DES SEXES
Au premier âge de la vie, la nature ne met point entre les sexes ces différences tranchées, qui plus tard les font reconnaître. Peu importe, en effet, qu'à cette époque de l'existence , il y ait une ressemblance plus ou moins intime entre le frère et la sœur ; ils ne sont point encore appelés à entrer dans la voie de leur destination individuelle. La nature ne veut qu'une seule chose, qu'ils se développent et grandissent.
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Dans cet entant frais et rose, aux longs cheveux bouclés , souvent l'œil le plus attentif ne peut, de prime abord, distinguer le sexe. L'accroissement de l'individu est tout alors pour la nature ; c'est dans le secret et silencieuse, qu'elle accomplit son œuvre et travaille à son but. Rien ne doit entraver la croissance de son cher élève; aussi , pas de peines de cœur , pas d'inquiétudes d'esprit. La colère et la joie passent fugaces et rapides comme un vent qui ride l'onde et s'efface. Aimer ses parents et ses jeux , voilà l'univers de l'enfant ; jusqu'à ce qu'il soit en état d'user de ses forces physiques et intellectuelles, Dieu n'élargira pas son horizon. Cependant vous ne tardez pas à voir, dans ces enfants qui croissent sous vos yeux, des êtres divers et dont la destination différente commence à se trahir. Une complexion plus molle et plus tendre, des traits plus indécis, plus de souplesse et de délicatesse de formes, un teint plus transparent, des cheveux plus soyeux, distinguent la petite fille du petit garçon. Sa voix est douce et flùtée, sa démarche onduleuse; elle est craintive et timide, se réfugie à la moindre apparence de danger sous l'aile de sa mère. Son intelligence est plus perçante que celle de son petit compagnon. La nature chez celui-ci ne cultivera cette dernière qu'après la force ; aussi , voyez comme il a déjà une taille robuste et bien prise , des membres épais, une tète grosse et carrée, une carnation ferme, un son de voix mâle, de l'assurance dans le regard et de la hardiesse dans l'esprit. Il aime le bruit et le fracas, les exercices violents ; sauter, courir , grimper, lancer des pierres, simuler des batailles, battre la caisse, voilà ses jeux. Il quitte la société de sa mère pour celle de son père ; il aime les revues, les brillants uniformes , les chevaux , les armes ; il prélude ainsi à ce qu'il doit être un jour ; on dirait qu'il pressent sa destinée de travail et de protection. La petite tille a des habitudes plus douces et qui semblent aussi un pressentiment d'avenir. Elle reste auprès de sa mère , la solitude de la maison ne l'ennuie pas ; une aiguille et des chiffons l'oc cupenl une journée ; elle parodie tous les soins du ménage
habille ses poupées, les couche, les berce et les endort; sa poupée, c'est son enfant; elle lui prodigue mille soins, mille caresses; voyez là faire, c'est une mère véritable qui sait tout ce qui lui convient, qui sait tout ce qu'il lui faut. Admirable instinct ! L'eau n'a pas appris à couler, le zéphir à chanter dans les feuilles, la femme à aimer los enfants ; c'est sa destinée, sa fonction ; petite fille, elle a sa poupée pour enfant ; jeune fille, elle a des tentations de baisers pour toutes les joues de poupons roses; elle les prend sur ses bras, les amuse et les berce; mère, elle est sublime de souffrance et d'amour , il se passe en elle d'étranges mystères que nous ne comprenons pas; vieille grand'mère, elle promène son petit-fils ; c'est la poupée de sa dernière enfance. Voilà donc la destinée de la femme qui se traduit tout entière dans les sentiments et les habitudes de ses premières années. Bientôt la nature va l'inscrire aussi dans son organisation. A l'homme elle donne la force et la puissance , la mission de protéger ; à la femme elle donne la beauté qui captive , qui domine la force et la puissance. Ce que Dieu a fait pour les plantes , il le fait pour l'humanité ; la jeune fille a son printemps , elle aussi , avec sa fraîcheur et ses douces harmonies. Elle est la tige sur laquelle doit fleurir l'humanité ; le créateur la rend belle comme les fleurs , il la nuance comme les corolles de la rose et du lys ; il lui donne la vivacité, l'éclat , la douce pâleur , le velouté des plus brillantes parures des champs, il épuise pour elle tous les trésors et toutes les habiletés de son pinceau. Voyez ce front pur et suave , transparent comme une onde, ces cils longs et soyeux qui voilent ou découvrent l'œil, et dans ce miroir de l'ame, quelle candeur, quelle timidité. Voyez cette bouche vermeille qui sourit ou qui chante, et qui s'entr'ouvre pour laisser voir comme des gouttes de rosée au sein d'une fleur.
