parasites de l'appareil de la visionChapitre 10 sur 12 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De quelques entozoaires, encore mal déterminés, observés à F intérieur du globe de F œil.

Outre le cysticerque dont nous avons parlé plus haut, quelques entozoaires ont encore été rencontrés dans le cristallin.

Bien que leur extrême rareté les rende plutôt curieux qu'utiles à connaître, nous ne saurions les passer sous silence. De Nordmann et Gescheidt, qui les ont observés, les ont désignés sous les noms de Filaria oculi humani, monostoma lentis et distoma lentis,

La filaria oculi humani (filaria lcntis> Diesing) est un corps cylindrique, filiforme, renflé postérieurement, avec une pointe fine, courte et crochue ; bouche petite, ronde, nue; canal diges-

(1) Voir à la fin du chapitre suivant les obs. de filaire sous la conjonctive.

tif droit, entouré par les ovaires contournés en spirale ; anus terminal formant un cloaque avec la vulve. — Mâle? blanc rougeâtre, contourné en spirale ; femelle blanche, assez droite, à queue recourbée en dedans (Davaine). En examinant un cristallin cataracte, que de Graefe venait d'extraire et qui était en partie recouvert de sa capsule, de Nordmann y aperçut deux anneaux très-petits et très -délicats. A. l'examen microscopique il reconnut que ces anneaux étaient constitués par deux filaires enroulées. L'une d'elles avaient été blessée à sa partie moyenne, probablement par l'instrument qui avait ouvert la capsule, de sorte que les intestins faisaient hernie hors du corps et apparaissaient comme de menus fils. L'autre, intacte, plus longue et extrêmement déliée, était morte et contournée en spirale. Plus tard, ce même auteur rencontra un nouvel individu de la même espèce dans un cristallin que Jtinken venait d'extraire. L'animalcule, plus développé que les précédents (11 millimètres) put cette fois être observé vivant.

Monostoma lentis. (festucaria lentis, Moquin-Tandon). Cet helminthe n'a été. observé qu'une seule fois. C'est encore de Nordmann qui Ta rencontré (en 1822) dans un cristallin opaque et de consistance molle, qu'on venait d'enlever chez une femme âgée. Ces animalcules, au nombre de huit, étaient longs de 0ram,3 en moyenne et incomplètement développés.

Distoma lentis (Distoma ophthalmobium, deDiesing; fasciola ocularis, Moquin-Tandon). Cet entozoaire, observé et décrit par Gescheit et Ammon, est ovale, lancéolé, déprimé, contractile; sa longueur varie de 0mm,5 à 1 millimètre, la largeur étant de 0mm,3; la ventouse ventrale plus grande d'un tiers que la ventouse orale est centrale avec une ouverture circulaire; il a été trouvé à Dresde sous la capsule du cristallin d'un enfant de 5 ans, né avec une cataracte lenticulaire accompagnée d'une « suffusion » partielle de la capsule, et mort dans le marasme. Il en existait quatre de l'espèce, et tous étaient si tués entre le cristallin et la capsule, où ils formaient de petites opacités visibles à l'œil nu. Un des individus plus libre que les autres dans

- 8J la position qu'il occupait entre le cristallin et la capsule, était raide et sans mouvement, les suçoirs tournés vers la face postérieure de la capsule antérieure. Deux autres avaient l'extrémité caudale rentrée et lui communiquaient de légers mouvements de va-et-vient. Le quatrième était raide et couché sur le côté.

Malgré les nombreuses recherches de ces mêmes observateurs, de P. Rayer et de plusieurs autres naturalistes, ces parasites n'ont pu être retrouvés depuis; aussi n'y a-l-il rien d'étonnant dans le doute qu'expriment à leur sujet bon nombre d'auteurs et dans l'embarras qu'ils éprouvent à leur assigner une place dans le cadre zoologique.

Enfin nous devons, en terminant ce chapitre, mentionner une observation de M. Fano, rapportée dans Y Union médicale du 14 mars 1868. 11 s'agit d'un enfant de 12 ans, chez lequel ce chirurgien trouva à l'examen ophthalmoscopique un corps long, délié, d'une épaisseur moindre que celle d'un mince cheveu, s' étendant de la partie supérieure et interne de la pupille, vers la partie antérieure de l'œil, pour se recourber avant d'arriver au cristallin, de manière à diviser la pupille en deux parties latérales. M. Fano reconnut dans ce corps deux sortes de mouvements : un mouvement de rotation autour du point qui semblait adhérent, et un mouvement d'inflexion suivant la longueur du filament lui-même. Pour ce chirurgien, un animal en vie pouvait seul présenter des mouvements semblables, et il n'hésite pas à dire qu'il a eu devant lui une filaire du corps vitré. On est loin d'être convaincu à la lecture de cette relation. D'abord c'est un fait unique dans la science ; d'un autre côté, le sujet de l'observation n'avait que 12 ans et était né à Paris, or tout le monde sait que la filaire est inconnue dans notre pays. De plus le jugement porté par l'auteur n'a pas été confirmé par l'extraction et l'examen direct du corps étranger» Enfin on conçoit difficilement comment une filaire aurait pu se développer et siéger dans le corps vitré sans déterminer la Lemoinc. 7

moindre réaction dans cette humeur; or l'observation porte que les milieux de l'œil avaient conservé toute leur transparence. Pour ces différents motifs, nous croyons qu'il y a eu, dans cette circonstance, une erreur de diagnostic : on aura pris sans doute pour une filaire soit une fausse membrane du corps vitré ou mieux les vestiges de l'artère hyaloïde.

