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PARESSE

Quel que soit le côté sous lequel nous examinions l'homme, partout il nous offre les traces de sa urandeur passée, et

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les afflictions de sa condition actuelle. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il j a en lui d'étranges contradictions, des oppositions étonnantes. La tète au ciel el les pieds sur la terre, intelligence sublime et chétif assemblage de parties mortelles, il est le mystère du monde actuel, l'esclave et le roi de la création.

Partout et toujours il a dans son ame comme un souvenir héréditaire de grandeur et de puissance, et comme un roi détrôné, il n'a d'autre but, il le sent bien, que la conquête de ce qu'il a perdu. Ce que Dieu lui avait donné, maintenant il faut qu'il le mérite, et (ils de ses œuvres, il exécute chaque jour la terrible sentence portée contre lui. Sa vie est une lutte continuelle contre l'ignorance et la misère. Ce n'est qu'au prix d'efforts persévérants qu'il arrache à la science ses secrets; le pain qu'il mange est trempé de ses sueurs. Il n'a rien sans travail, le travail est un boulet attaché à son pied; mais c'est la conséquence et la punition de la chute originelle; il est aussi poui- l'homme un moyen de réhabilitation. C'est par lui qu'accomplissant la volonté divine, il reconquiert jour par jour sa perfection passée , et mérite de rentrer en posse-siou du ciel.

Le travail est donc pour l'homme une nécessité et un devoir. Mais il a dans le fond de sa nature l'amour du bonheur, immense , illimité , et il répugne à tout effort pour être heureux. Il voudrait une félicite calme et tranquille, sans être obligé de L'acheter au prix de ses x cilles et de ses sueurs. Quand il s'abandonne à cette tendance qui est en lui, il ne larde pas a devenir l'esclave de la paresse, et à en subir les funestes effets.

La paresse est l'amour de l'inaction physique ou morale.

Nous sommes tous plus ou moins disposés à ce \ ice : le repos e>t notre tendance et notre luit, nous travaillons tous pour arriver a ne rien faire el pour jouir au sein de l'oisiveté des douceurs de la vie. — L'artisan, qui gagne péniblement le pain

de chaque jour, espère que bientôt ses économies le rendront possesseur d'une modeste habitation, où il n'aura plus qu'à finir dans le repos , sa vie si durement commencée. — Le commerçant, dont le sort est sujet à tant de vicissitudes, dont la fortune peut être en un instant dévorée par la banqueroute, par les naufrages ou les guerres , ne travaille tant d'esprit et de corps , que pour se retirer des affaires et jouir paisiblement du fruit de ses veilles. — Le militaire , cet amant de la gloire, qui va pour elle affronter le trépas , n'a d'autre espoir qu'une retraite pour ses vieux jours, et, du reste, personne ne possède comme lui le secret de l'oisiveté. — L'homme de lettres est en général ennemi de toute activité physique, et rien n'est doux pour lui, comme une nonchalante quiétude sur de soyeux divans ou sous de moelleux ombrages.

Tous les hommes ont donc pour but le repos. Certes, ce penchant si naturel n'est pas un mal ; il est permis de savourer le fruit du travail , de se reposer dans la douce aisance de sa vieillesse , des fatigues de la vie et des labeurs de la jeunesse. Mais ce qui est contraire à la volonté divine , aux devoirs sociaux , c'est de se reposer avant le temps, de jouir sans travailler et sans en avoir conquis le droit.

Epicureet sa morale avilissante, en prêchant la paresse, en la montrant comme le bien suprême, abrutissaient et dissolvaient la société. L'homme a bien assez de ses penchants intimes , de ses instincts pervers , pour le porter au mal : il ne faut pas donner à ses vices la sanction de la philosopbie et les ériger en vertus. Honte aux sophistes assez impudents , pour mépriser à ce point les principes de la morale éternelle et le bon sens des nations !

Les causes qui disposent à la paresse sont nombreuses; essayons de les énumérer :

L'enfance est ennemie du travail, toute occupation sérieuse lui répugne. La nature a voulu que cette première période de la vie fut consacrée tout entière à la croissance de l'individu.

