DE L ALIMENTATION
On ne peut nier que l'homme ne reçoive en naissant certaines dispositions intérieures, qui développent son organisation d'une façon déterminée. Ces dispositions lui donnent un type de physionomie qui le caractérise. Elles le font ressembler plus ou moins à son père , à sa mère. Elles le font nain ou géant , robuste ou débile, lymphatique ou bilieux. Mais pour que ces levains héréditaires qui sont dans le sang, se développent et agissent, il faut le concours d'une multitude de causes secondaires, sans lesquelles ils restent impuissants ou stériles, dépassent ou n'atteignent pas leur but. Ces causes sont physiques et morales. Parmi les premières , l'alimentation est certainement la plus puissante. Voyez ces enfants étiolés, couverts de scrofules , qui pullulent dans les bas quartiers de nos villes ; jamais ils n'ont eu, pour réparer leurs forces , pour développer leur corps , une nourriture suffisante et convenable. Ils préparent à la société des générations chétives et maladives , sans ressort physique et moral. Jamais ils n'éprouveront les passions généreuses qui poussent aux grandes choses , et qui naîtraient en eux sous l'influence d'une bonne alimentation. C'est dans l'enfance surtout que l'homme doit être bien nourri, car il a non seulement à réparer les pertes journalières de l'économie, mais encore à fournir à l'accroissement du corps. Les aliments ont sur nos passions une influence immense. Celui qui fait usage de viandes, de vins généreux , a des passions beaucoup plus vives que celui qui se nourrit de légumes ou de fruits. Rien ne développe les instincts animaux et grossiers, comme l'usage de la chair et du sang. Sous les excitations de cette alimentation fortement réparatrice, le corps sent décupler ses forces, et bientôt la matière domine l'intelligence. Nous n'étions pas faits pour vivre ainsi ; il faut l'habitude contractée dès l'enfance pour que nous puissions déchirer ces chairs d'animaux qui naguère étaient palpitantes; pour
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que nous fassions do notre estomac le tombeau d'êtres \ ivanls. Chez quiconque réfléchit , il y a quelque chose d'affreux dans cet usage, et quels que soient les raffinements et les déguisements dont l'art culinaire se serve pour voiler cette horreur, elle perce toujours un peu. Tous les sages, tous les philosophes ont fait des efforts pour amener les hommes à revenir, autant que possible, à se nourrir des herbes et des fruits d<- la terre. Si nous ouvrons la Genèse, nous y voyons que ce n'est qu'après la chute que Dieu nous permit de manger de la chair des animaux.
Jetez les yeux sur ces mangeurs gloutons qui n'ont d'autre bonheur que de se gorger de viandes et de liqueurs; vous trouvez en eux les plus matériels et les plus grossiers des hommes. Ils obéissent à tous les penchants de la brute; chez eux, l'intempérance produit tous les vices. Ils sont impudiques et colères, paresseux et ignares. L'intelligence, étouffée sous la masse de leur corps , ne peut se livrer à l'étude , à la réflexion. L'imagination n'a plus de ressort , et le plus vil égoïsme remplace les douces qualités du cœur. Tous les hommes qui s'occupent des choses intellectuelles ont été à même de remarquer que le travail leur était beaucoup plus facile quand l'estomac n'était poiut chargé d'aliments, et quand une nourriture frugale n'alourdissait pas le sang et le cerveau. Rien n'est favorable au développement et au libre exercice de l'esprit , à l'empire de lame sur le corps, comme l'habitude de la sobriété. Celui qui veut maintenir son corps dans une juste dépendance, ne doit point allume! ses instincts brutaux par une nourriture trop abondaute ou trop succulente. Les législateurs , les chefs de religion ont été convaincus de ces giaudes véiités. Les di clamations de quelques Voll ùriens, sur le jeune que prescrit le catholicisme , ne sauraient effacer ces règles suprêmes de physiologie et d'hygiène, qui oui reçu la sanction de 1 expérience, et qui ont ete respectées par tous les peuples civilisés
Les Gymnosopbistes de l'Inde donnèrent autrefois, comme aujourd'hui le> Braehmanes, l'exemple d'une viefrug
jeûnes austères. Les Fakirs, les Bonzes, les Talapoins , an Pégu, àSiam, dans l'Annam , suivent encore les mêmes usages. Les anciens Perses étaient extrêmement sobres. Xénophon raconte que Cyrus établit chez ces peuples la coutume de ne faire qu'un repas par jour. Les Phéniciens, les Égyptiens, les Hébreux avaient beaucoup déjeunes dans leurs rites. Pour être initié aux mystères d'Isis, il fallait jeûner pendant dix jours. Les Grecs avaient aussi des jeûnes sévères , qui furent étendus jusqu'aux Ilotes et aux bestiaux. Numa, chez les Romains, prescrivit des jeûnes, et les oracles en ordonnaient dans les calamités publiques. On sait quelle était , à l'égard de l'abstinence, la sévérité des Pythagoriciens. Mahomet, en établissant sa religion, rangea, au nombre de ses pratiques les plus importantes, l'observance du jeûne.
Si cet usage a existé chez tous les peuples , il ne faut donc pas voir là , comme le prétendent certains écrivains , la politique des prêtres exploitant les peuples par le fanatisme, mais bien l'expression d'un besoin de notre nature. Du reste , aux yeux de la science, l'abstinence est depuis longtemps lavée de ces accusations. La plupart- de nos maladies ne viennent que de pléthore, nos vices sont presque tous dus à notre intempérance , et la diète est le meilleur remède que nous ayons contre les uns et les autres.
Rien n'est comparable à la douceur des mœurs des cénobites et des hommes qui vivent soumis aux règles de la sobriété.
Les femmes doivent leur sensibilité, leur douceur, en grande partie à leur vie tempérante et exempte d'excès.
L'existence est plus longue chez ceux qui s'imposent des privations, que chez ceux qui s'abandonnent à leurs appétits. En additionnant les vies de 150 anachorètes, on a trouvé M, 589 ans, c'est-à-dire, terme moyen pour chacun, 77 ans 3 mois. Celles de 150 académiciens , pris dans les sciences et les lettres, ont donné un total de 10,51 1 ans ; vie moyenne pour chacun, 70 ans. [Journ. Je Médec, t. 7."> . p. 340.
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