‹ Des passionsChapitre 27 sur 52 · EGOISME · texte numérisé non relu

EGOISME

La passion la plus basse , celle qui rapproche le plus l'être intelligent de l'animal , c'est celle dont nous allons traiter.

L'égoïsme est l'amour exclusif de soi , se préférant dans tous les cas au devoir et à autrui; c'est le refus tacite que fait l'homme d'accomplir les obligations qui lui sont imposées par Dieu à l'égard de ses semblables, obligations d'amour, de sacrifice , qui sont l'une des conditions les plus essentielles du bonheur à venir , le seul en vue duquel il faille définitivement agir.

Cette passion est la plus impénétrable qui existe; elle se

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montre partout ; et partout elle est insaisissable ; nulle pari on ne peut la surprendre. Menteuse habile, elle a des formes qui trompent . e1 qui oe sont jamais en rapport avec ses effets. Essayons cependant de l'approfondir.

Ce qu'il faut reprocher à l'égoïste, ce n'est pas d'être le dernier terme de ses affections, mais d'en être l'objet unique; ce n'est pas non plus d'aimer les autres pour lui, mais de n'aimer que lui. Nous saxons bien que c'est toujours nous que nous cherchons jusque dans nos démarches les plus désintéressées. Nous ne pratiquons l'amitié qu'en vue du bonheur qu'elle nous procure ; nous n'aimons d'amour que pour le même motif; notre bienfaisance n'a peut-être pas d'autre but. Les sacrifices que nous faisons à une personne aimée, nous sont encore inspirés par l'amour de nous-mêmes. Cette loi est irrésistible, nul ne peut s'y soustraire.

Cependant, en général, les hommes ne se renferment pas en eux-mêmes pour être heureux; ils trouvent leur bonheur dans les autres , dans le bien qu'ils leur font , clans les jouissances qu'ils leur procurent ou qu'ils en reçoivent. Il est naturel qu'on se plaise et qu'on se recherche dans ses semblables ; l'égoïste ne se recherche etn'ade satisfactions qu'en lui-même. Il lui semble absurde de s'occuper d'autre chose que de lui.

L'enfance, chez laquelle les instincts animaux sont très développés, est en général fort égoïste ; il n'en est pas de même de la jeunesse, généreuse et pleine d'illusions; elle ne vit que d'amour, d'amitié, de dévouaient. L'expérience n'a point encore détruit ses erreurs , ne les a point arrachées de son ru m ; elle est confiante , expansive , croit à l'affection d'autrui et prodigue facilement la sienne.

L'âge mur, qui a davantage l'expérience des choses de la vie est plus positif, plus réfléchi; il obéit souvent aux calculs et aux inspirations de l'égoïsme.

l.a vieillesse, de laquelle tout se retire, qui n'a plus que

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quelques années à passer sur la terre, se renferme en ellemême. Le vieillard , continuellement préoccupé de la crainte de la mort et des soins nécessaires à son grand âge , est la plupart du temps égoïste.

L'isolement, le célibat, quand il n'est pas inspiré par la charité et la foi, les occupations sédentaires, tendent aussi à fermer le cœur à tout ce qui n'a pas d'intérêt individuel. 11 n'est pas bon que l'homme se sépare de ses semblables ; il s'enlève ainsi l'occasion de pratiquer de grandes vertus et d'accomplir des devoirs nécessaires au perfectionnement de l'ame.

Les souffrances physiques, les affections chroniques surtout, qui portent sans cesse l'individu à chercher des soulagements à ses maux, qui mettent continuellement le malheureux patient face à face avec la douleur , sont une cause puissante d'ego isme.

Les peines morales n'agissent point de la même manière : loin de concentrer l'homme en lui-même , elles le forcent à s épandre pour chercher eu autrui des consolations Rien ne lie les hommes d'affection comme l'infortune, et l'amitié cimentée par les larmes , celle surtout qui vient au secours du malheur , ne périt jamais. Il est si doux de donner des consolations, il est si bon quelquefois d'eu recevoir !

Jamais, à aucune époque, l'égoïsme ne fut aussi développé qu'à la nôtre. Une philosophie subversive tend à mettre en doute tous les devoirs ; les vertus ne sont plus honorées , la conscience passe pour un préjugé; et si la foi n'est pas éteinte, les hommes s'endorment dans une mortelle indifférence sur les choses de l'autre vie. Nécessairement, dans de telles conditions, l'égoïsme doit se faire jour et remplacer dans le cœur toutes les vertus, toutes les nobles tendances qui en sont l'ornement.

Ce vice est devenu parmi nous une science , qui consiste à savoir profiter le plus possible de tout , en rendant le moins

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