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AMOUR FILIAL

L'amour de leur conservation est la loi suprême des êtres animés. Cette loi mettant en jeu leurs aptitudes physiques et morales, produit en eux de simples instincts ou des sentiments

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réfléchis. L'attachement des curants pour les auteurs de leur existence peut nous fournir de semblables nuances, quand on les considère dans les différents degrés de l'échelle animale.

Il n'existe pas même à l'état d'ébauche dans ces régions infimes de l'animalité où l'insecte et le mollusque, par exemple, peuvent en naissant pourvoir eux-mêmes à leur besoins. Jamais aucun rapport entre eux et ceux qui les ont produits. Partout où les conditions d'organisation n'exigent pas davantage, la nature ne met entre les brutes que les rapports strictement nécessaires a la conservation des espèces.

Dans un ordre plus élevé, pourquoi voyons-nous l'oiseau réchauffer sa couvée sous ses ailes , chercher pour ses petits une pâture convenable à leur délicatesse. Est-ce l'amour de sa progéniture qui l'inspire? il l'abandonnera dès qu'elle pourra se passer de lui : c'est un instinct purement conser- \ateur qui lui est imposé par celui qui veille à l'ordre de l'univers. L'agneau, qui se réfugie près de sa mère, l'aime-t-il? il la quittera sans retour dès qu'il n'aura plus besoin d'elle pour l'allaiter, pour le défendre.

Chez l'homme il en serait ainsi, si l'intelligence ne venait s'ajouter à l'instinct, car ce qu'on nomme la voix du sang , Icj sympathies d'organisation, sont choses impuissantes à produire aucun lien durable. C'est la considération morale des bienfaits qui nous porte à la reconnaissance, et c'est dans la reconnaissance toute seule que l'affection raisonnée qu'on nomme amour filial , prend ses racines.

Quand l'enfani vient au monde et qu'il n'a encore aucune connaissance des objets extérieurs, du bien et du mal, que son sens intime ne lui donne qu'une sensation vague et confuse de >a propre existence , il n'aime pas ses parents. C'est un instinct tout matériel et né du besoin qui le pi.tissr yers sa mère; s'il prend avec avidité son sein, il prend avec la même aridité le biberon que parfois on lui substitue. Il n'a pas de prédilection pour l'un plutôt que pour l'autre, parce que tous deux lui versenl le lait qui le nourrit, il est comme le

petit oiseau qui s'agite et frémit aussi bien de joie quand un curant lui donne la becquée que quand c'est sa mère elle-même. L'enfant n'apprécie pas encore le bienfait ; il satisfait un besoin et voilà tout.

Nous ne nierons pas pour cela qu'il y ait entre les enfants et les parents des liens naturels et instinctifs , nés du sang et de la communauté d'organisation. Oui, il existe de secrètes sympathies, de mystérieux rapports qui parlent du sang au sang et qui agitent les fibres du cœur ; oui, le cri de la nature est quelque chose de réel. Mais ce que nous prétendons , c'est que ces instincts secrets n'ont d'écho que dans l'intelligence : chez la brute, c'est une voix sourde qui s'éteint dans les opacités de la matière.

Bientôt l'enfant grandit ; peu à peu son ame se développe , il commence à comprendre. Les tendres soins dont il est l'objet, les caresses qu'on lui prodigue, éveillent en lui des mouvements d'affection. Le visage de sa mère qui lui sourit, sa douce voix qui lui parle, captivent ses yeux et ses oreilles; il devient attentif et rapporte les bienfaits qu'il reçoit à la main qui les lui dispense. La reconnaissance commence à poindre , son intelligence s'unit à l'instinct pour fortifier son affection, et bientôt ses petites mains caressent sa mère, son sourire lui montre qu'il la reconnaît. Il essaie de bégayer des sons , évidemment il l'aime.

Qui pourra dépeindre les joies de ces premières intimités des deux ames de la mère et de l'enfant. Pauvre petit, ta première caresse enfantine, un sourire de tes lèvres, ont assez payé ta mère de ses soins, de ses souffrances, car la nal nie a fait son cœur si bon pour toi , que le moindre élan du tien la remplit de joie et t'acquitte envers elle.

Toujours il en sera ainsi : ceux qui nous comblent de bienfaits, sont heureux du plus léger signe de reconnaissance de notre part.

Mais déjà le champ de l'existence s'est agrandi : L'enfant a

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des besoins plus nombreux , ses désirs i 1 lim i t^s les décuplent,

et c'est toujours à ses parents, à sa mère surtout qu'il a re cours ; à ses yeux cette dernière représente la bonté-, son père, la puissance, c'est à l'inépuisable bonté de son cœur qu'il s'adresse pour obtenir ce qu'il désire, c'est de son père qu'il implore protection.

