AMOUR MATERNEL
Chaque créature ici-bas accomplit dans sa sphère la volonté du Très-Haut, et concourt à l'harmonie de l'univers. Aucune ne peut dévier de sa destination ni se soustraire aux
lois conservatrices de l'ordre , qui émanent de la suprême intelligence. L'être insensible et l'animal dépourvu de raison , marchent aveuglément dans la voie de leur destinée; il leur est aussi impossible de se jeter en dehors, qu'au soleil de cesser d'émettre la lumière, et aux planètes de graviter vers lui. L'homme seul sur la terre est doué de raison, c'est-à-dire, de la faculté d'apprécier la bonté de ses actes ; mais cette raison, qui lui confère la liberté, pour toute action d'intérêt individuel, est impuissante à faire taire les sentiments innés que Dieu a mis en lui dans un intérêt général quelconque.
Le sentiment sur lequel nous écrivons , l'amour maternel, est une de ces lois générales imposées au inonde dans un but de conservation, et qui subsiste vivace dans l'intimité des êtres, indépendamment de toute volonté créée. Il domine la nature vivante : l'espèce humaine est inclinée comme les autres sous sa puissance , et sa raison ne sert qu'à le fortifier, à le diriger.
A sa naissance, toute créature est frêle et débile; pour exister, elle a besoin de protection, et la sagesse suprême devait y pourvoir. L'amour immense qui fait vivre l'univers et qui veille à la reproduction, à la conservation des espèces , envoie un de ses pins ardents rayons au cœur des mères, et alors toute progéniture peut vivre et se développer à l'ombre de l'affection maternelle , qui s'approprie l'empire du monde vivant, et le conserve dans son sein.
Si nous descendons au dernier degré de l'échelle organique, là nous voyons la plante, aimant sa fleur, sa graine ou sa bouture , les protéger de son feuillage, pousser vers elles tous les trésors de sa végétation ; leur donner les sucs les plus propres à entretenir la vie. Quand elle confie au sein de la terre son fruit venu à maturité , l'hiver et ses frimais pourraient le faire périr; elle jonche le sol de ses feuilles, et sous cet abri protecteur, le tendre embryon peut attendre la saison favorable à sa croissance. Alors ces mêmes feuilles , détachées
comme lui du tronc maternel , seront le premier aliment de ses jeunes racines. Quand il sortira de terre , il trouvera le tronc qui le portait naguère , revêtu d'un nouveau feuillage sous lequel sa faiblesse pourra braver L'intempérie des saisons.
Dans le règne animal, les miracles de l'amour maternel sont plus frappants encore. Si l'on trouble l'ordre qui existe dans une fourmilière, on voit chaque fourmi se charger d'une larve et remporter en lieu sur ; elle se laisse tuer plutôt que de l'abandonner. Plus attachée encore à sa progéniture , il est une araignée qui porte partout avec elle le sac soyeux qu'elle a tissu pour y déposer ses œufs. Une autre roule une feuille sèche pour y cacher les siens; dans cette enveloppe, ils seront à l'abri du vent, de la pluie ; l'œil de l'oiseau ne les y devinera pas ; et quand ils écloront , grâce à la prévoyance de leur mère, les petites araignées trouveront autour d'elles les branches les plus commodes , les mieux abritées, les plus fréquentées par le peuple ailé des moucherons , pour y tisser leurs légers et perfides réseaux.
Le papillon vient déposer ses œufs sur l'arbre dont les feuilles conviennent le mieux aux jeunes chenilles, et l'insecte ailé qui s'est métamorphosé dans le sein des ondes, revient leur confier sa ponte.
D'un autre côté , l'oiseau enlève aux jeunes bourgeons leur duvet cotonneux; il édifie de mille manières un nid commode et soyeux, où bientôt, malgré sa pétulance et ses instincts vagabonds, il passera des semaines entières à échauffer sous son aile les œufs qu'il y aura pondus. La tendresse des parents redouble dès que les petits sont éclos; sans cesse occupés à butiner pour eux, ils leur apportent la nourriture la plus délicate et la plus appropriée à leur faiblesse. Les oiseaux les plus timides deviennent courageux pour défendre leur couvée. Qui ne connaît l'audace de la pie-grièche et les ruses de la perdrix quand on attaque leurs petits?