Dans ce chef-d'œuvre de la nature , quelle suavité de lignes , quelle pureté de formes; pas une saillie brusque, partout la mollesse de la courbe, qui ondule avec grâce, pour franchir
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un creux, ou pour amollir la dureté d'un angle. Partout la force est sacrifiée à l'élégance, à la beauté ; les bras sont délicats, arrondis; la main faible, petite, effilée; le corsage long et flexueux. Mais les hanches s'arrondissent et s'écartent; la partie inférieure du tronc acquiert tout à coup de grandes dimensions, devient proportionnellement beaucoup plus forte que la supérieure. C'est que la nature se ménage l'espace nécessaire pour la gestation ; c'est pour cette fonction importante que toutes ces dispositions sont prises. Voilà d'un côté préparée, la première demeure de l'enfant qui va naître.
De l'autre, deux sources de vie paraissent, qui lui fourniront un doux nectar à son entrée au monde. Voyez le sein s'arrondir sur la poitrine, à la hauteur des bras qui porteront le nouveau-né, auprès du cœur, où de douces pressions maternelles le réchaufferont amoureusement.
Ne croyez pas que le Créateur n'ait voulu donner à la femme qu'un organe utile; il a voulu qu'il lui servit de parure; en effet, suavité des contours, douceur et velouté de la peau, admirable blancheur, où tranche tout à coup une tendre teinte de rose ; tout est réuni pour charmer l'œil et le toucher. Dans la femme, ce qui tient aux fonctions génératrices, parait être l'objet principal; le reste un simple accessoire. Sa destination est écrite dans chaque fibre de son organisation. Pour qu'elle ne soit pas tentée de l'oublier et d'usurper d'autres fonctions que les siennes, à part sa faiblesse et sa timidité naturelle, Dieu l'a condamnée a la vie sédentaire, en écartant beaucoup les deux cavités cotyloïdes , ce qui lui rend la marche difficile et pénihle. 11 lui a en outre donné un pied court et peu large, base de sustentation réellement insuffisante, qui ne lui permet pas ces courses fatigantes ou lointaines que l'homme peut faire sans difficulté. De leur côté, les organes de la génération ont pris tout à coup, à l'époque de la puberté, le développement nécessaire.
Le jeune homme aussi, lui, s'est formé Une physionomie mâle et sérieuse a remplacé les roses de l'enfance, son corps
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s'est élancé, ses formes se sont dessinées brusques et saillantes; sa beauté, à lui, c'est la force et la vigueur, rien d'efféminé ne lui sied ; sa tête, faite pour le travail intellectuel, doit, dans ses lignes nobles et largement tracées, révéler une pensée vigoureuse; elle se relève avec fierté, parce qu'à elle appartient la royauté du monde; son œil vif regarde en face, car c'est lui dont les éclairs doivent être les précurseurs du courage à l'approche des dangers. Une poitrine large et évasée fournit une base puissante d'implantation a des bras robustes faits pour la défense, l'attaque ou le travail. Son pied n'hésite pas sur le sol; large et apte à la marche, il prend possession de la terre, s'y implante avec puissance. Le système pileux , noble attribut de la virilité, vient ombrager la face et donner aux autres parties du corps un caractère infaillible de vigueur et d'énergie. Les organes de la génération prennent un développement rapide.
