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qui lea menacent , et à surmonter les obstacles qui les arrêtent. Cette disposition, qui tient au principe même de la vie, es1 la source du courage. Chez ranimai, il est purement instinctif; chez l'homme, il est instinctif et réfléchi.
Le courage instinctif tenant aux propriétés vitales, dépendant de l'organisation, n'est qu'une force aveugle qui nous pousse à sortir vainqueurs des périls. Le courage réfléchi, procédant de la vigueur de l'ameetdes déterminations de l'intelligence, est en nous cette disposition qui nous porte à repousser des dangers, à entreprendre quelque chose de hardi, de grand, à souffrir des revers ou des douleurs. Jean-Jacques n'a pas pensé à cette distinction importante quand il a dit : « Le courage n'est pas une vertu , mais une qualité heureuse commune aux scélérats et aux grands hommes. » Il y a aussi loin du courage instinctif au courage réfléchi, que de la brute à l'intelligence , et souvent aussi loin que du crime à la vertu.
Le premier se développe quand l'existence est menacée ; c'est une réaction subite des forées vitales, une révolte du principe de la vie contre ce qui tend à lui porter atteinte. Il est lié à l'état d'organisation ; il dépend d'une multitude d'in- Quences physiques qui peinent l'exalter, ou bien l'affaiblir et l'étouffer en entier.
Très énergique dans les êtres vigoureux et fortement constitués, le courage instinctif e>t souvent presque nul chez ceux qui n'ont qu'une constitution frêle et délicate. Les maladies . les souffrances, la faim , la soif, le travail de la digestion, la perte du sommeil, la fatigue, le froid, la chaleur, peuvent l'annihiler entièrement, comme d'autres influences physiques peuvent l'amener au plus haut degré d'exaltation.
Le milicien sans énergie , qui tremble à l'idée même du danger, qui va fuir devant l'ennemi, n'a soin eut besoin que d'être excité par des boissons alcooliques, pour devenir un autre homme. Le feu qu'elles allument dans son sang monte il son
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cerveau, jette un voile sur les timidités de l'amo , et le précipite intrépide au milieu des dangers.
C'est ce genre de courage qui seul est capable de cette exaltation factice, qui enlève à l'ame la faculté de mesurer le péril. C'est lui qui s'enflamme aux roulements des tambours, aux détonnations meurtrières; l'odeur de la poudre, l'entraînement du combat, la vue du sang, le cliquetis des armes, les cris des mourants , les airs belliqueux de la musique guerrière , tout contribue à l'allumer de plus en plus. Les combattants perdent la conscience de ce qu'ils font. Ils sont alors comme des machines mises en mouvement par une force intérieure invincible.
Le courage instinctif est parfois au service du crime; il brille souvent du plus vif éclat chez les contrebandiers , les pirates , les brigands.
Le courage réfléchi procède de l'ame ; il ne s'inspire pas des mêmes influences que le premier : ses motifs sont tous puisés dans les sentiments du devoir et clans l'obligation où il est de résister aux atteintes portées à son existence , à son honneur, à sa dignité, à sa vertu. Il ne peut pas être expliqué par la force de l'organisation , car il existe souvent chez des individus faibles et chétifs, incapables d'une action physique énergique ; souvent même chez des êtres timides , qui surmontent leurs dispositions naturelles par l'énergie de la volonté.
Cette espèce de courage est une des plus belles manifestations de la liberté de l'être pensant, qui peut, quand il le veut, dominer ses instincts et vaincre les tendances que la nature a mises en lui.
L'homme courageux ainsi, marche au bien et résiste au mal, avec toutes les puissances de l'ame , qui sont incalculables , en s'aidant, autant que possible, des puissances physiques, qui peuvent être faibles et même insuffisantes. Presque jamais il ne met cette noble faculté de son intelligence et de son cœur au service des passions mauvaises , car elle n'a de force et de va-
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leur que quand elle prend ses racines dans la vertu et dans les inspirations du devoir. Rien n'est beau comme le spectacle d'un homme de bien qui se pose fièrement, parce qu'il le doit, en face d'un danger qu'il apprécie et qu'il redoute. Rien n'est sublime comme le dévoùment qui lui commande parfois le sacrifice de sa vie à son devoir , qui met l'instinct physique de la conservation au-dessous de la dignité morale , et qui exige un noble sacrifice de soi-même.