Parmi les animaux les plus sauvages, les plus féroces , on
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admire encore les miracles de l'amour maternel. Voyez la louve, la lionne, plus courageuses quand elles ont mis basque les mâles eux mêmes, attaquer les chasseurs , se précipiter sur les armes et vendre chèrement leur vie.
L'amour maternel semble parfois éclairer la brute d'un rayon d'intelligence.
Cet instinct conservateur des espèces existe au fond de tout ce qui transmet la vie. Vnimal ou plante , tout le ressent ou du moins en pratique les devoirs. Jamais là de ces aberrations dénaturées qui privent unejeune créature des soins maternels. La raison seule était capable d'éluder, jusqu'à un certain point cependant , les volontés de Dieu. L'instinct, lui, est la manifestation constante et toujours identique de ces volontés saintes.
L'animal est un instrument passif dans la main de celui qui l'a fait; jamais ses petits ne lui rendront, en reconnaissance, en affection , ce qu'il aura fait pour eux; pour prix de ses souffrances, de son dévoùment , il ne doit attendre de leur part que l'oubli le plus profond. Il ne faut donc voir dans l'amour maternel , chez les êtres dépourvus de raison, qu'une obéissance passive aux lois conservatrices que Dieu a imposées au monde.
Soit que l'amour maternel se montre à l'état de fonction matérielle chez les végétaux; soit que , s' élevant d'un échelon,' il apparaisse instinctif dans le monde animal nécessité, nous devons admirer ses miracles et sa mission providentielle. Mais, pour le trouver digne de notre admiration tout entière, il faut l'étudier dans l'espèce humaine , marqué au coin do l'intelligence.
Pourrions-nous aimer autant nos mères , si à côté de l'amour inné, nécessaire, qu'elles ressentent pour le fruit de leurs eut! ailles, il n'y avait pas en elles des trésors de tendresses volontaires et libres de leur part? si . à cote de ta \<>i\ du sang, il n'y avait pas celle du cœur et de l'esprit ? Le créa-
tcur a permis que dans l'espèce humaine l'intelligence pût
aller au-delà dos penchants naturels : grâce à elle , nous trouvons dans nos mères un amour sans limites, et nos mères à leur tour trouvent dans les devoirs qu'elles accomplissent en nous aimant une source de mérites infinis.
Nous définirons l'amour maternel dans l'espèce humaine : un sentiment inné au cœur des mères, qui les porte à aimer leur progéniture et à lui prodiguer des soins intelligents.
D'où naît l'amour maternel ? on , pour rentrer davantage dans nos idées , quelles sont les causes qui allument au cœur des mères cette flamme répandue par Dieu dans toute la nature ?
U existe une double vie, celle de l'espèce et celle de l'indi- ^ idu : la première est continue ; la seconde est interrompue , limitée. La première est une flamme qui ne s'éteint pas, mais qui passe d'une créature à l'autre et les dévore successivement.
La vie dont a vécu la mère , elle la transmet à sa progéniture •. la vie de ses enfants est un épanchement de la sienne ; c'est la même liqueur dans un antre vase; la même eau qui coule dans deux canaux parallèles. Cette vie continue dans l'espèce , lui fait oublier la mort individuelle. Aussi la mère aime-t-ellc ses enfants comme la racine aime l'arbre , et comme l'arbre aime ses fleurs. Son enfant a dans ses veines un sang qui a coulé dans les siennes , il a été formé de sa propre substance; séparé d'elle maintenant, naguère il était ellemême. Elle et lui, c'est un être coupé en deux parts, qui auront toujours dans l'intimité de leur organisation des raisons de sympathie et de convenance que rieu ne pourra effacer.
L'enfant, c'est une bouture, c'est un membre de la femme. Prenez dans votre main de l'eau d'un fleuve, à quelle eau ressemblera-t-elle aussi bien qu'à celle où vous l'avez puisée? Arrachez une branche d'arbre et plantez-la : arbre à son tour,
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ne ressemblera-t-elle pas mieux au tronc qui l'aura fournie qu'à tout autre? Il en est de même de la mère et du fruit de son sein. Il existe toujours entre eux un besoin mystérieux de rapprochement , un vague regret de séparation. L'unité est rompue, mais non pas la ressemblance, qui l'ait que ces deux êtres se reconnaîtront cl se conviendront éternellement.
