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DES MALADIES

Quand riionimc est sain de corps et d'esprit, ses fonctions s'accomplissent d'une manière normale: mais si le plus petit dérangement a lieu, soudain il retentit dans l'organisme tout entier et le modifie. L'état maladif développe les passions d'une manière toute spéciale. La sensibilité subit de nombreuses altérations , de nombreux déplacements. L'ame reçoit les impressions tout autrement qu'elle ne les recevait. Le> affections inflammatoires, celles du cerveau surtout, produisent à leur début une surexcitation morale extrême; il semble que l'intelligence soit tout-à-coup douée d'une énergie, d'une puissance qu'elle n'avait pas auparavant. Quelquefois cette excitation est portée jusqu'au délire.

A cette période des affections intlammatoires, succède une prostration morale et physique très grande. Les organes affaissés n'ont plus de ressort , et l'ame est de son côté dépourvue de toute énergie. C'est alors que les malades éprouvent ce profond anéantissement , ce désespoir cruel, plus tristes que la mort. De sombres terreurs, d'affreux pressentiments, s'emparent de leur pensée. Assiégés par la peur, ils deviennent déûants ou crédules à l'excès. Tantôt obsédés par l'idée qu'ils ont que ceux qui les entourent désirent leur mort et cherchent à la hâter, ils sont en proie aux craintes les plus cruelles. D'autres fois , au contraire , ils s'abandonnent entièrement aux soins de ceux qui les approchent, n'ont plus de volonté, sont capables d'écouter les plus perfides conseils, et de prendre les engagements les plus contraires à leurs intérêts. Aussi la loi a-t-elle agi sagement, en défendant aux médecins d'accepter aucun legs de ceux à qui ils donnent des soins. Il devrait en êlrc de même des notaires à l'égard de leurs clients, et de tous ceux qui sont appelés près des malades par des fonctions de nature ;ï ;i l tirer leur confiance.

Mais souvent l'heure de la morl est aussi < <1 !<■ des répara

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tions, et celui qui quitte la terre, doit pouvoir, à la voix du prêtre , faire des restitutions qu'il est nécessaire pour l'honneur des familles de ne pas rendre publiques. 11 doit pouvoir effacer, par de bonnes œuvres, les désordres, quelquefois les crimes de sa vie. La position du prêtre, intermédiaire entre la conscience du mourant et la justice de Dieu , est extrêmement délicate. S'il pouvait céder à des motifs intéressés, il commettrait une grande infamie, car la confiance sans bornes qu'on lui accorde lui impose des devoirs fort rigoureux.

11 est des maladies qui produisent bien plus que d'autres la prostration morale dont nous parlions tout-àTheure. Toutes celles qui sont chroniques, qui ont occasionné de longues souffrances, les affections abdominales, septiques surtout, sont de ce nombre. Lorsque quelque viscère important est profondément attaqué , et porte en lui le germe d'une mort prochaine, les malades ont comme un vague pressentiment du moment suprême ; un voile de tristesse enveloppe leurs pensées, ils se retirent peu à peu des joies et des jouissances de ce monde , et l'ame recueillie semble attendre avec anxiété, avec respect, le dénoûment des grandes choses qui vont s'accomplir.

A chaque pas, nous sommes forcés d'admirer la sagesse et la bonté de Dieu. L'homme ne manque jamais d'avertissements; presque jamais le Très Haut ne le frappe sans lui inspirer ces salutaires pensées qui inclinent doucement son ame vers l'éternité , qui l'engagent à songer au passé, à régler le présent et à mériter le bonheur du ciel par le repentir. Ne fermons point notre oreille à ces voix intérieures qui nous parlent ainsi ; écoutons ces révélations intimes qui nous viennent peut-être d'un bon ange que Dieu nous envoie, peut-être même de quelque personne bien chère qui nous a précédé, d'un père, d'une mère ou d'une sœur, dont l'amour se manifeste à notre égard par ce mystérieux langage.

La sensibilité morale se développe bien souvent d'une manière étonnante dans certaines affections. Les paralytiques

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versent des larmes à chaque instant. Presque toujours cette excessive sensibilité dénote un désordre grave dans le cerveau ou dans la moelle épinière. Quelquefois de longues souffrances, surtout celles qui n'annoncent pas une mort imminente , aigrissent le caractère, le rendent violent et emporté. Tout le monde connaît l'extrême irritabilité des goutteux, des personnes tourmentées par des névroses, par des affections lentes des voies urinaires, ou rongées par des cancers.