Le véritable courage se connaît dans tous les événements de la vie ; il est utile à chacun de nous pour supporter les traverses et les vicissitudes de l'existence. Il a sa source dans les réflexions, l'étude, la philosophie, et surtout dans une conscience pure et dans le sentiment religieux. Il s'affermit dans les conseils et se guide par la prudence. Il est toujours ce qu'il doit être ; il ne faut ni l'exciter ni le retenir.
Sur le champ de bataille, il sait commander, tandis que le courage instinctif, qu'on nomme la valeur, ne sait que combattre. Il est éclairé, et ne s'expose jamais sans un motif suffisant. Il voit l'étendue du danger, la grandeur de l'obstacle, et raisonne sur les moyens de les surmonter. La valeur se précipite imprudemment sans rien calculer. S'il est vaincu, il a encore des ressources, tandis qu'elle est désespérée, impuissante. Il n'a besoin ni de témoins ni d'éloges; il combat pour accomplir son devoir ; il est modeste dans son triomphe. La valeur veut être admirée ; elle cherche les regards et les honneurs : elle se pavane fièrement après le combat, et demande des titres et des croix.
Le courage suit le héros blessé sur sou lit de souffrance ; il ne tremble pas plus sous le couteau qui le mutile, que sous les boulets de l'ennemi. La valeur ne sait pas souffrir; un lit de douleur est son tombeau. Elle est sujette à des faiblesses étranges. Parfois le bruit du tonnerre la fait frémir; elle tremble dans les ténèbres et recule épouvantée à l'aspect d'un reptile inoffensif. Le vrai courage n'est point esclave de ces terreurs ; -ou aine se tient calme et puissante dans d*> hautes régions .
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immobile comme un roc qui voit blanchir à ses pieds l'écume des mers.
La valeur est souvent au service de l'ambition ; elle veut l'immortalité.
Dévastateurs illustres, qui dédaignez la paix, repos stérile où languissent , dites vous, les âmes vulgaires , les siècles sont à vous, votre mémoire aura des autels, votre cendre un Panthéon. Mais c'est avec le sang que vous versez que l'histoire écrit vos noms , et ce temple de l'immortalité , but de votre ambition, vous ne l'atteindrez qu'en foulant des générations détruites. Sur le seuil, vous trouverez la misèie des peuples , qui en est l'éternel gardien.
Quant à vous, héros vraiment courageux, qui ne saisissez le glaive qu'à l'appel de la justice, un temple aussi vous est réservé : c'est celui de la vertu. Vous y marcherez précédés des bénédictions des peuples ; si ce temple est moins admiré des mortels, c'est qu'il est plus haut que la terre et hors de la portée de ses regards.
Dans ce que nous venons de dire , nous n'avons garderie contester au courage militaire les palmes qui lui sont dues, nous prétendons seulement qu'il n'est vraiment digne d'éloges que quand il est réfléchi et inspiré par le sentiment du devoir. Le courage guerrier est une vertu des plus nobles, et le plus utile rempart de la patrie. C'est lui qui la couvre au dehors et la maintient forte au-dedans. C'est lui qui veille pour le salut de tous , et qui donne sa vie sans hésiter. Kléber, aux champs de la Vendée, pressé par l'armée royaliste, dit à un officier : — « Vous voyez ce poste dangereux, vous allez vous y faire tuer » pour le salut de l'armée. — Oui , mon général, répondit ce- » lui-ci. » Brave soldat, la sublimité de ton langage et de ta mort doit te placer, dans l'estime des nations , bien au-dessus des Alexandre et des Napoléon !
Notre histoire de France est pleine de traits semblables, et ce n'est pas une prétention mal fondée de dire que nul peuple au monde n'a tant brillé par son courage que le peuple fran-
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çais. Courage bouillant, valeureux, emporté quelquefois, mais plein de générosité et de noble' dévoûment, toujours au service de la justice et de la faiblesse, couvrant de son glaive quiconque était allié ou implorait protection.
Si ce courage national s'est maintenu clans sa splendeur pendant tant de siècles, il faut en chercher ici la cause en dehors de toute idée de réaction : c'est à la noblesse qu'on le doit. C'est là qu'il était héréditaire et considéré comme un devoir.
Qu'était en effet la noblesse? Anciennement les princes choisissaient dans leurs armées ceux qui s'étaient illustrés par leur courage, et leur donnaient des titres transmissibles par voie de descendance. Ils les faisaient riches et honorés, mais à la condition qu'au premier appel de la patrie , ils seraient prêts à verser leur sang pour elle. Eux et leurs enfants le devaient jusqu'à la dernière goutte. On ne leur demandait pas autre chose: hors le temps de guerre, ils pouvaient se reposer dans leurs terres, et leur repos était noble, car ils avaient l'œil attentif, l'oreille tendue; au moindre bruit de guerre, cette armée d'élite entourait la monarchie.