Comment la mère ri aimerait-elle pas son enfant? Comment ne serait-elle pas ivre d'amour et d'orgueil , quand elle voit son doux nouveau-né qui lui sourit, qui plus tard sera grand et fort, savant et bon, utile à ses semblables? Quel est l'ouvrier qui peut mettre son ouvrage à côté du sien ? Elle a fait un bomme , une femme , un être organisé et vivant, et elle ne serait pas amoureuse de son œuvre !
Artistes, qui sculptez la pierre et qui pleurez de joie devant la statue que votre génie a créée , vous n'avez fait qu'imiter imparfaitement l'œuvre delà femme, car elle n'a pas fait une froide statue, mais un bomme qui a des sens et une amc; et son œuvre lui a plus coûté que les vôtres , car elle a porté son enfant dans son sein , elle l'a formé dans ses entrailles, elle l'a mis au monde au milieu des souffrances et des déebirements de la douleur. Quand il a vu le jour, elle s'est encore attachée à lui par les soins qu'elle lui a donnés; elle l'a nourri de son lait, continuant ainsi à infuser son être dans le sien, faisant ainsi de son enfant, sa chair, son sang , sa vie et son amc.
A 1 instant de décrire les tendresses de l'amour maternel, ne devons-nous pas remercier la Providence des fonctions qui nous ont été dévolues? Médecin, Dieu nous appelle au ebevet de toutes les douleurs, il étale à nos regards le spectacle des misères et des infirmités bumaines. Ce sont des devoirs qu'il nous impose, et nous l'en remercions, tout en tremblant sous ee fardeau. Mais ne sommes-nous pas aussi appelé à connaître toutes les sublimités du cœur, tous les dévoùments, toutes les grandes résignations . tous les sentiments cachés, qui éclatent ■ certains jours dans la vie , et qui sont le plus bel apanage de
la nature humaine? iYavons-nous pas dû mille fois nous incliner de respect devant les prodiges de l'amour maternel? N'avons-nous pas entendu des paroles , vu des tableaux, ignorés du monde, capables d'adoucir la vue de toutes les souffrances et de faire oublier les plus pénibles labeurs.
Une femme va devenir mère; le plus grand acte de sa vie va s'accomplir. Qui donc pourrait rester froid à un tel spectacle? Il faudrait pour cela n'avoir jamais eu de mère , d'épouse ou de nlle, ou bien avoir perverti daos son cœur tous les instincts, tous les sentiments que la nature inspire. Voyez-la, cette pauvre jeune femme : Déjà s'est accompli pour elle une moitié de la malédiction de Dieu sur son sexe : « Je vous affligerai de plusieurs maux pendant votre grossesse. » Elle a supporté avec courage et patience neuf mois d'ennuis et de privations. A la fleur de son âge, amoureuse de plaisirs et de distractions, elle a vécu comme une recluse, au milieu de craintes continuelles et souvent accablée de douleurs. Qui la soutenait dans ses maux? Une seule pensée , un seul espoir. Elle songeait que cet enfant , que Dieu formait dans son sein, serait bientôt dans ses bras , qu'elle pourrait le voir, le caresser, lui sourire, lui prodiguer ses soins.
Courage encore, pauvre femme, car Dieu avait ajouté : « Vous enfanterez dans la douleur. » Bientôt ses cruelles atteintes se font sentir. C'est alors sans doute qu'elle va trembler, que son énergie va l'abandonner, que sa patience va s'avouer vaincue. Une faible femme, pleine de timidité, qui craint l'ombre même du mal, qui ne sait pas supporter une piqûre , va devenir la proie des plus horribles souffrances. La douleur va gronder en elle comme un orage , tordre ses membres et faire craquer ses os. La voilà qui commence, qui se rapproche, qui redouble d'intensité , qui maîtrise tout l'organisme, qui secoue avec fureur sa victime , et ne lui donne plus de relâche.