Chez la femme, c'est la beauté, c'est l'élégance et la grâce qui se sont manifestées; chez l'homme, c'est la force. Tout est sage dans les desseins de Dieu; tout est harmonieux dans ses œuvres.
De cette union de la force et de la beauté , naîtront de nobles générations d'hommes.
C'est ainsi que peu à peu , avec les années , chacun acquiert les caractères propres à son sexe; que le corps et l'ame se dé- \ eloppent dans des directions et d'après des tendances diverses. A l'homme la vigueur et l'énergie; à la femme la faiblesse physique et la timidité de l'ame. Au premier, le travail, les dangers, les hasards de l'existence; à la seconde, la tranquillité de la vie intérieure, les soins du ménage , l'éducation des enfants. L'homme est le protecteur naturel de sa famille; la femme, tendre providence des siens, a pour eux les sollicitudes d'un bon ange; sa faiblesse et sa douceur, sont les charmes les plus puissants de l'empire qu'elle exerce. Elle ressemble à ces plantes gracieuses qui , par elles-mêmes ne pouvant résister au souffle des vents s'attachent instinctivement
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a l'arbre voisin qui les soutient et les protège. Chacun des deux sexes a des goûts, des inclinations, des passions en rapport avec sa destination.
A l'homme la puissance de la volonté qui commande et fait obéir. A la femme celle des larmes qui obtiennent tout ce qu'elles demandent. L'homme sent bouillonner dans ses veines un sang généreux qui l'excite, ses passions sont énergiques et véhémentes; il connaît la force de son bras, l'agilité de son corps, il ne se détourne pas du danger, il marche au devant de lui , l'affronte et le provoque. La femme , délicate et faible , douée de passions douces, redoute tout ce qui lui parait un obstacle, un danger. Le petit oiseau se réfugie sous l'aile de sa mère quand l'épervier parait daus l'air; elle, à la moindre apparence de péril , se réfugie sous le bras protecteur de l'homme; le sentiment intérieur de sa force inspire à ce dernier l'audace, la confiance; le sentiment de son impuissance force la femme à recourir à la ruse et à l'adresse. Fait pour les rapports sociaux, pour travailler non seulement au bonheur des siens, mais encore pour payer au corps social tout entier sa dette de travail et d'assistance, l'homme a des sentiments et des passions qui cherchent à s'épandre. La femme, au contraire, faite pour agir dans un cercle plus restreint, ramené tout à elle et aux siens. De là vient qu'elle est moins capable de dévoùment, d'amitié pour autrui. Celle que la charité n'a pas élevée au dessus des tendances naturelles de son sexe, sacrifie tout à l'égoïsme, et à l'amour restreint de la famille. Aussi, chez les femmes, tout ce qui tient à l'amour propre ment dit et aux liens de parenté, est plus vif que chez les hommes.
La jalousie, qu'un auteur de beaucoup d'esprit a nommée un amour empoisonné, atteint chez elles un degré de véhémence inouie. L'isolement dans lequel elles \ivent, les rend très sujettes à l'ennui. Le libertinage qui provient de l'abus coupable des jouissances physiques, peut devenir en elles infiniment plus grand que chez l'homme . douées d'une volonté
inférieure à la sienne, d'une sensibilité plus vive, elle sont facilement entraînées , et l'expérience ne prouve que trop à quel degré d'abjection elles sont susceptibles de descendre. Le cœur de la femme peut atteindre aux sublimités de l'amour, et tomber dans les plus honteuses profondeurs de la débauche. La chute est en raison de la hauteur où l'on se trouve, et les femmes, si puissantes pour lebienducôté du cœur, le sontégalemcnt pour le mal. A cause de leur exquise sensibilité, elles ont plus de délicatesse, de tact, de finesse que les hommes; faciles à blesser, sans cesse occupées à aimer ou à plaire, elles possèdent avec un art infini, ou plutôt avec une incroyable per fection d'instinct , toutes les nuances du sentiment. Un homme peut laisser échapper des choses blessantes sans y songer; il est rare que cela arrive aux femmes. Elles ont , dans leur langage sentimental , une justesse de portée qui les rend maitresses absolues du but qu'elles visent; elles peuvent à leur gré l'effleurer, ou le frapper en plein centre. Plus malignes que les hommes, elles aiguisent admirablement la pointe du sarcasme et de l'ironie. Envieuses de tout ce qui flatte les sens ou le cœur, elles sont en général exemptes de l'ambition qui naît dans l'esprit, et vise aux grandes choses. Elles ont peu d'amies de leur âge, de leur rang, ou même qui leur soient égales en beauté, elles n'ont que des rivales. Le plus souvent , quand deux femmes paraissent se lier d'amitié , c'est sous. toutes réserves de dissimulation réciproque et d'antagonisme de coquetterie. La coquetterie est un des ornements , et en même temps l'un des plus grands vices des femmes. Poison qu'elles jettent dans l'air, et que respirent ceux qui les approchent ; poison qui produit au cerveau des vertiges , et obscurcit la raison; qui souffle dans le cœur les ferments du désir , de l'amour malheureux , il fait à lui seul plus de mal aux hommes , aux jeunes gens surtout , que toutes les impulsions de leur propre nature.