L'enfant s'habituait de bonne heure à l'idée de combattre; son succès dans les armes était le but de l'ambition de sa famille; sa mère l'exhortait à bien faire en lui racontant les exploits de ses aïeux ; elle lui donnait ses premières armes, et le jour du départ était une fête de famille.
La paix n Via il pas oisive: de magnifiques tournois entretenaient l'ardeur belliqueuse, étaient des écoles et des théâtres où la noblesse était obligée de faire ses preuves. Ainsi formée, on la trouvait toujours sur la voie de l'honneur et delà gloire. Dans les désastres de la patrie, son sang coulait à flots, témoins les champs d'Azincourt et de Poitiers.
maintenant qu'elle n'est plus appelée à défendre exclusivement la patrie , son but primitif est détruit ; elle a le tort de n'eu pas choisir d'autre. L'oisiveté de beaucoup de ses mem
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bres est un véritable crime social , un vol fait à la chose publique. On ne peut réclamer le privilège des droits, quand on n'a plus celui des devoirs; il faut acheter le repos par le travail : la noblesse est rentrée de fait sous le niveau commun.
Le courage, dans les événements ordinaires de la vie, est plus utile à l'humanité que sur les champs de bataille. Le guerrier qui affronte la mort , est souvent moins courageux que le malheureux qui supporte avec résignation les chagrins et les tourments dont il est accablé. Sans lui, que deviendrions-nous, dans les regrets , les affections , les déceptions de toutes sortes, au milieu de toutes ces sources de larmes que Dieu attache à l'amour des créatures?
Voyez cette jeune mère caressant son unique enfant, comme elle est heureuse ! Elle vit de présent et d'avenir dans ce tendre objet de son amour. Quels soins, quelle vigilance ! Sa sollicitude écarte devant les pas de son enfant tout ce qui pourrait blesser ses pieds, attrister son cœur. Elle s'est en quelque sorte incarnée en lui, elle respire par sa bouche, elle voit par ses yeux , elle aime dans son cœur. Pauvre mère, ton amour est il donc un soleil trop ardent qui fasse languir et mourir la Heur sur sa tige? Peu à peu elle se penche et se flétrit ; quelque vers meurtrier l'aura piquée au cœur. En vain tu l'arroses de tes larmes; en vain tu mets ce cher enfant sur ton sein , qui est plein de vie; sur ton cœur, qui est plein de prières. Bientôt les deux ont un ange de plus, et la terre, une tombe. Pour toi, tout est brisé. Le présent est rempli de larmes, ravenir n'a plus d'étoile qui brille, le passé revient avec son bonheur effacé , il se fait une nuit dans ton cœur, et tu invoques le trépas. 3Iais une clarté que Dieu t'envoie vient luire au sein de ta nuit obscure; des devoirs te sont imposés : c'est le courage de les accomplir qui t' arrive; il ne console pas, mais il fait vivre.
Vous qui compreniez l'amitié, ce saint mariage des âmes, qui vous abandonniez à ces douceurs en pratiquant ces devoirs, votre ami faisait partie de vous mêmes. Son cœur avait vos
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souffrances et vos joies ; son bras était votre appui dans les sen tiers difficiles ; au jour du danger mi de l'infortune, il vous a lâchemenl méconnu et s'est enfui. Cette cruelle déception , ce déchirement d'une affection si sincère, si dévouée de votre
part , comment les supporterez-vous ? Ne faudra-t il pas que Notre ame appelle à son secours le courage de la résignation?
Pauvres calomniés , sur qui le monde répand sans pitié l'amertume de son langage, qui devenez la proie de ses jugements et de ses haines; fronts vertueux qu'il couvre d'infamie, qu'il met au ban de l'opinion, comment pourrez-vous vivre sous les regards méprisants, devant le rire de l'ironie, cette arme des gens sans cœur, mais si cruelle? Qui vous sauvera du désespoir, si votre ame courageuse et ferme, couverte du bouclier de sa conscience , ne sait pas regarder le monde d'en haut; comme l'aigle, une troupe d'enfants insultant à son vol? Avec le courage, vous restez grands et dignes au milieu de ses honteuses clameurs; les puissances de votre ame se rassemblent, et vous méprisez le monde à votre tour, parce qu'il est l'asile des plus ignobles préjugés, le séjour des petitesses et des misères ; parce qu'il a des calomnies pour toutes les vertus, et de la boue pour tous les fronts élevés.