Chez les femmes, l'hystérie, la chlorose, excitent vivement les passions utérines ; on sait quelles pensées lubriques, quelles tentations cuisantes éprouvent les personnes en proie à ces maladies. Tantôt elles sont bercées dans une douce langueur, dans de mélancoliques émotions d'amour, tantôt elles sont en proie à toutes les fureurs de la nymphomanie.

La grossesse occasionne des phénomènes moraux non moins remarquables. Rien n'est bizarre comme le caractère des femmes enceintes. Elles ne sont plus ce qu'elles étaient naguère : la hardiesse, l'irascibilité, ont remplacé la timidité, la douceur. Les désirs les plus dépravés s'emparent quelquefois de leur ame. Les plus étranges aberrations de sensibilité ont lieu dans les organes des sens.

Mais il est une maladie cruelle au-delà de toutes les autres , qui mérite de fixer notre attention : c'est la phthisie pulmonaire. Ver rongeur et caché , elle pique au cœur les plus belles fleurs de l'humanité, elle fait avorter en boutons les plus nobles fruits de l'intelligence Presque jamais elle ne s'attaque qu'à ces existences d'élite qui dominent les autres par le cœur et par la pensée.

Rien n'est triste et sublime à la fois comme ce spectacle d'une vie riante et pleine d'espoir, qui porte dans son sein un germe de mort infaillible. Quand l'arbuste va périr, il se couvre de Heurs, on dirait qu'il se hâte détaler aux regards les trésors qu'il avait en lui. 11 en est de même de ces jeunes malades que nous voyons souffrir et mourir au milieu de nous. Dès qu'ils sentent l'atteinte du mal qui va les dévorer, il se fait

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eB eux une étonnante révolution. Joutes leurs facultés se développent, l'imagination charge son pinceau des plus belles couleurs de l'espérance. L'avenir apparaît avec des charmes ineffables, et la vie, aux portes du tombeau, jette un éclat céleste. Ainsi la flamme est plus brillante et plus pure quand elle consume ces corps légers qui ne l'alimentent qu'un instant.

On ne peut retenir ses larmes quand on entend ces pauvres jeunes gens, victimes vouées au trépas, parler de leurs projets, de leur bonheur futur, des joies qu'ils se promettent, des succès qu'ils attendent. Ils ont dans leur langage, dans leurs gestes, une énergie maladive qui fait frémir. Ils sont doués d'une pénétration d'esprit, d'une puissance de génie vraiment extraordinaires. Leurs passions s'allument plus vives, plus impétueuses. Cependant une sombre tristesse imprime à tout leur être un douloureux caractère. On dirait que leur ame, pressentant la mort, donne le baiser de l'adieu à tout ce qui les environne.

C'est un mauvais présage qu'une intelligence formée avant l'âge, et les mères ne voient pas, sans trembler, leurs enfants montrer dans des corps débiles des passions ardentes et précoces. Le fruit qui va tomber revêt les plus vives couleurs , le jeune malade, lui aussi , s'embellit souvent à son heure dernière, et son visage , animé d'un coloris plus brillant , reflète d'angéliques émotions.

Cette maladie inspire les pensées mélancoliques, porte l'amc aux affections rêveuses, développe toutes les facultés aimantes d'une façon remarquable. Souvent la religion vient adoucir ces moments suprêmes; elle jette ses consolations sur le froid sentier qui mène à la tombe ; elle cache l'horreur de ce douloureux passage, et prend l'ame du mourant dans ses mains pour la remettre à Dieu confiante, et sanctifiée.

Les désordres de l'économie, qui ne sont pas même considérés comme des maladies dans le sens rigoureux de ce mot , modifient souvent les passions. De tout temps, la\oix popu-

faire a attribué aux infirmes, aux boiteux , un esprit plus vil', plus pénétrant qu'aux autres. C'est an l'ait ^ rai . et qu'on peut expliquer facilement. Ces pauvres êtres disgraciés sentent le besoin de réparer du côté de l'intelligence l'injustice dont la nature les a rendus victimes.