Hommes forts et courageux, qu'on nomme des héros, qui de
vous voudrait et pourrait endurer de pareilles tortures? Cependant, regardez-la, cette enfant si frêle et si délicate, dès qu'un peu de calme se lait sentir, elle esl radieuse, ivre do joie et d'orgueil; elle brave la souffrance, l'affronte, latronve trop faible; elle sourit au père de son enfant, l'embrasse el lui parle de son fils. Mais la douleur revient comme un ouragan ; elle est furieuse, immense... Bonheur! un faible cri s'est fait entendre.... Tout est oublié pour la mère inondée de larmes de joie, ses souffrances, son sang qui coule à Ilots; car elle a entendu ce premier cri si cher au cœur des mères,. cri dans lequel Dieu, mit, sans doute, d'ineffables harmonies qu'elles seules peuvent comprendre, cri qui annonce l'existence... Ce n'est donc pas en vain qu'elle a désiré , qu'elle a prié, qu'elle a souffert! Voilà donc ses vieux exaucés : nu enfant vivant !... Oh ! comme elle l'aime déjà! Tour elle, qu'il est doux à voir! il est beau comme un ange!
Quel instant de sublime ivresse , de contemplation intime , que celui où la mère voit pour la première fois le fruit de ses entrailles! Oui, cher nouveau- ne, dans ce regard maternel qui t'accueille à ton entrée au monde, il y a tout un pacte impérissable de tendresse réciproque. Oui, tu seras tout pour ta mère ; à présent elle ne x ivra plus en elle-même ; son bonheur s'esl déplacé ; c'est en toi seul qu'il existe. Il faut bien que Dieu lui mette au cœur de grands trésors d'affection pour loi, pauvre petit , car d'ici que tu sois grand, que de peines tu xas lui coûter! Neuf mois elle t'a porté dans son sein, au moins autant elle va te nourrir de son lait, car elle sait bien qu'il en doit être ainsi; elle en a le désir, elle en éprouve le besoin.
Jeunes mères, ne résistez pas à ce penchant de la nature ; que l'intérêt de votre repos, que les conseils de la coquetterie ne vous détournent pas du devoir impérieux d'allaiter y os enfants. Quoi ' nous les livreriez sitôt à des mains mercenaires? Sevrés ainsi des tendresses maternelles, croitraient-ils aussi bien qu'à l'ombre de votre amour? Croyez-vous qu'on puisse
pour de l'argent donner les soins d'une mère? 11 faudrait en avoir le cœur, et cela ne s'achète pas. L'étrangère bénéficie sur son nourrisson; moins elle lui donne, et plus elle gagne. Sou vent, nous le voyons, nous qui soignons vos enfants, ils meurent parce qu'ils n'ont pas de mère.
Ne craignez-vous pas que votre enfant puise au sein d'une autre de cruelles , quelquefois de honteuses maladies? D'un autre côté, quand il aura si longtemps réparé à une source étrangère ses déperditions journalières, il ne lui restera plus rien de vous, ce ne sera plus votre fils. Ne perdra-t-il pas , dans cet échange de la substance maternelle contre celle de sa nourrice, le germe des qualités physiques et morales qui l'unissaient à vous par de mystérieuses sympathies, par d'intimes ressemblances ? Est-ce en vain que la nature a gonflé votre sein d'une liqueur bienfaisante ? Cette source qu'elle a ouverte, vous allez la tarir; la nourriture faite par elle, comme la plus convenable au cher petit né de vos entrailles, vous allez la lui refuser? Les lois naturelles condamnent votre conduite: la fièvre va s'allumer dans votre sang, de cruelles douleurs vont vous faire souffrir , ce lait va devenir le noyau de bien des maux cuisants ; car , sachez le bien, Dieu le veut ainsi, c'est un nectar pour l'enfant ou bien c'est un poison pour la mère.
Gardez vos enfants près de vous , élevez les vous-mêmes ; que vos bras soient pour eux un berceau de caresses. Fondez leur gratitude et leur piété filiale sur les soins que vous leur prodiguez et non pas seulement sur le don de la vie, qui peut bien n'être qu'un produit de la volupté toute seule.
Qu'elle est belle la jeune mère, avec un enfant sur ses bras ! Elle ressemble à l'arbre chargé de fruits , honneur du verger. Celle qui l'abandonne, est comme L'arbre stérile qui ne produit que des fleurs, et qui ne sert qu'à la vue.
Lue mère toute seule est capable de veiller en dormant sur son enfant endormi. Elle étudie son souffle; éprouve-t-il la
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moindre souffrance, appelle-t-il en rêvant un sylphe léger qui passe, aussitôt elle est là, penchée sur son berceau, et jusqu'il ce qu'il suit redevenu calme, elle y reste connue un ange gardien. S'éveille-t-il? elle est éveillée pour le bercer, l'amuser, on présenter à ses lèvres avides la nourriture qu'il demande. Des mois entiers se passent ainsi; chaque nuit revient avec ^a tache, et cette tâche lui parait douce.