L'amour filial , dans l'adolescence , est fondé sur la connaissance profondément sentie de la supériorité des parents, sur l'utilité et la reconnaissance des bienfaits qu'on en reçoit journellement; il participe à la fois de l'instinct naturel, de i'égoïsme et du sentiment moral de la gratitude.

Lorsque les enfants ont franchi la période de l'adolescence, qu'ils sont devenus des hommes, que leurs facultés physiques cl morales ont acquis la plénitude de leur puissance , ils peuvent exister par eux-mêmes, ils sont capables de pourvoir à leurs besoins; la société, la loi, les acceptent comme responsables de leurs actes : à leur tour, appelés à devenir chefs de famille, ils quittent leurs parents, et les voilà bientôt euxmêmes aux prises avec les vicissitudes de la vie. C'est l'époque où l'amour fdial a le moins de motifs intéressés, où la reconnaissance toute seule , aidée des sympathies naturelles, pousse les enfants à aimer ceux qui leur ont donné le jour.

C'est alors seulement que se dévoilent les vrais sentiments du cœur , qui1 les ingrats abandonnent leurs parents, et que ceux qui les aiment leur prodiguent des soins et cherchent à rendre leur existence heureuse. L'accomplissement de ces devoirs sacrés maintient dans les familles les plus douces relations, et fournit aux générations naissantes des exemples pour l'avenir.

Nous avons dit, dans le chapitre précédent, que la tendance des sentiments est d'aller en avant; c'est une vérité : les enfants n'aiment pas autant leurs parents qu'ils en sont aimes 1 1 > a , de la part des parents, plus d'affection tendre, plus de dévoùment; du côté des enfants, c'est une affection res-

pectneuse et reconnaissante. Partout on retrouve empreinte la sagesse de Dieu. Il est tout naturel et plus utile que riiomme , dans la vigueur de l'âge, s'intéresse davantage à la génération naissante et qui promet pour l'avenir, qu'a celle qui s'éteint après avoir fourni sa carrière et accompli sa mission.

La mort d'un vieillard ne fait point une si douloureuse impression que celle d'un enfant. Celle du premier est chose attendue qui ne trompe personne et ne dérange rien au cours des choses ; celle du second est un rapt que fait la mort à l'avenir , c'est une tige que la faulx du temps coupe avant qu'elle ait produit les fleurs qu'elle promettait. Un semblable événement a quelque chose de déchirant pour tout le monde.

En général, les enfants ont plus de tendresse pour leur mère que pour leur père, la raison en est simple : c'est d'elle qu'ils ont reçu davantage ; tous ces tendres soins nécessaires à la faible enfance , c'est elle qui les a prodigués. Les souvenirs qu'on garde d'une mère ne rappellent que des caresses et l'inépuisable tolérance de son amour. Les rapports des enfants avec le père, ont eu quelque chose de plus sévère et de plus grave; dépositaire de l'autorité suprême, il était craint davantage, parfois il a dû sévir ; son visage se dessine toujours dans la pensée avec uu caractère imposant d'autorité , et la crainte respectueuse qu'on éprouvait autrefois, laisse toujours un souvenir.

Il est impossible que l'enfant ne ressente pas toute sa vie quelque chose de cette communauté d'existence qu'il eût avec sa mère ; toujours , dans les fibres profondes de son cœur , il y aura des ébranlements sympathiques à l'approche, au contact de celle qui l'a porté dans son sein. On pardonne moins les crimes commis contre une mère que ceux commis contre un père. Il y a quelque chose de plus affreux dans l'offense faite à celle qui nous a mis au monde, qui nous a nourris, qui nous a toujours pardonné, et qui maintenant encore n'aurait,

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contre no.-» injures ou noire ingratitude , que sa douleur et ses larmes.

L'amour filial étant tond.' principalement sur la reconnaissance , et devant subir l'antagonisme des liassions, desaffec tions nouvelles de la famille, des relations sociales, avait moins de garanties d'existence que l'amour des parents. Aussi tous les législateurs l'ont rangé au nombre des devoirs , et Dieu lui-même l'a mis sous la sauvegarde de ses commande ments ; c'est même le seul auquel il ait expressément attaché une récompense. « Honorez votre père et votre mère afin de jouir d'une longue vie. » [Ex., ehap. xx , verset 12.

A chaque page des saintes Écritures, on retrouve les même préceptes et les mêmes promesses. « Malheur à l'homme qui maudit son père et sa mère, pour lui le flambeau de la vie s'éteindra à jamais, i ( Prao., chap. xx, verset 20.) « La bénédiction du père assure la prospérité des entants, mais la malédiction de la mère provoque leur ruine.» [Eccîi.,c. m, verset -M .)