Moins aptes aux amusements, aux travaux de tout genre auxquels se livrent les autres, ils ont dû rentier de bonne heure en eux-mêmes. De sérienses réflexions, un exercice con tinuel de la pensée , ont fortifié leur intelligence. Exposés surtout dans l'enfance , aux plaisanteries, aux moqueries de leurs camarades , ils ont dû s'exercer à la répartie. Aussi tous les infirmes ont-ils l'esprit sarcastique , prompt à la réplique, pointilleux et fin. Leur faiblesse les a forcés de recourir à la ruse ; quelquefois les injustices dont ils ont été victimes lès ont rendus méchants par réaction.

Les aveugles, continuellement renfermés en eux mêmes , privés du spectacle de la nature, de la source la plus féconde de nos pensées et de nos jouissances , sont en général mélancoliques et rêveurs.

Rarement le sourire soulève le voile de glace qui pèse sur leur visage. Leurs traits immobiles annoncent l'état de leur amc, qui ne peut s'occuper que de choses sérieuses et profondes. En général, ils sont bons et aimants, obligés de plier leur caractère à celui des autres, car ils ont sans cesse besoin qu'on les aide. Ils sont peureux, faciles à émouvoir, compatissants et amis de la solitude. Leur infirmité les éloigne de presque toutes nos sciences et de presque tous nos arts, mais il, ont des dispositions spéciales aux mathématiques et à la philosophie.

Les sourds-muets, privés d'un sens beaucoup moins im portant que les aveugles , peuvent contempler les merveilles de la création , ils peuvent sans cesse admirer les miracles de la puissance de Dieu, et recevoir toutes les impressions que ce spectacle fait naître. S'ils n'ont pas la parole pour exprimer ce qn ils sentent ils ont le geste, cette autre expression de la

pensée, sinon aussi complète, du moins aussi énergique, aussi pittoresque.

La curiosité, chez eux, est poussée à l'excès, et leurs passions se ressentent de ce besoin d'éprouver et de connaître. Ils sont en général envieux, rusés, portés aux plaisirs de l'amour. Ceux qui n'ont pas reçu les bienfaits de l'éducation sont méchants et enclins à la cruauté.

rOSITIO.X SOCIALE.

Les hommes, comme les plantes, subissent l'influence des milieux où ils vivent. Leurs passions se ressentent des personnes qu'ils fréquentent, de la fortune qu'ils ont, du genre de vie qu'ils mènent , de l'éducation qu'ils reçoivent. Chaque classe de la société a des goûts, des habitudes , des passions différentes, qui lui impriment un caractère tout à fait spécial. ^)ans l'échelle des conditions humaines, à mesure que les individus s'élèvent ou s'abaissent , leurs passions se modilienl .

Cependant les distinctions sociales que la capricieuse fortune met entre les hommes , ne changent point le fond de leur nature. Dieu nous a tous pétris du même limon, le même sang coule dans nos veines, et quelles que soient à cet égard les illusions de notre orgueil, ce sont des vérités que nous sommes forcés de reconnaître.

Fortune. — Qu'un malheureux, naguère humble et timide , souple et rampant, monte, par un de ces coups inespérés du sort, au faîte de la puissance et des richesses, il aura bientôt oublie son origine, ne tardera pas à se croire infiniment supérieur à ce bas peuple du milieu duquel il est sorti. 11 ne reconnaîtra plus ses parents ni ses amis , et prendra des airs de hauteur et de protection avec ses égaux d'hier. Inabordable et dur , il ne permettra pas qu'on laisse approcher de sa personne ces hommes de rien, dont le contact l'humilierait. Toutes les nuances du mépris, tous les tons de l'orgueil lui seront familiers ; il sera mille fois plus arrogant que ceux dont naguère il

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trouvait la hauteur insupportable. Rien n'égale l'insolence des parvenus, si ce n'est le ridicule qu'ils parviennent à se donner.

Tous les hommes sortis des rangs populaires et qui veulent oublier leur origine, ressemblent à ces comédiens de bas étage qui abordent les grands rôles et n'arrivent qu'à une risible parodie. Il est des circonstances, et les parvenus devraient ne pas l'oublier, dans lesquelles il faut se faire pardonner sa fortune par la modestie, par la bonté et par le bon usage qu'on en sait faire pour le soulagement de la misère.