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Manger, dormir, exercer son corps dans des jeux proportionnés à ses forces, voilà ce <pie l'enfant est appelé à faire A lui le bonheur de vivre sans inquiétude; les soucis qui rongent l'existence humaine ne sont pas de cet âge. L'enfant sait qu'il a dans ses parents une providence attentive qui veille à tous ses besoins. Il s'endort mollement dans cette confiance naturelle et ne comprend pas l'importance du travail.

Le vieillard, qui jette sur le passé des regards tristes et désenchantés, se demande où l'ont conduit tant de veilles, tan 1 de travaux. Au printemps de son âge, quand toutes ses facultés, à l'apogée de leur puissance, lui montraient un avenir impérissable, il travaillait avec courage pour se procurer une vie fortunée et tranquille. Maintenant il a fait la triste expérience des choses de ce monde : l'avenir lui montre un tom beau, ses facultés s'éteignent, il abandonne tout, et tout l'abandonne ; pourquoi donc userait-il le reste de ses forces à travailler? A-t-il encore des projets et des espérances? ÏN'a-t-il pas assez pour mourir? Tel est le découragement qui rend son intelligence inactive. D'un autre côté, ses organes ont perdu leur ressort ; la paresse et l'insouciance s'emparent de lui et le bercent jusqu'à la tombe, comme un enfant qu'on endort.

Souvent la paresse a ses racines dans une constitution molle, efféminée, incapable d'une réaction énergique. Celle qu'on nomme lymphatique, y prédispose le plus. Il en est de même de tous les accidents d'organisation qui sont un obstacle à la vigueur du corps, à la facilité des mouvements; ainsi, l'obésité, la longueur démesurée des membres, les vices de conformation.

La fortune qui rend l'homme insoucieux du lendemain , qui amollit son esprit et son corps dans des jouissances de toutes sortes , l'incline à l'apathie et à la paresse. Celui qui n'a point à craindre l'indigence, s'habitue volontiers a croire que l'argent dispense du travail, supplée à l'instruction et aux qualités de l'esprit Aussi voyons-nous la paresse et l'ignorance

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habiter plus souvent les châteaux que la demeure de ceux qui n'ont pour fortune que leur travail.

La chaleur qui énerve le corps, émousse la vivacité de l'esprit et rend les hommes paresseux. L'indolence et l'oisiveté sont naturelles aux peuples de la Torride. Voyez le nègre du centre de l'Afrique, étendu sur sa natte, abrité sous un ajoupa de feuillage ; il respire nonchalamment les molles tiédeurs de l'atmosphère; à peine s'il consent à user de ses forces, pour se procurer le maïs ou les fruits dont il se nourrit. Toutes ses journées se passent ainsi : l'ignorance la plus stupide, la malpropreté la plus dégoûtante, et tous les vices qu'engendre la paresse, le jettent dans le dernier degré d'abrutissement. Voyez ce voluptueux Asiatique, soumis à l'influence débilitante d'un climat semblable. La mollesse de l'atmosphère, les enivrants parfums des fleurs;" la beauté du ciel, qui colore des teintes les plus pompeuses des sites enchanteurs, coupés de bouquets d'oliviers, de bois d'orangers fleuris; l'ombre épaisse des platanes et des sycomores; l'abondance des fruits les plus suaves et les plus délicieux; tout, dans le paradis qu'il habite, contribue à flatter ses sens. La civilisation de l'Asie semble n'avoir eu d'autre but que de demander aux arts de décupler ses jouissances : aussi, couché tout le jour sur ses divans ou sous l'ombre de ses jardins , l'Asiatique s'endort au bruit des cascades, des chauts d'oiseaux, et rien ne peut l'arracher à la paresse. Tout, au reste, semble fait pour l'y enchaîner sans cesse -. les plaisirs enivrants du sérail, le despotisme d'un gouvernement qui tue les ambitions, les croyances d'une religion fataliste qui paralyse la volonté humaine en la soumettant au destin.

Un sommeil trop prolongé , l'usage immodéré des boissons enivrantes, la bonne chère, les plaisirs de l'amour, sont des causes très fréquentes du vice dont nous parlons.

