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VANITE

La vanité est l'envie d'occuper les autres de soi par l'étalage de certains avantages réels ou supposés, mais en général frivoles ou étrangers à celui qui s'en prévaut.

Quand l'homme oublie sa véritable destination , qu'il cesse de regarder le ciel et de songer aux intérêts de son ame; quand il ne s'inspire plus des hautes pensées de la révélation et de la foi , et reste abandonné aux ressources et aux impulsions de sa nature, il se trouve petit et faible en lui-môme. Alors il cherche à se grandir par les dehors ; il lui semble qu'il s'augmente de tout ce qu'il acquiert, de tout l'entourage qu'il se donne. Il fait consister sa grandeur dans les plus petites choses, dans les plus vaincs ; il croit que le luxe de ses habits, le nombre de ses domestiques, l'étendue de ses domaines , l'éclat de sa naissance , ajoutent quelque chose à sa personne. 11 s'approprie tous les regards qu'on accorde à ce faux éclat , à ces frivoles avantages.

La vanité est donc un produit de la faiblesse humaine ; c'est la passion des petites ames, une sorte d'échasscs sur lesquelles montent les médiocrités , pour s'élever à la hauteur de ceux qui ont une grandeur réelle.

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Elle est souvent le partage de l'enfance, du sexe féminin sut tout, des personnes faibles d'intelligence, de tons ceux donl le jugement n'a point réglé les convoitises. Chez 1rs femmes, elle est la source de tous les vices. Leurs passions viennent presque tontes se résumer dans celle-là. L'antagonisme, qui divise sans cesse ce sexe superficiel et essentiellement attaché aux choses extérieures , repose tout entier sur la vanité. Pour les femmes , vivre, c'est une suite de triomphes ou de défaites d'amour-propre ; et la vanité a dans tout cela une part au moins aussi large que le cœur. Peu de filles du peuple succomberaient, si le luxe et la parure n'étaient le prix de leur défaite. Peu de grandes dames sacrifieraient leur repos, leur réputation, à l'amour d'un homme qui ne leur offrirait pas des compensations de vanité.

La fortune, la naissance, les honneurs, les avantages physiques, produisent fréquemment le vice dont nous parlons.

Différente de l'orgueil , qui vit en lui-même, de la satisfaction que lui procurent des qualités vraies ou fausses, la vanité vit au dehors, prend sa pâture dans les yeux et dans l'attention des hommes. Elle mendie des regards, des éloges, des distinctions; elle s'étale pour être vue. Cette passion entraine sa ^i ietime dans une dépense inouïe de soins et de mouvement. Elle est insatiable comme l'avarice; mais elle est très inconstante, et sans cesse il faut de nouveaux hochets à ses caprices. Celle de l'homme d'esprit montre des avantages moins frivoles que celle de l'homme dépourvu d'intelligence. Chacun, suivant ses goûts et ses aptitudes, met la sienne dans telle ou telle ostentation, lundis que l'orgueilleux se croit humble, pareequ'il fait de ses qualités une appréciation qu'il trouve juste, le vaniteux a conscience de sou désir de paraître, et c'est eu cela que git la petitesse de sa passion. Ce vice se connaît et se fait bonté. Personne n'ose l'avouer; chacun le déguise, le décore a sa manière, car il a mille formes opposées.

Le vaniteux tient plus de place qu'un autre ; il se pavane,

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se prête aux regards; il a un air de satisfaction expansivc dont il cherche à imprégner en quelque sorte magnétiquement < • i ■ 1 1 \ qui le voient. Les regards d'autrui entrent dans son amc, la gonflent, la dilatent. L'orgueilleux , c'est l'aigle planant dans le haut des deux ou perché sur son roc solitaire ; le vaniteux, c'est le paon qui s'étale avec complaisance et s'épanouit sous les compliments qu'il attire. Il faut qu'on l'admire ou tout au moins qu'on le remarque. S'il est vêtu richement, il fait en sorte qu'il soit impossible de ne pas le voir ; dans le cas contraire , il s'éclipse et se perd dans la foule. On est sur, dans les lieux publics, de le voir continuellement rôder autour des hommes que leur position , leur talent ou leur fortune font remarquer au vulgaire. Il est au comble de son bonheur, quand ils lui adressent la parole et ont pour lui quelques attentions. Il s'accole aux réputations , aux célébrités; il parle des personnages les plus haut placés comme s'il était avec eux sur le pied de la plus grande intimité.