Bientôt le jeune enfant comprend les soins qu'il reçoit ; il sourit au visage de sa mère, il n'en veut pas voir d'autre-, il lui tend ses petits bras; c'est que la nature a mis entre ces ilcuv êtres des liens étonnants de sympathie. Trouvez donc quelqu'un qui parle comme la mère ce langage inarticulé de la première enfance, qui ait une voix à l'unisson de la sienne, qui puisse sans cesse prendre plaisir à ses jeux, insignifiants pour nous. Elle est la sœur aînée de son enfant, elle est faible comme lui , enjouée, douce comme lui. Elle seule sait trouver ces mots si tendres, qui sont des noms qu'il entend, et ces modulations qui le font rire ou dormir, quand il pleure ou qu'il souffre.
Plus tard, vous verrez avec quel bonheur, avec quelle tendre sollicitude elle aidera ses premiers pas, comme elle scia heureuse et fière quand il pourra venir tout seul tomber dans ses bras.
Dès que sa langue articulera quelques sons, elle lui fera dire les plus doux noms qui soient au monde ; ceux des auteurs de ses jours et celui de l'auteur de tout ce qui existe , aiin qu'au seuil de la vie, il puisse nommer ce qu'il doit aimer le ['lus dans le temps et dans l'éternité. Qu'elle est sublime la '•ration que la mère l'ait a Dieu de son enfant, quand elle élève ses petites mains vers le ciel, et qu'elle apprend a se> lèvres a le prier ! Dans l'immensité de sou amour, sa foi regarde au-delà des temps, et sachant bien qu'il huit qu'elle meure, femme, elle invoque une autre femme, une autre mère qui puisse sans cesse veiller à sa place. Mlle confie a Marie . à Jésus, son trésor le plus cher, ses vœux les plus ardents, le
bonheur de son fils; l'enfant retiendra toujours ces noms et ces prières, car les croyances que sa mère lui fait sucer avec son lait imprègnent son ame et demeurent toute la vie.
Malheur à celle qui ne mettrait pas ainsi le berceau de son nouveau-né sous l'ombrage des croyances religieuses; elle aurait à rendre un compte terrible au dernier jour, et la malédiction de son enfant la poursuivrait jusqu'au fond de l'abîme. La femme n'enfante pas un corps privé de vie, ou bien un animal qui meurt tout entier ; elle enfante un homme raisonnoble, qu'elle doit nourrir avant tout de vérité et d'amour de Dieu. .
Bientôt de cruelles maladies, qui sont le fléau de l'enfance et du cœur des mères , vont menacer, vont frapper le jeune enfant. Oh ! c'est alors que le dévoùment maternel va se développer tout entier. Toujours au chevet de son cher malade, sa mère ne laissera pas à d'autres le privilège de lui prodiguer des soins; elle compte pour rien ses nuits passées sans sommeil, car la fatigue ne l'atteint pas. Elle ne souffre que d'une chose , du mal qui dévore son enfant ; elle le ressent dans toutes ses phases : chacune de ses souffrances, de ses plaintes, éveille en elle un écho de douleur. Avec quelle anxiété elle interroge l'homme de l'art qu'elle a fait appeler ! comme elle saisit dans l'air de son visage, dans le moindre signe de sa physionomie , un indice d'espérance ou de malheur !
Et si, malgré tant d'efforts, le mal fait des progrès, elle est folle de désespoir, elle adresse au ciel les plus ardentes prières, elle offre sa vie , et dans sa démence elle taxe Dieu d'injustice et de cruauté , elle n'aura plus ni prières , ni foi , s'il laisse mourir ce qu'elle aime tant.
Quand Dieu n'a pas pris en pitié ses prières et ses larmes , et que la mort a glacé le berceau, ne cherchez pas à consoler sa douleur; c'est une plaie éternelle, que rien ne pourra fermer et qu'elle emportera dans la tombe. Chaque enfant qui meurt,
est comme une branche qu'on arrache de L'arbre en j faisant une profonde déchirure.