Rarement l'homme, quand il fait mal, peut dire qu'il agit avec isnorance : la bonté providentielle de son auteur multi-

plie sous ses pas les préceptes et les enseignements, s il ouvre les yeux et contemple la nature , il voit chacune des créatures

accomplit' les fonctioos qui lui sont assignées. L'être brut comme celui (pie la vie anime, ne dérogent peint aux lois d'ordre et d'harmonie qui gouvernent le monde. La paresse ne pousse pas les animaux à se refuser au travail nécessaire à leur existence; chacun d'eux pourvoit à ses besoins, nul n es! a charge à autrui. Quoi de plus admirable que ces colonies d'insectes où régnent tant d'ordre et tant d'activité! Quel prodigieux travaux accomplissent les castors! L'aigle se l'ait une aire, le lapin, une demeure souterraine; le fourmilion, cet étonnant géomètre , attend au fond du précipice qu'il a creusé, le passage dosa proie; l'araignée, plus habile encore, tend, pour arrêter la sienne, des lilets construits avec un art merveilleux. Nul n'est oisif dans ce vaste atelier, et partoutl'ordre existe sous la main puissante qui l'impose.

Si l'homme, en contemplant la terre, rencontre à chaque pas les traces de la puissance humaine , c'est que le travail des générations précédentes l'a fertilisée, embellie. Au lieu des ronces et des forêts incultes qui la couvraient, partout d'abondantes moissons flottent au gré des zéphirs ; les montagnes étalent aux rayons du soleil leurs lianes tapissés de Aiguës. Ça et là de nombreux troupeaux animent le paysage qui, au lieu de l'uniforme et désolant aspect d'une contrée inculte, offre aux regards le spectacle \ ai ié de prairies émaillées de fleurs, de champs dorés d'épis, de vergers où les fruits abondent . Là, c'est un torrent maîtrisé qui prête sa vague à l'industrieet broie le produit des moissons; plus loin, c'est un pont . igantesque qui saute un fleuve escarpe. La vapeur qui gronde sur les rails d'un chemin de 1er, entraine avec une incroyable agilité des milliers de voyageurs. Des monuments superbes, orgueil des siècles qu'ils semblent destinésà compter, élèvent fièrement leurs tètes dans les cieux. l ne feuille volante emporte la pensée humaine d'un hémisphère à l'autre , et raconte aux siècles futurs les secrets des temps passés. Des foudres de

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bronze hérissent nos remparts, et les foudres du ciel viennent mourir impuissantes sur l'aiguille mystérieuse où le génie de l'homme les contraint à tomber.

Tout le bonheur dont nous jouissons, tous les bienfaits d'une civilisation avancée, c'est au travail que nous les devons. Et malgré ces enseignements , la paresse érige ses autels au milieu de nous , et le temps qui pousse les générations , rencontre cependant des hommes qu'il lui faut traîner à reculons dans la vie. Apathiques et lâches, engourdis dans une oisiveté honteuse, ils vivent aux dépens de la société qui travaille et qui sue. Ils s'endorment nonchalamment dans les douceurs du présent, sans s'inquiéter du lendemain ; peu leur importe le sort du monde, quand rien ne trouble leur repos. Pour eux, rien n'est comparable au bonheur de ne rien faire : tout ce qui demande de leur part application d'esprit ou fatigue corporelle , leur est insupportable. Quand une affaire se présente, ils trouvent toujours des raisons pour n'y pas apporter leurs soins; elle offre trop de difficultés, ou bien elle peut être remise à un autre moment.

Quelquefois, les paresseux se donnent un mal infini à chercher des raisons plausibles de persévérer dans leur passion. 11 y a cependant certaines choses qui ne leur paraissent pas une occupation. Pour beaucoup, les longues heures consacrées à la toilette, ne comptent pas comme temps perdu. Dans quelque position que soit l'homme, il faut bien qu'il dépense son activité à quelque chose. Quand il est laborieux, il s'occupe de choses utiles; quand il est dominé par la paresse, il s'occupe de futilités : c'est là qu'est toute la différence.

Le sommeil est une des plus chères affections des paresseux : se mettre au lit est pour eux un bonheur, et s'en arracher, une véritable souffrance. Ils aiment en général la bonne chère et tout ce qui peut flatter les sens.