Malheureusement il est rare que les hommes d'argent aient des entrailles pour l'infortune , ils sont d'autant plus durs , qu'ils ont été plus malheureux eux-mêmes. Jamais la pitié n'ouvre leur cœur, jamais elle ne fait tomber dans le sein de l'indigence la dime de cette richesse qu'ils consacrent à leurs satisfactions égoïstes. .Mais on est sûr de les rencontrer partout où la vanité s'étale , où l'orgueil humain s'exalte dans ses œuvres : ils sont de toutes les associations philantropiques au sein desquelles ils parlent avec emphase de l'émancipation du peuple, du bien être à procurer à tous ; mais ils défendent leur porte à l'indigent qui leur demande un morceau de pain. Us s'indignent, à 1,800 lieues des colonies, de l'esclavage qui pèse sur les noirs; et dans leurs maisons, ils font par leur hauteur, leur arrogance et leur dureté, souffrir aux blancs qui les servent un sort tout aussi malheureux.

Presque toujours ces parvenus sont ennemis du pouvoir établi quel qu'il soit ; ils aiment à se donner des airs d'indépendance. A coup sûr , ils sont trop hommes de sens pour partager l'esprit religieux des masses ; ils sont purs Voltairieus. C'est dans cette classe qu'on jure par Dupais , le dictionnaire philosophique et le curé Meslier.

pauvreté. — Le pauvre, assujetti, humilié, témoigne peu d'ambition , ses désirs sont modérés. Il est grave et silencieux, rêveur et mélancolique; il ne se met point en évidence comme le riche: au contraire, il se dissimule et cherche à passer sans

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être vu. Devant les grands, il est mal à l'aise , et son embarras se manifeste dans son langage et dans son maintien. En général, il parle mal parce qu'il manque d'assurance : il sait que dès qu'il ouvre la bouche, on le regarde au lieu de l'écouter, et qu'on se demande: « Quel est cet homme? » tandis que le riche m'a qu'à parler pour qu'où fasse silence et qu'on l'applaudisse.

Le pauvre est honnête, doux et respectueux, toujours serviable , disposé à trouver bien ce qu'on fait, ce qu'on dit; il approuve toujours, ne se croyant pas le droit de blâmer; il est patient dans le malheur, résigné dans la souffrance , il a l'habitude d'être malheureux et de souffrir. Quand on l'invite , il refuse, il a peur de gêner, de n'être pas à sa place. Partout il prend le dernier rang. Sa reconnaissance est vive quand on a des bontés pour lui, car il sait que bien rarement on lui témoigne de l'affection. Il a peu d'amis qui, pour la plupart, l'abandonnent au moindre embarras; s'il fait un faux pas, loin de lui tendre la main pour le soutenir, on le pousse pour aider sa chute; tandis que le riche trouve toujours, pour lui rendre service, un extrême empressement.

Ah ! que le pauvre qui reste vertueux doit avoir de mérites aux yeux de Dieu ! Qu'il lui faut quelquefois de courage pour lutter contre le sort, et ne pas désespérer de l'avenir! Il a devant lui le spectacle du bonheur des autres, de leurs succès , et rien ne lui réussit. 11 faut qu'il passe sur la terre en restreignant tous ses désirs , qu'il y tienne le moins de place possible, qu'il se donne bien de garde d'y coudoyer les puissants et les riches; il faut qu'il courbe son front devant les humiliations qui se présentent, et qu'il dévore en secret toutes ses larmes, car personne ne veut partager sa douleur.

La pauvreté tue bien des intelligences. Quoiqu'on dise, le génie ne déploie librement ses ailes que dans l'air de la liberté et de la fortune. L'homme de talent qui n'a pas d'existence assurée, se préoccupe des éventualités du lendemain; la misère veille à sa porte, et ne laisse point entrer chez lui le^

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muses cl les génies inspirateurs. Ses pensées, ses écrits portent l'empreinte de sou sort malheureux , et rendent comme une sombre plainte d'infortune. On entend . en lisant ce qu'il a fait, comme un écho des douleurs et des souffrances de son aine.

Noblesse. — Tout a ici bas son mauvais côté , la noidesse a le sien. Elle est héréditaire , nous pensons qu'il fallait qu'elle le fût, et nous commençons par le dire. Il était important , il était politique de créer dans les états un ordre qui attachât aux institutions, au pays, un grand nombre de familles entièrement dévouées et prêtes à verser leur sang pour eux. Sous ce rapport, la noblesse de France a largement payé sa dette à la patrie. Il est des noms chez elle, plus glorieux que ceux de bien des princes , qui ont fourni , pendant des siècles, des générations non interrompues de héros.

