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cils contre cet organe. Il y avait de plus injection très-prononcée de la conjonctive, opacité commençante de la cornée et affaiblissement de la faculté visuelle. Les douleurs paraissent le résultat de la distension et de la compression des parties. Le début de l'ophthalmie remontait à deux ans. L'œil avait son volume normal, la tumeur, qui l'avait déplacé, faisait saillie au côté externe de la base de l'orbite, dont elle était bien distincte; dure, rénitente, elle donnait à la pression une sensation obscure de fluctation; il s'agissait donc d'une tumeur liquide. Quant à la nature intime, Goyrand pensa qu'il avait affaire à un kyste séreux et purulent : « Le 10 juin, après avoir fait connaître mon opinion à mes confrères, en y mettant toutefois une certaine réserve, je procédai de la manière suivante à l'opération : j'incisai la commissure externe des paupières, jusqu'à la tempe, et je fis écarter les bords de l'incision avec des crochets mousses. Gomme je cherchais à inciser la conjonctive qui recouvrait la tumeur, par suite d'un mouvement que fit le malade, le bistouri percale kyste; il en jaillit un liquide d'une limpidité parfaite. La tumeur se flétrit et s'affaissa. Avec une pince à crochets, je saisis alors le Kyste et la conjonctive qui le recouvrait et J'en excisai un lambeau avec des ciseaux courbes. Le kyste fut ainsi largement ouvert : j'y plongeai le doigt, qui pénétra facilement jusqu'au fond de l'orbite, puis, y ayant distingué un corps blanc, opalin, membraniforme, ridé, je le retirai avec la pince : c'était une hydatide solitaire, qui, distendue, avait dû avoir le volume d'une grosse noix. L'hydatide extraite, l'œil est rentré de lui-même dans l'orbite, conservant sa direction oblique en dehors, et s'est enfoncé plus profondément que son congénère. L'incision de la conjonctive fut réunie par trois points de suture, et l'œil recouvert de compresses imbibées d'eau froide. »
Pendant deux jours le gonflement des paupières devint considérable. Le 12, Goyrand retira les épingles : l'écoulement purulent est abondant, les parties se détuméfient. Le 17, l'œil, qui était redevenu très-saillant par le fait de l'inflammation, a repris sa place dans l'orbite ; son axe est toujours dévié en dehors. « Le malade quitte Aix le 1er juillet ; quand il vient me revoir, dit Goyrand, il n'existe plus trace d'exorbitisme ni d'entropion. Le strabisme divergent est moins prononcé ; l'œil peut se diriger en avant, mais ne peut encore se tourner vers le nez; il n'existe plus d'injection à la conjonctive, la cornée s'éclaircit; la vue s'est déjà notablement améliorée. (Ann. d'ocul., t. xvi, p. 104).
Obs. XVI. — Gysticarque de l'orbite, par de Graefe,
Charlotte E..., âgée de 10 ans, vient nous consulter en janvier 1863 pour une petite tuméfaction qui se montre depuis quelques semaines sous la paupière inférieure de l'œil droit. Je constatai vers le centre de la paupière une petite tumeur arrondie, de quelques lignes de diamètre, peu proéminente, recouverte par l'orbiculaire et adhérente, à ce qu'il me paraissait, au périoste du bord inférieur de l'orbite. La palpation n'était pas douloureuse, la surface de la tumeur tendue, et je croyais sentir un peu de fluctuation, en sorte que j'inclinais à supposer l'existence d'un kyste. Pendant une observation de six semaines (on faisait des badigeonnages à la teinture d'iode), la tumeur s'accroît continuellement, en sorte qu'au commencement de mars, la surface hémisphérique mesurait 14 millim. et soulevait visiblement la paupière inférieure. La tumeur paraissait s'amincir en arrière sous forme d'un cône, dont le sommet aurait un peu dépassé l'équateur du globe oculaire. Elle repoussait considérablement le globe en haut, et, en empêchant la mobilité normale en bas, produisait une diplopie dans cette direction. Il n'existait pas d'exophthalmos, circonstance qui prouve que la tumeur ne s'étendait pas en arrière. Cette tumeur présentait maintenant au doigt une forte résistance, assez uniforme sur toute sa surface, sauf au centre de la face antérieure, où la fluctuation était manifeste. A cet endroit la peau était devenue, pendant ces derniers jours, rouge et douloureuse au toucher. La face antérieure et supérieure de la tumeur me paraissait adhérer intimement au cul-de-sac de la conjonctive, à travers laquelle on apercevait une coloration jaune rougeâtre, lorsqu'on écartait la paupière inférieure. La face inférieure de la tumeur paraissait toucher directement, ou même adhérer au périoste.
