AFFECTIONS DE LA FAMILLE
Aussitôt qu'un rayon d'intelligence vient éclairer l'ame humaine, où jusqu'alors avaient existé seulement des instincts animaux et des passions de même nature, la voix du saug se l'ait entendre. L'enfant apprécie les tendres soins dont il est l'objet : quelque chose d'intérieur et de mystérieux lui révèle l'union si intime qui existe entre lui et les ailleurs de ses jours. Dans sa mère et son père , qui veillent à son bien-être, qui entourent son berceau de leur vigilance et de leurs caresses , il voit plus que des bienfaiteurs et des amis. Il sent qu'entre eux et lui, il y a, pour ainsi dire, communauté d'existence. Les plus douces jouissances, les plus naturelles, les plus pures , ont déjà jeté dans son cœur de profondes, d'impérissables racines.
L'amour de la famille grandira dans cette jeune amc , qui fait ainsi, dès ses premières années, l'apprentissage des obli-
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gâtions qui plus tard lui seront imposées. Notre reconnaissance pour nos parents es! une dette envers la nature; el non-, la payons plus tard à dos propres enfants. Jeunes, nous apprenons et recevons de nos mères ce que plus âgés nous devrons rendre. L'amour de la famille, protecteur du berceau, devoir de l'ace mûr, soleil bienfaisant de la vieillesse, est à toutes les époques de la vie, la source de nos plus saintes affections.
L'enfance vit à l'abri de l'amour des pères et mères; la vieillesse repose en paix sous la protection de l'amour filial ; l'âge mûr, étendant à la fois son affection sur la génération naissante et sur celle qui s'éteint , prépare pour lune les voies de Pavenir, et adoucit pour l'autre les regrets du passé et les abords du tombeau.
L'homme n'a point été fait par Dieu pour vivre dans l'isolement; car, dès le principe, il eut une compagne, un aide semblable à lui pour partager ses travaux, ses douleurs et ses joies.
Il a reçu de son auteur la royauté de la terre , et l'association seule peut le mettre à même de l'exercer, de la conserver. Sa longue enfance, sa vieillesse triste et caduque , sa faiblesse individuelle, le mettraient à la merci des éléments de destruction sans cesse déchaînés contre lui. Ce n'est qu'en se réunissant, qu'en se protégeant mutuellement, que les hommes peuvent être heureux et puissants. La famille est le lien primitif de toute association. C'est la société primitive et naturelle; elle existe chez les peuples les plus sauvages, qui vivent sans institutions, sans lois, sans demeures fixes. Elle est l'image et le modèle des sociétés civilisées. En elle résident tous les principes que la loi cherche à garantir. L'autorité chez le père, l'obéissance chez les enfants, l'équité entre tous; ne trouve-t-on pas là le pouvoir, la nation, la justice?
Dans la famille naissent tous le, nobles sentiments que la morale et la religion , plus puissantes que la loi , peuvent seules commander aux nommes et obtenir d'eux.
Ainsi le dévoùment de chacun pour tous , l'abnégation indi -
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\ iduelle , l'amour réciproque de tous les membres. C'est dans son sein que l'homme fait instinctivement et en suivant la pente naturelle de son cœur l'étude des plus hautes vertus sociales et religieuses, telles que le patriotisme, l'humanité , la philantropie, la charité. Il devient bon citoyen, bon chef de famille , chrétien éclairé et fervent.
La famille est la source de laquelle découlent les vertus ou les vices qui font le bonheur ou la ruine des nations; c'est à elle que sont remises les traditions du passé et les destinées de l'avenir.
Nous concevons parfaitement que l'animal privé d'intelligence, fait pour la vie matérielle et brutale, abandonne son père et sa mère pour chercher seul sa pâture; mais nous ne concevrions pas un être intelligent qui put briser ces liens intimes de l'ame et du sang qui unissent ensemble les membres delà famille, les font ressembler en quelque sorte aux branches du même arbre, et leur donnent des garanties de bonheur qu'ils chercheraient vainement ailleurs.
Rendons donc grâce à cet amour bienfaiteur de l'humanité, qui prend l'homme h son berceau et règue dans son cœur jus qu'à la tombe, qui commence au seuil de l'existence par un doux sourire enfantin, et qui, à son déclin, s'épanche des mains du vieillard en bénédictions suprêmes et solennelles.
Nous allons traiter successivement des principaux sentiments qui constituent les affections de la famille.