L'amour lilial est une des bases de la société; c'est lui qui place la conduite des enfants sous la sauvegarde des conseils de l'expérience, qui leur donne pour guides dans la vie ceux qui s'intéressent le plus à leur bonheur. C'est l'amour filial que Dieu charge de distribuer ses récompenses aux parents vertueux, il leur a promis de bons eufants. « Celui qui honore son père, sera lui-même comblé de joie dans ses enfants.» [Eccli., chap. m, verset 6.) C'est donc un grand crime a ces derniers de se refuser à l'accomplissement de la justice clix ine. dont ils sont en quelque sorte les dispensateurs.

L'amour filial habitue les hommes à respecter l'autorité et la tradition , à garder les bonnes coutumes. Malheur à la société où les vieillards sont méprisés , où l'ingratitude les repousse ; quand la charité publique est obligée de leur don ner des asiles et se substitue à la piété filiale . bien des vertus sont enlevées à la famille, bien des leçons et des exemples à l'enfance. La bénédiction d'en haut se détourne de ceux qui

n'accomplissent pas la justice et qui n'ont point pour leur père une place au foyer, un couvert à leur table. Dans Tintérét de la morale, les secours à domicile seraient bien préférables aux asiles qu'on donne à la vieillesse.

Grâce à l'action incessante du philosophisme, l'égoisme, le bien-être matériel, la religion des intérêts , envahissent le peuple; les leçons d'égalité qu'on lui donne , lui ôtent le respect pour tout ce qui est vénérable. L'amour filial, sentiment si facilement étouffé , quand il ne se fortifie pas en Dieu et n'a pas ses racines dans l'observance de ses commandements , n'est plus qu'un vain nom. L'adolescent ne craint plus son père, car il se croit son égal , et con triste sans remords le cœur de sa mère.

Chose remarquable , le sentiment religieux grandit les hommes et les élève en détruisant leurs penchants animaux et terrestres ; au contraire , tout ce qui ne s'inspire pas de lui les précipite vers l'état de nature , vers l'animalité. Alors les hommes imitent les bêtes, et la voix du sang, dégagée des devoirs, s'éteint dans les opacités de la matière, combattue, étouffée par d'autres instincts.

Enfants, tentés de devenir ingrats, songez à votre jeune âge, pensez aux douleurs qui ont assailli votre mère, quand elle vous a mis au monde; aux dangers qui ont menacé sa vie, quand elle vous portait dans son sein. Que de nuits elle a passées sans sommeil pour endormir vos douleurs ! A vos moindres plaintes, inquiète et vigilante, elle était là près de vous, vous prenait dans ses bras , vous réchauffait sur son cœur. Vous aviez besoin de tout alors, et rien ne lui coûtait, ni fatigues, ni soins. C'est aux dépens de sa sauté que la vôtre est devenue si robuste. Pendant que, providence attentive, elle veillait sans cesse autour de vous , votre père, de son côté, gagnait pour la famille le pain de tous les jours. C'est par son travail, et au prix de ses veilles, que vous avez vécu.

Sans vous, vos parents eussent été exempts d inquiétudes ;

pour vous , ils ont éprouvé mille besoins, fait mille sacrifices Les privations de tout genre leur ont paru légères, et qu'espéraient-ils en retour? Rien de votre part , sinon votre amour el votre reconnaissance. Vous n'avez rien. C'est la seule manière dont vous puissiez vous acquittera leur égard; ne les privez jamais de ces douces consolations de la vieillesse, qui adoucissent les abords de la tombe. Sur la terre, ils n'ont plus que vous; les vanités du monde n'éveillent plus leurs convoitises. Les passions sont endormies sous la cendre des années. L'affection filiale est le seul rayon de bonheur qui vienne réchauffer leur vieillesse.

Il est quelquefois de mauvais pères , et leur conduite ferme le cœur de leurs enfants à l'amour filial. Ceux-ci doivent garder pour eux la charité, s'ils n'ont plus l'amour, être respectueux à leur égard et les secourir dans leurs besoins. La qualité de fils impose des devoirs absolus et dont on ne peut se dispenser.