J'étais hors d'état de préciser le diagnostic; seulement les symptômes développés pendant les derniers jours me faisaient présumer une suppuration partielle dans la partie antérieure de la tumeur. L'accroissement continuel indiquait la nécessité d'une opération qui fut pratiquée, en effet, le 2 mars. Je fis une large incision transversale à travers la paupière inférieure et le muscle orbiculaire au niveau de la tumeur, que je disséquai soigneusement jusqu'à son extrémité postérieure. Mon aide, attirant fortement la tumeur en avant, sa paroi antérieure, très-mince déjà, se rompit en un endroit circonscrit et livra issue à quelques gouttes de pus liquide et à un petit corpuscule
membraneux blanchâtre, que je fis immédiatement examiner au microscope. La conjonctive fut légèrement perforée, puisque la surface de la tumeur adhérait intimement à la muqueuse amincie par la distension. On eut quelque peine à séparer la face inférieure de la tumeur du périoste, d'ailleurs sain, auquel elle était fortement adhérente.
La tumeur extirpée mesurait d'avant en arrière 22 millimètres; elle avait à sa grande extrémité antérieure une hauteur de 13 millimètres et une largeur de 15. Elle était composée d'un tissu fibroïde très-dense et uniforme (Recklinghausen), et présentait, près de sa paroi antérieure très-mince (rompue), une petite cavité suhérique d'un diamètre de 6 millim., qui avait renfermé le pus et le corpuscule membraneux. Ce dernier n'était autre qu'un entozoaire ratatiné, avec quelques dépôts de pus à sa surface; la tète et le cou de l'animal étaient bien conservés et avaient tous les caractères spécifiques du cysticercus cellulosœ. La face interne de la cavité présentant, en outre, un foyer hémorrhagique assez étendu, était revêtue d'une membrane pyogénique verdâtre. L'enfant guérit, parfaitement, et le globe oculaire reprit sa position, ainsi que sa mobilité normales.
Index bibliographique des kystes hydatiqucs de l'orbite. — Cases and observations on Surgery, 1806, p. 104, par Weldon. — Mackenzie, loc. cit., t. II, p. 8G0, par Lawrence. — Cliniq. chirurg., t. Il, p. 102, par Delpech. — Ann. d'ocul., t. XIV, p. 125, par Garcia Roméral. — Bullet. thérap., t. XXV, p. ^30, par Goyrand. — Med. chirurg. Transactions, t. XVH, p. 48, par Bowmann. — Ann. d'ocul., t. XXXII, p. 90, par Ansiaux. — Guthrie et Travers (Velpeau, Art. orbite, Dict. en 30 vol., p. 298).— Arch.gén. deméd., t. Xiif, p. 293, par Cloquet. — Arch. f. ophth., t. X, A, I, p. 205, par de Graefa. — Zehender, Monatsbliitter, 1865, p. 385, par Waldhauer.— Ann. d'ocul., t. LVI, p. 172, par Giilivray. — Ann. d'ocul., t. LXVJH, p. 232. — Traité des tumeurs de l'orbite par Demarquay, 1860.