En amour, les hommes n'ont point la constance et le dévoùment absolu des femmes; ils sont moins fidèles à leurs
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affections; les sens, chez eux, dominent souvent le cœur, et le besoin parle pins haut que le sentiment. Quand la femme devient mauvaise, elle se laisse de plus en plus domi ner, entraîner ; mais ce qui est la honte de l'homme pervers, c'est qu'il fait souvent le mal de propos déterminé, et moins avec le cœur qu'avec l'esprit.
Il est des passions que les femmes éprouvent beaucoup pins rarement que les hommes ; ainsi toutes celles qui dérivent de l'intempérance. Elles ont des besoins physiques moins impératifs que ceux de l'homme. Moins actives que lui , moins faites pour le travail, elles ne sont pas autant obligées à réparer leurs forces; leur estomac est facile à satisfaire, leur digestion prompte, et leurs goûts moins portés à l'usage des viandes et des liqueurs fortes. Elles ne pèchent guères par gourmandise; elles ont inventé un petit défaut qui s'appelle friandise, et qui s'exerce presque innocemment sur les produits sucrés des pâtissiers et des confiseurs. Rarement elles sont adonnées à l'ivrognerie. Elles ont une horreur innée de tout ce qui occasionne au palais de trop vives sensations.
Les hommes, au contraire, se laissent souvent dominer par ces passions brutales qui en amènent tant d'autres à leur suite. Ils sont plus sujets aux emportements de la colère et à toutes les affections violentes. Les femmes commettent plus d'empoisonnements, et les hommes pins d'assassinats à force ouverte. Résumons nous en disant que les passions du cœur sont plus développées chez les femmes, et que celles des sens et de l'imagination le sont davantage chez les hommes.
DES TEMPÉRAJIENTS.