Malheureux de toutes sortes, vous que l'infortune accable^ que la misère tient sous la griffe de la faim , qui n'avez pas où poser votre tète pour sommeiller, vous pour qui tout se colore en noir, qui n'apercevez autour de vous aucun visage ami, aucune lueur d'espérance, ne semblez vous pas dévoués à la souffrance, comme Prométhée à son vautour? Dites, n'iriezvouspas demander à la mort un asile, un lieu de repos, un terme à vos tortures, si Dieu ne versait dans vos âmes ces trésors de courage, de fermeté, qui les élèvent au-dessus du malheur des douleurs et de la faim ?
Qui n'admirerait pas les effets du courage chez les malheureux que la maladie dévore, qui jour par jour sentent leur vie s'affaiblir et regardent sans sourciller la tombe entr'ou verte, dominant, par le calme de l'esprit , les tortures de la
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matière? Nous, médecins, que nos fonctions appellent auprès de tout ce qui souffre, nous sommes souvent témoins de traits de courage qui meurent dans le sein de la famille, quoique plus admirables que bien des bauts faits immortalisés par l'histoire.
En 4 815, après l'affaire de Roche-Cervicres , M. de Beauveau, atteint de plusieurs blessures fort graves et perdant beaucoup de sang, fut apporté à l'ambulance où se trouvaient un grand nombre de blessés vendéens, et aussi quelques-uns de l'armée impériale; vu la gravité de son état, le chirurgien voulut le panser le premier. « Non , Monsieur, dit-il , tous ces braves gens sans fortuuc sont plus utiles que moi à leur famille; si du retard doit être funeste à quelqu'un , que ce soit à moi, je serai pansé le dernier. » Un de ses aïeux avait fait la même chose sur un autre champ de bataille. (L'auteur tient ce fait de son père, chirurgien en chef de l'ambulance où fut apporté 31. de Beauveau).
Nous avons parlé du sentiment religieux comme source de courage, c'est en effet à lui qu'on en doit les traits les plus remarquables et les plus nombreux. Ebt-il rien de beau dans leur dévoùments sublimes comme les martyrs de la religion chrétienne? Contemplez ces victimes du devoir sous la hache altérée, montant sans trembler sur le bûcher qui s'allume; voyez-les déchirées par des bêtes féroces, entendez craquer leurs os dans les instruments de torture; leur bouche ne s'ouvre que pour bénir le ciel et demander grâce pour leurs bourreaux.
Ces héros, si grands de force et décourage, qui sont ils pour la plupart? De faibles femmes, de tendres vierges, qu'un regard fait rougir; des enfants qu'on arrache à leurs mères; des vieillards débiles, et pourtant la férocité des bourreaux est vaincue , le courage des victimes se rit des supplices, l'âme triomphe de la matière, il semble qu'elle n'a>sibte pas au martyre du corps. Cette puissance du sentiment reli-
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gieux est si grande que beaucoup le traitent de folie. l.a philosophie . parce que ses dévoûments , à elle, sont comme an aéant auprès des siens, le nomme fanatisme et enthousiasme.
Sous quelque point de vue que l'on considère le courage , on voit que c'est ondes plus beaux sentiments de l'homme. C'est lui qui le soutient dans l'adversité, le t'ait avancer dans le bien et lui donne l'énergie nécessaire pour accomplir ce que
le devoir lui prescrit. C'est lui qui lutte continuellement contre tons les éléments de destruction répandus en si grand nombre autour de nous; il élève lame au-dessus de la crainte et de cet affaissement moral qui l'assujettissent à tontes les influences mauvaises, et la rendent incapable de volonté et d'action. Quand le corps devient la proie de la maladie, le courage de l'ame lui prête des forces, le met en état de résister an mal. Il est certain que ceux qui en sont dépourvus deviennent plus promptement victimes de la mort.
Ce n'est pas seulement sur le champ de bataille , en face de grands dangers, en présence déliantes infortunes, de profondes afflictions, que le courage est utile à l'homme. Il est des devoirs des plus simples et des plus naturels , que nos préjugés, que l'état de nos mœurs nous empêchent de pratiquer facilement. Prendre la défense des absents, énoncer ses opinions quand il le faut, manifester ses croyances, ce sont là des choses bien simples, et que cependant l'on ne fait pas sans courage.