Mais, à côté de ces avantages , l'hérédité de la noblese a de graves inconvénients ; elle confère souvent, à L'indigne fils d'un père illustre, un titre qu'il est incapable de porter. Elle devient, pour un grand nombre, une sorte de privilège à la paresse, à l'orgueil, aux vices de toute espèce. C'est une grande faiblesse, et une bien pitoyable vanité, que de se pavaner sous des titres, quand on n'a pour les faire valoir aucun mérite personnel, comme si les hauts faits des ancêtres n'étaient pas une honte pour des enfants dégénérés; comme si l'éclat de leur nom ne se ternissait pas sur une tète incapable de le soutenir. Que sert au sourd-muet d'être né d'un père entendant clair et parlant bien?

Ceux qui pensent qu'il suffit , pour être noble, d'avoir des parchemins et de compter un certain nombre d'aïeux ; qui n'ont rien autre chose à montrer que cette noblesse de chair et de sang, sont les plus vains et les plus ridicules des hommes. Ils parlent sans cesse de leurs terres, de leurs litres, de leurs ancêtres. Avec tout cela, ils ne sont bien souvent que des ignorants, des hommes vicieux , plus vilains du côlé du cœur qui fait la vraie noblesse, que le simple paysan qu'ils dedai.

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gnent. Si l'on voulait, du reste, discuter les titres de cette fourmilière de hobereaux dont la province est pleine, on les trouverait souvent fort contestables ou fort peu illustres.

Les nobles des vieilles familles poussent très loin l'orgueil de race, ils sont quelquefois peu soucieux de s'instruire , et cela tient à la certitude qu'ils ont de ne manquer de rien ; mais ils sont généralement bons et charitables. Ils ont gardé un certain vernis de bonnes manières , qui les distingue partout des parvenus. Dans ces honorables familles, les vertus se conservent traditionnellement, et la naissance est regardée comme une obligation aussi bien que comme un titre.

Noblesse oblige, a-t-on dit toujours en France; personne ne devrait oublier cet axiome, chacun devrait vouloir soutenir l'honneur de son nom, et ne pas décheoir de la vertu de ses ancêtres. C'est ainsi qu'un noble sang, transmis du père aux enfants, deviendrait une semence de vertus et de belles actions. Le jeune homme trouverait houteux de se parer d'un titre sans l'avoir personnellement mérité. La noblesse serait transmise comme une obligation, acceptée comme un devoir; quoi qu'héréditaire , elle deviendrait ainsi personnelle , et l'homme noble de sang l'étant aussi de cœur et d'intelligence , pourrait parer son front d'un éclat réel , au lieu de n'étaler aux regards qu'une sotte vanité ; vanité qu'on pourrait, du reste, bien humilier chez quelques-uns, car en feuilletant l'histoire, on découvrirait peut-être, sur leur noble blason , la trace de quelque bassesse, de quelque crime, achetés à leur père pour un titre : peut-être y trouverait-on la trace de quelque honte maternelle. La vraie noblesse, comme la vertu, existe dans le cœur et dans le présent; elle n'est plus rien quand elle n'est que dans le souvenir et dans le passé.

Puissance. — De nos jours, la richesse, lanoblesse, ne donnent pas la puissance. Nos institutions sont telles que tous les citoyens peuvent, avec de l'instruction, devenir puissants. Nous ne nous laissons plus guère éblouir par l'éclat d'un titre , et l'héritier d'un grand nom passe inaperçu dans la foule. Mais

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l'homme, revêtu d'un pouvoir quelconque , administrateur,

militaire , est à nos yeux un personnage de haute importance. Tout , jusqu'à l'admiration que nous avons pour les hommes, se ressent de nos mœurs positives et de nos habitudes d'intérêt.

Ceux qui ont en main la puissance, ont en général un orgueil très développé. Ils sentent qu'on a besoin d'eux , et rapportent volontiers à leur personne la déférence et les égards que l'on n'a que pour leur position. 11 est d'une ame petite de faire ainsi une spéculation d'amoui -propre et de vanité sur le besoin qu'ont les autres de soi. Un homme sage ne doit désirer que les respects qu'on aurait pour lui volontairement , et sans égard à la place qu'il occupe. Peu sont assez grands pour se préserver de cette faiblesse, et la morgue qu'ils ont , l'insolente arrogance qu'ils étalent, sont en général la mesure de leur petite valeur.