L'expression de tempérament vient des idées qu'avaient les anciens sur la constitution physique des êtres; suivant ces idées , chaque corps était composé d'un certain nombre d'éléments différents, mais combinés de manière à former un ensemble dans lequel les qualités opposées de ces éléments se compensaient, se tempéraient mutuellement , et constituaient
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un équilibre plus ou moins parfait. La perfection absolue
de cet équilibre donnait lieu au tempérament parlait. Les défauts d'équilibre , résultant de la prédominance de tel ou tel élément, et néanmoins compatibles avec la santé et l'exercice des diverses fonctions, constituaient les variétés des tempéraments. Les qualités essentielles des éléments reconnus par les anciens , étaient le froid et le chaud , le sec et l'humide ; ces quatre éléments formaient en se réunissant, quatre combinaisons principales. Celle du chaud avec le sec; celle du chaud avec l'humide; celle du froid avec l'humide; celle du froid avec le sec. Ces combinaisons étaient représentées dans l'économie humaine par quatre humeurs; savoir : le sang, chaud et humide; la bile, chaude et sèche; la pituite, froide et humide ; la mélancolie, froide et sèche. La prédominance d'une de ces quatre humeurs donnait des variétés de tempéraments plus ou moins éloignés du parfait, et aux excès desquels correspondaient certains désordres ou intempéries. Les quatre tempéraments principaux étaient , le sanguin , le bilieux , le phlegmatique ou pituiteux , le mélancolique. Cette théorie, fondée sur des idées physiologiques erronées , est complètement ridicule et absurde. Mais si l'on ne considère que les faits généraux qu'elle énonce, indépendamment de l'explication qu'elle en donne, on voit que les anciens avaient rencontré juste dans leur division des tempéraments. Depuis, la science a marché, la physiologie a rectifié ces théories enfantées par l'imagination , en mettant à leur place les résultats de l'observation judicieuse, mais les divisions des anciens sont restées; seulement on a dans ces derniers temps substitué au mot de tempérament, celui de constitution, qui nous parait plus exact. On a aussi admis des variétés dont l'antiquité ne tenait pas assez compte. Il nous suffira pour le but que nous nous proposons, de jeter un coup d'œil rapide sur les constitutions sanguine, bilieuse, nerveuse, lymphatique et mélancolique. Constitution sanguine. — L'individu doué de cette constitution est facile à reconnaître. Sa ligure épanouie, où Heu
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rissent les roses de la santé, n'est sillonnée d'aucune ride. Tous ses traits sont pleins et arrondis; son front, ombragé de cheveux blonds ou châtains , fins et soyeux , ne porte la trace d'aucune souffrance. Ses yeux, le plus souvent bleus et humides , semblent refléter un rayon de l'azur deseieux. Sa bouche vermeille est toujours disposée à sourire. Dans la jeunesse, ses joues sont veloutées d'un léger duvet, qui plus tard se transforme en une barbe ordinairement peu fournie. L'homme de cette constitution tend un peu à l'obésité : du reste, il est bien fait et se pose avantageusement. Son extérieur respire la confiance et un certain air de dignité débonnaire. Ses passions sont douces et expansives. Il est ami des plaisirs, de la bonne chère. L'agitation, le bruit, les dissipations de toutes sortes, le luxe et la magnificence, sont l'élément dans lequel il se trouve heureux. Inconstant et léger, il ne s'arrête à rien et ne sait jamais persévérer dans la même voie. Présomptueux et téméraire, il est prompt à entreprendre, et l'action chez lui précède la réflexion. Le présent seul l'occupe; quant à l'avenir, il n'y songe pas; on dirait que sa vie n'a ni passé ni lendemain. Les affaires les plus sérieuses ne sont pas capables de l'arrêter longtemps; tout lui apparaît sous le côté plaisant. Doué d'un esprit vif et spontané, mais superficiel , il parle de chaque chose avec une grande facilité ; la douceur de son langage, le sou de sa voix, l'air de bonté répandu sur son visage, charment les oreilles et attirent la confiance de ceux qui l'écoutent. Capable d'effleurer toutes les sciences , il n'en sait approfondir aucune. Généreux et bon, il fait le bien sans jamais craindre qu'on le prenne pour dupe. Lue extrême confiance en lui-même fait qu'il ne prend jamais de précautions. Sa sensibilité excessive le porte a s'attendrir sur toutes les infortunes, mais sa légèreté les lui fait vite oublier. Les passions véhémentes ou terribles qui s'emparent de l'ame et la subjuguent, n'ont point d'accès chez lui. Il a plus de galanterie que d'amour, il est volage dans ses affections et victime de toutes les séductions qui se présentent.