Malheureusement, notre siècle qui s'éclaire de plus eu plus dans les sciences d'intérêt matériel, et qui ne rêve qu'industrie, n'a plus d'opinions, tant il s'est prostitué à toutes; plus de croyances religieuses, tant il se montre indifférent à ce qui touche à l'ame. Il jette son dédain et ses plaisanteries aux convictions, soit politiques, soit religieuses, couvrant son ignorance à l'aide du sarcasme et de l'ironie; il fait reculer bien des consciences, il fait commettre bien des apostasies. C'est un fait déplorable que, pour se mettre au-dessus de pareilles
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misères, il faille réellement plus de courage que pour affron ter des balles sur uu champ de bataille.
PRLDEXCE
La prudence est une vertu qui fait apercevoir et éviter les dangers et les fautes , et pratiquer ce qui est convenable dans la conduite de la vie. Charron dit qu'elle est l'art de la vie , comme la médecine est l'art de la santé.
Tous les êtres vivants , ayant reçu de la nature l'amour de leur conservation et de leur bien-être, sont par là même portés à rechercher ce qui leur est utile, et à éviter ce qui leur est nuisible. L'animal, qui n'a pas de raison, n'est pas pour cela abandonné sans défense aux dangers qui l'environnent; la Providence l'a pourvu d'un instinct, qui bien souvent le garde d'une façon plus certaine que les raisonnements dont l'homme est si fier. La plupart des animaux ont des sens dont la perfection est si grande, qu'ils les avertissent presque toujours de la présence ou de l'approche des dangers. Rien n'est perçant comme l'œil de quelques oiseaux; rien n'est infaillible comme l'odorat du chien.
Le naturaliste, qui n'éprouverait qu'une stérile admiration devant les miracles de la nature animée, qui ne sentirait pas le besoin de remonter, dans ses méditations, jusqu'à une intelligence suprême et créatrice, serait bien le plus ingrat ou le plus inconséquent des êtres. Quoi ! cet instinct si vrai qui dirige l'animal, qui dépasse quelquefois la puissance de la science et de la raison, ce n'est pas la main d'un Dieu qui veille sur ses créatures? Malgré l'aveuglement systématique ou stupidc de certains hommes qui le nient , il nous a toujours
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paru que c'est là une dos plus hautes, une des plus admirables manifestations de l'action divine.
Le jeune agneau choisit dans les pâturages les plantes salutaires, et ne touche pas aux herbes vénéneuses qui s'y trouvent mêlées. Le petit oiseau est saisi d'effroi et prend la fuite, quand un milan parait dans les nues; tous les quadrupèdes sont terrifiés à l'aspect d'un animal enragé; le cheval avertit son maître de l'approche des bêtes féroces. Qui donc leur a enseigné ces choses , qui leur a donné tant de science , et qui les a rendus si prudents ?
N'est-ce pas ici le lieu de nous humilier profondément , en voyant combien est misérable ce que nous appelons notre intelligence , à côté de ces règles si sûres qui président aux actions des bêtes? Nous naissons dépourvus dos plus simples notions , et tandis que les petits des animaux trouvent et connaissent instinctivement les aliments qui les nourrissent, nous périssons de besoin quand une main étrangère ne vient pas à notre secours. Plus tard, abandonnés aux incertitudes de notre raison , nous traversons l'existence en nous blessant à tous les obstacles, en commettant tous les jours de nouvelles fautes ; jamais nous ne possédons une somme d'expérience assez forte pour agir avec sécurité.
Le point essentiel , pour un être raisonnable et qui s'aime , est d'acquérir la sagesse et la prudence , d'appliquer son intelligence à prévenir le repentir dans chacune des démarches de la vie. Sans doute, nous n'arriverons jamais à la perfection sous ce rapport; mais si le parfait nous est interdit , nous devons viser au mieux. C'est en nous perfectionnant de jour en jour , en profitant des lumières do la science et de la raison , des leçons de l'expérience, que nous accomplirons dignement la tâche d'épreuve qui nous est imposée.
Tous les hommes ne sont point également susceptibles de prudence ; cette vertu dépond d'une multitude de circonstances individuelles ou générales, physiques ou morales
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Le jeune homme est rarement prudent : comment pourrait-il l'être ? La prudence est le résultat des réflexions et de l'expérience , et il n'a pas assez vécu pour avoir beaucoup acquis dans ces matières. Une grande puissance d'intelligence et de raison, une véritable supériorité de génie, peuvent quelquefois lui permettre de puiser dans son propre fond des règles sages de conduite; mais ce cas est exceptionnel. Il est rare que, même avec les plus belles dispositions, il ne s'abandonne pas à son impétuosité, et ne subisse pas les nécessités de son caractère aventureux et avide d'expérimentations.
