DU CYSTICERQUE EN GENERAL
Avant d'entreprendre l'étude de cet entozoaire dans les différentes parties de l'œil, il nous parait indispensable d'exposer quelques considérations générales au sujet de cet animal.
Le cysticerque (de *uart$, vessie et xépxo^ queue) , cysticercus cellulosœ de Rudolphi , que l'on rencontre chez l'homme, est un ver vésiculaire, la larve du taenia solium. Voici, d'après Davaine, quels en sont les principaux caractères. « Vésicule elliptique à laquelle on ne voit ordinairement aucun appendice extérieur, pourvue d'un pertuis fort petit et peu visible ; tète presque tétragone, double couronne de crochets au nombre de trente-deux; cou très-court, grossissant en avant; corps cylindrique plus long que la vésicule, grand diamètre de la vésicule 10 millimètres: diamètre moyen, 6 millimètres; petit diamètre, 4 millimètres; longueur des grands crochets, 0mm,17; des petits, 0mm,ll. Canaux longitudinaux très apparents dans la tôte, corpuscules calcaires très-nombreux. »
L'origine des cysticerques n'est pas encore établie d'une manière bien précise. Cependant, d'après le point auquel sont arrivées les connaissances sur le développement des vers cestoïdes, il est plus que probable qu'ils proviennent d'œufs de taenias ingérés sans doute avec les aliments ou avec les boissons. On sait, en effet, quelle grande résistance opposent à toute cause de destruction les œufs de taenias expulsés avec les cucurbitins.
Or, avant même leur sortie du corps de l'animal, qui les contenait, une transformation s'était opérée dans ces œufs. Déjà ils renfermaient un embryon, appelé embryon hexacanthe. Une fois parvenus sur un terrain convenable, dans l'intestin d'un animal où ils sont aptes à se développer, ces œufs sont dépouillés de leur coque soit par l'action des sucs intestinaux, soit par une autre cause, et l'embryon hexacanthe se trouve mis en liberté. Arrivé à ce moment de sa migration, le petit être perfore les parois de l'intestin au moyen de ses spicules. Ce point a été mis hors de toute contestation par les études de Davaine sur le Tœnia proglottina du coq domestique, où l'observation en est facile. Mais quelle est la voie ultérieurement suivie par l'embryon hexacanthe pour se porter dans les différentes régions de l'économie ? C'est un point qui reste à élucider.
Deux opinions surtout se trouvent ici en présence : les uns disent que l'embryon hexacanthe traverse les parois des vaisseaux et qu'il est emporté dans le torrent circulatoire. Le nombre souvent très-considérable de larves, provenant des taenias, qu'on rencontre dans les différents parenchymes, tels que le foie, le poumon, le cerveau, etc., semblerait donner une grande force à cette hypothèse. Mais d'un autre côté, les expériences de Baillet tendraient à renverser complètement cette manière de voir, en prouvant la progression de ces animalcules à travers les organes eux-mêmes. Baillet, en effet, a montré qu'il existe à la surface des organes parenchymateux et souvent en d'autres points du corps, dans des cas d'infection expérimentale, des sillons très-évidemment creusés par les embryons en migration.
Les expériences de Baillet prouvent sans doute d'une manière indiscutable que le cysticerque se transporte dans certains organes, en les perforant au moyen de ses crochets. Cependant on s'explique difficilement comment il peut, de cette manière, parvenir jusqu'à des points souvent très éloignés du
tube digestif, comme le cœur, l'œil et surtout le cerveau. Il faut bien admettre, croyons-nous, qu'il se sert quelquefois aussi du torrent circulatoire, comme de véhicule. Voici, du reste, ce que dit à ce propos M. Davaine (art. cestoïdes, Diction, de Dechambre) : « Il est probable qu'il arrive aussi quelquefois dans la cavité d'un vaisseau et qu'il est transporté par le sang dans les organes éloignés, tels que le cœur, le poumon, le cerveau, l'œil, etc. Cette probabilité se changera même en certitude, s l'on considère que dans les expériences faites pour constater la transmission du ténia inerme, de l'homme au bœuf, expériences qui consistent à faire avaler à ce ruminant un grand nombre d'œufs du ténia, le cœur a été de tous les organes le plus envahi ; la cloison interventriculaire même contenait des cysticerques. »