Mais si la jeune famille croit en paix à l'abri de tout malheur, combien la mère est heureuse! Voyez comme aux rayons vivifiants de son amour se développent ces jeunes et riantes natures d'enfaots dont elle est la providence. Son empire est souverain, absolu : c'est elle, toujours elle que l'on consulte et que l'on prie ; elle est tout pour l'enfant , qui ne conçoit rien au monde au-delà de sa mère. C'est elle qui règle les jeux, juge les querelles, décide les questions épineuses; c'est elle [qui le plus souvent récompense ou punit, et dont l'intercession obtient, auprès du père ou du précepteur, le pardon des fautes. Dans ses mains est la corne d'abondance d'où plein eut sur l'enfant toutes sortes de délices, depuis le simple joujou jusqu'à la friandise la plus ardemment désirée. Elle est la confidente des peines, et toujours de moitié dans les plaisirs.
Ne croyez pas que ce rôle l'ennuie ou la fatigue, c'est pour elle au contraire l'apogée du bonheur; car elle est un enfant plus expérimenté que les siens, plus raisonnable peut-être, et voilà tout : car, du reste, la nature qui voulait qu'elle fût l'ami, le compagnon de l'enfance, lui en a donné tous les attributs. Egale mobilité d'impressions et de sentiments, mêmes inégalités de caractère; visage frais et rose, à peine velouté d'un léger duvet, souplesse et faiblesse des membres, ton de voix doux et enfantin, tout est à l'unisson.
Aussi, quand l'enfant grandit assez pour que la mère ait besoin de faire acte d'autorité sérieuse , elle sort de sa sphère, sa voix n'est faite que pour les intonations douces ; elle se prête volontiers aux tendres reproches, mais elle ne peut monter jusqu'à la réprimande sévère ou a la menace. C'est à l'époque où les jeunes garçons ont besoin d'être conduits avec fermeté qu'ils abandonnent leurs mères; quand aux jeunes filles , destinée- a rester enfants toute leur vie , elles peinent s'abriter bien plus longtemps sous l'aile maternelle.
De près ou de loin, durant tout le cours de la vie, l'amour des mères veille sur les enfants ; il les suit dans toutes les périodes de l'existence , planant sur eux comme un génie Lieu faisant. Il s'identifie avec tout ce qui les touche, il pleure de leurs chagrins , s'enorgueillit de leurs succès.
Qui pourra dire combien sont douces les larmes d'une mère, quand sa fille, vêtue de la robe des vierges, fait sa première communion; quand son fils, au milieu d'une immense assemblée, vient lui faire hommage de sa première couronne? Qui comprendra les joies de son cœur , quand ces chers objets de tendresse seront remarqués pour leur talent, pour leur beauté? Elle est plus fière qu'eux-mêmes des éloges qu'ils reçoivent. Qui peindra ses anxiétés et ses angoisses, quand il faudra qu'elle se sépare de son fils; lorsqu'il ira, par exemple, affronter les vicissitudes de la guerre, ou les hasards non moins dangereux de voyages lointains?
Quelles inquiétudes ne viendront pas l'agiter , lorsque sa fille, appelée par Dieu à payer sa dette à l'hymen , la laissera décider de son bonheur à venir et lui choisir un époux! Si son instinct la guidait mal , si sa perspicacité lui faisait défaut... Elle passera ainsi successivement delà crainte et du doute à l'espérance, et bien des pensées amèrescontristeront son cœur. Le malheur de ses enfants serait pour elle le comble de l'infortune et le dernier degré de la désolation.
Mais tout n'est pas fini pour elle , la coupe de bonheur et de larmes n'est pas encore épuisée. Bientôt de tendres rejetons vont pousser sur les tiges dont elle-même est la souche. Elle va sentir de nouveau les joies de la maternité et s'associer à ses souffrances; car Dieu n'a pas voulu que l'amour maternel n'eût des tètes d'enfants à caresser qu'au printemps de la vie; cette félicité de la femme, il la lui ménage à son déclin ; ainsi, dans des climats heureux, l'arbre voit ses branches chargées de fruits pousser de nouvelles fleurs. La grand'mere, près du berceau de son petit-fils. , voit passer dans sa
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mémoire tous les jours d'autrefois, et chacun d'eux apporte des souvenirs qui rafraîchissent sa vieillesse. Puis, quand tout expire, quand le dernier flot de la vie va s'épancher, à cette heure suprême ou l'on u'ehtend plus les bruits du monde, nu dernier regard, celui de l'adieu, contemple à la lois deux ou trois générations ijui s'inclinent en priant, et recommandent à Dieu l'âme de celle qui les quitte.