Constitution bilieuse. — Le bilieux porte sur sou visage l'empreinte des pensées d'uuc arae fortement trempée. Tous ses traits sont saillants et mobiles. Son front, couronné d'une chevelure rude et épaisse, ordinairement noire ou brune, est sillonnée de rides transversales qui annoncent l'habitude de réfléchir. Ses sourcils épais, fortement arqués et proéminents, font vivement ressortir un œil perçant comme celui de l'aigle, dominateur comme lui. Sa bouche serrée ne connaît guère d'autre sourire que celui de l'ironie amère ou de la dédaigneuse supériorité. L'habitude du corps est plus sèche que chez le sanguin. La taille est ordinairement moins élevée. Le bilieux, violent, emporté, ne connaît point d'obstacles. Sa volonté ferme et persévérante heurte de front les difficultés ; fait pour commander, il impose aux autres hommes, les domine par une sorte de fascination magnétique. Orgueilleux et fier, ami du faste et de l'apparat, il s'attache au char de la fortune et poursuit les grandeurs. La sobriété est une de ses vertus. Persévérant dans ses projets, il a l'habileté nécessaire pour les faire réussir. Apte à l'étude, il dédaigne les fleurs du style et du langage, il aborde les choses sérieuses, approfondit les sciences les plus abstraites. Sou discours n'a rien d'apprêté, mais il est fortement senti. 11 subjugue les masses par la vivacité de ses pensées , et leur communique l'ardeur dont son ame est pleine. C'est l'orateur populaire ; c'est lui qui d'un mot entraîne le peuple à la révolte et les armées à la victoire. Il sait , au besoin, se prêter à la ruse et à l'adresse ; la fourberie même ne lui est pas étrangère, car la fin lui importe en général beaucoup plus que les moyens. Dans les dangers , il grandit et se multiplie; il affronte le trépas; il enchaîne la fortune , par sa valeur impétueuse , quand il faut agir ; par sou habileté , quand il faut combiner un plan ou déjouer celui de ses adversaires. Conquérant, hérésiarque, chef de parti, savant remarquable, ou brigand terrible, le bilieux se pose partout au premier rang des vertus ou des crimes de l'humanité. C'est daus ce moule puissant que la nature a formé
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tous les dominateurs du monde, toutes ces urnes de 1er et de feu qui le modifient par les armes ou parla pensée. C'est à cette constitution que sont destinés les honneurs du Panthéon et les flétrissures du bague. Quand l'homme de ce tempérament ne peut pas s'élever aux premiers rôles de la société, il est dans la vie commune l'aine des entreprises et du commerce. Il réussit dans ses spéculations, là où d'autres n'ont qu'à glaner ou s'endorment dans leur paresse et leur incapacité. Si le bilieux éprouve l'amour, cette passion acquiert chez lui la plus grande énergie. Elle se complique des cruelles angoisses de la jalousie, et quelquefois produit de tragiques résultats.
Constitution nerveuse. — Cette constitution est la plus malheureuse qu'on puisse avoir. Elle consiste dans une excessive prédominance du système nerveux sur les autres appareils. Les individus nerveux ont le corps grêle et élancé, les membres minces. Leur sensibilité s'exalte au moindre contact. Une extrême vivacité de gestes, de langage; une grande promptitude à changer de position , de desseins , les caractérisent. Ils ne sont point organisés pour le travail , qui demande un emploi régulier et continu des forces. Us se précipitent de prime abord , et aussitôt tombent épuisés. La plus légère fatigue accélère chez eux la circulation et gonfle le cœur. Ils n'ont aucun courage pour supporter la douleur, parce que peut-être ils la ressentent bien plus vivement que d'autres. Leur esprit est doué d'une grande lucidité et d'une haute aptitude aux sciences et aux arts. Ils ont une imagination wvc, un cœur excellent, plein de délicatesse et de bonté. Pour eux, les affections sont la vie tout entière. L'amour est l'élément de leurs félicites , mais aussi de leurs peines les plus cuisantes. S'ils aiment avec délire , ils sont jaloux avec frénésie , et quelquefois ils haïssent avec fureur. Soupçonneux et déliants, ils pensent toujours qu'on les trompe : leur faiblesse en est la cause. Les souffrances continuelles qu'ils éprouvent les rendent quinteux et difficiles , changeants et fantasques ; car ils cherchent sans cesse une position meilleure que celle qu'ils ont. Avec une
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semblable constitution , il est impossible qu'ils soient heureux, raie qu'ils fassent le bonheur des autres , qui sont obligés de supporter toutes les bizarreries, toutes les inégalités de leur caractère. Continuellement avides d'émotions, ils en cherchent partout, même aux dépens de leur félicité. Il leur est impossible de rester heureux longtemps de quelque chose , l'uniformité les tue. Mieux valent pour eux de cruelles émotions qui les bouleversent , qu'un bonheur tranquille qui les berce et les endorme. La plus légère cause , du reste , les modifie. Les changements atmosphériques, le travail de la digestion , la perte du sommeil, un rêve, une pensée futile, une crainte chimérique, un présage, les jettent dans la joie ou dans les larmes. Rien n'égale le charme de leur société, de leur affection, quand ils sont dans leurs bons jours ; mais rien n'est plus terrible à supporter que leurs boutades imprévue^ de colère, de caprice ou de froideur. Pour bien vivre avec eux, il faudrait les plaindre, plutôt que les blâmer, si toutefois ils pouvaient vivre sans contradiction.