L'homme, dominé par le vice dont nous parlons , est ordinairement doué d'un certain embonpoint ; il bail le mouve-

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ment et la fatigue, il marche lentement; la nonchalance perce dans tout ce qu'il fait, il a l'air de souffrir pour parler. Partout où il (Nt > il cherche à s'appuyer; il n'a pas la forer de porter sou corps, il se couche autant qu'il le peut , c'est la position qu'il aime le mieux. Souvent il est malpropre et négligé dans sa tenue. Son visage annonce la santé, mais aussi le peu d'énergie dont il est doué. Sa chair est molle et blafarde, ses joues tombantes, ses yeux mornes et cernés; les étages de son menton descendent sur sa poitrine. 11 aime les spectacles et les tètes , tout ce qui pour lui est un espoir d'amusement, et cependant il se plaint sans cesse de l'ennui qui le consume ; la ne lui pèse, il la considère comme un fardeau. En effet, c'en est toujours un pour celui qui la traîne; il faut avoir le courage de la porter.

L'homme est éminemment actif; ce n'est que dans le travail qu'il développe les facultés de son corps et celles de son esprit. In exercice modéré , mais suivi, donne aux organes plus .le e.tnsistance , augmente leur sphère d'action, leur puissance. Le bras du travailleur est plus musculeux que celui du fainéant. C'est dans les fades tiédeurs du repos que l'organisation s'étiole.

Quelle différence ne remarque-t-on pas entre le rohuste habitant des campagnes, habitué à braver l'intempérie des saisons, à affronter la fatigue , dormant sur un lit dur, se levant avec l'aurore, et le voluptueux citadin, qui passe sa vie suides coussins, qui craint la fatigue la plus légère et se plonge pour dormir dans des Ilots de duvet. Le premier, plein de vigueur, fortement organisé, offre sans danger sa poitrine au souflle glacé des hivers, son front à l'ardeur du soleil caniculaire. Lu léger courant d'air, la plus petite variation de température, donnent au second une pleurésie ou tout au moins un rhume de quelques semaines. Le premier offre dans toute sa personne un type parfait de la belle humanité , puissante et grandiose lesecond, comme une plante privée d'air

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et de lumière, est un être chétif et malingre, qui ne vit qa'an

prix de précautions et de soins infinis.

C'est dans le travail aussi que l'intelligence s'agrandit et s'élève, qu'elle entretient les heureuses dispositions de la nature. Combien ne voit-on pas d'hommes merveilleusement doués , briller un instant par leur génie, et s'éteindre prématurément dans l'oisiveté? Le génie ne subsiste point par sa propre force : il faut qu'il s'alimente au-dehors ; c'est une flamme qui meurt quand elle n'a plus rien à consumer. A ces vastes cerveaux d'ouvriers et de laboureurs, une seule chose a manqué, peut-être, pour étonner le monde par les splendeurs de l'intelligence, et cette chose, c'est le travail intellectuel. Ceux que leur fortune et leur position mettent à même de cultiver le don précieux de l'intelligence , et qui s'abandonnent lâchement à la paresse, sont coupables envers Dieu, qu'ils offensent; envers eux mêmes, qu'ils deshéritent des dons les plus précieux du ciel ; envers lasociété, à laquelle ils doivent compte de leurs facultés.

Les maux physiques qu'entraîne la paresse sont nombreux. C'est elle qui dispose à l'obésité et rend l'homme impropre au mouvement. Sous son influence, leshumeurslymphatiques s'accumulent, les organes s'engorgent, les congestions, les obstructions se forment. Elle traîne à sa suite tout le triste cortège des maladies nerveuses et vaporeuses. Les femmes qui s'y abandonnent sont sujettes aux affections utérines , aux fleurs blanches et à mille autres incommodités. Les fonctions digestives ne tardent pas à s'altérer ; de profondes lésions organiques minent sourdement l'existence, et la mort vient frapper une proie que le travail et une vie active eussent pu lui ravir encore longtemps.

L'homme doit vivre en travaillant ; c'est la loi infligée à chacun de nous à son entrée au monde , et quiconque s'y soustrait est indigne d'exister. Nul n'a le droit de vivre du labeur d'autrui. « Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger,» dit saint Paul. Quand il se propose pour modèle aux habitants de

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Thessalouiqae , il s'exprime en ces termes : « Nous n'avons mangé gratuitement le pain «le personne, mais nous a\ ons travaillé jour et nuit avec peine et fatigue, pour n'être à chargea aucun de vous. »

C'est là, ce nous semble , l'héroïsme véritable de l'apostolat.

