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DU CYSTICERQUE DANS LE CRISTALLIN

Une seule fois le cysticerque s'est présenté dans le système cristallinien de l'homme, et c'est de Graefe qui a observé ce

cas, en 1864. Il est impossible, d'après un exemple unique, de tenter une description de l'enfozoaire dans cette partie de l'œil, nous nous contenterons de rapporter simplement la relation de ce fait curieux, telle qu'elle a été tracée par l'auteur.

Obs. X. — Mme Sophie (G...), âgée de 4:2 ans, se présente à la clinique, en novembre 1864, pour une cécité de Pœil gauche, survenue au mois de juin de la même année, dans l'espace de trois semaines, avec de légers phénomènes d'irritation. Depuis le commencement du mois de juillet, la malade n'éprouvait plus de douleur, mais ne possédait plus de perception lumineuse quantitative. A l'examen de l'œil, on pouvait constater nue cataracte corticale molle complètement formée; il existait des synéchies postérieures isolées; l'iris était décoloré et un peu rétracté à sa périphérie; la consistance du globe oculaire était considérablement diminuée; la perception lumineuse n'était pas trop défectueuse, mais aussi pas tout à fait précise (à 8 pouces de distance, le disque lumineux n° 8 était perçu nettement) ; la projection et les phosphènes étaient, conservés. Je portai le diagnostic « iridocyclite avec affection du corps vitré et cataracte secondaire.» Quoiqu'on eût présenté le résultat d'une opération comme peu important et même douteux, la malade désira être opérée, parce qu'elle avait souffert quelques jours auparavant d'une forte névralgie ciliaire, et de senshilité douloureuse de l'œil au toucher. Je pratiquai avec un large couteau lancéolaire une grande incision linéaire par en haut, je fis l'excision d'une large portion d'iris, j'ouvris la capsule, et à l'aide d'une légère pression exercée avec la curette sur les bords de la plaie, la cataracte très-ramollie fut facilement expulsée. La quantité normale de cristallin parut avoir été évacuée, et cependant la pupille restait toujours masquée par un corps blanchâtre, dont on ne pouvait bien distinguer hs détails à cause d'une petite hémorrhagie. J'employai alors les manœuvres de pression légère dont on se sert ordinairement pour faire sortir les restes de la substance corticale. Immédiatement on vit sortir au milieu de quelques parties floconneuses de substance corticale une vésicule transparente de 6 millimètres de diamètre, portant une petite tache blanche peu élevée. Je supposai que c'était là un cysticerque, et en effet le microscope le fit reconnaître comme tel. Après l'expulsion de la vésicule, les masses blanchâtres avaient disparu du champ pupillaire, mais on y voyait de fines membranes jaunâtres en rapport, à ce qu'il me parut, avec la

capsule postérieure, ou situées du moins immédiatement en arrière (infiltration membraneuse du corps vitré)» Avec un petit crochet, je déchirai ces membranes (ainsi que la capsule postérieure), et il sortit un peu d'humeur vitrée, liquéfiée et jaunâtre. Il apparut alors un espace relativement libre d'opacités, ce qui confirma la supposition que les couches opaques occupaient principalement la région antérieure du corps vitré.

Le résultat fut aussi favorable que possible dans ces conditions. Les opacités du corps vitré mentionnées s'éclaireirent, mais l'examen ophthalmoscopique démontra plus tard l'existence de fines membranes dans les régions postérieures du corps vitré. La consistance du globe oculaire redevint normale. La malade, lorsqu'elle nous quitta, six semaines après l'opération, comptait les doigts à o' de distance, et lisait difficilement avec 4- 2, n° 16 (Jaeger) à 3*' de distance. On pouvait espérer que cette amélioration ferait encore des progrès.

Quant au siège de ce cysticerque, on pourrait hésiter à le placer, soit dans le cristallin, soit immédiatement en arrière. La dernière opinion ne serait admissible qu'à condition de supposer en même temps la destruction de la capsule postérieure par l'entozoaire ou par le processus morbide ; la région antérieure du corps vitré, située en avant des membranes jaunâtres, devait en ce cas communiquer directement avec la cavité du système eristallinien, et l'humeur vitrée occupant normalement cette partie, devait avoir été résorbée. Sans cela le cysticerque n'aurait pu sortir en môme temps que les dernières masses corticales, et sans être accompagnée d'une trace d'humeur vitrée, d'autant moins que rien pendant l'opération n'indiqua une lésion de la capsule postérieure.

D'ailleurs, que le siège du cysticerque ait été situé dans l'intérieur de la cristalloïde fermée près du pôle postérieur du cristallin, ou qu'il ait été situé primitivement dans la région antérieure du corps vitré, et qu'une perforation de la capsule postérieure ait amené une libre communication avec le cristallin, supposition qui pourrait s'appuyer peut-être sur l'existence d'altérations étendues du corps vitré, toujours est-il, qu'au moment de l'opération, nous avions ami ire à un cysticerque du cristallin.

La malade ne pouvait fournir des indications exactes sur le début de la cataracte; cependant elle était sûre que, déjà au mois de juillet, peu de temps après la perte de la vision, on s'était aperçu de la tache grise qui masquait la pupille. La formation rapide de la cataracte me parait d'ailleurs d'autant plus admissible, que la seule affection

du corps vitré n'aurait pu abolir dans le temps les fonctions d'une manière aussi complète. En nous appuyant sur le fait, que Firitis ou l'iridocyclite ne conduit que lentement à la formation d'une cataracte, nous serions autorisé, dans notre cas, à conclure que l'entozoaire avait habité le cristallin dès le début de l'affection, ou bien qu'après un court séjour dans le corps vitré, il avait perforé l'hyaloïde et la capsule postérieure, et était entré ainsi en communication avec le cristallin. (Clinique ophth., traduit deE. Meyer, p. 363.)

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