Quand la carrière s'ouvre splendide devant ses regards , il ne prévoit point les dangers qui l'y attendent. Il entre dans la vie comme un étranger dans une sociélé où tout est nouveau pour lui; à tout instant, il hasarde sa santé, son existence , affronte les difficultés et les dangers. Les conseils lui paraissent le langage méticuleux de la pusillanimité ; ses forces, qu'il n'a point essayées, lui semblent capables de tout entreprendre et de tout accomplir. Il agit comme s'il était seul au monde, ou plutôt comme si le monde était fait uniquement pour lui. Il manque aux règles les plus simples de la politesse et des convenances ; si les gens sages n'excusaient son inexpérience, il s'aliénerait bientôt l'affection de tout le monde. Ignorant une multitude de choses , il en parle avec une incroyable assurance. Dans les discussions, il tranche, il domine, et ne veut jamais céder; en un mot, il met avant tout ses goûts et ses passions. Cet âge est le désespoir des mères et le plus dangereux de l'existence tout entière.
L'âge mûr a déjà reçu bien des leçons , éprouvé bien des mécomptes, apprécié beaucoup de choses à leur juste valeur; il est plus prudent que la jeunesse sous une infinité de rapports. Il sait mieux qu'elle éviter les dangers physiques , vivre en bonne intelligence avec ses semblables, et s'attirer par ses procédés leur estime et leur affection. Mais il est victime des spé dilations , des entreprises aventureuses. Pour tout dire, en un mot, il est prudent à propos de tout ce qu'il a expérimenté,
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quant au teste, il ne l'est guère davantage. Notre destinée est de l'aire sans cesse à nos dépens l'étude de l'avenir, et l'expérience, sous bien des rapports, ressemble à an homme qui marche à reculons, les yeux ouverts sur le chemin qu'il vient de faire, et
dans la plus profonde ignorance de ce qui se trouve derrière lui.
C'est pour cela qu'on dit la vieillesse si expérimentée. Elle l'est en effet, à propos de tous les événements accomplis depuis longues années. Eile peut donner à autrui des conseils, parce que les mêmes choses se présentent souvent dans la vie humaine. Mais s'il lui était donné de pousser plus loin sa carrière , elle irait encore bien souvent étudier à ses dépens les mystères de l'avenir.
Le vieillard est doué d'une extrême prudence pour tout ce qui tient à la vie physique, parce que c'est en effet ce côté de l'existence qu'il est le plus facile d'assujettir à des règles fixes de conduite, fruit de l'expérience. Ses forces s'en vont, il ne les compromet plus. Tous ses mouvements sont lents et pénibles; il sent que ses membres sont raidis et fragiles; il évite avec soin tout ce qui pourrait le heurter. Toujours il marche avec précaution ; rien n'est important pour loi comme les soins qu'il prend de sa santé et de son bien-être.
Les femmes sont en général plus prudentes que les hommes, parce qu'elles ont la conscience de leur faihlesse. Leur ame timide et craintive s'émeut à la moindre apparence de danger. Elles s'épouvantent des choses les moins capables de nuire.
De toutes les constitutions, la moins portée à la prudence est la sanguine. L'homme de cette constitution est vif, emporté, bouillant, selaisseallcr à ses impulsions, et n'écoute pas lesconseils. Rarement la réflexion met un frein à ses impétueux élans.
Le bilieux est aussi doué d'une extrême hardiesse, mais il écoute davantage la voix de la raison. — Le nerveux est trop capricieux pour (pion puisse, sous ce rapport, lui assigner une place. Tantôt il est méticuleux à l'excès, tantôt il se laisse en-
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traîner aux actes les plus imprudents avec une facilité inouïe. Son caractère ressemble au vent, qui change à chaque instant et s'élance avec violence dans n'importe quelle direction. — L'homme prudent par excellence, c'est le lymphatique. Dans son caractère, jamais rien d'impétueux; dans ses actes, jamais rien de hasardé. En tout, il procède avec mesure et consulte son intérêt avant d'agir.
S'il compromet jamais son existence, sa santé , sa fortune , s'il est jamais aux prises avec une difficulté quelconque , on peut affirmer d'avance qu'il n'y pas de sa faute , et qu'il a pris toutes les précautions dont il est capable.