Obs. XVII. — Dragonncau observé sous la conjonctive, par Bajun.

Dans le mois de juillet 1768, le capitaine d'un bateau de la Guadeloupe amena chez moi une petite négresse, âgée de 6 à 7 ans, et me pria d'examiner un de ses yeux, dans lequel ou voyait remuer un petit ver de la grosseur d'un petit fil à coudre; je l'examinai et j'observai, en effet, ce petit animal, qui avait près de deux pouces de long; il se promenait, autour du globe de l'œil, dans le tissu cellulaire qui unit la conjonctive avec la cornée opaque. En l'excitant à se mouvoir, je m'aperçus que ses mouvements n'étaient point droits, mais tortueux et obliques. La couleur de cet œil n'était point changée et la petite négresse disaitne sentir aucune douleur, lorsque ce ver s'agitait ainsi; elle avait cependant un léger larmoiement presque continuel.

Après avoir réfléchi sur le moyen que je pourrais employer pour le tirer, je crus qu'en faisant une petite ouverture à la conjonctive du côté de ce petit animal, et en l'excitant ensuite à se mouvoir, il sortirait de lui-même. J'exécutai ce projet, mais au lieu de s'engager par l'ouverture que j'avais faite, il passa à côté et fut à l'endroit opposé à l'incision. Voyant que cette tentative n'avait pu me réussir, je pris le parti de Je saisir au milieu du corps avec de petites pinces en même temps que la conjonctive; je fis ensuite, avec la pointe d'une lancette, une fort petite ouverture à côté de son corps, et avec une aiguille ordinaire je le tirai en double; après cette opération la négresse fut guérie sous vingt-quatre heures. (Bajon. Mémoires pour servir à t histoire de Cayenne et de la Guyane française, p, 32o.)

Obs. XVIII. — Ver trouvé sous la conjonctive à Maribarou (Saint-Domingue), par Mongin.

Je fus manié par M. le comte de Cokburn pour voir une négresse de son habitation, qui se plaignait d'une douleur très-piquante dans l'œil, sans beaucoup d'inUammation, depuis environ vingt-quatre

— 'Jl -

heures. Au premier aspect je vis un ver qui me paraissait serpenter sur le globe, mais voulant le saisir avec des pinces, je m'aperçus qu'il était entre la conjonctive et l'albuginée ; et, lorsqu'il approchait de la cornée transparente, les douleurs étaient plus vives. Pour l'extraire j'ouvris la conjonctive et il en sortit par cette ouverture. Il avait un pouce et demi de long, et la grosseur d'une petite corde à violon; il était d'une couleur cendrée, plus gros à un bout qu'à l'autre, et trèspointu par ses deux extrémités, du reste il n'avait rien de remarquable. Je serais porté à croire que ce serait un ver sanguin, car il ne me paraissait pas possible qu'il se fût accru dans cet endroit, sans y occasionner de la douleur et de l'inflammation. Mais comment y aurait-il pu entrer sans causer les mêmes désordres? {Journal de médecine de Paris, 1770, p. 338.)

Obs. XIX. — Note sur deux filaires observées dans les deux yeux,

par Guy on.

11 s'agit de deux vers observés par le Dr Blot, à la Martinique, sur une négresse originaire de Guinée. Ces vers se mouvaient avec agilité entre la sclérotique et la conjonctive; ils furent extraits au moyen d'une incision pratiquée sur cette dernière membrane. Le docteur Guyon reçut, deux ans après, sur ce fait les nouveaux renseignements que voici: a La jeune malade portait deux vers, qui tous deux étaient logés dans la conjonctive de l'œil gauche. La jeune fille assurait qu'ils passaient d'un œil à l'autre, ce qu'elle sentait aux forts picotements qu'elle éprouvait alors dans le trajet qui existe entre ces deux parties, à la hauteur de la racine du nez. Tout ce que je puis assurer à cet égard, me mande le Dr Blot, c'est que, lorsque je fus appelé par la malade pour lui examiner les yeux, elle avait un ver dans chaque œil, que je procédai d'abord à l'extraction du ver de l'œil gauche et quelques heures après, m'étant présenté pour faire l'extraction de l'autre, il n'y était plus; il était passé, disait la malade, dans l'œil gauche, où, en effet, j'en aperçus un autre, dont je lis l'extraction par une incision que je pratiquai à côté de celle qui m'avait servi pour la sortie du premier ver.» (Compte-rendu Acad .des sciences, 1838, 2e sem., p. 755, et Gaz. méd., Paris, 1841, p. 100.)

Index bibliographique. — Bajon, hc. cit., t. I, p. 325. — Journal de Méd. de Paris (1770\ p. 338, par Mongin. — Mémoires, dissertations et obs. de chirurgie (1805), par Arrachart, et Aun. de Méd. comparée de Rayer, fasc. % p. 113(1843), par Guyot. — Larrey,

M mu. et Camp., t. 1, p. 223, par de Lassus. — Arch. gén. de méd., 1832 (10e année) et Acad. des sciences, 3 déc. 1832, par Roulin. — Acad. des sciences, 29 oct. 1838, et Gaz. méd., 1841, p. 106, parBlot. — Climat et malad. du Brésil (1844), p. 135. parSigaux. — Zoologie méd. de Gervais et Yan Beneden, t. II, p. 143, parLestrille. — Guide pratique de Carron du Villars. — The Lancet, June 1, 1844, p. 309, par Lonegen. — Acad. des sciences, 7 nov. 1864, par Guyon.

Page 1