Les hommes très haut placés, les ministres par exemple, n'ayant pas la crainte qu'où leur conteste la puissance qu'ils ont, qu'on la mette en doute, sont ordinairement plus abordables que leurs inférieurs. Il est rare qu'un simple commis , qu'un chef de bureau ne se montrent pas plus arrogants que leur supérieur.

Souvent ceux qui ont la puissance en abusent dans l'intérêt de leurs passions. Il est si difficile de s'abstenir par devoir , quand les désirs sont pressants et qu'on a le pouvoir de les satisfaire.

professions. — Elles sont un des plus plus puissants modificateurs qui agissent sur les hommes. Celles qui exigent l'usage et l'application des facultés intellectuelles, développent l'esprit; celles qui ne demandent que l'emploi des forces physiques, développent seulement le corps. L'ame du philosophe, de l'écrivain , du poète, sans cesse occupée des choses de l'intelligence, s'élève et s'agrandit ; tandis que celle du manœuvre, de l'homme qui n'exerce que ses bras, tombe de plus en plus dans l'inertie, et unit par s'abrutir.

Quelle que soit la direction que reçoive lame , qu'elle s'élève ou s'abaisse , il se développe en elle des passions ; car jamais elle n'est exempte de ces troubles intérieurs qui sont la triste conséquence de la chute originelle. Quand elle domine le corps, elle est en proie aux passions de l'imagination; quand c'est le corps qui commande, elle devient l'esclave des passions brutales et basses qui naissent de la matière. Aussi les diverses professions ont-elles à peu près toutes une influence spéciale sur nos affections morales.

Il faudrait pour qu'un juste équilibre existât, pour que les deux parties de notre être fussent, autant que possible, dans le rapport normal , que les hommes se livrassent à des occupations mixtes qui demandassent, à la fois et dans de sages proportions, l'emploi de l'esprit et du corps. Cela ne peut avoir lieu que dans des conditions assez rares de l'existence. Aussi , voyons- nous presque constamment la prédominance du moral sur le physique ou du physique sur le moral , et quand cette prédominance a lieu , elle tend sans cesse à devenir plus forte.

La continuité de l'exercice cérébral donne à l'esprit une force, une activité dont il n'était pas d'abord susceptible, et souvent des hommes qui paraissaient ordinaires et médiocrement doués du côté de l'intelligence, arrivent par le travail à des résultats fort remarquables. Peu de grands génies ont cueilli sans efforts la palme de la supériorité. 11 est probable que la plupart des grands hommes qui sont l'honneur de la littérature et des sciences , seraient restés , sans le travail , dans cette foule vulgaire qui renferme, sans qu'on s'en doute , des Homère , des Bossuet , des Chateaubriant , chez lesquels le génie n'a pas été réveillé.

Mais à mesure que l'esprit se développe et se fortifie, à mesure aussi les organes souffrent et s'affaiblissent. Toutes les forces vitales se concentrent au cerveau, et les fonctions réparatrices de l'économie s'accomplissent mal. Chez les hommes livrés à l'étude, le travail de la digestion est ordinairement

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mauvais , [a respiration est gênée ainsi que la circulation. Les savants sont en général moins aptes aux fonctions génératrices que les hommes qui se livrent aux fatigues corporelles. Souvent l'hypochondrie , les affections du cour et les névroses «le tout genre deviennent le triste partage de ceux chez lesquels l'esprit a beaucoup travaillé.

11 est remarquable que rarement le génie se montre chez des hommes fortement constitués, comme si des formes herculéennes et l'épaisseur des muscles étouffaient l'intelligence. Presque toujours, les écrivains, les poètes, les savants de toute espèce, ont un extérieur chétif et souffrant; le physique «liez eux, semble étiolé et amoindri, mais leur front noble et développé révèle une haute capacité, et leur regard étincelle des feux de la pensée. C'est dans ces constitutions débiles et frêles, transparentes en quelque sorte, qu'existent les plus puissantes intelligences, celles qui sont destinées à éclairer, à dominer, à transforme:' le monde.