L'éducation que reçoivent les hommes, contribue souvent à les rendre prudents ou non. Il est bien certain que l'enfant dont on aura sans cesse réfréné les écarts, qu'on aura entoure de soins , de conseils, sera plus prudent que celui qui n'aura écouté que les instigations de sa nature. Le jeune citadin, élevé dans la mollesse et le repos, n'affrontera pas le danger, comme le robuste enfant des campagnes, habitué à braver l'intempérie des saisons, à se livrer à des jeux sans cesse environnés de périls. Que diraient les femmes de nos villes, si elles voyaient leurs enfants grimper sur les arbres, courir sur la poiute des rochers, franchir les ravins et les précipices?
Les leçons de gymnastique, que l'on fait prendre maintetenant aux jeunes gens , nous paraissent devoir exercer une bonne influence sur leur caractère. En même temps qu'elles développent leurs forces, elles leur apprennent ce dont ils sont capables ; ce qui les éloigne autant de la pusillanimité , aussi opposée à une saine prudence, que la témérité elle-même.
Les maladies, qui ôtent souvent aux hommes le sentiment de leurs forces et de leur puissance, les rendent prudents et circonspects.
Parmi les causes morales de la prudence, on en trouve quelquefois qui ont une action extrêmement remarquable. Le despotisme, par exemple, qui met sans cesse l'individu en garde contre les abus du pouvoir, contre les trahisons de ceux qui l'en-
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tourent, lui inculque une prudencesalutaire. Quelquefois même elle le pousse, sous ce rapport; à un excès vraiment condamnable. 11 devient défiant , dissimulé , et se sépare en quelque sorte du rote de la société. Les facultés <!e l'homme oc se développent que «huis l'atmosphère de la liberté. Dans les l'ers ou dans l'esclavage, elles s'étiolent cl s' abrutissent.
Les étiule> sérieuses et profondes , celle de la philosophie . de la psycologie surtout , en mettant la pensée humaine eu lace de la grandeur de Dieu et de ses œuvres , l'amoindrissent et la confondent. L'homme, en se voyant si peu de chose à côté de tant de puissance et de majesté, n'a plus en lui-même l'extrême confiance qu'inspire l'orgueil. Il devient prudent dans ses actions, réservé dans son langage. Il comprend qu'il ne doit point s'exalter dans l'admiration de ses actes et de sa personnalité. C'est pour avoir agi autrement, pour s'être confiés à leur propre sens et laissé séduire par l'admiration d'eux-mêmes, que tant de philosophes ont erré dans leur science, que tant d'hérésiarques se sont séparés de l'Église.
La prudence est une vertu qui doit régler notre conduite par rapport à nous-mêmes et aux autres. Par rapport à nous-mêmes, il Tant qu'elle nous porte à choisir, dans tout ce que nous faisons, un but réellement digne de nos soins. En qualité d'êtres raisonnables , nous ne devons pas dépenser notre vie en futilités, perdre nos jours à poursuivre le bonheur dans des voies que proscrivent la morale et la sagesse. Sous ce rapport , elle doit s'appliquer à toutes nos passions , pour en diriger les tendances, pour en refréner les écarts. H faut qu'elle soit sans cesse présente à notre raison , pour lui dire ce qu'il faut entreprendre , ou ce dont il faut qu'elle s'abstienne. Nous devons la consulter surtout dans ces circonstances graves de la vie qui influencent l'avenir tout entier. Dans le choix d'une profession, dans l'acte irrévocable du mariage . dans les liaisons d'affection que nous contrac-
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tous Nous ne devoDs rien l'aire de grave, sans lui soumettre
nos projets avec une impartialité réelle et un esprit complètement désintéressé.
Mais , au-dessus de tontes les choses qui occupent ici-bas la pensée des mortels , il est une destinée d'outre-monde à laquelle nous devons songer. Nous serions dépourvus de toute prudence, si nous négligions déporter nos regards vers ce but suprême et final de tout être intelligent. S'il est une chose digue à tous égards de nos soins et de nos efforts , certes c'est celle-là. Que sont donc les intérêts de la terre et d'un jour , auprès de ceux du ciel et de l'éternité? N'est-ce pas une véritable folie que la conduite de ceux qui oublient cette grande affaire, pour s'occuper des vanités et des misères de cette vie périssable ?
Lorsque nous avons fait choix du but vers lequel nos efforts doivent tendre , la prudence doit encore nous porter à considérer s'il nous est possible de l'atteindre. Lu but peut être fort louable en soi , et cependant hors de notre portée. Tous les jours, il arrive que faute d'avoir mesuré ses forces , on tombe de fatigue sur le chemin.