Parfois la vanité singe la modestie, mais on la voit percer sous cette fausse apparence. Socrate l'apercevait à travers les trous du manteau d'Antisthène. Sans elle, Diogène eût quitté son tonneau. Sans elle, aussi un grand homme de notre époque, aux jours de sa fortune et de sa gloire , n'eût point couché sur un grabat , n'eût pas eu qu'une chaise trouée pour s'asseoir, ou du moins eût caché à tous les yeux les austérités de sa vie.

Souvent le vaniteux laisse pousser ses cheveux et sa barbe ; on voit, à l'extrême négligence de toute sa personne, qu'il vise à faire croire qu'il a d'autres points par où briller. Mais généralement il aime ses aises et préfère se faire remarquer par le luxe que par la misère. 11 fait partout son éloge sans la moindre honte ; continuellement il vante ce qu'il fait, ce qu'il dit, ce qui lui appartient. Il est possédé de l'ambition des places, des honneurs , des distinctions. Il achèterait la noblesse si on la vendait encore; à défaut de cela, il met le de devant son nom , et devient ainsi la souche d'une lignée qui plus tard vantera sa naissance et ses aïeux. Eu mourant, il recommande

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à son fils do soutenir l'honneur de la famille et de ne pas faire de mésalliance.

La vanité prouve toujours uu défaut déjugeaient. Elle cher che sa satisfaction dans l'opinion des hommes, et ne voit pas qu'elle n'en a presque jamais l'expression vraie; car ils sont menteurs, flatteurs, pleins d'envie, rarement sincères pour celui qui les (ait s'exprimer sur son compte.

Ce même défaut de la vanité apparaît dans le choix des objets qu'elle estime. Ordinairement ce sont des choses qui ne méritent ni approbation, ni blâme, et par conséquent tout àfait indifférentes; ou bien qui n'ont eu elles-mêmes que des titres futiles à l'admiration. Souvent ce sont des choses ridicules, quelquefois coupables, d'autres fois estimées seulement, parce quelles se trouvent en rapport avec nos vices , nos préjugés, qu'elles consacrent ou qu'elles flattent.

Les richesses sont une des sources les plus ordinaires de vanité. Par elles mêmes, elles ne sont pas méprisables, mais elles ne sont pas non plus dignes d'éloges. Elles ne constituent pas l'individu , elles ne sont pas de lui, et par conséquent elles ne sauraient augmenter sa valeur. Isolez par îa pensée ce dernier de sa fortune, et vous l'apprécierez bien. 31ais tant que vous le voyez à travers l'éclat de ses richesses, sous ses habits somptueux, dans ses équipages brillants, entouré, dans ses palais, de valets et de flatteurs, vous vous trompez sur la nature de votre admiration. Analysez bien ce que vous éprouvez ; cette estime toute factice que vous accordez à l'homme, n'est qu'une convoitise de votre cupidité , qui s'approprie par le désir tous ces éléments de la jouissance. Ce sentiment, que vous transporte/ sur un mortel souvent indigne, fait devons un flatteur, un hypocrite rampant et servile, un adorateur du veau d'or. Hais qu'importe au vulgaire! on le voit toujours adorer la fortune, quelle que soit sa source, en quelques mains qu'elle se trouve. Qu'elle ><>it née du vol ou d'un coup de dé, il courbe

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sou front devant elle. Honteuses servilités qui flétrissent ceux qui s'en rendent coupables, et qui montrent à nu la misère de celui qui les sollicite et s'en fait gloire.