Si maintenant nous arrêtons nos regards sur les hommes adonnes au travail du corps, nous remarquerons des phénomènes tout à fait inverses. Dans des organisations d'Hercules, ou taillées sur le modèle de l'Apollon du Belvéder, florissantes de santé, chez lesquelles toutes les fonctions animales s'accomplissent avec une admirable régularité, nous ne trouverons, la plupart du temps, qu'une intelligence languissante. Plus le corps s'exerce, plus il est développé, plus l'esprit devient faible : quand un homme s'occupe à des travaux qui ne demandent de sa part aucune combinaison, aucun effort de l'esprit, lame s'endort et reste dans un repos léthargique.

Plus les professions sont matérielles et grossières , plus ce triste résultat est promptement atteint. On dirait que l'homme s'abrutit au contact delà matière.

Chaque profession imprime aux individus qui s'y livrent, une teinte spéciale. Le maçon qui est obligé de réfléchir pour construire régulièrement le mur qu'il élève , pour prévoir l'effet d'une pierre qu'il place a nécessairement l'esprit

plus exercé que le manœuvre, employé toute l'année à tourner une roue.

Rarement il arrive que les hommes ne subissent pas l'influence de leur profession, presque toujours elle les soumet à certains préjugés, à certaines erreurs. Elle développe en eux des défauts qui lui sont en quelque sorte inhérents, en même temps qu'elle leur donne des qualités qui lui appartiennent aussi.

Les artistes sont généreux , amis des idées chevaleresques , pleins d'humanité , affectueux et reconnaissants ; mais ils sont prodigues , envieux, intempérants, doués d'un excessif amour -propre, et complètement dépourvus d'ordre et de prévoyance.

Les marchands sont laborieux, exacts, prudents, sobres; mais ils sont trompeurs, avares , souvent voleurs et avides de gain.

En faisant l'éloge de saint Ives , le seul avocat qu'on trouve au martyrologe, l'Église signale sa probité comme chose extraordinaire.

Advocatus et non latro , Res miranda populo.

f Hymne du jour).

Les médecins, dévoués au service de l'humanité, font tous les jours acte de courage, de désintéressement. Mais à côté de ces qualités estimables, on rencontre souvent chez eux des défauts bien grands, qui tiennent à l'influence des études physiques auxquelles ils se sont livrés. Presque tous sont irréligieux, beaucoup sont matérialistes. Ils sont habitués à demander au scalpel l'explication des phénomènes de la vie; leur esprit, continuellement à la recherche des lois qui gouvernent la nature animée, ne s'occupe plus guère de psychologie. Ils amassent une somme immense de connaissances physiques et matérielles , et plus tard, c'est avec elles qu'ils veulent approfondir les choses de l'intelligence. Ils n'ont point trouvé l'ame

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dans leurs dissociions, ils nient quelle existe, car ils'onl la prétention de ne croire que ce qu'ils expliquent. La plupart

du temps ils ne s'aperçoivent pas que leurs explications ne sont que des hypothèses ingénieuses peut-être j mais qui, au fond . sont loin d'être démontrées.

Ce que les médecins pensent être le scepticisme du savoir et de la supériorité, n'est qu'une orgueilleuse ignorance. Us n'ont étudié la création que sous une de ses faces. Ils ont né gligé l'esprit pour la matière.

Les mathématiciens tombent , eux aussi , dans une sorte de matérialisme à peu près semblable; habitués à compter, à mesurer, ils ne voient plus d'évidence que dans les chiffres. Un raisonnement n'a point de force à leurs yeux, quand il ne peut pas s'exprimer dans cette langue matérielle. Aussi les mathématiciens sont-ils en métaphysique de bien tristes raisonneurs. Il ne faudrait pourtant pas faire l'application de ce que nous venons de dire à tous les médecins, à tous les mathématiciens. Nous n'avons voulu parler que du grand nombre, que du vulgaire en quelque sorte. Nous savons que ces classes de savants ont fourni des intelligences de premier ordre, supérieures à cette action de la profession, et qui ont étudié le monde intellectuel aussi bien que le monde physique, sans oublier jamais la suprématie de l'intelligence sur la matière.

Dans toutes les classes de la société, à quelque degré de l'échelle que l'homme soit placé, il ressent l'influence de sa profession. Ouvrier, il est en général querelleur, ivrogne, pa resseux et imprévoyant. Domestique, il est menteur, gourmand, ingrat, rampant et flatteur.

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