II doit être doux de s'endormir ainsi entre des ligures en pleurs, symboles des regrets, et des visages déniants qui sourient ; c'est le présent qui vous pleure et l'avenir qui vous console; c'est l'image de la terre que l'on quitte, et du ciel qui s'entr'ouvre. . . Un instant plus tard, la piété filiale sait qu'elle a des cendres à vénérer ici-bas, et une protectrice de plus à invoquer là-haut.
11 n'est peut-être pas une passion susceptible de plus grands écarts que l'amour maternel. 11 est tellement dans la nature , qu'il est presque impossible de croire qu'en l'exagérant, qu'en le laissant suivre ses impulsions, on puisse tomber dans le mal. Rien cependant n'est plus Mai.
Mères, ne l'oubliez pas, cet amour qui fait vos délices, Dieu l'a mis en vous, bien moins pour vous mêmes que pour vos enfants; avant tout, vous devez considérer leur intérêt, vos satisfactions ne doivent venir qu'ensuite.
Ce n'est pas ebose facile que de bien aimer les enfants ; au fond de ce sentiment si doux , il y a une immense responsabilité, lis reçoivent de leurs mères une multitude d'impressions qu'ils gardent toujours; ils ont dans leur propre nature un grand nombre de penchants qu'il faut diriger , réformer ; car les caprices de l'enfance deviennent les -\ ices de l'âge mûr, ci les fautes légères qu'elle commet seront peut-être des crimes plus tard. Le premier âge dans ses jeux, dans ses actes qui semblent si futiles, joue la société réelle . seulement les proportions sont moindres; c'est, du reste, exactement la même chose. Le physique et le moral grandisscul suis changer de
nature, et l'enfant dont on a craint de contrarier les volontés, qui n'a eu d'autre règle que son caprice, ne supporte pas plus tard le joug de l'obéissance. Il entre dans la société avec des défauts dont il ne sait point contrarier les exigences, et par cela même, il devient criminel.
L'éducation maternelle exerce son influence sur les destinées de l'individu et sur celles de la société. 11 faut que les mères le sachent bien : c'est dans leurs mains qu'est déposé le germe de l'avenir ; c'est d'elles que dépend le bonheur des générations futures.
Il faut qu'elles s'attachent à développer la raison chez leurs enfants, et à étouffer le caprice. De bonne heure, elles doivent les initier aux règles de la morale et de la justice, leur apprendre qu'il est au-dessus d'eux un Dieu qu'il faut adorer en suivant les préceptes qu'il est venu lui-même apporter au monde. Elles doivent surtout leur enseigner à aimer la vertu, en leur servant de modèles. Sans l'exemple , le précepte reste la plupart du temps stérile.
Il ne convient pas que l'enfant s'aperçoive qu'on lui préfère son frère ou sa sœur, parce que dans la jalousie du premier âge repose en germe une inimitié qui ne s'éteindra pas.
Si l'enfant a commis une faute, il est juste qu'il soit puni, pour qu'il connaisse l'équité ; si, par une fausse tendresse , la mère lui épargne des corrections qui sont douces, d'autres plus tard lui en infligeront peut-être de terribles. Il est quelquefois utile quelle se résigne à voir répandre des larmes ; mais tout en punissant, elle peut, elle doit même laisser comprendre combien elle en souffre. Un enfant doit craindre, par-dessus tout, de contrister sa mère.
Une des choses qui doivent le plus préoccuper l'amour maternel, c'est la surveillance des mœurs de l'enfance. Maintenant que la pensée est si précoce, qu'elle devance les progrès de l'organisation, et que les sens sont si prématurément développés , il est du devoir des mères de surveiller tout ce qui peut atteindre le cœur des enfants. Il faut que leur pru-
dence veille suis cesse autour d'eux pour les maintenir dans L'innocence . car rien ne flétrit l'âme comme la débauche des sens.
Ici notre tâche n'est point de parler de l'éducation des entants; mais, à propos de l'amour maternel , nous devions dire combien il est important qu'il n'exagère pas ses tendresses, et qu'il n'aille pas jusqu'à laisser prendre à l'enfance une direction funeste, et contracter des défauts qui seraient plus tard une source de malheurs et de regrets, et jetteraient dans la société des éléments corrupteurs.