Est-il rien de plus honorable que de subvenir par son travail à ses propres besoins et à ceux de sa famille? Cependant , par un renversement étrange de tous les principes et de la saine raison, il est des hommes qui s'honorent de leur oisiveté. Le respect environne l'être inutile à la société, qui s'engraisse des sueurs de ses semblables ; et celui qui produit , qui tire péniblement du sein de la terre la nourriture commune: le laboureur, l'ouvrier, l'homme de travail enfin, n'est entouré d'aucune considération. Fainéantise, noblesse ou fortune, sont trois choses qui maintenant semblent faites pour aller ensemble. Est-ce qu'un titre de noblesse doit frapper un homme d'incapacité? Est-ce que la fortune lui permet de ne rien faire? Quoi ! c'est parce que vous devez davantage ta la société, parce que vous avez plus large part à ses faveurs, à sa protection, que vous ferez moins pour elle? Vous qui êtes riches, si vous ni' savez pas utiliser votre fortune , si vous n'en êtes pas les dispensateurs intelligents, ne craignez-vous pas que ceux qui travaillent, et qui. malgré cela, sont couverts de baillons, courbés sur des grabats, assiégés l'hiver par le froid, amaigris par la faim, ne viennent, dans leur détresse, piller vos demeures somptueuses, et réparer de vive force l'injustice de la fortune?

Si parfois la paresse se prélasse dans les aises que procure la richesse , le plus souvent elle conduit sa ^ ictime à l'indigence.

L'affreuse pauvreté devient la punition de celui qui ne veut rien faire : «Les ronces et les orties ponssent dans son champ, et les murs de sa maison tombent en ruines, i dit l'Écriture. Son épouse . que le chagrin dévore, n'a pas de pain pour ses en-

fants ; leurs larmes et leurs cris de détresse déchirent son ame, et la pauvre mère va mendier. Le paresseux n'est point ému de ce spectacle , car sa sensibilité s'émousse, son cœur s'endurcit; bientôt il deviendra criminel. L'oisiveté ouvre le cœur à tous les vices, et livre la pensée cà toutes les inspirations perverses. La paresse engendre la débauche , et la débauche mène au vol. Les fastes de nos cours d'assises ne démontrent que trop ces tristes vérités.

Peu à peu le paresseux perd les facultés de son esprit , et celles de son corps s'usent avec rapidité; il tombe dans l'abrutissement et devient à charge à la société. C'est un être immonde, c'est une brute humaine qu'elle nourrit et qui ne peut lui être d'aucune utilité.

La funeste influence de la paresse ne se borne pas à dégrader ainsi l'individu, elle s'étend jusque sur les peuples et les avilit comme nation. Ouvrez l'histoire : à toutes les époques vous verrez les voluptueux Asiatiques vaincus et dominés par de faibles armées d'Européens. Quelques Anglais suffisent pour maintenir sous le joug les immenses populations de l'Indoustan. Toujours les hommes du Nord, robustes et habitués aux privations, ont liai par l'emporter sur ceux des contrées méridionales. Leur domination s'est maintenue jusqu'à ce que la civilisation les eût amollis et plongés dans la paresse. Ainsi , lesïartares sont venus s'énerver et se démoraliser sur le trône de la Chine. Les Turcs ont perdu leur mâle vigueur sur la pourpre impériale de Constautinople ; et , dans notre Europe , les descendants des Romains et des Ibères , engourdis dans la paresse, ont laissé tomber le sceptre du courage aux mains des Francs et des Germains.

A côté des bienfaits immenses d'une civilisation progressive, la nationalité des peuples doit redouter beaucoup l'influence du bien-être matériel et de la démoralisation qui souvent en est la conséquence. Dans de telles conditions, l'égoisme enfonce ses racines dans le corps social, la paresse s'y infiltre et met les libertés sur la pente de l'esclavage. Les révolutions

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se succèdent, et des peuplades barbares , balayant tout io clinquant des civilisations corrompues, fondent avec leur épée de nouvelles dominations. Tel est le cercle dans Lequel roule l'humanité. Quand la paresse s'empare d'un peuple , on peut être certain de sa décadence,

Quels sont les remèdes à opposer à la paresse ?