La véritable prudence redoute rarement un pareil malheur. Elle ne se fait point d'illusions et demeure autant éloignée d'une présomption fatale et coupable, que d'une défiance pusillanime. S'il est mal de trop présumer de ses forces , il est tout aussi mal de se laisser aller à une lâche défiance de soi-même , également coupable envers la dignité de l'homme et envers l'espérance que nous devons avoir dans le secours d'en haut. Pour bien faire, il est bon de garder une certaine mesure entre la confiance extrême et la défiance de soi.
Quoique nous ayons dit de l'expérience, quelque restreinte que soit la confiance que nous lui accordions , et quelque petit que soit le nombre des circonstances dans lesquelles elle puisse nous servir , nous croyons que ce serait une grande faute de ne pas écouter ses conseils et de ne pas profiter des leçons qu'elle donne. Pour tout ce qui ne tient point au côte purement
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moral de l'homme, l'expérience a une grande valeur. Quai;! aux faits matériels, aux événements , le passé est bien souvent l'image de l'avenir. Ordinairement on peut croire que de ce qu'une chose a eu lieu de telle manière, elle aura lieu encore <le même. L'homme qui ne suivrait pas ce lil d'Ariane dans le labyrinthe de la vie. serait imprudent et coupable.
Souvent Dieu, dans sa clémence ou dans sa justice, envoie de salutaires leçons aux mortels. Si les peuples voyaient clair dans ce livre des avertissements d'en haut , il est probable qu'ils ne s'exposeraient pas, comme ils le l'ont sans cesse aux hasards des révolutions et des guerres. Que changent-ils en définitive? un tyran pour un autre, un prince pour un con sul , ou bien, comme l'a dit un auteur recommandable , un lion pour plusieurs tigres. Toujours des maîtres, c'est la loi des choses humaines; ainsi va le monde depuis qu'il existe, en dépit des utopies et des rêves, des penseurs et des faiseurs de réformes. L'humanité, quoiqu'on dise , n'arrivera jamais ici-bas à la perfection. C'est au ciel seulement qu'elle pourra entrer dans la vie parfaite. A la terre, les jours de l'épreuve et des larmes; à l'éternité, le repos définitif et le bonheur.
Quelque hautes que soient nos destinées et nos tendances . nous avons ici-bas des devoirs à accomplir vis-à-vis de nos semblables ; et dans notre intérêt même , la prudence nous commande de vivre avec eux en bonne harmonie. Nous devons , autant qu'il est en nous , chercher à mériter leur bienveillance et leur estime. Sous ce rapport , la prudence humaine est d'accord avec les enseignements divins, avec les commande ments du Sauveur, venu pour prêcher avant tout la charité. l'amour, et enchaîner l'humanité dans ces liens d'affection fraternelle . qui unissent tous les hommes à lui-même et entre eux.
Pour mériter de la part de nos semblables le- sentiments dont nous parlons, tous dos acte-, doivent être dirigés par la justice et par ce précepte qui renferme toute la morale . Ne
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faites pas aux atrtrcs~ce que vous ne voudriez pas qui vous » fût fait, i (Tob., eh. iv, verset 46.) « Et faites-leur ce que » vous voudriez qu'ils vous fissent. » (Malt., eh. vu , verset 4.)
La prudence doit aussi diriger notre conduite par rapport aux autres. Nous avons bien assez de nous-mêmes et de nos propres affaires, pour occuper notre esprit et nos instants. Celui qui parle sans cesse des autres , qui songe plus à leurs affaires qu'aux siennes propres, est un insensé ou un méchant. Ne consentons jamais à nous charger de ce qui regarde autrui, que dans le cas où la charité, l'humanité, nous le commandent. Rarement les hommes sont satisfaits de ceux qu'ils emploient ou qui s'intéressent à eux. Il faudrait, pour qu'il en fût autrement , que toutes les pensées fussent semblables , et que chacun comprit les mêmes choses de la même manière.
Laissons voir à ceux qui nous chargent de leurs intérêts , que nous n'acceptons que par devoir, par envie de leur être utiles, et que nous n'avons point la présomption de les conduire aussi bien qu'ils le feraient eux-mêmes. Ne promettons jamais que notre bonne volonté , et ne garantissons pas le succès de ce que nous entreprenons.
La prudence est une des vertus les plus utiles à l'homme; c'est celle qui dirige sagement sa conduite et le tient constamment dans la voie de la justice et de la fidélité. C'est d'elle que le grand roi Salomon disait : « Faites tous les sacrifices » pour l'acquérir. » (Prov., ch. iv, verset 7.)