Vient ensuite la vanité de la naissance. Au fond de celle-là, il y a du moins quelque chose , des souvenirs qui sont des devoirs, et qui sont respectables quand on les porte bien. Certes, il n'est pas indifférent , quoiqu'on dise, d'être fils d'un père îionnéte homme, d'un bienfaiteur de l'humanité, d'un héros qui a servi sa patrie. Mieux vaut au fleuve la source belle et claire qu'inconnue ou fangeuse.

On doit être fier de sentir couler dans ses veines un sang riche d'exemples et de généreux instincts héréditaires. Mais dans tout cela sont de grands devoirs, et mieux vaudrait pour beaucoup une naissance vulgaire que le fardeau d'un nom qui les écrase ou qu'ils flétrissent. Qu'importent le nom, la naissance , si l'on en fait des titres à l'inutilité. Les grands hommes se sont-ils illustrés , ont-ils versé leur sang pour donner à leurs enfants le droit d'être fainéants ou mauvais citoyens , de dépenser leur vie en folies? Quoi ! parce qu'on sera fils de nobles ancêtres , on se contentera de quelques talents de chasse ou d'escrime, de quelques manières de salon ou de galanterie ; on ne saura parler que de chevaux, de chiens et d'orgies ! On doit avoir le bon orgueil de sa naissance , mais eu avoir la vanité, c'est la déshonorer , c'est semer de la sottise pour recueillir du mépris.

Beaucoup mettent leur vanité dans le luxe des habits. C'est une triste chose de voir des hommes qui ont une ame, s'arrêter dans d'aussi stériles préoccupations. Le laquais sous la livrée, quand elle brille, le magistrat sous sa simarre, le prélat sous ses vêtements pontificaux, tous sentent au cœur les bouffées de cette passion, et le monde admire en convoitant. Le mérite se fait dans l'atelier du tailleur ; la coupe d'un habit , la finesse d'une étoffe, deviennent des raisons d'estime et des brevets de capa-

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cité. L'homme, couvert de dorures, de broderies, attire les regards et l'admiration du monde, lors même qu'il n'a aucune valeur personnelle; et le génie, pauvrement vêtu, n'est l'objet que du mépris ou du dédain. Le luxe, ainsi nécessité, grandit, envahit et dévore les faibles. La vanité refuse aux besoins réels pour ses satisfactions. De belles robes , de riches parures, couvrent parfois des haillons, des poitrines que la faim dévore, souvent des prostitutions qui les ont payées.

Les avantages physiques sont l'objet de la vanité d'un grand nombre. Il ^ aut mieux être beau qu'être laid ou difforme, mais faire vanité de cela, c'est une faiblesse.

Soyez tiers en vous-mêmes, vous qui êtes beaux ; sachez main tenir votre ame belle comme son temple ; car Dieu aime l'harmonie de lame et du corps ; et quand ce dernier subira les outrages du temps, on ne détournera pas les yeux de vous , parce que vous serez beaux encore par les reflets intérieurs. Le front chauve de l'homme de bien, plaît à l'œil et inspire le respect; mais quand la débauche ou le vice l'ont dépouillé, il est flétri et repoussant.

Jeune fille, que Dieu fit belle, sois fîère de ta beauté , c'est une dot précieuse que la sagesse doit porter à l'élu de ton cœur, mais ne sois pas vaine, car cette beauté deviendrait dangereuse pour les autres et pour toi-même. Les regards et les désirs criminels du vice glissent sur la modestie, mais ils s'accrochent toujours à la vanité.

Réfléchissons tous qu'une ame intelligente et immortelle ne doit apprécier la beauté du corps que comme un avantage de minée importance, et ne pas s'en prévaloir, comme valant mieux par elle et à cause d'elle.