Constitution lymphatique. — Les individus doués de cette constitution sont remarquables h leur coloration blafarde, à leur chair molle et flasque. Leur visage ne reflète presque jamais la pensée. Il y a quelque chose de stupidement immobile dans leurs traits pesants, dans leurs joues larges, dans leurs grosses lèvres et leur mâchoire épaisse. Le lymphatique est indolent et mou , il ne s'émeut de rien , il se résigne , quelle que soit sa position. C'est une ame servile qui n'a pas de ressort et se courbe honteusement sous l'adversité et les humiliations. Tout changement lui répugne; généralement il ne s'applique et n'a d'aptitude à rien. Peu fait pour les occupations sérieuses , pour les passions vives, il se livre aux soins du ménage, il est économe et parcimonieux. Il n'élève jamais son esprit jusqu'aux grandes choses; les plus petites sont pour lui d'une haute importance. Il est généralement débonnaire et patient, s'écarte rarement des routes battues, et n'a pour règle que ce gros bon sens, qui se traîne péniblement à travers les préju-
gés de tontes sortes. Jamais vous oc verrez le lymphatique s'exposer au danger ni se hasarder en rien. Avant tout, il est ami de ses aises, de sa sûreté, de son repos. Ses goûts sont simples et tranquilles. Il déplore les erreurs d'autrui, les écarts des passions, et se moque des souffrances de l'amour. 11 ne comprend pas qu'on soit assez ennemi de soi-même pour se laisser aller à ces tourments de l'esprit et du cœur qui rendent si malheureux. Quoique sans imagination, sans esprit, il ne manque parfois pas de jugement. Cependant il est crédule, souvent superstitieux. Il n'a qu'une façon d'aimer qui n'ad met presque jamais de nuances. L'affection qu'il a pour sa femme ressemble à celle qu'il a pour ses amis et ses parents.
Constitution mélancolique. — Le mélancolique, doué d'une constitution mixte, est reconnaissable à son air triste et malheureux. Toujours quelque pensée amère assombrit son visage, bizarrement encadré dans des cheveux en désordre. Sa contenance embarrassée, timide, annonce la défiance qu'il a de lui-même. Il n'ose pas se produire, croyant qu'on n'a pour lui aucune bienveillance. Sans cesse absorbé dans ses contemplations, il se retire du monde et cherche la solitude. Les plaisirs n'ont rien qui le flatte et l'attire, et son ame s'abandonne aux sombres rêveries, aux émotions pénibles avec une sorte de charme et de satisfaction douloureuse. Le mélancolique est prudent et sage, discret et religieux. Ses habitudes sont graves et sévères; il ne s'oecupeque de choses sérieuses. En littérature, il aime le sublime, les poésies tristes, les descriptions qui provoquent les larmes. Au théâtre, il va voir la tragédie et le drame. Son langage , dépourvu de grâce et de fraîcheur, est profond et pittoresque. Peu fait pour les usages di: monde, il ne s'astreint guère aux règles de la politesse et des convenances. 11 préfère une franchise libre dans ses allures, qui parfois ne ménage pas assez les susceptibilités d'autrui Souvent le mélancolique tombe dans la misanthropie.