11 est rare que l'homme fait ne garde pas les inclinations de l'enfance ; et quand la jeunesse s'est écoulée dans l'indolence et la paresse, l'amour du travail se manifeste rarement plus tard. 11 faut accoutumer de bonne heure les enfants à aimer le travail, et c'est chose facile, quand on sait profiter de la curiosité qui leur est naturelle. Ils ont besoin de savoir tant de choses , de s'expliquer tant de phénomènes qui les frappent ! II faut leur dire souvent que le travail est le chemin de l'avenir, et que sans lui la vie est un fardeau. Les exemples surtout stimuleront leur émulation, car l'enfance est orgueilleuse et envieuse. Il faut utiliser ces défauts eu les inclinant au bien. Il ne convient pas de laisser les enfants inactifs; une sage mesure doit répartir tous leurs instants entre l'étude et des jeux proportionnés à leur force. Il ne faut pas non plus les élever d'une façon trop molle et trop délicate, tne nourriture saint1 et réparatrice leur convient mieux que les friandises, qui les rendentgourmands et Lâches, lu lit dur est préférable pour eux à un soyeux duvet. Us apprendront à supporter le froid et la chaleur ; si trop de précautions les entourent , malheur à eux quand elles viendront à leur manquer.

Les maîtres s'attacheront à leur inculquer fortement que la vie a ses devoirs, et que le travail est un des plus importants que l'homme puisse accomplir. Ils leur diront qu'il ennoblit, élève l'homme, et que l'oisiveté le dégrade. Avant tout, ils leur enseigneront les préceptes divins de la morale chrétienne, qui disait aux Juifs •• ■ Vous ne lierez point la bouche du bœuf qui foule vos grains dans la grange, » et aux Chrétiens : « L'homme qui laboure, et celui qui bat le grain, doivent

espérer de participer à la récolte, » faisant ainsi du travail un droit à la possession.

Quand la paresse appartient à l'âge mur, elle est difficile à déraciner. Toujours un vice est établi sur les ruines de quelque vertu. Combien d'hommes vaincraient la paresse, s'ils pouvaient rompre les liaisons, les intrigues qui dévorent tous leurs instants , s'ils ne s'abandonnaient pas sans cesse au torrent des pensées et des désirs dépravés ! C'est à chaque homme à sonder sa plaie et à dire ce qu'il trouve au fond ; c'est l'œil de la conscience qui doit voirie mal et appliquer le remède. Celui que la bonne chère engourdit, qui digère au lieu de vivre, et qui, comme le boa, s'endort dans une apathie léthargique, doit embrasser un régime dévie tout opposé. Une nourriture frugale, pas trop abondante, l'abstinence des liqueurs et des vins recherchés, lui seront recommandées. Celui qu'une obésité gênante incline au repos , devra choisir une profession qui l'oblige à marcher, à dépenser en activité l'exubérance funeste de sa santé. L'exercice du corps allège l'intelligence ; mais tôt ou tard trop d'embonpoint étouffe les élans du génie. L'homme est un être mixte auquel l'équilibre entre le corps et l'ame est absolument nécessaire.

Si la paresse tient à quelque maladie, et chez les femmes cela est très fréquent , il faudra la combattre comme symptôme, en attaquant la cause. La chlorose , les fleurs blanches , certaines affections nerveuses , disposent à ce vice les organisations frôles, peu susceptibles de réagir énergiquemen t. La médecine emploiera dans ces cas les moyens appropriés. Mais l'isolement, la lecture des romans, les émotions théâtrales , les siestes nonchalantes, seront absolument défendus. L'air de la campagne, les distractions, quelquefois la gymnastique, les voyages, seront employés avec succès. Aux êtres malheureux , qui n'ont plus d'affection pour la vie et qui veulent mourir, on offrira les secours de l'amitié, les préceptes et les consolations de la religion. Enfin, le médecin, dans tous ces cas différents , devra avoir assez de délicatesse, de tact, pour apprécier chaque

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circonstance, et en tenir compte dans le traitement d'un mal si pernicieux à L'individu qu'il atteint.

Alais si La paresse envahit une nation, quel remède employer? (-'est alors que les hommes graves et amis de la vérité attendent avec anxiété la tourmente sociale qui se préparc, et demandent a Dieu de ne pas châtier trop sévèrement , et de ne pas rayer des nations les peuples qui s'endorment dans l'orgueil de leur progrès, qui n'aspirent qu'au bien-être matériel, fermant l'oreille à la voix des apôtres pour écouter les leçons dissolvantes du philosophisme.

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