Quelquefois la vanité, tant est grande la corruption du cœur, met son ostentation dans le crime. Le scélérat se vante de ses vices: dans ces repaires où sont entassés ceux que la société repousse de son sein . <>n \oit les plus criminels . Les plus

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audacieux, raconter avec fierté leurs horribles hauts faits. Parmi nous , n'entendons-nous pas tous les jours de jeunes débauchés se vanter de leurs conquêtes, outrager quelquefois, par de menteuses imputations, la vertu des femmes qui les ont repoussés?

La passion dont nous parlons ne saurait exister chez le philosophe qui a profondément réfléchi , et qui apprécie chaque chose à sa juste valeur. Il sait que toute louange est de courte durée comme la vie, et que les hommes ne sont d'accord sur les objets de leur admiration, ni entre eux ni avec eux-mêmes. Il sait que la vanité , qui est extérieure , git dans les formes , et que toute forme est périssable. Alors il s'attache aux principes éternels de la vérité et de la justice, qui ne sont point soumis aux caprices des hommes , et qui sont assez grands pour remplir l'ame,, assez stables pour assurer à jamais son bonheur.

La vanité est un des maux de notre époque. Vit-on jamais pareille tendance à sortir de sa sphère. Quel est le père qui consente à laisser son fils dans la position où la Providence l'a fait naître ? De là , l'immense quantité d'hommes qui végètent sur le pavé des grandes villes, avec des titres et des grades qui leur sont inutiles. Paris et la France sont pleins de Gilbert ignorés, de Newton sans emploi, d'avocats sans clients, d'artistes de toutes sortes. Tous ces hommes, enlevés à l'agriculture et aux arts , ne rendent rien à la société. Us deviennent, en croupissant dans l'inaction et l'ennui, le levain de mille maux. Débauchés scandaleux, agitateurs sans principes, tous doués d'ambitions sans pâture, ils sont asservis par leur éducation à une foule de besoins qu'ils ne peuvent satisfaire. Ils oublient que la condition, imposée à tout homme ici-bas, est de semer pour recueillir, de donner pour recevoir, de travailler pour avoir le droit de vivre. Ils sont en partie la cause du malaise social qui nous travaille et nous ronge.

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Si cette passion est mère de beaucoup de maux, elle entante sur la terre un grande somme de bien. 11 vaudrait mieux sans doute qu'il proi int d'une source plus pure ; mais tout bien est un bien, de quelque part qu'il vienne. Sans elle, quel serait le mobile des actions honorables chez les âmes trop petites pour vibrer sous les nobles incitations de l'honneur et de la vertu. Elle va soulager L'infortune, elle entre dans la cabane du pauvre ou du moins lui l'ait l'aumône à la porte de l'hôtel qu'elle habite; elle habille les petits orphelins, donne aux veuves du pain pour leurs enfants. Elle bâtit des asiles à la vieillesse indigente , au pauvre malade , met sa pièce d'or dans le tronc des prisonniers. C'est elle qui produit souvent les actes brillants de courage et de dévoùment que nous admirons. Pour mettre un bout de galon à sa boutonnière, pour obtenir le regard du prince , elle affronte la mort sur les champs de bataille et peut sauver sa patrie. Les plus grands capitaines savaient toujours mettre en action la vanité du soldat. Napoléon donnait à certains régiments des noms glorieux qui les rendaient invincibles. Cette passion, mauvaise en soi, peut donc être bonne dans ses résultats; mais elle porte avec elle-même sa récompense. Quand le monde lui donne ses i égards, et Dieu, l'empire des choses périssables, elle a selon ses mérites et ses désirs.

La vanité est une passion qui ne s'éteint qu'avec la vie. Elle met ses atours à une figure amaigrie et mourante. Puis, quand tout est fini, quand l'aine a secoué sa cendre et s'est envolée, elle prend cette cendre et l'environne de ses pompes, et l'Église a des vanités pour tous les rangs, comme le marbrier, des pierres pour toutes les fortunes, et le mensonge, des épitaphes pour tous les vices.

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