Jeunes gens, ne vous enorgueillissez pas de votre jeunesse et de votre force , et si la raison de vos parents s'affaiblit , ne les blessez pas par l'ostentation de votre supériorité. Ayez pour eux une respectueuse déférence , et songez que naguère cette raison, dont vous êtes si fiers, était faible devant la leur, et que bientôt elle déclinera à son tour. Supportez patiemment leurs défauts, en mémoire de tout ce qu'ils ont enduré des vôtres. Soulagez-les dans leurs infirmités. N'ont-ils pas pris soin de celles de votre enfance? Ne rougissez pas de vos parents pauvres, quand vous êtes dans la compagnie des grands et des riches. S'ils sont pauvres et ignorants, ce sera pour eux une grande gloire d'avoir donné à leurs curants une bonne éducation , et de les avoir élevés au-dessus d'eux. Si vous a\ ez envie de vous mal conduire, que la crainte de les attrister vous arrête ; attendez qu'ils nesoient plus là pour être témoins de votre honte. Souvent l'inconduitc des enfants entraine les parents dans la tombe, et beaucoup deviennent ainsi véritatablement parricides

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Que la voix du sang et celle de vos devoirs se fortifient mutuellement dans vos cœurs. Aimez, honorez les auteurs de vos jours, vous vous amasserez ainsi d'immenses trésors pour l'avenir. Les vertus suivent le sang et deviennent héréditaires. Vos enfants seront plus tard vos imitateurs et votre récompense, et Dieu , qui compte aux hommes leurs bonnes actions, vous pardonnera beaucoup en faveur de votre piété filiale. Écoutez les promesses qu'il fait au bon fils : « Dieu vous affermira dans la justice; il se souviendra de vous dans les temps de malheur, et vos fautes disparaîtront devant lui comme la glace aux rayons du soleil. » (Eccli., chap. m, verset M '.)

Elizabeth de Cazotte se jetant, pour sauver son père, audevant des haches révolutionnaires, et faisant reculer les bourreaux; Mlle de Sombreuil , inspirée par le même dévoûment, buvant, pour sauver Fauteur de ses jours, du saug humain que lui présentaient d'horribles sicaires , n'ont-elles pas conquis, avec l'admiration des hommes, les bénédictions du ciel ? et pensez-vous que Dieu ne leur ait pas gardé de récompense?

Dans la jeunesse, il est rare que le cœur comprenne tout ce qu'on doit aux parents ; les distractions de tout genre, les passions qui bouillonnent, ne laissent guère de place aux réflexions sérieuses. Mais quand l'âge mûr rend à l'arae son calme, quand l'esprit juge avec sérénité , c'est alors qu'on apprécie les bienfaits qu'on a reçus. On sait ce que vaut une bonne éducation. Si l'on devient père surtout, on comprend tout ce qu'il ) avait de tendresse dans le cœur des parents; on regrette de ne l'avoir pas senti plus tôt , on se reproche d'avoir été injuste, de les avoir souvent affligés. Maintenant qu'ils ne sont plus, comme on sent vivement leur perte ; si l'on pouvait recommencer à vivre, de quelle vénération, de quels soins ne seraientils pas entourés !

Consolez-vous cependant, vous dont le cœur ne fut jamais dur, mais seulement léger; la perspicacité des parents sait distinguer ces nuances. Non , jamais ils n'ont douté de votre

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amour, leur bénédiction vous accompagne et vous protège Dépositaires de l'autorité de Dieu , ils l'étaient aussi de sa miséricorde, et leur cœur avait pour vos fautes d'ineffables trésors de pardon. Vos regrets et vos souvenirs montent comme un parfum jusqu'à eux; car, soyez-en sûrs, l'ame ne quitte point au ciel ses affections d'ici-bas. Les choses que Dieu li» saintes sur la terre le sont encore au céleste séjour. Ces amours sublimes , qui sont le plus beau privilège de nos cœurs, il ne les éteint pas dans l'éternité.

Du haut de sa croix , le Dieu fait homme jette un dernier regard sur sa mère. Près delà quitter, il lui laisse un fils d'adoption qu'il avait aimé lui-même tendrement. « Femme, ditil , voilà votre fds. » Puis il dit au disciple : « Voilà votre mère. » Et depuis cette heure-là ce disciple la prit chez lui.

C'est ainsi que ce Dieu, qui nous rachetait de sa vie, et qui accomplissait les Écritures dans le mystère profond de sa passion , consacrait, par ses dernières paroles, les plus saints de nos devoirs comme les plus douces de nos affections.

L'Église, notre mère commune, héritière de l'amour immense que Jésus-Christ avait pour les hommes , marque de sa croix le tombeau de nos ancêtres ; elle convie les fils à visiter la pierre sépulcrale, elle s'associe à leurs prières, et prête à leurs souvenirs les solennités de son culte. Non, la tombe ne brise pas les affections terrestres , et l'ange qui veille à nos destins, n'est sans doute pour nous, au ciel, que le précurseur de nos mères

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